Au bonheur du jour




Le mois d'août 2009

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Aujourd'hui

mercredi le 12 août

Aujourd'hui, le temps est superbe. C'est que l'été n'est pas généreux à cet égard cette année. Mais, même si le beau temps se faisait rare dans les semaines qui viendront ou s'il ne devait durer que quelques heures à la fois, je m'en ficherais puisque l'été est de retour dans ma cuisine et qu'il y sera encore longtemps : au fond du comptoir, une grosse jarre de verre regorge de framboises que je suis allée chercher au marché et qui baigneront dans l'alcool durant les prochains mois. Je la laisse là parce que c'est tellement beau de les voir. J'ai réalisé qu'il y avait trois ans déjà que je n'avais pas fabriqué ma liqueur de framboise et la réserve baissait dangereusement. Ah que le temps passe. Il y a deux ans, c'était la maladie de mon amie M. qui m'avait retenue d'en faire et, l'été dernier, sa mort ne datant que de quelques mois, je n'avais pas encore retrouvé le goût des réjouissances.

Ah que le temps passe. Murray Perahia joue Mozart et je me sens heureuse et sereine. Si je ne puis suspendre le temps, je viens en laisser quelques traces ici. Tout à l'heure, j'ai parlé avec ma fille qui, toute heureuse, m'a fait part des derniers arrangements pour son voyage la semaine prochaine. Auparavant, elle sera ici en fin de semaine pour la rencontre annuelle de la famille au chalet. J'espère que les étoiles filantes seront aussi de la partie. Que de beaux moments en perspective. Dans quelques heures, le grand copain viendra me chercher. Les plans ne sont pas encore arrêtés mais il a des goûts d'école buissonnière. Il a dit à ses employés de ne pas faire de zèle, et de quitter dès que le travail nécessaire serait terminé. Je le reconnais bien là, mais faut-il que le temps ne nous ait pas gâtés pour qu'une belle journée devienne un événement que l'on célèbre. :-)

Ah que le temps passe. J'ai dans mes mains une vieille photo encadrée que j'ai empruntée au chalet et qui montre la rivière. C'était même avant la construction du vieux pont qui, depuis, a lui-même été remplacé. On y voit un bac qui faisait alors le lien entre les deux rives. Je n'ai évidemment pas connu cette époque, non plus que l'église au clocher en flèche de ce temps ancien, laquelle a brûlé dans les premières années du siècle dernier. Celle où je me suis mariée par un matin d'été est différente. Mais la maison de bois qui y fait face est toujours là, et elle a d'ailleurs conservé les mêmes couleurs d'alors. Je dis cela parce qu'il s'agit d'une photo ancienne qui a été retouchée et colorée avec les techniques de ce temps passé. Je la trouve très attachante cette photo, notamment parce qu'elle est la preuve que, bien avant la naissance de notre mère, notre famille élargie avait déjà ses habitudes de villégiature dans ce qui n'était alors qu'un tout petit village et qui nous est demeuré si cher. J'ai fait quelques démarches et demain j'irai en faire tirer des copies, notamment pour mes frères à qui je les offrirai samedi. En ce qui concerne la mienne, je vais lui dénicher un vieux cadre et la suspendre dans cette partie du corridor où elle ira rejoindre quelques gravures anciennes, certaines qui me viennent de la famille. Sans trop l'avoir décidé comme tel, j'ai graduellement regroupé à cet endroit ces témoins d'une époque révolue. Souvent, j'interromps, durant quelques secondes, les élans de mon très contemporain quotidien et je m'y arrête, comme dans un oasis de paix. Comment comprendre et décrire cette impression très forte qui me dit que le temps n'est qu'une mince surface qui, elle, passe mais que, sous cette surface, il y a une profondeur immuable que reconnaît une autre profondeur, celle-là au dedans de soi, qui la rejoint.









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