Au bonheur du jour




Le mois de juillet 2009

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Aujourd'hui

vendredi le 24 juillet

Il y a quelque temps, on a coupé le très vieux lilas près de la fenêtre de la chambre de ma fille, chambre que je persiste à nommer ainsi même si elle a quitté la maison il y a déjà longtemps. :-) Comme la nature évolue constamment, depuis quelques années, des arbres dans le terrain voisin l'avaient graduellement privé de lumière et déjà il peinait à survivre. Mais le dur hiver dernier lui fut fatal. J'étais très attachée à cet arbre et à cet environnement qui s'était, au fil des ans, chargé de souvenirs et je craignais de ressentir un vide. Mais, bizarrement, ce ne fut pas le cas. Faudrait-il pour autant croire que je suis en quelque sorte un peu en paix avec la vie qui passe? Et pourtant...

Allez donc savoir pourquoi, aujourd'hui ma journée n'a jamais démarré. J'ai dormi plus longtemps que d'habitude. C'est vrai qu'il fait gris et gris et encore gris. Dans le journal du jour, on parle d'une année record et la première page est presque entièrement couverte par une amusante caricature se rapportant au temps. Faut-il qu'on en ait ras-le-bol tout le monde pour que même un quotidien en fasse sa une. Il aurait pourtant fallu que je sorte, quand même cela n'aurait été que pour aller faire quelques courses. Mais je pense qu'après tout mon petit samedi matin sera sans café et que je devrai l'écourter pour aller les faire ces courses... Et dire que je me proposais justement un petit samedi des temps anciens, c'est-à-dire d'écrire une entrée dans ce journal... :-) Peut-être est-ce pour cette raison en fait que je prends les devants et que j'écris tout de suite, tout juste au cas où...

Je reviens à mon "Et pourtant..." du premier paragraphe. Je l'ai écrit pour une raison : je sais que je le fais exprès mais, depuis quelques heures, j'écoute toutes sortes de musiques qui me ramènent en arrière, visiter une partie de ma vie... En ce moment, c'est Barbra Streisand dont les cd jouent en boucle. Bien sûr, je pense à son merveilleux spectacle auquel ma fille m'avait invitée il y a deux ans. Mais elle l'avait surtout fait parce que, justement, ces chansons nous ramenaient, elle et moi, dans une époque difficile que nous avions réussi à traverser ensemble, en nous serrant les coudes, en faisant équipe. Nous avions, ce soir-là, joué dans nos souvenirs et, pour ma part, je revoyais d'une manière spéciale ma fille si jeune à l'époque, certaines de nos folies, nos miracles d'indiscipline joyeuse, et la presque délinquante mère que j'étais alors que je disais en riant à ma fille "ne va surtout pas raconter cela à grand-maman, parce que cela n'a pas de bon sens que ce nous sommes en train de faire là", alors que nous nous précipitions d'un cinéma à un autre, complètement à l'autre bout de la ville, pour ne pas rater le début d'un deuxième film, parce que nous n'avions pas voulu choisir entre les deux, ou encore quand, au grand plaisir de ma fille, nous suivions à toute vitesse des camions de pompier répondant à une alarme. Évidemment, cette période, celle de la reconstruction, avait graduellement baigné dans la musique, y compris les chansons de Barbra Streisand que nous aimions toutes les deux. Bien sûr que je pense à ces souvenirs positifs partagés, mais aussi, et peut-être un peu plus aujourd'hui, aux difficultés bien réelles de cette période, que j'essayais de mon mieux de minimiser pour ma fille. Bon, c'est vrai que le fichu seize juillet, cette journée marquante et difficile entre toutes et pour plusieurs raisons, n'est passé que depuis quelques jours, et que je ne m'y suis pas vraiment arrêtée cette année. J'ai été occupée à autre chose mais voilà que ça me rattrape. Mieux vaut vraiment y faire face pour régler cela tout de suite.

Je sais aussi pourquoi j'ai besoin de m'y arrêter d'une façon particulière aujourd'hui. Je pense que je n'ai jamais eu conscience à ce point combien la vie est précieuse. J'ai autour de moi, pas vraiment sur la première ligne mais dans ma vie très concrète tout de même, plusieurs personnes vivant actuellement certaines difficultés très sérieuses et pour lesquelles je ne puis rien changer. Et cela m'affecte plus que je voudrais bien me l'avouer. Parce que je sais que même quand on se débat avec de grosses difficultés, la vie demeure infiniment, infiniment précieuse, même s'il arrive qu'on l'oublie ou que l'on en doute à ce moment-là. Mais la vie passe, et elle passe tellement vite. La plupart du temps, c'est peu perceptible, et puis surviennent quelques indices. C'est d'ailleurs ce qui nous est arrivé cette semaine, au grand copain et à moi, alors que nous avons croisé une personne qu'il y a si peu de temps nous avions vue bébé et qui est presque adulte maintenant. C'était tout à fait imprévu et plutôt comique, mais cela nous a quand même secoués un peu. Bon, bien sûr, cette transformation n'incommode pas du tout cette charmante jeune personne, mais c'est qu'on ne peut s'empêcher de rapporter cela à soi et de mesurer les effets sur soi de cette accélération du temps... Cela fait ressentir comme une urgence, à cause de certains échéanciers qu'on imagine pas très lointains. Et quand on regarde dans le passé, comme je le fais en ce moment, on voit tous les chemins qui nous étaient alors possibles, et on voit aussi tous les choix qu'on a eu à faire, parce qu'on ne peut suivre qu'un seul chemin à la fois et qu'il n'y a jamais de retour en arrière. Je ne puis pas dire que cela me rende triste, non, c'est plutôt que je trouve cela grave, sérieux, à cause des conséquences qui s'ensuivent nécessairement et de cela on n'a pas toujours conscience dans le feu de l'action, au moment de faire ces choix. Et que viennent faire les chansons de Barbra Streisand dans cette histoire ? Comme telles, pas grand chose en fait, mais elles me font me souvenir, et parmi mes souvenirs se glissent quelques fantômes et aussi quelques idées flottantes encore. Et la preuve, s'il m'en fallait une, c'est que j'écris ce qui sera peut-être la plus longue de toutes les entrées de ce journal. Tant pis, et puisque je n'ai pas encore fini, je poursuis et je le ferai aussi longtemps qu'il me sera nécessaire.

Je suis têtue, Barbra Streisand chante encore... :-) Et pourtant, quelques heures se sont écoulées, depuis le précédent paragraphe, durant lesquelles les chansons ont continué à jouer en sourdine pendant que mon attention a été détournée, entre autres par des appels téléphoniques, dont un long et joyeux de ma fille me faisant part de ses projets de vacances qui sont finalement décidés et un autre d'un ami qui avait besoin de mon aide pour faire quelques démarches d'affaire. J'ai aussi donné suite un long message reçu qui demandait une réponse assez rapide. Cependant, je ne suis toujours pas allée faire ces quelques courses. Alors, où en suis-je au juste avec mes réflexions ? C'est certain que j'ai perdu ma concentration, et que quelques idées continuent de flotter... :-) Puis, quand je me relis, je trouve cela un peu confus. Mais je laisse le tout parce que je devrai y revenir. Il me semble que je passe à côté d'une question ou qu'il y a dans cela quelque chose d'essentiel que je n'arrive pas à cerner et à me définir pour le comprendre. C'est certainement quelque part dans les idées flottantes.

Et puis, les chansons de Barbra Streisand ? Je les aime toujours. J'en viens même à me demander si cette musique ne serait pas en quelque sorte, pour moi, à la fois un poison et son excellent antidote. :-)

"Le moi, cet inconnu..., titre du livre de vie de chacun de nous." (Julien Green, 12 avril 1998)

mardi le 28 juillet

Hier encore, il y eut des orages et de la pluie durant la majeure partie de la journée. Puis, en toute fin d'après-midi, alors que j'étais dans la cuisine et que je ne m'y attendais pas, le soleil est arrivé. Par la fenêtre, je le voyais illuminer les milliers de gouttelettes de pluie sur les feuilles du bouleau et sur celles du ficus benjamina que j'ai enfin sorti pour ses vacances d'été sur le balcon arrière. C'était magnifique et l'air sentait si bon la pluie chaude sur la terre et la végétation. Tout à coup, j'ai aperçu un minuscule papillon blanc, tout simple, qui était dans le moustiquaire de la fenêtre au dessus de l'évier et qui cherchait désespérément à retourner dehors. Il avait dû entrer avec moi sans que je ne m'en rendre compte. Il n'était pas du tout remarquable par son élégance, mon minuscule papillon, mais je fus touchée par sa petite taille, sa presque transparence, sa fragilité et surtout par son désir de liberté. Je savais que je ne pourrais pas le manipuler avec mes mains, parce que je l'aurais brisé. N'ayant pas de bocal à proximité et voulant surtout agir vite pour qu'il ne s'égare pas ailleurs dans la maison, j'ai pris un linge de vaisselle propre. Je me suis approchée de lui et l'ai délicatement fait glisser dans le linge que je me suis empressée de refermer par les extrémités pour ne pas blesser le petit insecte. Puis, je me suis rapidement dirigée vers le balcon avant, ne voulant surtout pas mêler Jasmine à l'opération. Quand j'ai délicatement ouvert le linge, j'ai réalisé avec surprise qu'il n'était pas dedans. Je suis donc retournée dans la cuisine, bien décidée à réussir cette fois. Je me suis lentement approchée de lui et ai répété l'opération avec beaucoup de soin, bien certaine d'avoir réussi. Arrivée sur le balcon, je fus consternée de constater qu'il avait une fois de plus échappé mon bienveillant piège. En retournant dans la cuisine, je fus accueillie par un joyeux "brrrroouum" de Jasmine qui était grimpée sur l'évier et qui, l'air ravie, se léchait les babines. Mon pauvre petit papillon blanc avait disparu. J'étais désolée, mais ne pouvais pas blâmer Jasmine qui avait l'air tellement fière de son coup. Et qui serais-je pour la critiquer, moi qui suis carnivore... Ah cette fichue prédation qui est pourtant la loi de la nature et cela à tous les échelons.

Ma vieille dame à la mémoire défaillante a de plus en plus de misère à se souvenir. Quand je vais la voir, elle me demande de lui raconter de grands pans de sa vie, dont elle arrive généralement ensuite à recoller les morceaux. J'insiste évidemment sur ses beaux moments, bien réels, tout en estompant les très difficiles, parce qu'il y en eut aussi. Nous prenons plaisir à parler de ses temps anciens à elle et des personnes chères qui les meublèrent. Elle me fait ainsi découvrir des détails de la vie de certaines d'entre elles qui m'ont aussi été proches et que j'ai moi aussi aimées. Et c'est à recommencer à chacune de mes visites, puisque d'une fois à l'autre elle oublie... En fait, elle cherche toujours à comprendre ce qui lui arrive et pourquoi elle est dans cette résidence. Quand nous en discutons, elle est sereine, mais je ne suis pas certaine qu'il en soit toujours ainsi quand elle se retrouve seule dans son joli studio et que son passé, même récent, lui échappe. Vendredi dernier, elle m'a demandé de lui décrire son ancien appartement et aussi de le lui situer géographiquement. C'était la première fois. Elle est cependant encore coquette, soucieuse de son apparence et, très pratique, elle m'a demandé de lui recoudre quelques boutons. Pour le moment, elle me reconnaît tout à fait et son visage s'illumine spontanément quand elle me voit arriver. Donc, le déclic se fait encore très rapidement à cet égard. Mais pour combien de temps encore ? Je chéris chacune des belles heures passées avec elle.









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