Au bonheur du jour




Le mois de février 2008

1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31

Retour Page d'Accueil

Archives

C'est ici

 


Aujourd'hui

vendredi le 29 février

Difficile entrée, mais je pense qu'il est maintenant plus que temps de venir écrire ici. J'écoute la première des deux compilations de musiques diverses que je lui avais préparées le printemps dernier, au lendemain de son intervention chirurgicale. Dire que cela fait malheureusement partie de tout ce que je n'ai pas réussi à faire pour elle. Elle ne les aura en définitive que peu écoutées durant les moments auxquels je pensais plus particulièrement en les regroupant puisque, pendant ses dernières semaines de vie, la musique l'atteignait trop dans sa fragilité et la bouleversait. Elle disait n'avoir plus d'intérêts ni de désirs, sinon celui de mourir. Je pense qu'elle se méprenait quand même un peu à cet égard, compte tenu de cette énorme angoisse qui la déchirait et du long et acharné combat que son corps persistait à livrer avant que de s'avouer battu et de finalement lâcher prise.

Autant la médecine parvenait à soulager ses douleurs physiques, autant elle n'arrivait pas à calmer ses terribles souffrances morales et son angoisse, plus fortes que tout. Sans doute y avait-il une part d'égoïsme dans ma réaction, mais, durant ses dernières semaines de vie, ce qui m'affectait aussi beaucoup c'était mon impuissance à lui apporter quelque réconfort. En décembre et en janvier, après les longues heures de présence quotidienne auprès d'elle, c'est donc très fatiguée que je la quittais, apportant surtout avec moi le sentiment de n'avoir pu faire aucune différence. À peine une goutte d'eau sur un brasier. Un peu comme si l'accompagnatrice que j'étais au début s'était, bien malgré elle, graduellement transformée en simple témoin de son malheur. Il en fut de même pour son mari et pour sa soeur avec qui je partageais la présence continue auprès d'elle. Nous en avons quelques fois parlé depuis et nous y trouvons du réconfort parce qu'il est difficile de faire comprendre aux autres la peine particulière que nous ressentons à cet égard. D'autant plus que, durant ces longs mois, nous nous sommes beaucoup plus fatigués moralement et physiquement que nous ne l'aurions cru, nous rendant encore plus vulnérables à cette constatation d'impuissance.

Cela fait maintenant un peu plus d'un mois que mon amie est partie et je pense que je commence seulement à retrouver mon souffle. Il y a une quinzaine, je me suis rendue passer quelques jours chez ma fille, mais c'était encore trop tôt pour vraiment en profiter. J'ai encore de la difficulté à réintégrer l'ordinaire de ma vie, à retrouver mes petits bonheurs quotidiens, même si je suis très entourée et si j'ai revu avec beaucoup de plaisir mes autres amis. Ce qui me semble le plus bizarre, c'est que je n'ose pas encore, que je me refuse de m'ennuyer d'elle. C'est comme si je me sentais coupable de même seulement souhaiter sa présence, sachant combien les derniers mois de sa vie lui ont coûté : la surprise de son cancer incurable, sa longue et difficile marche vers une acceptation, la sérénité retrouvée, et puis toute la cruauté de la maladie qui beaucoup trop longtemps s'est prolongée, grugeant ainsi jusqu'à la dernière parcelle de son courage et de sa force. Pauvre, pauvre et très chère amie. Il faut que les jours passent, que s'estompent les horribles images de ses souffrances des derniers mois pour que reviennent aussi à la surface les si beaux souvenirs de notre longue amitié, qui eux aussi, en leur temps, ont été si réels.

" O Seigneur, donne à chacun sa propre mort,
la mort issue de cette vie
où il trouva l'amour, un sens et la détresse."

(Rainer Maria Rilke, Le Livre de la Pauvreté et de la Mort)








Inscrivez votre adresse e-mail
pour être avisé des mises à jour
InscriptionDésinscription

 

haut de la page




Hosted by www.Geocities.ws

1