Au bonheur du jour




Le mois de septembre 2007

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Aujourd'hui

lundi le 17 septembre

Aujourd'hui, mon vieux ficus benjamina a quitté le balcon arrière pour retrouver ses quartiers d'hiver dans le salon. Je ne me souviens pas de l'avoir vu aussi beau. S'il ne semble pas avoir poussé durant l'été, son feuillage, plus fourni, est d'un vert plus intense. Il est magnifique. Aujourd'hui, ma courageuse amie a quitté l'hôpital pour reprendre, avec son mari, le cours de leur vie. C'était son troisième séjour en autant de mois. Je ne me souviens pas de l'avoir trouvée aussi profonde. Si elle ne semble pas avoir récupéré toutes ses forces physiques, sa force morale, à travers ses quelques larmes, ne m'a jamais autant impressionnée. Elle est magnifique. Tout à l'heure, pendant que nous parlions longuement au téléphone, je voyais, par la fenêtre de la salle à manger, le soleil de fin d'après-midi illuminer la dernière grappe de roses de la haie, sur laquelle un papillon s'était délicatement posé. Le soleil éclairait aussi une nuée de minuscules insectes voletant dans ses rayons comme s'ils étaient sans but. Était-ce une danse folle ou, encore, une panique?

Hier, ma fille est retournée chez elle, dans sa très grande ville. Sans moi, puisque je préférais ne pas quitter. Les moments passés ensemble ont été particulièrement chaleureux. Elle s'est faite très taquine, très tendre et je sentais sa discrète volonté de me faire plaisir. Elle aussi a une amie qui connaît un mauvais moment, c'était d'ailleurs la raison de son séjour ici. Quand elle est partie, je suis aller rejoindre mon amie et son mari, et manger avec eux à la cafétéria de l'hôpital. Nous avons essayé d'oublier que nous n'étions pas dans un bon restaurant. Côté conversation on peut dire que nous avons réussi, mais pour le reste... :-)

Je suis là, devant l'écran, habillée, pomponnée, avec mon collier de perles. Le grand copain vient tout juste de me téléphoner : une urgence dans son secteur lui fait décommander notre sortie. Bon, il me reste un peu de saumon. Je vais me préparer une salade, et puis retirer mon collier.

dimanche le 30 septembre

Le temps est superbe. Un dimanche tranquille. J'écoute l'intégrale des nocturnes de Fauré et je me sens bien. Pourtant, il y a quelques soirs, alors que j'avais commencé une entrée dans mon journal, ces airs m'avaient semblé tourmentés et ils me rendaient inconfortable. J'ai alors compris que c'était moi qui était triste et fatiguée et j'ai choisi d'effacer mon billet, de fermer boutique et d'aller dormir. Ce jour-là, ma courageuse amie et moi étions allées au cinéma voir un joyeux et joli film et nous avions ri de bon coeur. Nous étions à siroter un café et sa conversation était légère, puis elle a brusquement éclaté en sanglots. Il m'est si difficile dans ces moments de ne pas pouvoir grand chose, sinon d'être là, d'essayer de me mettre à sa portée et de recueillir sa peine et ses larmes qui surgissent parfois comme ça aux moments les plus inattendus. Je me sens tellement impuissante.

Les jours qui suivirent furent doux, j'avais le sentiment qu'elle avait retrouvé une certaine sérénité et nous avons fait une très bonne équipe pour quelques futilités, y compris une séance de manucure dans une boutique spécialisée. Je savourais son sourire et son air complice puisque nous n'avons pas l'habitude de ce petit luxe. Pour ma part, je suis comme ma mère : chez les autres, tout de suite après le regard, ce sont les mains qui attirent mon attention, parce qu'elles sont tellement révélatrices. Et, toujours comme elle, j'aime prendre soin de mes mains. Mais de toute ma vie, je ne me souviens que d'une autre circonstance, il y a presque une éternité, où je m'étais fait faire une manucure professionnelle. Cependant, à voir le plaisir qu'y a trouvé mon amie, je pense que nous y retournerons. :-)

Je dois un peu prêter l'oreille aux inquiétudes à mon sujet dont me font part ma fille et quelques autres de mes proches. On cherche à me mettre en garde contre une trop grande implication de ma part, on craint l'après pour moi. Je comprends leur point de vue et je pense que j'aurais la même préoccupation si ma fille se trouvait dans une situation analogue à la mienne. Mais comment bien leur faire comprendre ce que je ressens à cet égard? Je ne suis pas masochiste et n'ai aucune tendance au martyre. Mais je ne veux pas me dérober alors que ma grande amie a tant besoin de présence et qu'elle manifeste le désir de la mienne. Et puis, s'ils savaient le plaisir que nous éprouvons à être ensemble, à continuer certaines de nos activités comme si de rien n'était, comme si nous ne savions pas. Les membres de sa famille font de leur mieux, mais il est une certaine normalité des rapports qui leur est difficile à cause de leur grande peine. Il y a aussi certaines sujets de discussion qu'elle me réserve. Et puis, j'ai l'impression d'engranger des souvenirs, de faire le plein sur cette amitié qui me manquera tellement un jour. C'est si triste de savoir déjà.

Je fais de mon mieux pour ne pas négliger les autres personnes de ma vie et je dois dire que de les voir ou de leur parler me ramène dans une réalité différente, plus joyeuse, mais qui existe tout autant. Mercredi, alors que ma courageuse amie était occupée à quelques visites médicales, j'ai pris un long brunch avec deux anciens compagnons de travail que j'aime bien et puis, comme je me dirigeais vers ma voiture pour aller faire quelques courses, j'ai croisé deux amis avec qui j'ai longtemps fait de la politique, qui allaient prendre leur repas du midi. À leur invitation, je me suis jointe à eux mais n'ai évidemment pas mangé. Ce sont deux hommes d'expérience en politique et je fais confiance à leur jugement. Nous avons longuement discuté du contexte actuel en cette matière et j'y ai pris beaucoup de plaisir.

Je relis mon texte et je ne suis pas satisfaite. Le fait que je ne tienne pas souvent ce journal me nuit. Je ramasse dans une entrée des événements de plusieurs jours, sans approfondir. Il faut donc absolument que je trouve le moyen de combiner mon souci de discrétion à l'égard de mon amie et ma vie quotidienne avec ses petits bonheurs, parce qu'il y en a. Je n'ai pas le temps d'en écrire plus à ce propos, mais je vais faire un effort pour être plus régulière. Pour le moment, je dois me préparer : le grand copain viendra me chercher dans quelques minutes pour m'amener dans notre restaurant préféré. Je ne mettrai donc en ligne qu'à mon retour. Mais bon, je prends tout de même le temps de citer mon cher Julien Green.

"Gentillesse de la Providence pour moi. Toute ma vie j'ai été aimé et protégé, même dans ce qui m'était refusé, même et surtout."








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