Au bonheur du jour




Le mois de mars 2007

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samedi le 17 mars

Au lieu d'aller dormir, je me suis préparé une pleine théière de thé blanc, bien décidée à venir enfin écrire quelques lignes. Je m'ennuie de ma vie, happée que je suis depuis quelques semaines par le contexte politique actuel et la campagne électorale si fatigante et inquiétante qui, comme pour bien d'autres bénévoles, m'absorbe complètement. Les quelques heures que je n'y travaille pas activement sont occupées par la lecture des quotidiens et sites internet qui y sont consacrés et ma télé demeure branchée sur les postes d'information continue. Or, aujourd'hui, la tempête de neige commencée hier soir m'a retenue prisonnière à la maison, les déneigeurs débordés ayant trop tardé à venir déblayer. J'ai d'abord tourné un peu en rond, espérant entendre le bruit des tracteurs, puis j'ai décidé de préparer un potage, un plat mijoté, de faire quelques brassées de lavage, et de prendre soin de mes plantes vertes que j'avais négligées comme le reste. Et surtout, surtout, j'ai fermé la télé. Bon, quelques longs appels téléphoniques de personnes ne m'ayant pas rejointe depuis quelque temps m'ont cependant gardée dans le climat électoral, échangeant et soupesant différentes hypothèses à partir de nos diverses expériences dans ce domaine.

Hier, j'avais quand même pris quelques heures pour m'occuper de ma vieille dame à la mémoire défaillante, ce qui m'a d'ailleurs fait le plus grand bien, me forçant à remettre un peu d'ordre dans mes priorités, à savoir reconnaître là où je suis vraiment utile, là où je puis vraiment faire une différence. Avec elle, j'avait l'impression d'être sur une autre planète, dans un tout autre univers. J'étais d'abord allée faire ses courses, puis j'ai pris le temps de manger avec elle, de l'écouter me raconter diverses anecdotes que je connais déjà et j'étais heureuse de la voir rire de si bon coeur. Parce que ce n'est pas le repas pris avec le grand copain il y a quelques jours, ni cet autre dans un restaurant chinois avec un ami de longue date, que je n'avais pas vu depuis quelques mois, ni ce café de milieu d'après-midi avec mon plus vieil ami qui me sortent du contexte électoral, non plus que les conversations avec ma fille qui est tout aussi préoccupée que moi. L'autre soir, en sortant du comité, j'ai été surprise et touchée, en démarrant ma voiture, d'entendre à la radio la version chorale de la Pavane op. 50 de Fauré superbement interprétée lors de la retransmission d'un concert. J'en suis devenue nostalgique. J'ai constaté qu'il n'est pas normal pour moi de si peu écouter de musique comme de ce temps-ci, non plus que d'autant négliger la lecture, y compris celle de mon éternel Julien Green. Je néglige tout autant ma vie intérieure et j'ai d'ailleurs, à cet égard, raté une très intéressante conférence, n'ayant pas pu me libérer à la dernière minute.

Je disais plus haut que je m'ennuie de ma vie, du moins de ce qu'elle est devenue depuis que j'ai cessé de travailler. C'est tellement vrai! J'ai l'impression d'être moins capable de savourer le quotidien et j'ai de la difficulté à vraiment me concentrer sur les humains que je croise, à mettre toute la chaleur que je souhaiterais dans les échanges qui se font si rapidement et parfois avec une certaine pression, parce que je suis emportée par le tourbillon. Il y a des gens que je côtoie actuellement pour qui les résultats électoraux pourraient avoir des conséquences directes sur leur vie et j'ai déjà, quand j'étais plus jeune, fait partie de cette catégorie. Bien sûr, cela fait partie du jeu et on le sait quand on accepte de travailler dans ce domaine. Mais il y a, en plus, les convictions politiques, l'attachement à une cause, une certaine vision de la société que l'on a à coeur. Bien évidemment, ce qui doit primer par dessus tout cela, c'est la démocratie, le respect de la démocratie. Mais il y a toujours des perdants quand la démocratie s'exerce, quand le peuple s'exprime. Et, tout cynisme mis à part, il faut admettre que, bien que différentes, les intentions et les convictions des perdants et des gagnants émanent souvent de motivations tout aussi nobles.

Bon, je répète que je m'ennuie de ma vie et je constate que je suis fragile, qu'il est bien facile de me laisser emporter loin d'une certaine intériorité. Le rythme des dernières semaines me fait perdre de vue une partie de l'essentiel et je sais que je ne puis pas m'en passer. Heureusement, on ne revient pas en arrière dans la vie et dans dix jours je retrouverai mon quotidien.

Ce soir, j'ai eu de la difficulté à trouver une musique dans laquelle je me sente confortable pour la rédaction de cette entrée dont j'avais tant besoin et qui m'a fait beaucoup de bien. Et, je ne sais pas trop pourquoi d'ailleurs, après avoir un peu au hasard essayé les "24 Préludes" de Debussy et les Sonates pour piano et violoncelle de Beethoven, ce sont finalement les magnifiques "Concertos pour piano" de Chopin, interprétés par Krystian Zimerman qui m'ont accompagnée.

"Tout s'arrange mal, mais tout s'arrange... Sage prévision humaine. Au-delà, il y a l'espérance." (Julien Green)








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