Au bonheur du jour




Le mois de janvier 2007

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samedi le 27 janvier

Je m'approche à nouveau lentement de moi-même. Pas question de m'effaroucher et de me faire quitter ce clavier, il faut que j'apprivoise à nouveau l'être un peu éparpillé que je me suis laissé devenir depuis un moment. Plus éparpillé parce que, entre autres, j'ai mis de côté ce repère. On en est déjà au quatrième samedi de janvier et je n'étais pas encore venue ici. J'aime le samedi, bien que je ne m'explique pas encore que ce sentiment d'école buissonnière, de vacances imprévues me soit resté. Je pense que cela date du début de ma renaissance, il y a déjà si longtemps, quand la vie m'est redevenue plus douce, que mon autonomie reconquise et ses importantes responsabilités inhérentes se sont faites calmes et sereines. Quand la paix s'est réinstallée au creux de moi. J'aimais ces samedis alors que tout faisait relâche et que la vie agitée se calmait pour que je puisse me centrer sur ma fille et moi-même, pour un moment de détente. J'ai souvenir d'odeurs de café, d'éclats de rire de ma fille encore petite avec son chat, du soleil qui traversait persiennes et rideaux du salon pour venir dans ce décor un peu vieillot de notre appartement d'alors. Et puis, Mozart avec ses concertos. Comme nous étions bien. Que j'étais jeune alors, mais je ne le savais déjà plus.

Je disais donc que nous en sommes au quatrième samedi de ce janvier. Ma grippe et ses complications ont été tellement mauvaises et ont tellement duré que je n'ai même pas pensé à prendre de résolutions pour la nouvelle année. Mais j'avais quand même, là derrière la tête, l'idée de revenir ici et de recommencer, par un beau samedi. Aujourd'hui, Mozart n'est pas convié, il a fait place aux "Sonates pour flûte et basse continue" de Michel Blavet, et le thé s'est substitué au café. Il est déjà trois chats plus tard et la petite fille devenue bien grande revient quelques fois le samedi. Mais tout est là encore en moi, qui me permet de retrouver cet état d'esprit d'un samedi de bonheur tranquille.

J'ai beaucoup lu les autres dernièrement. Toujours cet appétit des humains, de leurs sentiments, de leur vie, de leurs efforts. Je suis vorace à cet égard et j'apprends, j'apprends toujours. Je n'aurai jamais fini d'apprendre.

Les grands froids sont de retour. Après ce temps anormalement clément pour la saison, je les ai accueillis avec soulagement, presqu'avec joie. Je ne partirai pas demain vers la très grande ville. C'est au tour de ma fille de ne pas encore en avoir fini avec sa vilaine grippe. Nous venons de longuement nous parler. Il y avait coïncidence entre nous, j'ai senti sa confiance et c'était bon. Mais, j'y pense : d'une manière différente, elle a quand même fait partie de ce samedi après-midi... Cette semaine, deux rencontres avec le grand copain. La première avec des amis de longue date, que les obligations professionnelles avaient éloignés durant quelques années et, l'autre, un repas cette fois partagé avec d'anciens collègues de travail. La première, tellement bien commencée, s'était terminée sur un malentendu qui, heureusement et à mon grand soulagement, a été corrigé dès le lendemain. L'autre aura tout simplement été parfaite.

"Que c'est drôle d'être soi-même. Enfin, me dis-je, je m'y habituerai. J'ajoute, in petto : il serait temps."
(Julien Green, le jour de ses 97 ans)








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