Au bonheur du jour




Le mois de février 2007

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mercredi le 7 février

Je viens de me refaire du thé. La cuisine sent encore les pommes chaudes. Je les laisse reposer, complètement refroidir à la température de la pièce, puis, je les passerai à la moulinette pour les mettre en compote. Ce n'est qu'ainsi que j'arrive à extirper tout le rouge de leur pelure et à donner cette belle couleur rose à la chair. J'en ai aussi profité pour préparer une mayonnaise. C'est vraiment une journée très tranquille.

Quelques conversations téléphoniques qui m'ont réjouie, avec des personnes chères, dont cette vieille amie de ma mère que j'aime tant. Je remarque qu'il faut maintenant hausser la voix avec elle, mais son esprit est encore si vif et sa conversation si intéressante. Je ne la verrai qu'au printemps lorsqu'elle reviendra dans ma ville pour des tests. Je l'appelle régulièrement, mais j'ai toujours peur d'une fois à l'autre que ce ne soit la dernière... Si jamais j'ai à vivre aussi longtemps qu'elle et que j'aie, moi aussi, besoin de soins, comme je souhaiterais pour mon entourage que je puisse être aussi agréable.

Je suis sortie ce matin pour prendre quelques photos, à cause de la luminosité qui était si belle. Je ne maîtrise pas encore ma caméra, les résultats ne coïncidant pas avec la beauté qu'ont pourtant captée mes yeux. Évidemment quelques photos de ma douce terreur (je suis passée d'une mignonne tornade à une douce terreur...) Mais malgré sa douceur, elle mordille encore, je dois toujours un peu me méfier. Bon, ce n'est pas incompatible avec la douceur de son tempérament de base, ou du moins ce que je crois en percevoir quelques secondes à la fois. :-) Je pense que c'est la "pire" des chats que j'ai eus, je veux dire la plus enjouée, la plus énergique, la plus grimpeuse, elle parvient à ouvrir les portes d'armoires pour y dérober ses friandises que j'y conserve, elle a abimé quelques plantes et brisé quelques objets... mais elle me fait tellement rire. Si elle peut vieillir un peu que ma maison retrouve son apparence normale...

J'écris lentement, je prends mon temps. J'aime cette sensation d'avoir tout mon temps, cette fausse sensation en fait. Parce que le temps n'est pas immobile. Ce sont les mélodies au piano de Grieg que j'écoute qui contribuent à cette impression, et puis aussi ce qui m'est resté du merveilleux film Le grand silence de Philip Gröning que j'ai vu lundi. C'est mon cher ami cadeau qui m'en avait d'abord parlé, mais je ne pensais jamais qu'il m'impressionnerait autant. Plus qu'un simple beau film d'un habile cinéaste soucieux de belles images, je pense qu'il a vraiment cherché à comprendre le sens de ce mystérieux appel qui fait que des hommes soient aussi prêts à l'extrême don de soi. Il me semble que c'est le plus près que nous, les humains plus ordinaires, ne nous approcherons jamais de ce phénomène. Je partage leur foi, mais je n'aurais jamais été capable d'être heureuse, comme eux semblent pourtant l'être, hors des liens humains qui sont les miens avec les personnes que j'aime et qui habitent ma vie telle qu'elle est. Je trouve admirable une telle abnégation et un tel lien avec le divin et il est visible, dans le film, que ces hommes y ont trouvé leur équilibre et leur épanouissement. Pour en revenir au film lui-même, je me le procurerai certainement quand il sera disponible et il viendra rejoindre, chez moi, Baraka de Ron Fricke, autre film culte pour moi, tourné dans vingt-quatre pays, qui, sans porter sur le même sujet, aborde cependant, à quelques reprises, ce phénomène à travers le regard qu'il porte sur quelques religions présentes dans le monde.

Je disais donc que je prends mon temps. Et j'ai bien raison de le faire puisque, d'ici peu, ce temps sera bien sollicité. Les élections sont très proches. En voilà qui me tiennent à coeur et qui me le boufferont ce temps. Pour le moment, je vais mettre la dernière main (technique celle-là) à cette première entrée du mois de février. Combien suivront? Au moins quelques-unes, j'espère...

"Qu'est-ce que le monde ? Du papier collant. Qu'on le veuille ou non, nous y sommes collés." (Julien Green)

samedi le 17 février

Il a fait très beau aujourd'hui, mais c'était triste quand même. Dans la tempête de neige de plus de quarante centimètres que nous avons eue mercredi, un jeune athlète cycliste de 16 ans de mon coin de ville a disparu, alors qu'il était parti faire du jogging. Aux actualités, on a indiqué qu'il devait quitter dans quelques jours pour un entraînement en France. Depuis, la neige n'a pas été ramassée dans mon ancienne ville devenue quartier d'une plus grande, mais tout simplement repoussée le long des rues, pour donner une chance de le retrouver avant que les souffleuses ne s'activent. Et des bénévoles sont passés partout, avec des bâtons qu'ils enfonçaient dans la neige. Ils ont essayé de retrouver un corps puisqu'il était impossible qu'il ait survécu depuis, à cause de l'hypothermie. Ils sont passés plusieurs fois dans ma rue, transperçant les bancs de neige sur mon terrain comme sur tous les autres du quartier.

Hier, pour aller m'occuper de ma vieille dame à la mémoire défaillante, je circulais en automobile dans les rues rétrécies en couloirs. Les lugubres trous rapprochés et à intervalles réguliers dans les bancs de neige rappelaient ce drame et les recherches jusque-là restées vaines. Ce matin, dans la battue bien organisée, ils étaient près d'un millier à toujours rechercher le corps. Une fois de plus, un petit groupe est passé par ma rue. Je les voyais reperçant ce qui avait déjà été percé, enfonçant leurs pas dans le tapis blanc de mon terrain, toujours plus près de la maison. À peine quelques minutes après leur passage, la télé annonçait que le corps venait d'être retrouvé, à une dizaine de rues de chez moi. Il était enfoui sous la neige, au pied d'une falaise que le jeune homme avait probablement dévalée dans une chute.

Il y a peu de temps, je m'étais rendue sur la falaise pour y photographier un très beau et plutôt dramatique coucher de soleil : quelques lourds et très bas nuages rougis par les reflets, dans un magnifique ciel par ailleurs clair, semblaient embraser les arbres derrières lesquels ils passaient. Je faisais alors mes toutes premières expériences avec ma nouvelle caméra et j'en avais pris de nombreuses photos. Ce soir, je les ai regardées en écoutant les superbes "Sonates et Partitas pour violon seul" de Bach, que j'ai reçues aujourd'hui. Dehors, le ciel est couvert, mais la lumière des réverbères et du lampadaire sur mon terrain illuminent comme des diamants la neige qui a été crevassée par les chercheurs. Ah que la tempête a été cruelle. Je pense à la souffrance des pauvres parents, de la famille et des amis du jeune homme. Je ne connais personne de ces gens-là. Mais ce qui aurait pu n'être qu'une mauvaise nouvelle lue dans un quotidien, un fait divers qui n'aurait retenu mon attention que tout au plus quelques minutes, a pris une dimension tellement plus concrète. J'ai très hâte que les souffleuses viennent ramasser toute cette neige accumulée dans les rues, et hâte aussi qu'une autre chute de neige vienne réparer les crevasses et estomper ces cruelles et douloureuses empreintes qui doivent, comme autant de preuves de leur drame, venir meurtrir encore plus le coeur des proches de ce jeune homme, partout où ils circulent dans le quartier. En écoutant Bach, c'est vers eux que va ma pensée.









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