Au bonheur du jour




Le mois de juin 2006

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vendredi le 23 juin

Y a-t-il un jour meilleur qu'un autre pour reprendre le fil? Je choisis tout simplement celui-ci, même s'il n'a rien de bien particulier. Il fait soleil, doux et légèrement venteux. Et Kathleen Battle chante des arias de Mozart. Je m'en veux d'avoir laissé couler tous ces jours sans rien en retenir. Quand plus tard je reviendrai lire, je sentirai encore plus la fuite du temps dans ce silence qui s'est prolongé. Ces anecdotes, ces regards sur les choses et sur les gens, ces titres de musique qui égrènent des sons dans la mémoire, rien de cela pour me rappeler les petits bonheurs de chaque jour, rien de cela pour me souvenir que le temps s'était pourtant découpé en instants.

Un peu plus tôt, ce matin, jolie conversation avec le cher ami cadeau. Voilà qui a ralenti l'élan de cette journée où tout devait pourtant s'enchaîner rapidement. Et puis, un téléphone. Ma vieille dame à la mémoire défaillante n'est pas très bien. Nous ne nous verrons pas aujourd'hui. Déjà, la semaine dernière, elle avait eu un léger malaise alors que nous sortions d'un restaurant. Plutôt que de continuer à faire ses courses, je lui ai offert de la reconduire chez elle pour qu'ensuite j'aille seule à l'épicerie pour elle. J'étais très triste de la voir ainsi. Puis, dans l'auto, il y eut un petit moment extrêmement touchant que je ne veux absolument pas oublier. Comme je démarrais le moteur, la radio a fait entendre le concerto no 2 de Rachmaninov que j'aime tant. Elle s'est ressaisie, a commencé à chanter la mélodie en ondulant le rythme avec ses mains. Puis elle s'est retournée vers moi et m'a fait le plus merveilleux des sourires. J'étais tellement émue de la voir ainsi. Je savais qu'il me fallait fixer pour toujours dans ma mémoire ce magnifique moment. Derrière mes verres fumés, j'avais les yeux pleins de larmes et souhaitais de tout mon coeur les retenir pour qu'elle ne les aperçoive pas. C'est comme si doucement j'avais déjà commencé à lui dire adieu, parce qu'il le faudra bien un jour...

Hier midi, j'ai lunché avec cet ami que j'aime beaucoup, celui qui, dans mon entourage, est la preuve qu'on peut renaître de ses cendres. C'est tellement bon de le voir heureux. Je réalise combien mon attitude a changé à son égard. Il fut un temps où j'étais très inquiète pour lui, alors que tout avait flanché en même temps : sa santé, sa vie de couple et familiale, et aussi sa carrière. Et maintenant je puis avoir avec lui une conversation tout à fait normale et, sans ressentir le besoin de le ménager, aborder n'importe quel sujet, sans aucune arrière pensée. J'adore l'entendre rire, me parler de sa nouvelle vie qui commence à avoir fait ses preuves et de ses mille et un projets. Bon, c'est vrai que j'ai dix ans de plus que lui, mais il me semble que, lui, il rajeunit! :-) Nous avons prolongé notre repas. Tout était bon, l'atmosphère, le rythme, le vin, les steaks, la communication. Et, bien sûr, les longs cafés.

Puis-je, sans que cela ne fasse fouillis, retenir quelques moments précieux des jours enfuis? Chez moi, le très agréable anniversaire du grand copain et, littéralement, son ravissement devant les cadeaux que je lui ai choisis. Ce qui est exceptionnel, tant il est habituellement difficile de le surprendre et de vraiment lui plaire à cet égard. Je me souviens de certaines catastrophes dont, la pire fois je pense, le Noël où je lui avais donné des jeux pour l'ordinateur qu'il venait de se procurer. Je ne sais pas du tout à quoi j'avais pensé! Je ne pouvais pas faire pire erreur. Il m'avait regardé avec des yeux tout simplement ébahis. C'est là que j'avais compris qu'il ne lui servirait que pour les emails et encore... :-) Bon, c'était avant que je n'aie moi-même un ordinateur : je m'étais donc, fort probablement, projetée dans ce cadeau. Depuis, il a toujours été dépassé par mon intérêt pour mon ordinateur et mes activités sur internet dont il ne soupçonne pas l'ampleur. :-) S'il savait que (parfois...) je tiens un journal en ligne! Il faut dire cependant qu'il a été très agréablement surpris quand, l'été dernier, il a rencontré mon cher ami cadeau et que celui-ci lui a cuisiné tout un festin. Bon, autre instant précieux : l'anniversaire de ma fille. Moment tout à fait privilégié, que je célèbre de tout mon coeur. Nous n'étions que cinq, son conjoint étant encore à l'étranger, mais les amis qui étaient ici sont de ses très intimes. Encore là, les cadeaux ont plu. Si ce n'est un mauvais petit regard froncé qu'elle m'a destiné, parce qu'elle trouvait que je l'avais trop gâtée. J'ai adoré! :-) Et enfin, dernier petit bonheur, une belle découverte : un cd de musique pour piano de Tchaïkovski, interprétée par Sviatoslav Richter, dont "Chanson triste", merveilleuse et toute simple dont j'ai trouvé la référence dans le Journal de Julien Green. En cherchant une citation en particulier, je suis tombée sur un passage qui ne m'avait pas frappée la première fois que je l'avais lu et que cette fois-ci j'ai retenu :

"La "Chanson triste" qui me hante depuis mon enfance et que je n'ai pas entendu jouer depuis 1907 ou 1909 est de Tchaïkovski (douze morceaux pour piano, difficulté moyenne, op. 40). Que ne donnerais-je pour l'entendre encore! Elle me ravissait, me versant au coeur cette étrange mélancolie du compositeur russe."
Il avait écrit cette entrée le 13 août 1960, soit 38 ans, jour pour jour, avant son décès. Je me suis empressée de faire une recherche sur internet et d'aller en entendre un extrait que j'ai bien aimé. J'en ai aussi trouvé la partition. Et, le jour suivant, je suis allée m'acheter le cd qui est superbe et dont la critique est très élogieuse. Une très belle acquisition. Bon, je viens de relire tout ça. C'est bien ce que je pensais, oui, ça fait fouillis. Et puis c'est si long!

Et pourtant, il faut encore que je dise que, ce soir, prendra fin une série d'entretiens sur un sujet merveilleux. Ils m'auront profondément marquée, et de la meilleure façon qui soit. Et là, il faut que je quitte. Je dois absolument aller faire le plein de bonnes choses à cuisiner. Mon filleul adoptif arrive demain avec sa femme et leur bébé. Ils viennent fêter la St-Jean avec moi. C'est leur premier petit voyage depuis la naissance du bébé. J'ai le goût de les choyer.









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