Au bonheur du jour




Le mois de septembre 2005

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samedi le 24 septembre

Revenir vers moi. Je suis fragile et mon écriture est inconstante. À cet égard, un rien me désarme. Moi, la fidèle jusqu'à l'absurde, c'est envers moi que je commets mes infidélités, c'est moi que je laisse tomber. J'ai déserté mes deux refuges, celui-ci comme l'autre, le très secret, celui qui, caché, m'est encore plus essentiel. Et pourtant...

Des images ont persisté, pour lesquelles des mots me viennent. Des ciels magnifiques. La lune rousse, les étoiles à l'infini, quelques filantes au début de septembre, et puis les ballets surréalistes et gigantesques des aurores boréales. Une toile d'araignée patiemment tissée, la plus grande et la plus belle que je n'aie jamais vue, toute rose dans le soleil couchant. Quelques feuilles qui rougissent, les fleurs des jardinières qui s'étiolent, marquées par le sceau des nuits froides. Entre des dates repère, parfois une continuité, parfois des contrastes. Deux samedis se sont succédés avec chacun des retrouvailles, en groupes, de gens, qu'ils soient famille ou amis, qui se voient rarement, notamment à cause des distances. Belles occasions pour moi de faire le point. Autour de tables conviviales, j'y ai retrouvé de l'affection, des rires et le sentiment très serein qu'une partie de moi appartient toujours à ces êtres qui me demeurent chers, même si je les vois peu. Avec les membres de ma famille, l'impression, plus forte encore au fur et à mesure des années qui passent depuis la mort de ma mère, que je suis celle à laquelle on se réfère pour la continuité. Comme s'il y avait un consensus implicite qu'on m'en avait transmis le flambeau.

Des absurdités aussi. Un jour, frissonner sous un lourd gilet de laine. Puis quelques jours plus tard, par un temps anormalement chaud, alors qu'il ne devrait pas faire 30º dans cette impossible journée de smog, et dans la flambée des prix, négocier celui du mazout pour les froids de l'hiver. Et puis, ce nouveau garage de toile à commander. L'expérience de l'année dernière a été concluante, je choisis le confort et la facilité plutôt que l'esthétique et le combat contre les éléments. Et enfin, les pneus à neige à acheter pour ma nouvelle voiture. Bref, une chose est absolument certaine, mes sous s'envoleront.

Ce matin, le soleil s'est levé dans des teintes d'or rosé. Je ne veux pas oublier combien étaient magnifiques ses reflets sur la vigne grimpante, sur la tonnelle de mon petit jardin, sur le gazon, sur les maisons voisines et sur les grands arbres en face de chez moi. Une cinquantaine de corneilles rassemblées dans ces arbres faisaient un bruit assourdissant. Elles devraient bientôt quitter, mais le temps est encore tellement beau que j'ai le sentiment qu'elles prolongent leur séjour. Pour ma part, j'ai le goût de profiter de cet automne qui s'annonce superbe, mais je crains d'avoir à en sacrifier une partie : j'ai de nouveau été sollicitée pour prêter mon concours à l'organisation des élections, municipales cette fois-ci. On souhaiterait que j'assume le même type de responsabilité que d'habitude. Cette fois-ci pourtant, je ne voudrais pas trop investir ni de mon temps, ni de mon énergie et ni de mon implication. Je dis cela, mais je sais bien qu'une fois embarquée, je me donnerais trop entièrement. Alors très franchement j'hésite et je me donne quelques jours de réflexion avant de rendre ma réponse.

Ma fille, mes amis et mes vieilles dames ont, comme toujours, été très présents durant l'intermède qu'a connu mon journal. Je suis particulièrement touchée d'être, en ce moment, le lien entre deux personnes qui pourraient partager un beau projet. Cela viendrait en quelque sorte corriger une situation qui a été faussée au détriment de l'un il y a plusieurs années, et cette possibilité me rend très heureuse. J'ai aussi particulièrement aimé une rencontre, mercredi dernier, avec la très vieille dame amie de ma mère, celle qui est handicapée. Notre conversation était très intime et je pense l'avoir rassurée à certains égards. À un moment donné, ses yeux sont devenus brillants, elle m'a souri et a chaleureusement saisi mes mains. J'étais très émue de la confiance qu'elle m'avait accordée, puis de sa réaction, et j'en ai ressenti beaucoup de joie.

Ouf, il est très tard. Il est plus que temps de fausser compagnie au pianiste Pascal Rogé qui m'a si agréablement soutenue, avec de la musique de compositeurs français, pendant tout le temps consacré à la rédaction de cette entrée qui ne fut pas facile à écrire. Je rouille si vite. Je ne devrais jamais me jouer le sale tour de me mettre, moi-même, des bâtons dans les roues.









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