Au bonheur du jour




Le mois d'octobre 2005

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Aujourd'hui

dimanche le 2 octobre

Il est encore tard, très tard et Pascal Rogé joue Satie. J'aime le piano seul dans la nuit. Il ne reste que l'éclairage de l'écran.

Je suis à la fois négligente et occupée et je n'ai pas encore pris le temps de ramasser les débris que le vent a laissés, il y a quelques jours, sur mon terrain. La cime d'un de mes sorbiers s'est effondrée sur la table à pique-nique dans le jardin et une multitude de bouts de branches jonchent le sol un peu partout. Presque tous les fruits rouges des sorbiers ont été arrachés et sont parsemés un peu partout. On peut donc facilement prévoir que je n'aurai pas la visite des jaseurs des cèdres en février prochain. Près de la petite chapelle, un magnifique conifère, vieux et haut de taille, a été arraché. Toute la région a été affectée, un beau dégât. C'est évidemment fort peu si on compare cela aux malheurs environnementaux des régions sinistrées dans le pays voisin, mais, lorsque les vents se font ainsi violents et bruyants, il devient facile d'imaginer la panique qu'on peut ressentir quand les éléments sont vraiment déchaînés. On en perd ses repères. Cela avait été précédé par une centaine de millimètres de pluie tombés en quelques heures, causant aussi des inondations dans certains coins de la ville. À un moment donné, le même jour, alors que je me rendais à une réunion politique, j'ai aperçu un demi arc-en-ciel. J'en ai, comme toujours, ressenti un apaisement.

Aujourd'hui, la journée a été tout simplement magnifique, chaude comme je ne m'en souviens pas pour un début d'octobre. Et ce n'est même pas encore l'été des indiens. Je pensais avoir le temps d'aller passer quelques heures au chalet, mais j'ai dû changer mes plans. J'ai été retenue par l'anniversaire de naissance de la seule soeur encore vivante de mon père, qui s'est prolongé bien au-delà du temps que j'avais prévu. Après le restaurant où plusieurs autres membres de la famille étaient réunis, je suis allée, à sa demande, chez elle dont je suis très proche. Nous avons regardé ensemble de vieilles photos et elle m'en a données que je n'avais jamais vues de mon père, petit garçon et jeune homme. Elle est remontée dans ses souvenirs, dévoilant des aspects de mon père que malheureusement j'ignorais. Je ne sais pas où est passé ce jeune homme des photos, celui que j'aurais tant voulu connaître. Je pense que sa vie avait déjà été difficile et qu'il n'existait déjà plus quand mes frères et moi sommes nés.

Ce qui m'a frappée encore plus, ce sont deux lettres, perdues parmi toutes ces vieilles photos, écrites par quelqu'un envers qui j'ai toujours eu des réticences et des sentiments mitigés, (effets d'illusions ou souvenirs confus? encore aujourd'hui, je ne puis franchement pas dire). Cette personne est décédée alors que j'étais trop jeune encore, avant que je puisse véritablement démêler le faux du vrai et faire la part des choses, trop prise que j'étais dans d'autres types de problèmes. Ces lettres très intimes et visiblement très sincères, adressées à d'autres personnes, laissaient entrevoir quelqu'un d'extrêmement sensible, blessé d'une certaine manière, et plein de bonté. J'en ai fait la lecture à haute voix pour ma tante et en ai rapidement eu les larmes aux yeux. Moi qui n'ai jamais pu mentionner à personne mes réticences et mon questionnement, peut-être que dans ma tête et dans mon coeur j'ai été injuste durant toutes ces années. Et si j'avais même un peu raison, cela n'a plus aucune importance. Aujourd'hui et pour toujours j'ai fait la paix. Je suis très reconnaissante d'avoir pu lire ces lettres dont je vais me faire une copie que je garderai précieusement.

Même si les pétunias des boîtes à fleurs ont terminé leur saison, ainsi que toutes les fleurs des plates-bandes du jardin, les impatiens des corbeilles suspendues sont encore très belles et il reste quelques roses blanches chez le voisin, que je puis apercevoir par le fenêtre de la cuisine. J'ai réinstallé la barrière du balcon que le vent avait arrachée et ma mignonne tornade peut encore profiter de la quiétude de son petit royaume. Et puis, un peu plus tôt ce soir, découverte au fond du panier acheté au marché, parmi toutes les autres, une poire absolument parfaite, de la bonne couleur, avec encore deux feuilles intactes attachées à son pédoncule. Ça. c'est un vrai petit bonheur.







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