Au bonheur du jour




Le mois de novembre 2005

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mardi le 1er novembre

Et puis hier, j'ai eu le goût, non je dirais plutôt, j'ai senti le besoin d'aller au chalet. Je sortais de deux réunions sur des sujets diamétralement opposés. Et j'avais eu la sensation de ne pas être tout à fait là. Oh, j'avais été adéquate, j'avais dit ce qu'il fallait dire, convenu d'évidences, mais le coeur n'y était pas. Dehors, le temps était superbe, ensoleillé et doux, je disposais de quelques heures et je suis partie. Dans le coffre arrière de mon auto, des souliers à talons plats, qui ne seraient sûrement pas l'idéal mais qui suffiraient pour marcher dans le champ en arrière, vers la forêt. Je me dirigeais vers mon refuge dans la nature, vers ma cathédrale à ciel ouvert. J'avais besoin d'être réconfortée.

À un moment, dans une courbe serrée, alors que je roulais à vive allure, un grand matelas gisait sur le pavé, vraisemblablement tombé d'une camionnette que j'aperçus alors un peu en avant, tandis que des voitures s'en venaient rapidement en sens inverse. Je n'ai eu aucun choix et, même en freinant, j'ai frappé le matelas, la roue droite avant l'écrasant. Je voyais un homme, les bras en l'air, qui courait pour venir le récupérer. Frapper un matelas sur une route, c'était complètement surréaliste.

Plus j'approchais du village, plus le ciel se couvrait, et puis la pluie a commencé. Quand je suis arrivée au chalet, elle tombait à verse. Je ne pouvais même pas penser sortir dans la pluie puisque, partie sur l'impulsion du moment, je n'avais pas apporté mon parapluie, et ma mante de laine d'alpaca risquait d'être ruinée. Rien non plus ne m'invitait à entrer dans le chalet, où l'eau et l'électricité avaient déjà été coupées, en prévision de l'hiver. Et puis, fragile, je craignais que les absences ne s'y fassent trop lourdes. Je suis restée là, dans ma voiture, à regarder tomber la pluie. Le champ en arrière de la maison était libéré, les moissons l'avaient redonné pour les promenades. Je voyais au loin les montagnes dégarnies, le vert des conifères et le jaune des aiguilles des mélèzes faisant contraste avec la tristesse du paysage. Il y avait longtemps que je n'avais pas ressenti autant de solitude, une solitude froide et négative, si difficile à porter quand on doute de soi. J'ai fini par reprendre le chemin vers ma ville, me suis arrêtée en passant au village pour y faire quelques courses, acheter de grosses olives et un pain de blé. Puis je me suis rendue à une autre réunion. Les gens y étaient heureux, puisque le travail va bon train et que tout s'annonce bien. Mais encore là, mon coeur n'y était pas. Je ne suis pas restée bavarder avec les autres, je pense que j'aurais pleuré. Je me suis dirigée vers la petite chapelle, et suis restée là, sans parole et sans prière, espérant une légèreté qui me faisait défaut, une sérénité qui s'était enfuie et qui ne me revenait pas. Il est des jours sans.

Aujourd'hui je n'ai presque rien fait, sinon décidé d'enfin écrire cette page. J'ai peu communiqué, m'en tenant à l'essentiel. Demain je reprendrai le collier, je rattraperai le retard encouru. Puis j'essaierai de sortir de mon cocon et d'ouvrir de nouveau mes yeux sur mes petits bonheurs.

"J'ignorais que la grâce n'est pas sensible." (Julien Green)








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