Au bonheur du jour




Le mois de juillet 2005

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samedi le 9 juillet

Il est tôt samedi matin, la maison est silencieuse et le cher ami cadeau dort tout près, dans la chambre de ma fille. Pour le moment, je ne mettrai rien en ligne puisque le système internet est encore branché sur son propre ordinateur, incompatible avec le mien. Le temps venu, je pense qu'il faudra communiquer de nouveau avec le serveur et faire faire la transition nécessaire. En ce qui concerne mon journal, je viens de finaliser deux dernières entrées au mois de juin, d'en ajuster les aspects techniques puis de compléter la page des archives.

Je ne sais pas trop par quoi commencer ni comment traiter de cette rencontre avec le cher ami cadeau. J'ai bien, sur cette feuille de calepin, là tout à côté, la liste de nos quelques jours ensemble, avec des mots qui rappellent des images, des lieux, des parfums dans la cuisine, des paysages, de la musique, des boutiques, des heures et des heures de conversations, des confidences, et des éclats de rire. Des moments très précieux pour moi. Je ne puis pas parler de découverte, je dirai plutôt confirmation de ce que j'avais pressenti, la suite naturelle de liens déjà tissés. Ces liens sont en effet là, bien réels, malgré les différences culturelles, de circonstances de vie et de générations. J'ai été très heureuse de lui faire rencontrer et de le présenter à quelques personnes qui me sont chères. Nous sommes allés dans la très grande ville, d'abord parce que je voulais que nous voyions ma fille qui connaît l'importance qu'a pour moi cette relation, avec qui nous avons partagé quelques heures plus qu'agréables. J'étais absolument ravie de voir leur connexion immédiate, leur sensibilité commune, la compatibilité de leurs sens de l'humour. J'avais l'impression que le temps s'était arrêté. Plus tôt dans la journées, j'avais aussi pris un très grand plaisir à lui présenter ma sage et compétente amie dont il lit et apprécie grandement le journal et qui le lit aussi avec un intérêt soutenu. Les conversations ont tout de suite été faciles, les heures se sont envolées d'abord dans un bistro, puis en bouquinant, et finalement autour d'un verre. En soirée, nous sommes d'ailleurs à nouveau passés chez elle avec ma fille avant de reprendre la route vers ma ville. Enfin, jeudi, ce fut au tour du grand copain, pour qui l'ami cadeau a tenu à cuisiner un repas exquis. J'attachais beaucoup d'importance à cette rencontre puisque je savais qu'il plairait beaucoup à mon grand copain, le sceptique qui a de gros préjugés négatifs à l'égard des liens tissés grâce à Internet. Et la magie a heureusement opéré tant au niveau gastronomique que personnel. Je n'en suis pas peu fière. Nous avons dû mettre de côté plusieurs projets que nous avions pour ces quelques jours, le temps filant trop vite. Ce sera pour une autre fois.

lundi le 11 juillet

Hier, en fin de soirée, le cher ami cadeau a pris l'avion pour retraverser l'Atlantique. Heureusement, à l'heure du souper, ma fille qui venait passer quelques jours de vacances chez moi était déjà arrivée, entre autres pour pouvoir revoir le cher ami cadeau avant son départ. Cette visite était très bienvenue, notamment parce que j'aurais trouvé la maison bien vide après le départ de mon invité, mais aussi parce qu'elle venait enjoliver et alléger les dernières heures de son séjour chez moi qui lui ont malheureusement été difficiles. En ce moment, il est tard et c'est ma fille qui dort de nouveau dans sa chambre tandis que j'essaie de faire le moins de bruit possible pour ajouter une entrée à ce journal. Tout à l'heure, nous étions sur la rive du lac devenu miroir du ciel, dévorées par les moustiques, mais écoutant les chants désespérément beaux que les huards lançaient dans la nuit. La canicule de nouveau présente nous avait amenées chez cet original ami que nous aimons beaucoup, celui qui prend tendrement soin de sa très vieille et très malade mère. J'ai passé l'après-midi alternant entre l'enfilage de péridots pour me faire un long collier et la lecture d'un tome du Journal de Green. Ma fille et cet ami ont fait une longue randonnée à bicyclette et je suis restée avec cette vieille dame. Elle était là, assise dans son fauteuil roulant, coiffée d'un joli chapeau de toile et elle regardait silencieusement le lac avec un demi sourire, perdue dans ses pensées la plupart du temps nébuleuses. Elle me semblait bien loin, comme déjà un peu partie de cette terre.

Très tôt dans le petit matin, je m'étais levée mal à l'aise et inquiète, et j'avais vu les rayons du soleil levant illuminer de leur chaude couleur les pétunias des boîtes à fleurs du balcon . À l'arrière de la maison, j'entendais les désagréables et grégaires cisquailles qui faisaient bruyamment une attaque en règle sur les provisions des mangeoires. Depuis quelques semaines déjà, leur présence agressive a tenu à l'écart les geais bleus et les cardinaux rouges. Il y a bien, parfois, quelques petites mésanges qui se risquent à la sauvette. Quand les gloutonnes noires auront tout mangé, je laisserai les mangeoires vides pendant plusieurs jours de manière à ce qu'elles se lassent d'attendre. Et puis, toujours ce matin, sur le grillage de la porte de la cuisine, les minuscules papillons de dentelle transparente si bien découpés semblaient collés à la surface. Mais il suffit de souffler très légèrement dessus pour réaliser qu'ils sont bien en vie, qu'ils ne sont pas faits de papier de soie et qu'ils choisissent de demeurer confortablement là. Quel est le destin des petits papillons qui sont là, dans la porte de ma cuisine, sinon de témoigner de la beauté?

Et enfin, parce qu'il y a bien longtemps déjà, ce beau passage lu cet après-midi sur le bord du lac :

"L'arc-en ciel, éternelle déclaration d'amour de l'infini à notre terre de violence. On pourrait s'étonner de la persévérance du message qui ne parle que de réconciliation. Inutile de dire qu'il n'y a là qu'un phénomène naturel ; quelque chose, un espoir fou, fera battre le coeur un peu plus vite pourvu qu'un reste d'enfance nous incline encore à l'espoir. Le silence est le grand langage de Dieu et il ajoute cet immense tracé phosphorescent où pour un peu on croirait suivre le geste d'une main d'une douceur toute-puissante." (Julien Green)

mercredi le 13 juillet

Encore une fois il se fait très tard. Ma fille ne dort pas, elle est sortie avec quelques amis. C'est moi qui ai sommeil ce soir, mais le temps trop lourd me garde loin de mon lit. Habituellement, deux ou trois fois dans l'été, m'effleure l'idée de faire installer la climatisation dans la maison. Mais je trouve cela tellement inesthétique que je passe facilement là dessus, n'ayant pas du tout le goût d'en parer la fenêtre de ma chambre qui donne à l'avant de la maison. Cette année, cependant, la canicule et l'humidité qui l'accompagne semblent battre tous mes records personnels d'endurance sinon ceux de durée réelle. Ou bien c'est moi qui vieillis... ;)

Le collier de péridots est dans mon cou, je l'ai terminé cet après-midi, toujours sur le bord du lac. Cette fois-ci, au réveil de sa sieste, la vieille dame malade était d'un tout autre état d'esprit. Toujours dans sa bulle, mais suffisamment consciente pour dire des méchancetés bien dirigées, elle semblait souffrir. Douleur physique ou lassitude de vivre? Bien difficile de savoir. J'admire la patience d'ange de son fils lui qui, dans les autres secteurs de sa vie, a toujours été plutôt exigeant... Il lui est beaucoup, beaucoup demandé. Je me suis lentement approchée d'elle, en lui parlant d'une voix douce. Elle a levé vers moi un regard vitreux et j'ai tendu ma main comme vers un petit animal apeuré. C'est vers moi que ses méchancetés se sont alors dirigées. Je lui ai doucement massé le dos, et elle s'est apaisée, conservant toujours ce regard vitreux. Deux pensées m'ont traversé l'esprit. Je n'aurais jamais pu supporter cela venant de ma propre mère, j'aurais été incapable de raisonner, de faire la part des choses et j'en aurais eu le coeur brisé. Mais la plus importante : Dieu fasse que, même sans le vouloir, jamais je n'impose cela à ma propre fille.

vendredi le 15 juillet

Je suis de nouveau seule chez moi, ma fille ayant quitté hier en fin de journée. Ma petite maison me semble bien grande et bien calme. La mignonne tornade, elle, a retrouvé ses aises, elle règne de nouveau dans mon royaume. Le cher ami cadeau l'avait trouvée sensible et fragile. Je souris puisqu'en ce moment, elle gambade dans une course folle dans le corridor et l'escalier, évitant, je ne sais comment, de débouler en bas. Double personnalité? Qui donc est la vraie mignonne tornade?

Cet après-midi, j'ai vu ma vieille dame à la mémoire défaillante, celle que je sors habituellement une fois la semaine. Depuis quelque temps j'avais dû la négliger, puisque j'avais été accaparée par les travaux à la maison et aussi à cause de mes visiteurs. Je ne l'ai pas trouvée très en forme et j'ai remarqué que sa mémoire avait encore décliné. Je crains que ses médicaments spécialisés n'aient atteint la limite de leur efficacité. Je commence à me demander combien longtemps encore elle pourra demeurer seule dans son appartement, même avec de l'aide des services sociaux. Récemment, j'ai croisé sa fille et nous avons parlé de son évolution. C'est visible que sa fille n'est pas prête encore à faire complètement face à ce qui devient de plus en plus évident. La vieille dame elle-même parle beaucoup de son état qu'elle qualifie d'excellent et proteste déjà à la seule pensée de devoir un jour déménager. Que l'horizon me semble sombre pour elle et sa famille dont je suis proche! Je me rappelle ma mère à ce niveau de sa maladie, encore que ma mère était infiniment moins sociable que cette vieille dame qui aime fréquenter les restaurants et les boutiques, et qu'elle préférait de beaucoup se terrer chez elle. Cela avait été une énorme crise familiale de lui faire faire la transition. Je me souviens de son chagrin, de celui de mes frères et du mien. Ma vieille dame à la mémoire défaillante commence, elle, à avoir un comportement moins discret dans les restaurants et les boutiques et cet après-midi j'ai trouvé cela un peu difficile. Bon, peut-être était-ce la chaleur ou encore peut-être étais-je plus fragile, mais elle me tapait sur les nerfs et j'aurais préféré être ailleurs... Pour sa part, elle semblait absolument ravie. :)

J'ai lu, dans le journal de Green, quelques entrées dans lesquelles il fait référence à la préparation et à l'entrevue qu'il avait accordée à Bernard Pivot pour son émission littéraire, et enfin à ses réactions suite à la diffusion de cette entrevue. Lors du passage chez moi de l'ami cadeau, nous avons regardé ensemble le dvd de cette entrevue qu'il m'avait offert il y a plusieurs mois déjà. Impression floue que les barrières du temps s'estompent, que le présent et le passé se confondent.

"La maison est tranquille, la rue silencieuse, je reviens d'une promenade autour des invalides avec Éric. Le ciel est clair, cette minute sans histoire, retiens-la, c'est le bonheur qui passe. D'ordinaire on ne le reconnaît pas, parce qu'il n'a rien d'extraordinaire, mais, par les temps qui courent, il est extraordinaire et je le salue au passage avec reconnaissance. " (Julien Green)

dimanche le 17 juillet

Hier, la journée fut difficile. Je n'ai pas réussi à prendre mon envol et j'ai tourné en rond. Le 16 juillet m'est souvent pénible et cette année ce fut vraiment le cas. De vieux fantômes sont venus me hanter et je me suis isolée. Durant la nuit, un mal de tête comme je n'en ai jamais eu un m'a éveillée, preuve que la tension me poursuivait même dans mon sommeil. Tout ce qu'une date sur un calendrier peut faire... C'est avec soulagement que j'ai enfin accueilli ce dimanche qui a si bien commencé par le chant particulier et la présence furtive d'un beau cardinal rouge. Il était là, dans un des sorbiers, sur la branche la plus près de la fenêtre de la cuisine. Le temps de l'apercevoir et il avait disparu, ce qui n'est pas surprenant puisque les mangeoires sont finalement vides et qu'elles le resteront pour encore quelques jours. Il y avait plusieurs semaines qu'il avait déserté mon petit jardin, et ce fut suffisant pour donner le bon ton à la journée. Puis dans mon courrier, quelques mots tout à fait inattendus, arrivés au bon moment, qui m'ont vraiment fait plaisir.

En fin d'avant-midi, au sortir de l'église, je suis passée chez mon frère qui s'apprêtait à quitter pour quelques semaines de vacances. J'irai arroser leurs plantes durant leur absence. Je n'ai pas fini, c'est une vraie jungle chez eux! :-) J'ai trouvé que lui et ma belle-soeur avaient l'air bien fatigués. Ils traversent une période assez difficile en ce moment au niveau de la santé d'un de leur proche, et j'espère de tout mon coeur que leurs vacances leur feront du bien. Puis, longue conversation téléphonique avec mon amie d'enfance qui demeure dans la grande ville, elle aussi s'apprête à partir pour quelques semaines. Les amis français sont arrivés chez le grand copain. Je les verrai demain soir, avec quelques autres couples de nos amis. Plus tard dans la semaine, je les recevrai chez moi. Pourvu qu'il fasse un peu plus frais, puisqu'au menu il y aura tous ces plats de Noël...

Il y a quelque temps, j'ai trouvé qui je joindrai à Julien Green pour continuer sur le chemin de mon évolution intérieure. (Je dis bien joindrai à et non pas qui prendra la succession de, parce que je ne cesserai jamais de fréquenter Green). C'est Pierre Teilhard de Chardin dont j'ai beaucoup aimé "L'hymne de l'univers" . C'est aussi par le biais de sa biographie, de ses nombreuses correspondances et de son journal que je l'aborderai. Je sais que je m'attaque à un géant, que je ne comprendrai qu'une infime partie de ses écrits scientifiques et philosophiques (même de ses condensés) que je ne lirai certainement pas tous, mais ce que je serai capable d'en retirer, ce sera déjà ça de pris. Et puis, rien ne me presse, j'ai tout ce qui me reste de vie pour le lire, et tant pis si je disparais avant la fin ... :)

Pour ce qui est de ma vie intérieure, je me suis enfin fait le cadeau de ce deuxième site auquel je songeais assez régulièrement depuis deux ans. Il est quelque part dans un petit coin perdu de la toile et il est fonctionnel depuis quelques jours. C'est ce qui me permet maintenant d'écrire plus facilement et plus régulièrement dans ce journal, je ne me sens pas déchirée par le besoin de dire ces choses qui ne regardent que moi. Ici, je traite de mon quotidien, de mes petits bonheurs, de mes petits malheurs et je le fais le plus sincèrement possible. Mais il y a tout ce pan de moi, qui parfois est en effervescence, qui parfois baigne en eau calme mais qui est toujours là, que je ne peux, ni ne veux exprimer ici. Et cette partie de moi a aussi besoin de s'exprimer et elle me le fait de plus en plus sentir. Je veux continuer d'évoluer dans le domaine de ma vie intérieure, j'ai besoin d'approfondir, et pour cela, je pense qu'il faut que j'écrive et je ne veux pas le faire dans un cahier. Ce qui ne signifie aucunement que le sujet devient tabou dans mon journal, pas du tout. Ma vie intérieure fait partie de mon quotidien et je l'aborderai ici justement en fonction de cet angle, celui de mon quotidien. Dans mon deuxième site, celui qui est secret, je me pencherai exclusivement sur ma vie intérieure, sur son évolution, sur ma constante quête et mes rapports avec Dieu, sur la prière. C'est ça qui est la nouveauté, c'est ça qui est le cadeau que je viens de me faire.

"Dans les bois de pins le sol est rose et le soleil le mouchette d'or, les oiseaux chantent en solitaire, comme s'ils étaient seuls et que les autres n'existaient pas. Chacun chantant pour lui seul, pour la beauté du jour, peut-être pour le promeneur solitaire qui le comprend parce que lui aussi est seul..." (Julien Green)

mercredi le 20 juillet

La cigale n'en finit plus de chanter. Et moi, je m'éponge le visage. J'ai les yeux bouffis et je ne fais vraiment rien d'utile, du moins le jour. Hier soir, c'est très tard que j'ai taillé les prunus et philadelphus aureus qui bordent l'escalier et le balcon. La chaleur et l'humidité des dernières semaines les avaient fait croître si rapidement qu'ils camouflaient les boîtes à fleurs dans lesquelles, d'ailleurs, les pétunias sont déjà abondants, (compte tenu du fait que je ne les ai transplantés qu'après les travaux de peinture), et absolument magnifiques. J'aime le bel effet des trois couleurs choisies, le violet, le blanc et le rose foncé, je trouve que cela s'harmonise bien avec les briques de la maison et la couleur des volets. C'est aussi une année exceptionnelle pour les fleurs de mon petit jardin, et pour les mauvaises herbes, bien entendu. Mais je ne me suis pas encore mise au sarclage, la chaleur et le taux d'humidité m'incommodant beaucoup et réveillant de désagréables vieux "petits problèmes de santé" qui sont habituellement très bien contrôlés mais dont je dois malheureusement tenir compte quand la température est telle que maintenant. Mais je puis heureusement dire que je ne fais pas exception, et cela me fait un vilain petit plaisir de constater que bien de mes amis, à des degrés divers évidemment, sont aussi incommodés. Je ne pense pas que j'aimerais vivre dans un pays tropical. Je préfère toujours les -30 aux +30. Je parle de température, n'est-ce pas, et non pas d'âge. :-)

Lundi soir, la rencontre avec les amis a été tout simplement exceptionnelle. Nous étions seize, réunis dans le même endroit privilégié que l'an dernier à semblable date. Mais cette année, à cause de l'écrasante température, il a été jugé préférable de manger à l'intérieur, dans une salle très élégante et très formelle. Nous étions les seuls convives. Alors le style qui aurait pu être un peu guindé s'est relâché à cause de l'enfant autour de qui nous étions réunis. Ce qu'il y avait de beau aussi, c'était le rapprochement que cet enfant causait entre quelques personnes essentielles dans sa vie, qui avaient en commun l'amour qu'elles lui portaient et qui transcendait les divisions qui avaient dominé entre elles. Car il y avait de nouvelles personnes à cette rencontre, des acteurs essentiels qui avaient jusque-là fait défaut. Pour ma part, au cours des dernières années, je n'ai toujours détenu qu'un petit rôle de second plan et de soutien dans cette dynamique, mais j'ai été une observatrice privilégiée et intéressée. Et j'étais à même de constater ce petit miracle humain qui est dû, en majeure partie, à la patience, au sens de responsabilité et à l'ouverture de coeur de deux femmes remarquables, et au talent de magicien du grand copain. Les très bons effets de la nature humaine quand elle fait de son mieux.

Je connais bien les personnes qui se trouvaient là et j'ai pris le temps de les regarder chacune en pensant à ses circonstances personnelles de vie, du moins ce que j'en sais. Certaines de ces personnes vivent aux antipodes les unes des autres, et cela sous plusieurs rapports. Cependant, personne ne prétend détenir la vérité, même si certains ont consacré leur vie à des causes qui ne font pas l'unanimité. Chacun patauge de son mieux dans sa destinée, certains ont de l'influence, d'autres des modes de vie plus effacés, avec une notion du temps bien différente. Je puis identifier chez la plupart, y compris chez moi bien évidemment, soit un défaut, soit ce qui peut sembler un échec ou une déconvenue, soit, à un moment ou à un autre de sa vie, un changement radical d'orientation. Personne que la vie a laissé indemne. Certains dont l'avenir est plus inquiétant que d'autres. Or, je regardais ces personnes et je les aimais. Je pense que les hommes sont beaux de leur vulnérabilité et de leur faiblesse. Leonard Cohen chante que c'est par les fissures que pénètre la lumière, peut-être pourrait-on compléter en disant que c'est donc parce qu'il y a des fissures qu'on finit par y voir quelque chose.

vendredi le 22 juillet

Là, la musique prend beaucoup, beaucoup de place. C'est la première fois que j'écris en écoutant une symphonie. J'écoute la "Symphonie no 6 Pastorale" de Beethoven. C'est mon après-midi qui m'en a donné le goût. Je l'ai passé en grande partie dehors, à travailler dans mon petit jardin, entre autres à couper les roses fanées de la haie, pour faire place aux prochaines qui sont déjà en boutons. J'ai constaté que le feuillage des phlox est malheureusement déjà taché par le mildiou, alors qu'ils ne fleuriront que dans quelques semaines. J'irai chercher ce qu'il faut demain pour empêcher que cela ne s'étende encore plus. Cependant, je pense que la vigne Engelman, qui recouvre le mur du côté est de la maison, n'a jamais été aussi belle, aussi fournie, et je suis certaine qu'elle sera superbe quand, à la fin de l'été, son coloris passera graduellement au rouge. J'ai résisté de mon mieux à l'envie que j'avais de remplir les mangeoires, parce que j'entends encore les cisquailles dans les environs. Bon, je me connais, je céderai demain ou dimanche... :-) Et pour la première fois depuis que je demeure ici, j'ai cueilli et mangé quelques framboises qui ont poussé le long de la haute clôture à l'arrière, dans des plants dont les semences ont probablement été amenées là par le vent depuis le terrain de mon voisin. Je dis bien quelques framboises car, à cet endroit, l'espace entre la clôture et une terrasse en blocs de ciment ne doit mesurer qu'une trentaine de centimètres. Ce n'est sûrement pas là que j'irai chercher ma provision pour la fabrication de ma liqueur de framboises... :-) J'ai pu ainsi travailler aujourd'hui parce que la température était idéale, pas trop chaude, avec une bonne brise. C'était vraiment très, très agréable. Comme toujours, quand je jardine, je n'arrive pas ensuite à me souvenir où vagabondait mon esprit. Je suis toute à ces gestes lents et répétitifs, un peu comme quand je monte mes colliers, que j'enfile et que je noue pierre après pierre, perle après perle. Ce que je sais, c'est que cela me fait un bien fou, c'est comme un massage de l'âme.

Il faut dire qu'aujourd'hui je me suis donné congé. J'ai fait faux bond à ma vieille dame à la mémoire défaillante. Je ne me sentais ni la patience, ni le sérénité pour lui procurer une journée agréable, parce que je n'avais vraiment pas le goût d'aller m'enfermer dans un restaurant ou dans des boutiques, je voulais rester dehors et profiter de mon jardin, par cette si belle journée. En fait, pour rien au monde je ne voudrais qu'elle pense que ces sorties sont un poids, une corvée ou encore un acte de générosité à son endroit. Je veux qu'elle ressente que nous partageons ce plaisir, ce qui est le cas dans la grande majorité de nos sorties. Or là, j'avais vraiment besoin d'une petite journée à moi toute seule. Mercredi, j'avais passé presque toute la journée et une partie de la soirée avec mon amie avec qui j'aime bien discuter de politique et son mari. Ils étaient de passage dans ma ville avant de retourner à leur chalet à quelques heures de route d'ici. Ce fut un réel plaisir de partager toutes ces heures avec eux et, comme d'habitude, nous avions beaucoup de choses à nous dire. :-) Et puis hier, je suis allée lunché, dans un de nos restaurants préférés, avec le grand copain et une amie française, de ceux qui sont actuellement en visite chez lui. Ensuite, à sa demande à elle, je l'ai amenée (puisque c'était au tour du grand copain de s'esquiver) voir la magnifique et spéciale exposition que j'avais visitée, avec le cher ami cadeau, il y a une quinzaine de jours. Cette fois-ci, n'ayant pas mon guide privilégié, nous avons loué des audio-guides et avons pris tout notre temps. J'ai beaucoup aimé revoir ces chefs-d'oeuvre et n'hésiterai pas à y retourner avant la fin si j'en ai encore l'occasion. Avant de la reconduire chez le grand copain, nous avons fait un tour de ville et je l'ai amenée dans des secteurs un peu hors du circuit touristique habituel. Je pense que c'est son quatrième ou cinquième séjour de près d'une quinzaine de jours dans ma ville et elle a ses petits coins préférés. :-) C'est une femme un peu plus âgée que moi et nos parcours de vie se ressemblent à plusieurs égards. Je l'apprécie beaucoup, j'aime sa personnalité discrète et délicate et aussi sa force intérieure. Demain, je les reverrai, elle et une partie de sa famille et, pour la dernière fois durant le voyage actuel, nous mangerons ensemble le soir puisqu'ils quitteront dimanche pour retourner en France.

Et là, parce qu'il n'y a aucune raison valable de résister à cette envie-ci... :-)

"La paix est cette tranquillité que donne l'absence de tout péril, de toute menace venue du monde extérieur. Le temps s'arrête, l'air est suspendu, comme dans une sorte d'extase. Derrière la fenêtre, de l'autre côté des vitres, il y a la Virginie.... Mais les amis n'y sont plus, elle est vide. Ne demeure que le souvenir de leurs voix, de certains mots, de leurs appels aux accents mi-gais mi-mélancoliques qu'on jette aux premières hésitations du crépuscule - - mais à quoi bon tourmenter les mots, ils ne peuvent rien dire, quelques notes de musique viendraient plus près de la vérité, mais non, rien. Ce qui est en nous est inaccessible, le vocabulaire une dérision." (Julien Green)

lundi le 25 juillet

Me réveiller au son de la pluie qui tombe doucement, murmure rassurant au sortir de rêves compliqués. Elle m'apaise. Il y a longtemps et elle me manquait. Ces derniers temps, elle venait en trombe, comme pour exécuter son travail un peu à contre-coeur, s'en libérer au plus vite tel d'une corvée. Puis elle repartait laissant tout le jardin inondé, incapable d'apprécier ce liquide pourtant salutaire qui s'était fait agressant et trop brusque, tel des soins nécessaires qui seraient imposés à une vieille personne en la bousculant.

Aujourd'hui, les fleurs courbent doucement la tête, gorgées d'eau. Là, les gouttelettes se regroupent en cercles sur le plancher fraîchement peint de la galerie, qui les retient sans les absorber. J'avance au ralenti dans cette journée que je souhaite floue, sans heurts ni secousses. Il arrive que l'âme soit fatiguée, qu'elle ait besoin de souffler.

Écrire sur le temps présent, sur l'ici/maintenant, le seul sur lequel on ait quelque prise. Restera l'image d'un instant de fragilité, restera cette sensation d'une goutte sur le bord des paupières, dont on ne saura pas si elle venait du dedans ou si c'était la pluie qui l'avait déposée là.

mercredi le 27 juillet

Ouf, que je viens de me donner froid dans le dos. En ouvrant mon logiciel, j'ai constaté que la page en cours, celle du mois de juillet, la plus longue et celle écrite avec le plus de constance depuis fort longtemps, avait complètement disparu. Heureusement, j'ai pu la récupérer sur le site de mon hébergeur. J'ai bien sûr perdu un bout de texte que j'avais commencé tôt ce matin mais, dans le fond, c'est bien comme cela, puisque trois appels téléphoniques imprévus, de personnes qui comptent pour moi, sont rapidement venus donner le ton à ma journée. D'abord des nouvelles de loin, celles de mon ami cadeau. Il reste encore quelques traces visibles de son passage chez moi : une recette de blanquette de veau rapidement griffonnée sur une petite feuille de papier, quelques numéros du journal Le Monde que j'ai conservés pour les lire à mon tour, une recette de soupe froide de fruits rouges qui est là dans le réfrigérateur et que j'ai faite il y a quelques jours selon ses instructions, (mais qui est loin d'être aussi réussie que celle qu'il avait lui-même préparée pour recevoir mon grand copain) et, enfin, une nouvelle façon, plus pratique, de placer la coutellerie dans le lave vaisselle (organisation et méthode, bien évidemment)... :-)

Suivent quelques minutes de chat avec une joyeuse petite bande, interrompues par un appel du grand copain qui, lui, veut m'amener luncher dans un de nos restaurants préférés. Il désire discuter de quelques questions et de certains projets qui le concernent directement, et me montrer de nombreuses photos prises lors du séjour de ses visiteurs de France. Excellent repas, très agréable rencontre comme d'habitude, que l'on a volontairement prolongée, et belle complicité de toujours. Au retour, un autre appel téléphonique qui me fait plaisir. Mon filleul adoptif et sa femme reviennent d'un coin de villégiature plus à l'est, ils sont en route pour la très grande ville, et ils désirent arrêter chez moi, comme nous l'avions convenu au début de leurs vacances. J'étais tellement contente de les accueillir, puisqu'il y avait quelques mois déjà que je ne les avais vus. J'ai été très heureuse de leur offrir la première peluche du petit bébé actuellement en fabrication. :-) La grossesse va à ravir à la jeune mère, qui est resplendissante. Mais ce qui est particulièrement touchant pour moi, c'est la joie du papa. Je ne l'ai jamais vu aussi heureux. Demain, ils célébreront le deuxième anniversaire de leur mariage. Ce soir, nous avons regardé ensemble le DVD de l'entrevue de Julien Green que m'avait offert mon ami cadeau. Mon filleul adoptif connaît depuis le début mon admiration pour ce grand écrivain et l'importance qu'il a dans ma vie. Lui et sa femme m'avaient déjà dit leur intérêt à voir cette entrevue, mais ils n'étaient pas revenus chez moi depuis que j'ai mon nouvel ordinateur qui me permet de visionner ce type de DVD. Ils ont beaucoup apprécié voir Green tel qu'il était à 83 ans, ont été très impressionnés par lui, ce qui m'a évidemment enchantée.

Contrairement à mon habitude, j'écris cette entrée sans aucune musique, dans le silence. J'ai même glissé une lourde serviette sous le clavier, pour en camoufler le bruit. Mes invités dorment depuis un bon moment déjà, et moi je paye pour les cafés que j'ai bus... :-) La mignonne tornade est là, à mes pieds, dans sa si curieuse posture : sur le dos, courbée comme une crevette, avec son immense queue en plumes d'autruche, les pattes arrière complètement évasées, celles de devant jointes mais croisées, avec ses grands yeux fermés bien dur. J'ai plusieurs photos d'elle dans cette position, mais je ne m'habitue pas et ne puis m'empêcher de rire de la voir ainsi. Non seulement elle est mignonne, elle est tout simplement adorable. :-)

vendredi le 29 juillet

Images, contrastes et impressions. Un oiseau mort près de la maison, que mon filleul adoptif a ramassé et mis dans un petit sac. Les fleurs sur le balcon, de plus en plus abondantes et belles. Les fruits des sorbiers qui commencent à se colorer. Le chant d'une cigale, mais dans un vent léger. La photo par échographie du petit bébé que m'a donnée la jeune maman. Les heures passées ensemble, heureuses et belles, qui se sont écoulées doucement.

Et pourtant, et pourtant, hier, une grosse colère comme je n'en fais jamais... J'étais indignée du traitement cavalier reçu dans un garage en allant récupérer ma voiture, et j'en faisais une question de principe. Le tout a été dit avec politesse et je pense une certaine élégance malgré tout, mais mes mots étaient incisifs et sans appel. Mon filleul adoptif était sidéré, je crois qu'il ne me savait pas capable d'une telle réaction. Il a tellement ri une fois que nous ayons eu quitté le garage, laissant les propriétaires bouche-bée. Bon, après coup, je n'étais pas très fière de moi, j'aurais aimé mieux réagir, mais maintenant j'en ri. Et puis, ils ont franchement couru après. Je pense qu'ils s'en rappelleront. :-)

Nous revenions de l'exposition.... Eh bien oui, j'y suis retournée pour une troisième fois. C'était un des projets de vacances de mes deux invités. Je constate que chaque visite que j'y ai faite a eu sa propre dynamique et que finalement j'ai retiré beaucoup de chacune. J'ai eu l'impression que celle d'hier m'a permis de dépasser la beauté même des oeuvres et de pénétrer encore plus dans les sentiments qui les ont engendrées. Bon, je ne me pose pas du tout en spécialiste, je n'ai aucune connaissance dans le domaine mais, pour la deuxième fois, j'avais un audio-guide et je me suis encore plus attardée aux détails. Et aussi à la comparaison des oeuvres suivant l'évolution des rapports entre les deux très grands artistes. On sent que l'exposition tire à sa fin, hier il y avait beaucoup plus de visiteurs qu'aux fois précédentes.

Aujourd'hui, mon filleul adoptif et sa femme sont repartis vers la très grande ville. Ils sont retournés dans leur vie régulière, avec tous les projets qui sont les leurs, avec toute la vie qu'ils ont devant eux et que je leur souhaite si belle. . J'ai ensuite parlé avec mon amie d'enfance, celle qui reste dans ma ville, de retour d'un voyage. Une de ses grandes amies vient de mourir et elle en est très affectée, d'autant qu'elle a aussi un frère très malade. Nous en sommes maintenant rendues à cette catégorie d'âge où de tels événements ne sont plus exceptionnels. Elle m'a dit la résistance de son amie, sa révolte, son refus de mourir. Elle pense qu'il n'en sera pas de même pour nous, que nous n'avons pas la même façon d'appréhender les chose. Je ne sais vraiment pas. Avant hier j'aurais dit comme elle, mais ma colère d'hier me donne à penser que je ne puis jurer de rien... :-)









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