Au bonheur du jour




Le mois de janvier

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Aujourd'hui

vendredi le 14 janvier

Il est déjà demain. Je savais que le retour serait difficile, tant au niveau technique que de l'écriture, mais je sous-estimais quand même l'effort que cela me demanderait. Bien évidemment, faire la transition de l'année 2004 à 2005 m'a semblé long et compliqué parce que j'étais rouillée, que j'avais déjà oublié tant de manipulations techniques qui sont nécessaires. Mais enfin, une fois de plus, je recouvre mon espace.

Même si le temps fuyait, j'avais décidé qu'une dernière entrée à la fin du mois de décembre viendrait clore l'année et me ferait tourner la page. Mais la catastrophe de l'Asie du Sud-Est a complètement détourné mon attention. J'ai été et suis encore bouleversée par l'ampleur du désastre et par la vision horrible de toute cette souffrance. Et cette catastrophe m'a incitée à penser à toutes les autres souffrances à la fois individuelles et collectives, pourtant présentes dans le monde, qu'on ignore ou qu'on oublie parce qu'elles sont moins médiatisées, et dont la plupart sont engendrées non pas par un débordement de la nature, mais par des humains pour raisons bêtement politiques, économiques, sociales ou autres et qu'on oublie dans notre train-train quotidien. Et puis, je suis entourée de gens qui ont actuellement toutes sortes de difficultés à surmonter. Ainsi, demain, ce sont les funérailles d'un homme très aimé de ses proches qui ont énormément de peine, puis, dans quelques jours, le grand copain subira une intervention chirurgicale et, le lendemain, cet autre ami pour qui le pronostic est très inquiétant sera aussi opéré. J'essaie de leur être présente dans la mesure de mes moyens. Alors collectionner mes petits bonheurs du jour me semblait un peu indécent. Je ne me sens pas coupable de la période de sérénité qui se poursuit dans ma vie strictement personnelle, j'en suis au contraire très reconnaissante et je la savoure. Disons que je le fais discrètement... ;)

Compte tenu des circonstances, oserai-je encore écrire au sujet du temps qu'il fait? Eh bien oui... Bizarre hiver de brusques contrastes où les -18 se transforment en quelques heures en +8 et rechutent ensuite, le temps de le dire, aux -20. Je ne me souviens pas, depuis que je demeure dans ma maison, d'un Noël avec autant de neige déjà accumulée au sol que cette année, mais non plus d'une pluie aussi abondante que celle que nous avons connue le 31 décembre. Et ces contrastes continuent. Recette infaillible que ces dents de scie pour la confection de la glace! Et pourtant, c'est l'année que j'avais brillamment choisie pour tenter l'expérience d'un hiver sans faire installer le garage de toile que je n'aime pas parce que je trouve cela laid... Et il est évidemment trop tard pour corriger la situation, le sol étant complètement gelé. Alors mon sport préféré de la saison : étendre du sel et du sable dans l'entrée en pente pour pouvoir y remiser et surtout être en mesure d'en faire ressortir mon automobile, surtout quand arrive le tracteur pour la nettoyer de toute la neige fraîchement tombée. Et c'est sans compter sur la serrure que je dois régulièrement dégeler pour y insérer la clé, et le grattoir que je dois utiliser pour casser la glace qui s'est aussi accumulée dans les vitres par le verglas pour que je puisse conduire l'auto autrement qu'à l'aveuglette. Et moi, masochiste, je persiste à aimer l'hiver. Aujourd'hui, à la tombée du jour, alors que je revenais de faire quelques courses, le ciel était turquoise et il y avait quelques nuages d'un gris tendre. On apercevait les grands arbres dénudés se détachant de l'horizon où de larges traits d'un rose intense surplombaient une bande jaune couleur des blés. On aurait probablement qualifié d'extravagant ou d'irréaliste un peintre qui aurait osé jeter de telles couleurs sur une toile, et pourtant c'était là, d'une grande beauté, offert aux regards de toute personne qui levait les yeux.

Je suis dans la pénombre, seul l'écran de l'ordinateur éclaire mon petit bureau. Hélène Grimaud gentiment joue en boucle le merveilleux "Adagio" du "Concerto en sol majeur pour piano et orchestre" de Maurice Ravel. Revoilà la mignonne tornade qui revient de je ne sais où. Elle a comme un regain d'énergie alors que moi je sens le sommeil qui approche. Quelques minutes encore et j'aurai terminé, le temps de mettre en ligne les pages témoins des deux mois négligés, celle de la nouvelle année à peine engagée, et celle-ci où, sur la pointe des pieds, je suis doucement revenue.









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