Au bonheur du jour




Le mois de février

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samedi le 12 février

Depuis un bon moment déjà, c'était un faux printemps. En fait, depuis ma dernière entrée, je ne pense pas qu'il ait vraiment neigé. Qui plus est, beaucoup de la neige déjà au sol a, elle, fondu. La semaine dernière, les statistiques indiquaient que, pour ma ville, des 144,5 cm déjà tombés, il n'en restait plus que 30. Et ensuite, deux autres jours de pluie ont encore suivi en en faisant disparaître encore plus. Nous avons aussi eu des journées magnifiques, et je me rappelle une longue promenade au soleil avec ma fille venue passer quelques jours chez moi. Nous avions entrouvert nos manteaux qui nous semblaient inutilement lourds et chauds. Des records de température, vieux de plus de cinquante ans, pour cette période de l'année ont été fracassés et le lilas blanc de la voisine, à la bordure de mon terrain, laisse même apercevoir des bourgeons déjà un peu éclos. Je ne sais ce que sera leur sort puisque l'hiver semble maintenant tenter un retour, le mercure ayant de nouveau chuté sous zéro, et qu'ils risquent fort de geler. Ce qui est très frappant, c'est la réaction assez générale non pas de joie et de satisfaction face à ces adoucissements de la température, mais plutôt d'inquiétude sur les causes environnementales de ces changements climatiques, même à l'échelle locale.

Il m'est difficile de me rappeler tous les petits bonheurs du jour des dernières semaines et même des derniers mois, puisque j'ai tellement négligé mon journal, mais je ne veux pas oublier ce jour d'il y a quelques semaines déjà. Alors que je sortais de la maison pour aller rejoindre une amie pour le lunch, j'ai été surprise et charmée par de merveilleux sons qui m'ont accueillie. Je me suis vite retournée, j'ai levé la tête et je ne pense pas exagérer en disant que, dans les arbres de mon jardin, principalement le gros érable et les sorbiers, il y avait plus d'une centaine de jaseurs des cèdres. Ces oiseaux grégaires portent si bien leur nom puisque leurs chants très doux peuvent faire penser à d'agréables conversations qu'ils pourraient avoir entre eux. J'étais d'autant plus charmée par le spectacle qu'occupée par mes préparatifs, je n'avais pas eu le temps de les apercevoir par les fenêtres, et que c'est leurs chants qui m'ont signalé leur présence. Je suis restée là un bon moment n'arrivant pas à quitter ce merveilleux spectacle et suis arrivée en retard à mon rendez-vous... :)

Ma mignonne tornade m'a causé bien des inquiétudes et a coûté beaucoup de sous dernièrement. Elle a dû passer plusieurs jours à la clinique vétérinaire pour y recevoir des soins et en est revenue assez craintive et bouleversée. Elle a depuis fait une rechute mais j'ai pu la garder à la maison. J'ai cependant dû reporter un séjour dans la très grande ville parce que je ne voulais pas la laisser et aussi à cause des médicaments que je devais lui administrer deux fois par jour. Et ce n'est pas plus facile de lui administrer des médicaments que cela ne l'était il y a deux ans lors de sa première maladie : la mignonne se transforme en lion et elle se tortille comme un ver. Tout semble maintenant rentré dans l'ordre: elle a retrouvé sa vigueur, son esprit joyeux, son intérêt pour les oiseaux du jardin, ses jeux, ses gros dodos et ses ronrons. De toute façon, elle devrait subir un examen de contrôle dans une dizaine de jours et j'en aurai le coeur net.

Première entrée, une espèce de fourre-tout, qui cherche à condenser une trop longue période, et qui ne me satisfait pas, avec laquelle je suis mal à l'aise, mais il me faut bien casser la glace. Aussi, je ne la mettrai pas en ligne tout de suite et, puisque je parlais de glace, je la laisserai justement quelques jours sur la glace... :-) Avec quelques autres ensuite, elle devrait être plus facile à avaler.

dimanche le 13 février

Bon, je ne suis pas en train de prétendre que je vais réussir à tenir ce journal tous les jours, mais j'essaie de rattraper un peu le temps perdu et de redonner un certain rythme à mon organisation. Cela me fait penser à quand, pour cause de négligence ou d'évènements qui prennent le dessus, je cesse durant un moment de tenir ma comptabilité en ordre. Les jours passent et j'en perds le réflexe. Vient pourtant un moment où on doit remettre le train sur ses rails et marquer un nouveau départ. Je voudrais tellement retrouver le réflexe de venir écrire ici bien simplement, en écoutant la musique que m'inspire le moment. Pas de grande littérature, que le compte rendu de mes jours et de mes petits bonheurs. C'est pour moi, avant tout pour moi que je tiens ce journal. Je veux être capable de revenir vers mes simples petits trésors et retrouver, à n'importe quel moment, ce qui me rend la vie si précieuse. J'ai passé l'âge des coups d'éclat, des grandes constructions et des grands accomplissements, ma vie se compose la plupart du temps de très petites choses, et j'y trouve mon bonheur. Mais j'ai beaucoup lu dernièrement, notamment des blogs et des journaux dont j'ai apprécié la très grande qualité ou qui, pour des raisons diverses, m'ont intéressée ou touchée par leur contenu. Mais c'est un piège pour moi : autant je suis émue, touchée et parfois émerveillée par ce que je lis, soit par la qualité des sentiments ou la difficulté des expériences relatées, ou par le style de certains, autant j'hésite ensuite à écrire à mon tour. Donc, en ce qui me concerne, je ne dois pas tenir compte du fait que quelques personnes peuvent venir lire ces lignes, et je ne dois pas non plus me laisser bloquer par un trop grand souci "littéraire". Avoir la simplicité d'être qui je suis.

L'après-midi s'écoule bien doucement. Un peu de télé d'abord puis, depuis un bon moment déjà, je fais jouer en boucle la belle "Valse numéro 2"de la "Suite de Jazz No.2"d de Dmitry Shostakovich interprétée par l'Orchestre national de Russie. Je ne sais pas ce que le compositeur avait en tête ou dans le coeur en l'écrivant, mais cette musique m'envoûte, me trouble toujours. Il m'est impossible de ne pas à tout le moins onduler en écoutant cet air qui me transporte, même s'il me semble y avoir un fond de nostalgie, de tristesse même, dans ces notes et accords par moments déchirants. Cette musique est à l'image de la vie.

lundi le 14 février

Comme à chaque année, tôt ce matin, un appel téléphonique de ma fille. Elle n'oublie pas, elle se manifeste toujours. Quand elle était jeune, je collais sur la porte du réfrigérateur les coeurs qu'elle me découpait, les dessins malhabiles qu'elle m'offrait toute fière d'elle. Je les ai gardés dans une jolie boîte, du moins ceux qui ont survécu à la tourmente, au grand dérangement, ils sont si précieux pour moi. Quelques fois dans les années passées, j'avais pris les devants, je l'avais, moi, appelée pour la St-Valentin, et je sentais que je la décevais un peu : elle semble préférer prendre l'initiative de cette fête. ;) Elle est adulte depuis longtemps, fait une brillante carrière dans son domaine, mais son petit coeur d'enfant est toujours là. Et cela me ravit. Elle est l'être humain que j'aime le plus au monde.

Journée très ensoleillée et froide. L'air sent bon. Ce midi, je suis allée manger avec le grand copain, dans un excellent restaurant où il m'avait invitée. Nous avons pris le temps de prendre le temps. Un autre lien indéfectible auquel je tiens tellement. Je connais bien cet homme, je pense le voir tel qu'il est, et je puis dire qu'il en fait tout autant en ce qui me concerne. Il m'arrive de penser que je puis percer son mystère enfoui sous tant de précaution. :-) Il est à mon point de vue un homme extraordinaire, même si, comme nous tous, il frôle parfois quelques paradoxes. Il est bon, attachant, super intelligent, très amusant, très sensible surtout, et il se ferme comme une huître quand il se sent trop vulnérable ou qu'il ne parvient pas à se cacher sous un trait d'humour, une pitrerie ou un grognement. C'est une des plus belles relations de ma vie. Nous avons nos limites, et les années qui se sont accumulées les ont clairement définies. Il enrichit ma vie.

Là, à ma gauche, sur le coin du bureau, une pile composée des livres autobiographiques et des premiers tomes du Journal de Green. Je fais une recherche précise pour mon très cher ami cadeau. D'abord ce qui me frappe et que j'avais oublié : quand j'ai commencé à lire ces ouvrages, je ne soulignais presque pas de passages, je ne pliais pas encore le coin des pages où se trouvaient des extraits que j'estimais importants pour moi, ce qui n'est venu que plus tard. Cela rend la recherche un peu plus difficile puisque je n'ai pas de repères, je suis comme en terrain vierge. Je remarque aussi qu'une véritable deuxième lecture du Journal me sera nécessaire, puisque j'ai l'impression d'aller de découvertes en découvertes. J'en avais le pressentiment, j'en ai maintenant la certitude. Cette deuxième lecture sera plus riche, je me sens plus prête, mieux disposée à entrer dans l'essence même de l'oeuvre, à y découvrir d'autres trésors. Pour le moment, le travail que j'effectue se limite à la surface du texte, puisque je suis à la recherche d'éléments très précis, mais j'y trouve quand même déjà beaucoup de plaisir.

Là, à ma droite, une petite théière où s'infuse une saveur de thé qui m'était inconnue. C'est un thé vert Sencha Kioto Cherry Roses que je me suis procuré, il y a quelques jours, à la boutique spécialisée de la jolie rue près de chez moi. Le propriétaire a beaucoup insisté pour que je l'essaie, mais j'hésitais craignant qu'il ne soit trop parfumé à mon goût. C'est un thé vert surprenant. Un thé romantique dirais-je, probablement à cause du mélange roses et cerises. Et comme je le bois dans une délicate tasse de porcelaine, je me sens d'une autre époque, d'un autre siècle (dit-elle, en écrivant à son ordinateur... ;)) C'est très agréable, très apaisant aussi. Et comme si ce n'était pas suffisant, Stephen Stubbs qui, avec un seul luth, joue la "Suite en sol majeur","Prélude, Fugue et Allegro en mi bémol majeur" et enfin "Sonate en sol mineur" de J.S. Bach. Une petite après-midi parfaite.

Et parce que je ne saurais m'en priver... ;)

"La vie humaine est belle parce qu'elle est condamnée à finir. Si elle ne finissait pas sur terre, cela tournerait peut-être à je ne sais quoi d'ignoble. Telle qu'elle est, elle a la noblesse d'une chose sacrifiée." (Julien Green, à l'âge de 26 ans)








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