Au bonheur du jour




Le mois d'avril

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samedi le 23 avril

Ce matin, je suis sortie très tôt. J'avais apporté un parapluie, le rouge, tout juste au cas, parce qu'il bruinait à mon départ et qu'on annonçait une pluie abondante. Le vent froid ne m'avait pas retenue à l'intérieur. Bon, je n'ai marché qu'une trentaine de minutes, mais quel plaisir c'était et aussi celui d'anticiper le café chaud que je dégusterais en revenant. Et puis, dans la presque absence d'activité humaine de ce petit matin rébarbatif, les oiseaux étaient là, vaquant à leurs affaires, indifférents à la température. Je suis restée assez longuement près d'un gros érable, la tête levée, à regarder un beau rouge-gorge. J'étais fascinée par la variété de ses chants dont certains que j'aimais et connaissais déjà, mais que je ne lui aurais jamais attribués. Sa compagne, elle, allait et revenait sans cesse, le bec chargé de brindilles diverses pour la confection du nid, tandis que lui... Sans commentaires! *rires* Puis, quand j'ai voulu ouvrir mon parapluie, le vent l'a presque retourné. Je suis donc revenue, en me faisant tremper, en balançant mon parapluie rouge fermé au rythme de mes pas. Et puis, tout à coup, dans mon petit jardin à moi, j'ai vu une belle variété d'oiseaux regroupés autour de mes mangeoires : sitelles, pics, tourterelles tristes, bruants, mésanges, roselins, sizerins et, sur une branche assez élevée d'un sorbier, le majestueux et éclatant cardinal rouge qui lançait son chant en triolets. Mes petits bonheurs rouges de ce doux matin.

Période très agréable de nouveautés et d'adaptations diverses, après le stress des choix à exercer. J'appréhendais toutes ces démarches, le contact avec les vendeurs qui mettent de la pression, la crainte de faire de mauvais choix, de me faire avoir au niveau des prix, etc. Il faut dire que tout est arrivé en même temps. D'abord une automobile. Elle est là, toute neuve et toute belle. Et c'est moi qui ai l'impression d'avoir rajeuni de plusieurs années. Nous nous sommes apprivoisées, je suis absolument ravie de mon achat et je pense que Ma Puce et moi ferons une belle paire. Le grand copain m'a agréablement surprise : lui qui habituellement, et c'est notoire, déteste ce genre de démarches, toutes ces corvées matérielles, qui manque même de patience pour ses propres affaires et agit souvent sous le coup de l'impulsion à cet égard, il a pris le temps de m'accompagner un peu partout en blaguant et en se moquant copieusement de moi d'ailleurs, ce qui bien évidemment détendait l'atmosphère. Donc, on s'est bien amusé, et finalement j'ai fait une excellente affaire. Ce qu'il y a de plus comique, c'est qu'il ne me serait jamais passé par la tête de lui demander de venir avec moi n'eut été cette conversation téléphonique avec mon ami cadeau qui m'avait suggéré de le faire. C'est lorsqu'en riant je lui ai rapporté cette conversation que le grand copain, à ma très grande surprise, a accepté avec enthousiasme même. Dans sa très grande ville, ma fille qui était avec moi au moment de l'achat de la précédente automobile, n'en revenait tout simplement pas. :-)

L'autre innovation, c'est mon ordinateur. Je me suis bien informée et j'ai pris mon temps pour assembler des composantes qui me convenaient, dont un écran plat pour libérer de l'espace sur mon bureau. J'ai aussi mis l'accent sur la qualité des enceintes pour écouter de la musique et je suis ravie de l'ensemble. Je n'ai pas encore fini de tout transférer, je dois me familiariser avec ce nouvel environnement, moi qui avait le même ordinateur et le même système depuis un peu plus de sept ans. J'ai eu quelques problèmes pour reconfigurer le logiciel pour ce journal, ce qui m'a sûrement valu plusieurs cheveux blancs, mais au moins, tout semble bien fonctionner maintenant. Je suis bien obligée de faire des progrès en informatique... mais c'est loin d'être du tout cuit. Je me suis munie d'un épais manuel sur le fonctionnement de Windows pour les pas très brillants et d'un autre sur ma version de Webexpert. Il me reste à trouver un nom à ce nouveau compagnon, que je me suis offert à l'occasion de mon anniversaire de naissance. C'est tout un cadeau, auquel ma fille a d'ailleurs tenu à contribuer. Disons que c'est sa part qui a permis ces petits plus qui coûtent cher et qui en font un petit bijou. Bon, après ces deux gros achats, il faut que je convainque les appareils ménagers et autres trucs genre TV et système de son de se tenir bien tranquilles pour un moment, sans quoi il y aura péril dans mes finances. :-)

Mon petit bonheur préféré de la fin de semaine dernière : Avoir découvert que mon nouvel ordinateur pouvait lire le DVD lancé par Gallimard en 2004, que l'ami cadeau m'avait gentiment offert il y a plusieurs mois de cela, qui contient une entrevue que Julien Green donnait à Bernard Pivot en 1983. Ce DVD est zoné de telle manière que l'appareil que j'utilise avec la TV ne pouvait pas le lire. Or, en fin de semaine dernière, alors que j'avais été bannie de la cuisine, puisque ma fille préparait avec quelques amis mon repas d'anniversaire, j'ai machinalement inséré ce DVD dans le lecteur de mon nouvel ordinateur. J'ai pratiquement hurlé de joie quand, à ma grande surprise, j'ai réalisé que le menu du DVD s'affichait sur l'écran et que je voyais une photo du profil d'un Green à l'âge mûr. Nous avons regardé l'introduction qu'en faisait Bernard Pivot, mais j'ai préféré attendre d'être seule pour savourer pleinement l'entrevue elle-même. C'est donc lundi, en fin de soirée, que j'ai procédé au visionnement. Green, alors âgé de 83 ans, a été touchant tout au long de cette entrevue, généreux dans son ouverture teintée d'une pudeur émouvante. J'ai aimé le raffinement de sa pensée, sa délicatesse, sa douceur, sa sérénité, la merveilleuse lumière de ses yeux quand il sourit, surtout quand ce sourire est malicieux... Un beau navire qui vogue en eaux calmes, après avoir franchi toutes ses tempêtes, et en ayant la certitude du port. J'ai été bouleversée, émue aux larmes. Je l'ai notamment trouvé particulièrement émouvant à la toute fin de l'entrevue, alors que, surpris par la question de Pivot, la voix brisée par l'émotion, les larmes sur le bord des yeux, il a répondu "Qu'il dise : Je suis le Grand Pardonneur" comme étant la phrase qu'il aimerait entendre de Dieu lors de leur première rencontre après la mort.

Il est tard et dehors le temps est des plus maussades. La pluie a quand même un peu diminué mais le vent violent ressemble à novembre. Je plains les pauvres petits bourgeons qui commencent à peine à poindre. Ici, dans mon chez-moi, tout va bien. Ma mignonne tornade joue avec ses balles et ses petites souris et j'écoute des "Concertos pour Flûte" de François Devienne. Décidément, ces enceintes sont vraiment très efficaces. Quel beau moment. J'ai une pensée heureuse pour deux couples qui me sont chers, dont celui de ma fille et de son conjoint, dont le bonheur me tient à coeur et qui, cette même fin de semaine, d'un côté et de l'autre de l'océan, ont fui la routine de leur quotidien pour se retrouver quelques jours dans des endroits qu'ils aiment. Bon, je bois une autre tasse de café, il faut que je demeure éveillée puisque, décalage horaire obligeant, je veux regarder en direct la messe commentée à l'occasion de l'inauguration du pontificat du nouveau pape. Dans les mois et les années qui viennent, puisse-t-il nous surprendre lui qui m'inquiète tant, puisse-t-il se faire accueillant, bienveillant et rassembleur, un peu à l'image de Celui qu'il veut représenter ici-bas.

jeudi le 28 avril

Bizarre et agréable sensation de récupérer quelques heures de ma vie, comme un cadeau. Ma conseillère financière qui devait passer, notamment pour me faire signer ma déclaration d'impôt et pour discuter de mes affaires, a un contretemps. Plus tard, je rejoindrai mon amie d'enfance pour une séance de cinéma et un repas au resto ensuite. Alors, le temps est suspendu et je me retrouve devant mon écran. Même si j'en suis ravie, je constate qu'il a fallu ce changement d'horaire pour que je vienne vers ce journal, et je réalise que cinq jours ont déjà passé depuis la dernière fois. Samedi dernier, c'était pour combler les trois heures qui précédaient les cérémonies d'inauguration du pontificat du nouveau pape. Bon, des inaugurations semblables il n'y en aura quand même pas à toutes les semaines, non plus que des changements subits à mon agenda. Il faut absolument que je modifie ma façon d'aborder mon journal. Sa rédaction ne doit pas être que le fruit du temps disponible, la chose à faire quand il n'y a plus rien d'autre, elle doit être une activité comme une autre, qui s'inscrive dans mes incontournables. À moi ensuite d'en fixer la fréquence selon mes disponibilités, les circonstances ou les besoins, un peu comme la lessive et le ménage. ;-) Cela dit, je sais qu'écrire me prend beaucoup de temps, cela ne coule pas de source. (Il y a quelque chose de rassurant de savoir que même pour Green écrire n'était ni facile, ni rapide.)

Souvent je me dis que je devrais me contenter de lire plutôt que d'écrire, mais à chaque fois que je viens ici, dans ce petit coin que je néglige, j'en retire beaucoup de bénéfices. Ne serait-ce que cette sensation du temps qui se suspend, du fait que je me coupe de tout ce qui ne m'est pas intérieur, accompagnée que je suis dans mon voyage vers mes pensées par la musique que je choisis. Cela m'amène à constater que ce temps d'écriture est différent de tout ce que fais. Quand je suis en admiration devant la nature, les oiseaux, devant mon chat, quand je regarde intensément les gens que je croise dans ma vie, essayant de saisir leur richesse intérieure pour m'en nourrir sans pour autant rien leur enlever, quand j'alimente mon esprit et mon coeur par la lecture, je suis en quête, en démarche d'aller chercher à l'extérieur pour apporter dans mon intérieur. Quand je prie, c'est mon intérieur qui s'élance et qui rejoint, et puis qui se laisse rejoindre.

Mais quand j'écris mon journal, c'est moi qui viens vers moi, c'est moi qui me dis à moi-même, sans intervention extérieure. (Je tourne en rond. J'ai de la misère à formuler cette partie dans laquelle je ne veux pas mettre de il faut ou encore de je dois. Bon je continue.) Écrire mon journal. Essayer de le faire le plus possible sans jugement, ni négatif, ni positif. Avec ouverture vers l'être humain que je suis, qui n'a pas fini de se construire, qui est en marche dans sa propre vie, qui en connait de mieux en mieux le chemin et qui n'en dévie pas, l'être humain qui sait de plus en plus l'importance de chaque moment. Surtout, essayer de comprendre. Et par ce que j'arrive à comprendre de moi, essayer de comprendre la démarche des humains, par-delà même la diversité des destins individuels. Essayer de comprendre, de trouver un sens à ce qui ne semble pas toujours en avoir. Les grands mystères de la vie. Les grands paradoxes. Bon, tout cela n'est pas clairement énoncé, ni suffisamment développé. Je dois encore réfléchir. J'hésite à mettre en ligne cette ébauche de je ne sais pas trop quoi mais, pas de censure, je ne reviens pas sur ce que je viens d'écrire, du moins pas maintenant puisque je dois quitter dans quelques minutes. À reprendre, non plutôt à poursuivre une autre fois. Pour le moment, me reste cette certitude que le temps fuit, qu'il m'emporte avec lui. Et pourtant, cela ne me trouble pas. L'"Art de la fugue" de Jean-Sébastien Bach y est peut-être pour quelque chose...

samedi le 30 avril

Quand le mécanisme de l'horloge se détraque légèrement, qu'on passe un peu à côté des choses. D'abord ce brunch avec des amis où je viens en coup de vent, je dois aller à des funérailles un peu plus tard. Quelques conversations escamotées. Bien sûr que je les reverrai, mais je quitte sur mon appétit, dans tous les sens du mot.

Je fais rapidement le plein d'essence, ma voiture a plus que soif et je veux me rendre à bon port. Quand j'arrive à l'église, je vois quelques personnes que je savais être là. Une fois les condoléances offertes à cet ami qui vient de perdre sa mère, je les retrouve. Puis je les aperçois, eux. Un couple plus âgé, j'ai déjà travaillé avec lui. Je lui dois beaucoup mais la vie a fait en sorte qu'il y a eu incompréhension quand les circonstances sont venues modifier le milieu de travail, sans que je n'y sois pour absolument rien et j'ai toujours eu des regrets de ce malentendu. Je n'ai aucune idée de ce qui les a amenés ici, ni de la nature des liens qui les unissent à la famille en deuil. Je m'élance littéralement vers eux et, n'écoutant que mon coeur, je les embrasse affectueusement. Je suis si heureuse de les revoir. Remis de leur surprise, la conversation s'engage très facilement. Nous retrouvons vite une entente, leurs sourires sont chaleureux et heureux. Mais le temps nous presse, la cérémonie débute, encore une fois je demeure sur mon appétit. Je devrai vraiment tout faire pour les revoir bientôt.

La cérémonie n'est pas à mon goût, l'officiant semble tout à fait désintéressé et débite des lieux communs, qui ne peuvent certainement ni toucher, ni réconforter la famille de la disparue. Je suis mal à mon aise, moi la croyante pratiquante. Pourtant, je devrais être heureuse de me retrouver dans l'église de mon enfance, celle qui était située tout à côté de chez nous. Je me souviens des cloches qui sonnaient trois fois par jour, et de ma mère qui détestait le carillon de 6h00 le matin. :-) Nous étions si proches que nous venions d'ailleurs jouer dans le terrain entourant l'église quand j'étais toute petite. C'est curieux, dans mon souvenir je suis toujours venue seule à la messe, je ne me souviens absolument pas de mes parents m'y accompagnant. Pourtant, mes parents pratiquaient et nous priions en famille quand j'étais petite, et je me souviens même que plus je grandissais, plus je détestais cela, considérant déjà que l'acte de la prière était individuel. :-) Bon, là il faut que je réfléchisse. Quand je replonge dans mes souvenirs, je me revois aussi seule à l'église que nous fréquentions l'été, celle de notre endroit de villégiature. Pourtant, elle était située à quelques kilomètres du chalet, je ne pouvais évidemment pas m'y rendre seule... :-) Que la mémoire nous joue des tours! Mais c'est évident que cela me confirme que je n'aimais pas l'intrusion ou l'autorité parentale dans mes sentiments religieux. C'est délicat le rôle des parents à cet égard : ouvrir la porte, transmettre, rendre disponible sans rien imposer. Et surtout respecter la vie intérieure des enfants, leur pudeur à cet égard et respecter leurs choix.

La cérémonie terminée, je reconduis une amie chez elle, puis je me dirige vers l'épicerie, chercher du pain, quelques fruits et un poulet. En sortant, je prends quelques minutes pour parler avec un ami qui lui entre faire ses courses et je me rends ensuite à ma voiture. Là, je vois une femme assez âgée pousser plutôt violemment et négligemment son chariot en l'abandonnant. Il tombe en bas du trottoir et vient frapper l'aile droite avant de ma nouvelle auto, la bosselant bien évidemment et égratignant la peinture... Ma Puce à moi!!! Je suis si déçue. La dame ne semble pas réaliser ce qu'elle a fait. Heureusement il y a un témoin qui l'apostrophe. Je prends le nom de la dame et ses coordonnées. Bon, ce n'est évidemment pas un drame, mais quand même... Lundi ou mardi, je me rendrai au garage faire évaluer les dommages et convenir de la réparation.

La température est maussade et cela dure depuis des jours, des jours et des jours. Il y a un peu partout dans mon coin de pays des glissements de terrains, des rivières qui débordent. Rien de tout cela chez moi, tout juste une lassitude, un goût d'aller marcher dehors, de changer d'air, d'enfin passer à autre chose. Un appel téléphonique : un changement imprévu à l'horaire, et la sortie de ce soir avec le grand copain doit être reportée.... Là encore je suis déçue. Alors, que fait-on? On vient devant l'ordinateur et on fait son journal. (Qui donc écrivait, pas plus tard qu'il y a quelques jours, que la rédaction de ce journal ne devait pas dépendre des changements à l'horaire???) Heureusement, il y a la mignonne tornade qui me tourne autour, heureusement il y a le thé vert que je me réserve pour les grandes circonstances, le très apaisant et parfumé Sensha Kioto Cherry Roses et puis, aussi, il y a ce si beau "Concerto pour piano" de Scriabine : tout à fait ce que cela me prend pour aider à replacer tout doucement le mécanisme de mon horloge intérieure.









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