Au bonheur du jour




Le mois d'août 2005

1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31

Retour Page d'Accueil

Archives

C'est ici

 


Aujourd'hui

samedi le 6 août

Tout à l'heure, pendant que la cigale chantait encore, j'ai rempli les mangeoires dans mon petit jardin et arrosé les corbeilles de fleurs, sous le regard attentif et un peu inquiet de la mignonne tornade qui, de son balcon, surveillait mes moindres gestes. Il en faut si peu pour la bouleverser, on dirait qu'elle adore se faire peur et s'inventer des scénarios de catastrophe pour son petit univers. :-) Là, c'est presque la fin de l'après-midi et le soleil commence à descendre dans les arbres. Il a déjà pris cette couleur des moissons, plus intense, plus riche et plus orangée, celle que j'aime tant et qu'habituellement on voit plutôt vers la fin de l'été. Peut-être est-ce la canicule qui s'est faite si longue cette année qui modifie ainsi les séquences. Il est réjouissant de savoir qu'il reste encore de belles semaines de cet été qui s'est fait si généreux.

Depuis mon enfance, je ne me souviens pas que la cigale ait autant chanté que cet été. À ce moment-là, au chalet à la campagne, elle me semblait presque toujours présente. J'ai longtemps cherché à l'entrevoir, mais n'ai jamais réussi. Quand j'étais toute petite, il m'arrivait parfois, mais pas souvent, de ressentir en l'écoutant un sentiment que j'avais peine à identifier. Maintenant, je sais que c'était une certaine angoisse. Cela se passait surtout les dimanches après-midi, alors que les activités coutumières étaient arrêtées et que les adultes devenaient presque des ombres immobiles, joliment vêtus, endimanchés, comme sur un tableau. La vie s'arrêtait presque. J'étais trop petite pour réaliser qu'ils se reposaient, qu'ils l'appréciaient et que c'était bien ainsi. Moi, je m'ennuyais, prisonnière aussi de ma jolie robe. Leurs conversations ne m'intéressaient pas et je n'attirais pas leur attention, j'étais moi aussi comme une ombre là, à leur côté. Je ne me souviens pas de ce que faisaient mes petits frères, mais je pense qu'ils étaient, comme moi, incapables d'initier un mouvement qui aurait déclenché nos jeux. Et toujours cette cigale qui chantait, comme une longue complainte rendant encore plus lourd et inquiet mon petit coeur d'enfant. Et il me semblait que le temps était immobile, que l'après-midi n'aurait pas de fin. Je sais maintenant que c'était cette immobilité du temps, de la vie, qui m'angoissait, et pas le chant de la cigale, puisque je l'aimais les autres jours.

Aujourd'hui, c'est plutôt le temps qui passe qui me dérange, mais sans pour autant m'angoisser. Un peu plus tôt aujourd'hui, au sortir de ma douche, j'ai remarqué que la texture de la peau de mes bras se modifiait et qu'elle devenait plus mince, plus transparente. Il y a des signes comme cela qui surprennent mais qui ne mentent pas. Et le chant de la cigale me ravit, puisqu'il témoigne d'une certaine forme de pérennité dans ce temps qui fuit.

Les jours ont passé bien rapidement dernièrement et si ce n'était pas mon cliché habituel, je parlerais de tourbillon. Mais je ne le ferai pas. ;-) De ma vie amicale, je veux retenir quelques rencontres. D'abord, celle particulière en compagnie de deux couples d'amis qui célébraient les anniversaires de leurs mariages. Je suis toujours très impressionnée par ces unions de longue durée, dont il est visible que ce sont des réussites et que les partenaires sont heureux. Ces mariages ont la beauté des fruits mûrs et ils semblent bien en avoir aussi la saveur. Pourtant je sais que la vie ne leur a pas toujours été facile mais, dans leur cas, il semblerait que traverser ces circonstances adverses aient ajouté à leurs liens. Puis cette autre rencontre avec ce groupe d'amis d'un cercle différent, très joyeux et légers, autour d'une excellente table. Ce fut adorable et très amusant. J'ai aussi vu mon amie d'enfance, celle qui a dernièrement perdu une grande amie et dont le frère est très malade. Nous avons passé un beau moment ensemble, calme et doux. Elle aussi sent le temps qui passe et je la voyais plus fragile et plus vulnérable. Et puis, mon animée et volubile amie avec qui j'adore discuter politique a refait un bref séjour en ville. Après avoir étiré un repas, nous avons, comme souvent, fini par une expédition dans nos bouquineries préférées. J'ai évidemment laissé plusieurs dollars le long de mon chemin et compliqué, par le fait même, la gestion de ma bibliothèque... :-) Et enfin, le cher grand copain que j'ai vu souvent, qui retient beaucoup mon attention, avec des projets qui lui sont personnels dans un domaine que je connais très bien et qui a voulu m'associer à sa réflexion.

J'ai savouré aussi les moments précieux que j'ai passés dans la petite chapelle. C'est un lieu que j'aime, comme j'aime aussi respirer, dans l'humidité du soir, le parfum des grands conifères qui bordent le parc, quand ensuite je rejoins tranquillement ma voiture. J'aime aussi cet autre petit coin, celui sur le net, pour lequel je n'ai pas encore trouvé de nom de référence, où je me sens de plus en plus confortable et qui, je pense, me sert bien.

Je passe les doigts dans mes cheveux. Ils ont enfin séché et les boucles sont douces. Il y a longtemps qu'ils n'ont pas été aussi longs, c'est le temps de les faire couper. De mon petit bureau, j'aperçois, dans la chambre de ma fille, les rayons dorés du soleil qui dansent sur le mur. C'est la brise qui fait onduler les branches de la grande épinette blanche tout à côté de la fenêtre. La cigale ne chantera plus aujourd'hui, et c'est le son d'un luth qui tranche sobrement le silence avec quelques airs de Bach.

"Chaque pas que nous faisons, ne serait-ce que pour aller de son bureau à une fenêtre, est un pas de plus vers celui qui nous verra tomber et rester étendu à tout jamais. Quel étrange itinéraire, quel voyage labyrinthien pour trouver sa tombe...."(Julien Green)

lundi le 8 août

Instantané. Par la porte de la cuisine, toujours le chant de la cigale. Là, sur le comptoir, promesse de la chaleur de l'été dans le froid de l'hiver, depuis quelques jours les framboises baignent dans l'alcool. Quand je soulève le couvercle, la magie joue déjà. Tout à côté, deux tasses vides, avec leurs traces de café. Je suis là encore étourdie de ces heureux moments. Elle vient de repartir, un peu en retard, mais son rire flotte encore dans la maison et la salle de bain est sans dessus-dessous. Celle-là, chair de ma chair, c'est ma douce tornade.

Hier, notre visite au bord du lac, moi, à remonter, oeuvre de patience, mon long collier de perles qui en avait bien besoin et elle, si belle et si épanouie, avec les autres, à rire et à badiner dans le lac. Le vent venait compliquer ma tâche en emmêlant mon si long fil, mais je n'avais pas le goût de remiser le coussin sur lequel je travaillais. Le plaisir de siroter le long verre de limonade au porto blanc. Je m'étais faite silencieuse et je les regardais tous. Je suis comme l'écureuil, comme la fourmi, j'emmagasine mes petits bonheurs pour l'hiver, l'hiver de ma vie. Parce que l'hiver de la vie, je le voyais là, à ma droite, chez la vieille dame, absente, perdue dans ses propres brouillards. Suivit ensuite un repas presque somptueux pour ce décor champêtre. Langage délicat de l'affection que cet ours au coeur tendre porte aux gens de sa vie, parce que nous sommes bien de sa vie et qu'il est de la nôtre. Plus tard, beaucoup plus tard, encore sur le bord du lac, des chauves-souris, une quantité incroyable de moustiques, une seule étoile à travers un ciel devenu nuageux et le merveilleux chants des huards. J'étais là, seule, à me laisser dévorer, les autres s'étant un peu moqués de ma passion. Mais j'en étais heureuse parce que, parfaite égoïste, je n'aurais pas su partager cet instant merveilleux au coeur duquel mon âme a fait le plein.

mardi le 30 août

Je n'ai pas souvenir d'un tel été, que je nomme celui de la cigale, qui s'étire aussi tardivement en ne s'estompant que très lentement. Hier, la température était chaude et humide et j'ai fait un long trajet vers cet endroit retiré de la vie courante, vers ce refuge de l'âme où j'avais le goût de retourner. Je voyais pourtant, ça et là, dans ces magnifiques paysages à perte de vue, quelques taches de rouge si caractéristiques de la mutation des érables et indicatrices de l'automne qui viendra très bientôt. J'ai passé quelques heures absolument seule dans la petite chapelle et, par la fenêtre, j'entendais les grillons, les cigales et les oiseaux, et le parfum de la forêt parvenait jusqu'à moi. Je me sentais très privilégiée. Comme la première fois, quand je suis revenue vers mon automobile, des petits cailloux se glissaient constamment dans mes sandales rendant la marche difficile et douloureuse. J'aurais pourtant dû y penser. Mais bon, peut-être neigera-t-il à ma prochaine visite, en tous les cas, il fera nettement plus froid et j'aurai remisé mes sandales. Le soir tombait quand j'ai repris la route, la brume montait de la terre et emmitouflait les montagnes. Je voyais de petits oiseaux que je ne pouvais identifier se regrouper, sans doute en préparation du long voyage qu'ils feront dans quelques semaines, et voler en formation dans un étrange ballet ondulant. C'était absolument magnifique et le "Stabat Mater" de Vivaldi chanté par James Bowman ajoutait une touche éthérée à ce moment que je n'oublierai pas.

Quand je fus de retour à la maison, je n'ai pris que quelques minutes pour converser avec mon cher ami cadeau, puis le grand copain est venu me chercher. Il y avait plusieurs jours que nous ne nous étions pas vus, puisque j'étais chez ma fille dans sa très grande ville. Je fais une parenthèse pour parler de ce petit voyage. Là-bas, cela avait été le feu roulant habituel, plusieurs personnes à voir en si peu de temps, dont ma sage et compétente amie, mon filleul adoptif et sa femme, ma vraie filleule et son conjoint, mais aussi un couple de très grands amis que j'aime beaucoup et que, depuis quelques années, je ne voyais malheureusement que rarement à cause de l'éloignement. Mais tout cela va changer puisqu'ils vont bientôt emménager dans la très grande ville. J'ai eu le plaisir de visiter avec eux leur futur appartement et de voir les énormes travaux de rénovation qu'ils sont en train de faire exécuter. Ils devraient toutefois pouvoir s'installer dans environ un mois, et j'en suis très heureuse. Lors de ce voyage je n'ai cependant pas vu mon amie d'enfance qui réside dans la très grande ville, puisqu'elle était venue quelques jours auparavant dans ma ville visiter sa vieille mère et que nous nous étions vues deux jours de suite. Elle était entre autres venue manger chez moi, et pour voir le dvd de l'entrevue de Julien Green que m'avait offert mon cher ami cadeau. Elle a été séduite par cette entrevue et a décidé elle aussi d'entreprendre la lecture de son Journal. Voilà qui me fait évidemment très plaisir. Pour en revenir au grand copain, nous avons mangé ensemble dans le restaurant que nous ne pouvons maintenant plus classer parmi nos préférés puisqu'il est réellement en train de devenir notre préféré. Il repart après-demain pour un autre voyage à l'étranger. Nous avons bien évidemment parlé de quelques uns de ses dossiers et je l'ai senti très enthousiaste, très en possession de ses moyens. Je trouve qu'il est sur la bonne voie et je suis heureuse pour lui.

Le frère de mon autre amie d'enfance, celle de ma ville, est décédé et ses funérailles auront lieu dans quelques jours. Ce matin, elle était triste mais elle devait quand même garder ses deux petits enfants qui étaient en congé scolaire. Je suis allée les chercher tous les trois et nous sommes partis ensemble bouquiner dans les livres pour enfants, puis au marché en plein air acheter des pommes, des fraises et quelques légumes fraîchement cueillis par les maraîchers. Nous sommes ensuite retournés chez mon amie où nous avons mangé ensemble des mets qui plaisent aux enfants. Puis nous avons joué à toutes sortes de jeux de société, certains auxquels je n'avais pas joué depuis l'enfance de ma fille et nous avons finalement beaucoup ri ensemble. À un moment donné, mon amie émue a dit à ses petits enfants l'importance des vieilles amitiés. Nous n'avions que leur âge quand nous nous sommes liées et de les voir si jeunes et de nous voir comme nous sommes maintenant m'a fait réaliser tout ce chemin que nous avons parcouru ensemble. Elle leur a souhaité de connaître une amitié comme la nôtre. J'en ai été très touchée et le suis encore au moment d'écrire ces mots.

Et puis, en toute fin d'après-midi, à mon retour à la maison, une conversation avec mon ami cadeau, coupée en deux par une autre brève sortie, m'a aussi vraiment touchée. C'était avant de repartir ensuite, rapidement encore une fois, retrouver les trois amies que je vois mensuellement. Dans ce petit bistro près de chez moi, à peine éclairé, nous avons pris tout notre temps. Nous avons bu du vin, puis du café espresso, il y avait quelques chansons françaises en arrière-plan et les heures ont passé sans que nous ne les voyions filer. Une de nous, celle qui est habituellement la plus secrète, nous a assez timidement confié certaines vulnérabilités et quelques difficultés qu'elle connaît actuellement. J'ai beaucoup, beaucoup aimé l'attitude des autres. Je les regardais toutes trois et j'étais fière d'elles. Je pensais aussi à tous ces gens de ma vie, principalement à ceux auxquels je suis particulièrement attachée et je me sentais vraiment heureuse, vraiment riche. Je suis en vie et j'aime.

"Je suis humain et rien de ce qui est humain ne m'est étranger." (Térence)









Inscrivez votre adresse e-mail
pour être avisé des mises à jour
InscriptionDésinscription

 

haut de la page




Hosted by www.Geocities.ws

1