Au bonheur du jour




Le mois de mai

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Aujourd'hui

lundi le 3 mai

Cet après-midi j'avais rendez-vous chez le dentiste. La journée de vendredi dernier fut un record semble-t-il et c'est à nouveau froid et désagréable. Mais en revenant, j'ai vu que les bourgeons au bout des branches de la grande épinette commencent tout de même à gonfler. Quelques jacinthes sont presque en fleurs et on voit aussi apparaître quelques feuilles sur les philadelphus aureus et les hostas pointer hors de terre. Et là, en ce moment, ma mignonne tornade multiplie des allers et retours sur le balcon. J'ai un problème avec elle, elle veut toujours aller dehors, mais elle refuse d'y rester seule si les portes de la cuisine sont fermées. Et ce, même si le moustiquaire étant déjà installé sur la porte extérieure, je puis lui parler de l'intérieur pour la rassurer. Mais rien n'y fait. Alors j'ai cédé, j'ouvre et j'attache la porte extérieure pour qu'elle ne soit pas brusquement refermée par le vent et je laisse la porte intérieure entrouverte pour que ma mignonne tornade puisse circuler librement à sa guise. Par moments, le système de chauffage est obligé de fonctionner pour compenser la perte de chaleur. Je sais, c'est ridicule. Et en plus, que ferai-je quand les moustiques seront là !!?? En ce moment, elle est sur mes genoux ronronnant bruyamment et quand je la caresse, je passe mes doigts dans son pelage tout froid. Je sais que, comme tout à l'heure, elle ne restera que quelques secondes sur moi et qu'elle retournera vers ses petits copains les oiseaux et écureuils. Eux semblent avoir maintenant bien compris le peu de menace qu'elle peut constituer, puisqu'ils ne changent aucunement leurs habitudes selon qu'elle soit dehors ou dans la maison. J'ai pendant un moment pensé qu'elle serait plus chasseresse que ses prédécesseurs, mais elle aussi semble avoir succombé à leur charme et être tout à fait satisfaite de les observer.

Voilà, j'arrive à mon tour de la cuisine. J'avais été attirée par le chant des bruants et les piaillements et autres roucoulades de diverses autres espèces. Je suis allée manger une orange sur le pas de la porte. Décidément, cela devient une habitude... Je ne me lasse pas d'entendre ces merveilleux sons. Même que, ce matin, Bach a dû leur céder la place, les chants des oiseaux ayant besoin de tout l'espace pour se manifester pleinement. Je pense d'ailleurs que c'est à ce moment-ci de l'année qu'ils sont à leur plus beau.

Samedi, j'ai assisté à une pièce de théâtre bien spéciale puisqu'elle mettait en scène quelques handicapés, physiques et mentaux, qui étaient entourés de comédiens chevronnés. J'y étais avec mon amie d'enfance et j'ai beaucoup apprécié le spectacle fort réussi. Tour de force et oeuvre de patience de la part de tous, participants, comédiens et responsables de cet événement. Une oeuvre à chaudement encourager. Hier, j'ai assez longuement parlé avec ma fée informatique. Je l'avais aussi fait vendredi soir. Il y avait un moment que nous n'avions communiqué ensemble, nous avions du retard à rattrapper. Dimanche encore et puis ce matin, longue conversation aussi avec mon ami philosphe et humoriste, celui qui est au loin et avec qui je suis en lien depuis plusieurs années. Avec lui aussi, il y avait un retard, surtout parce que lui était pris de son côté. Nous avons repris le dialogue là où nous l'avions laissé. J'aime son regard sur la vie, ses efforts et son courage. Il a aussi un sens de la répartie incroyable, qui me surprend toujours. Nous rions beaucoup ensemble. J'ai pris plaisir à voir les photos de ses filles et de son épouse. J'ai encore une fois réalisé que le temps passe très vite. Il me semble que c'était hier qu'il me montrait ses deux filles encore bébés. Bon, là je gèle. Même si les oiseaux chantent encore, même si ma mignonne tornade veut encore rester dehors, cela suffit, je m'en vais fermer les portes... :)

mercredi le 5 mai

C'est bien ce que je pensais, d'ailleurs. Trop ce n'est pas mieux que pas assez... Pour ma part, j'ai tendance et la mauvaise habitude de faire dans le trop et, ce matin, on me l'a bien rendu. Dès 4h30 ou 5h00, j'ai été réveillée et je ne parvenais plus à me rendormir. Le chant incessant d'un oiseau, que je pense être un bruant, qui me semblait si près qu'il aurait pu venir du pied de mon lit. D'après un livre consulté, il se pourrait aussi que ce soit un junco, car leurs chants s'apparenteraient, semble-t-il. Comme les deux espèces fréquentent mes mangeoires, je ne saurais dire auquel des deux j'avais affaire ce matin. Surtout que, dans ce livre pourtant sérieux, leurs chants sont bizarrement décrits par tui-tui-tui. Ça, comme explication... ;) De toute façon, il chantait, il chantait et il chantait, et avec persistance et coeur. J'ai fini par retrouver le sommeil un peu aux environs de 7h00 je pense. Et, quelques heures plus tard, en faisant le tour de mon terrain, je l'ai entendu chanter dans cette épinette dont je surveille la croissance et qui est près de la fenêtre de ma chambre. Il y était puiqu'il chantait encore à ce moment-là. Peut-être s'y construit-il un nid, mais je ne pouvais l'apercevoir. Je suppose que je m'habituerai à son chant aussi matinal et que je parviendrai quand même à dormir. Bien évidemment, il existe des bruits plus désagréables pour empêcher le sommeil, comme le passage d'un train et paraîtrait-il qu'on s'y habitue mais, justement, le train passe et s'en va et mon oiseau, lui, restait toujours là... ;)

Hier soir, c'est très lentement que j'ai marché vers la maison. Il faisait plutôt froid, le temps était clair, les étoiles étaient belles et la lune pleine et magnifique. J'arrivais d'un restaurant dans la jolie rue près de chez moi. Je venais de laisser cet ami dont j'ai quelques fois parlé, ancien patron très apprécié qui, il y a quelques années, avait connu d'importants bouleversements pour ne pas dire déboires concomitants dans sa vie. Mais c'est un homme heureux avec qui j'ai partagé le repas. Je connais peu de personnes qui auraient pu supporter, en même temps, autant d'épreuves dans des secteurs aussi névralgiques de la vie et retrouver ensuite cet appétit de vivre. Il me parlait avec émotion et enthousiasme de la nouvelle femme de sa vie, des relations avec ses enfants, un peu de son travail, beaucoup des cours de cuisine qu'il suit. Pas un mot sur sa santé cependant, même s'il a discrètement pris un cachet durant le repas, mais je sais qu'il va bien maintenant. J'ai beaucoup d'affection et d'admiration pour cet homme. Bon, il y a bien cette question politique sur laquelle nous divergeons, comme avec le grand copain d'ailleurs, mais dans son cas cela ne me surprend pas, en raison de certains aspects qui débordent la stricte question en cause et qui sont reliés à d'autres enjeux pour lesquels je connais son opinion depuis longtemps.

Aujourd'hui, j'ai passé un très long moment avec cette vieille dame qui a des troubles de mémoire. Elle avait plusieurs courses à faire, et ses problèmes étaient plus marqués qu'à l'habitude. Pour ma part, je ne me sentais pas au meilleur de ma forme. Ce fut donc assez lourd. Je suis revenue chez moi plus tard que d'ordinaire et, pour la première fois, vraiment fatiguée. Bon évidemment, peut-être aurais-je eu besoin de quelques heures de sommeil de plus ce matin... ;) Puis, je me suis rendue à cet endroit qui devient parfois un refuge et ce soir il le fut. Au sortir, je me sentais un peu mieux. Je suis ensuite allée chez une amie qui avait sollicité mon aide pour traiter un problème administratif. Pas que je sois spécialiste, loin de là, mais elle s'était dit que deux têtes valent mieux qu'une. Ah! la langue de bois!!! :-( A deux, on a fini par venir à bout d'un formulaire incroyable, mais je ne suis même pas certaine que nous ayons exactement compris le sens de toutes les questions. Parfois je lisais la version anglaise, cela m'aidait à comprendre le sens des phrases en français. C'était parfaitement ridicule. Demain matin, elle va signaler le numéro 1-800 de cet organisme et tenter de vérifier certaines de nos interprétations. En me rendant à mon automobile, je fus une fois de plus frappée par la beauté des étoiles et celle de la lune qui était presque de la couleur d'un jaune d'oeuf, et dont les reflets se miroitaient sur les eaux du large fleuve. C'était vraiment très beau. Pourtant, presque toute la journée avait été de grisaille et tristounette.

29 avril 1977. "Un homme prisonnier dans un camp pendant la guerre me dit que ce qui l'a soutenu pendant toute cette épreuve a été la contemplation du ciel nocturne et ses millions d'étoiles. C'est bien ce qui me manque le plus à Paris où des nappes d'air empoisonné nous cache ce qu'il y a de plus beau au monde. A Faverolles qui n'est qu'à une heure d'ici, je me grisais, je m'étourdissais de ce spectacle jusqu'à m'en laisser presque tomber sur l'herbe. Si l'on regardait plus souvent les étoiles, la foi grandirait." (Julien Green)

lundi le 10 mai

Atmosphères

Lundi matin, tôt. Diana Krall. "S'Wonderful". Le soleil entre par la fenêtre de la salle à manger et se pose sur l'énorme bouquet de roses couleur saumonée et sur la nappe coquille d'oeuf. Une serviette de table négligemment laissée là. Je prends l'appareil photo pour fixer dans le temps et l'espace. La mignonne tornade se frôle sur mes jambes, elle a faim. Puis elle grimpe sur la table, va sentir les roses. Une autre photo. "I Remember you". Dans le jardin, deux tourterelles mangent des graines tombées sur le sol. J'ouvre les portes de la cuisine, quelques oiseaux s'envolent, bruissements d'ailes et petits cris de départ. Le fond du temps y est froid, le soleil n'est pas encore tout à fait rendu là. La mignonne tornade s'y faufile. Quelques serviettes supplémentaires dans la salle de bain. Des draps à changer dans le lit de la petite chambre, celle où, suspendu au mur, un large chapeau de paille couleur corail orné d'un long foulard fleuri rappelle un autrefois pas si lointain et tellement doux à mon souvenir... Ma fille était ici hier. C'était la Fête des Mères. "The Look of Love".

Lundi midi. Jérôme Attal Live. "Sylvie et son lapin". Le temps est devenu gris, mais il fait presque bon. Les projets de la journée ont changé, je devais sortir. C'est mercredi que je verrai mon amie d'enfance de passage dans ma ville. "Ton visage, c'est mon pays".Je suis en tenue d'intérieur. Curieuse impression d'avoir volé un petit moment pour flâner. Je ne pense pas faire oeuvre bien utile aujourd'hui. C'est agréable. Pâtes à la sauce aux tomates et salade verte. "Paris, m'as-tu vu". Pourtant tellement de choses m'attendent, je devrais en profiter pour préparer les réunions de demain. Ce n'est pas le courage qui manque, c'est qu'un hiatus s'est imposé de lui-même. Je veux le savourer."La théorie des nuages".

Lundi après-midi. Leonard Cohen. "Take this Waltz" Long manucure et crème dans le visage. Un peu de pluie tombe par intermittence. La mignonne tornade veut quand même demeurer sur le balcon. J'aime cette odeur de la terre et du bithume accueillant les premières gouttes de pluie, et faisant penser à l'été. "Dance Me to the End of Love" Les bourgeons se développent maintenant à bon rythme, sur le bouleau, sur le grand érable, les sorbiers, les lilas. Mais pas encore de façon visible sur les épinettes. Un thé brûlant dans une jolie tasse. La théière à la portée de la main. "Anthem". Belle conversation avec l'ami cadeau, mais du temps dérobé à quelqu'un qui en a peu. Un brin de culpabilité. "Hallelujah".

Lundi, presque le soir. Léo Ferré chante Verlaine et Rimbaud. "Ecoutez la chanson bien douce". Il pleut plus sérieusement maintenant et j'ai refermé les portes de la cuisine. Le temps est moche. "Âme te souvient-il?" Le grand copain au téléphone, qui veut m'arracher à ma journée de farniente. Je sers quelques croquettes à la mignonne tornade qui me rôde autour. "Je vous vois encor". Il est temps de me préparer. Parfum et maquillage. Jupe, chemisier et collier. Imperméable et sac à main. "Sérénade". Il arrive, je referme la porte derrière moi et je suis partie.

mardi le 11 mai

Le bouquet de roses est encore magnifique. J'hésite : dois-je maintenant les retirer du vase, alors qu'elles en sont à leur plus beau, les suspendre sans eau, dans un endroit sombre, pour les faire sécher et ainsi essayer de prolonger leur vie mais sous une autre forme, puisqu'elles auraient quand même perdu la subtilité de leur teinte et texture si raffinées, ou dois-je plutôt les laisser aller jusqu'au bout et ne profiter que quelques jours de plus de cette glorieuse beauté qui ira en se déterriorant rapidement. Comme souvent dans la vie, il n'y a pas de bonne ou mauvaise réponse, mais que des choix comportant chacun leurs avantages et inconvénients. À suivre...

La température était tout simplement splendide aujourd'hui. C'est le coeur bien léger que je me suis rendue, à l'heure du lunch, dans un restaurant de la jolie rue de mon voisinage, retrouver deux collaborateurs en rapport bien directement avec la responsabilité que j'ai accepté d'assumer. J'ai été pleinement satisfaite de la tournure de cette rencontre. Seule ombre au tableau : avoir croisé dans ce restaurant une personne que je connais bien, qui assume une charge publique, avec qui j'ai assez étroitement collaboré, à qui j'ai dû dire mon désappointement sur la manière avec laquelle cette question a été traitée jusqu'ici. Je l'ai fait poliment mais aussi fermement. Mes deux compagnons connaissant mon implication à cet autre niveau ont compris qu'il m'en coûtait. Le bénéfice de ce face à face a été de me faire réaliser combien je tenais à ce dossier et aussi de me confirmer qu'en ce qui me concerne, j'avais pris la bonne décision de m'en mêler, quelle que soit l'issue du débat. Comment donc ai-je pu croire un seul instant que je pourrais me contenter de regarder tout cela de l'estrade des spectateurs et en ne faisant qu'aller voter au moment opportun?

C'est avec le coeur encore plus léger que j'ai laissé mes compagnons, sachant aussi que je les reverrai dès ce soir à cette autre réunion qui comporte tout de même une grande part d'inconnu. Puis, j'ai eu le goût de célébrer mon enthousiasme retrouvé et je suis allée dans cette toute petite boutique flâner devant les présentoirs, me laisser séduire par les arômes et les noms. J'ai finalement choisi du thé Formosa oolong, de la tisane Lady Hannah à la délicate et estivale senteur de petits fruits des bois, que l'on peut aussi déguster glacée, et un café noir du Guatemala. J'ai retraversé la rue pour me procurer un excellent pain de blé. Ensuite, je suis lentement revenue.

La mignonne tornade m'attendait. Quoi de plus joli, de plus paisible qu'un chat blanc à la fenêtre? J'ai eu le goût de sortir Julien Green, de l'amener passer un moment avec moi, sur mon banc de parc dans ma cour. Difficile de lire quand votre attention est attirée par les oiseaux et aussi par les écureuils qui eux sont de moins en moins sauvages. Peut-être reconnaissent-ils en moi la bonne poire qui leur laisse libre accès aux mangeoires des oiseaux... :-) Avec Green, je visite la Turquie. Il a une façon bien à lui de servir de guide. Le soleil qui descend et l'heure qui avance font ressortir un petit fond de temps froid que l'on ressent quand on est immobile. J'aurais plutôt dû travailler un peu la terre et ne pas oublier que nous ne sommes même pas à la mi-mai, j'aurai tout le temps de lire sur mon banc. Je rentre donc, en admirant la lumière du moment, la plus belle à mon sens, celle d'une fin d'après-midi. Lumière chaleureuse et un peu orangée, paisible et enveloppante. Elle me fait penser à l'étape présente de ma vie, moi aussi je suis sur l'autre versant, j'ai commencé mon déclin. Je voudrais mourir à un moment et dans une lumière semblables, de préférence à l'automne, cet autre déclin, lorsque les feuilles sont colorées. Je suis très sereine en écrivant cela puisque je ne fais que mentionner l'inévitable et que c'est justement cette merveilleuse lumière qui m'y fait penser. Le bonheur et la douceur du temps qui s'égrène, comme dans un long voyage.

mercredi le 12 mai

Je suis sur ma lancée. En portant à la rue le sac d'ordures ménagères, je vérifie la grande épinette. Les bourgeons sont gonflés, prêts à céder à la pression des nouvelles pousses. Je ne me souviens pas avoir surveillé d'aussi près et avoir eu aussi hâte. Je suis sur ma lancée? Le voisin de biais que j'aime bien a droit au récit de la réunion de la veille, celle du soir, et à mon opinion sur le débat... Faire attention de ne pas trop insister... Mon enthousiasme peut me jouer de vilains tours. Il regarde ma maison qui arbore déjà le signe distinctif. Il me sourit, il me connait depuis longtemps...

Quelques appels téléphoniques, certains personnels, d'autres reliés à notre cause. Puis je vais rejoindre mon amie d'enfance, celle qui est de passage. Nous prenons le chemin de la vieille ville, nous voulons manger du cassoulet, le meilleur de ce côté-ci de l'Atlantique. :-) Nous nous parlons, parlons et parlons. Si j'avais eu une soeur, nous n'aurions pas pu être plus proches. Nous sommes sur la rue des antiquaires. Il fait gris, mais il fait doux. Il fait bon. Nous entrons dans chaque boutique à la recherche de rien en particulier, mais à l'affût de tout, consentantes à être séduites. Pour moi, une grappe de raisin en verre, translucide, insérée dans un contenant plus grand, aussi de verre, en forme de goutte : jolie et originale combinaison d'un huilier et d'un vinaigrier. Je le vois déjà sur ma table, il m'est destiné. Pour elle, un magnifique chandelier art nouveau. Nous sommes heureuses de nos trouvailles.

Nous revenons chez moi. Comme souvent, elle veut revoir ma mignonne tornade, elle est un peu sa marraine puisque nous étions ensembles quand la féline s'est imposée à moi, quand elle m'a choisie. C'est elle qui a insisté pour que je me laisse séduire, alors que j'avais d'autres plans. Et là, je fais ce que je n'ai jamais fait avec personne, je lui montre une page de mon journal. Celle que j'avais écrite pour le décès de ma mère qui l'avait longtemps considérée comme sa deuxième fille, et dont elle connaît les circonstances. Je lui montre aussi quelques journaux que j'aime et qui me sont importants. J'ai l'impression de m'être transformée en illusionniste, je lui fais voir des choses qu'elle ne pourra pas ensuite retrouver. L'informatique, c'est heureusement du chinois pour elle, à mille lieues de ses intérêts... ;-) Tout cela lui est bien mystérieux, non seulement l'aspect technique, mais surtout ma motivation, le temps que je consacre à cette lecture, à la rédaction. Nous sommes tellement différentes, elle est plus intellectuelle, je suis plus attirée par l'humain. Même si elle me connaît depuis notre enfance, je sens qu'elle vient de découvrir une autre facette de moi Dans un sens cela nous rapproche encore plus, puisqu'un peu plus tard elle me fait certaines confidences concernant de ses proches, dont elle semble avoir besoin de parler, dans lesquelles je sens encore plus toute sa confiance en moi. Ma chère, très chère amie.

mardi le 18 mai

Avant d'aller dormir, je prends quelques minutes de répit et j'écoute ma douce et paisible compilation. Je suis toujours emportée dans mon tourbillon et j'ai retrouvé tout mon enthousiasme et mon engagement. Les réunions se succèdent, y compris certaines à 7h30, ce qui en soi constitue tout un défi quand on connait mon rythme du matin. Depuis quelques jours, j'ai quand même trouvé le tour de glisser dans mon horaire quelques repas et sorties avec des amis, une deuxième visite chez le dentiste, un passage en coup de vent à la clinique pour faire renouveller la prescription pour une médication dont mon petit coeur a besoin. Ce n'est pas le temps de le négliger celui-là... :-)

Pendant que j'attendais dans une salle d'examen, j'ai entendu une conversation entre un jeune papa que j'avais pu observer plus tôt dans la salle d'attente avec sa toute petite fille d'environ 18 mois, et le médecin. Le papa inquiet disait les symptômes et, d'une voix tellement douce, consolait son bébé qui pleurait à fendre l'âme. Le médecin se faisait rassurant, cherchant à calmer l'angoisse des deux. C'était très touchant cet amour paternel qui s'exprimait avec des mots et des intonations que, de mon temps, on entendait plutôt de la part des mamans. Je ne connais rien de ce jeune homme, je ne sais pas quel est son statut familial. La maman était-elle à son travail, la situation demandant alors un partage des responsabilités face aux enfants ou encore s'agissait-il d'un couple divorcé, les parents prenant charge à tour de rôle des enfants? Je ne le sais pas. À la fin de leur consultation, j'ai vu passer ces deux personnes attachantes, le père, l'air exténué, rassurant toujours la petite fille en la serrant très fort dans ses bras et en lui parlant si doucement, et la petite fille si mignonne avec ses courts cheveux bouclés, le teint si pâle, et les petites joues rouges de fièvre qui se blottissait contre lui. Bien sûr, ce n'était qu'une impression, une image fugace, je ne sais rien de leur réalité, mais je ne me souviens pas de pareil contact moi, enfant, avec mon père, de pareille douceur de relation et malheureusement pas non plus d'un entre ma fille et son propre père. Je pense que si notre époque actuelle peut être difficile pour les jeunes, elle semble du moins avoir le mérite de leur permettre de ressentir et d'exprimer, même publiquement, une très riche gamme de sentiments. C'était beau, très beau.

Ce matin, je n'ai pu résister. Sous une pluie fine, je suis sortie confirmer ce que j'avais cru apercevoir par la fenêtre de ma chambre. Durant la nuit, les bourgeons des épinettes avaient bien éclaté. Les nouvelles pousses apparaissaient comme de tout petits points vert tendre au bout des branches. Cela m'a mis la joie au coeur. Il y avait aussi une variété de tulipes en fleur dans la plate-bande en avant de la maison, ainsi que des jonquilles et quelques jacinthes. Je pense cependant que les écureuils ont fait quelques ravages... Il faudra que j'y remédie à l'automne. La tonnelle a aussi été endommagée par l'hiver. Je verrai si je puis la faire réparer ou s'il vaut mieux la remplacer. Je suis un peu inquiète des trois rosiers grimpants, l'hiver semble avoir été dur pour eux, même s'ils sont des John Cabot, une espèce très résistante pour notre climat

Hier, c'était l'anniversaire du grand copain. Cet après-midi, j'ai donc pris le temps de faire le gâteau au chocolat qu'il aime beaucoup, parce que c'est demain qu'il revient chez lui d'un autre voyage d'affaires. Il ne me restera plus qu'à le glacer. Mais que vais-je donc lui préparer pour le repas? On ne peut pas dire que j'aie vraiment la tête à cela en ce moment.

Pour terminer, une citation de Julien Green :
"De tous les côtés, j'entends parler de menaces sur l'avenir. Quelle époque en a été tout à fait exempte? L'homme aura beau faire le faraud, il sera toujours un animal inquiet et cela depuis la préhistoire. La menace est partout ; si elle ne tombe pas du ciel, elle surgit du sol. Pas de cité permanente sur notre merveilleuse planète. La patrie est ailleurs. Mais la beauté du monde est d'un prestige tout-puissant sur certaines âmes. L'humanité noderne devenue à peu près folle s'efforce d'anéantir tout ce qui faisait la simple joie de vivre, regarder autour de soi et admirer."








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