Au bonheur du jour




Le mois d'octobre

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samedi le 4 octobre

Je viens d'arriver. Par cette journée pluvieuse et froide, j'ai assisté au mariage de la fille d'un couple d'amis. J'y étais avec le grand copain et quelques autres amis. Il y avait bien longtemps que je n'avais assisté à un mariage religieux, les quelques derniers étant des mariages civils. La cérémonie fut belle, heureuse et grave. J'ai écouté les prières et les engagements des deux époux. Il y a une assez grande différence d'âge entre les deux et ils cohabitent depuis cinq ans déjà. J'ai trouvé beau de les voir s'engager fermement, très librement, alors que le contexte de la vie telle que notre société la connaît maintenant n'exige plus, depuis des années, une cérémonie de ce type. Je les ai entendus se jurer, en toute connaissance de cause, d'être fidèles et de demeurer ensemble pour le meilleur et pour le pire jusqu'à la fin de leur vie. J'ai pensé à ma propre histoire et j'ai une fois de plus compris combien le mariage et sa pérennité sont une affaire d'équipe, qui se joue toujours à deux, qui repose sur la volonté réelle de chacun des deux partenaires de continuer le lien. Et que, dans ce contexte qu'ils ont choisi, il est de la responsabilité des deux de faire que le couple traverse la vie avec ses crises et ses tempêtes temporaires. Et qu'un seul des conjoints ne peut pas, malgré toute sa volonté, sauver seul le navire qui menace de sombrer. J'ai eu un pincement au coeur. Je leur souhaite vraiment très sincèrement de réussir là où moi j'ai échoué.

Hier, la journée était absolument magnifique. L'automne qui s'intensifie de jours en jours sera splendide cette année, les couleurs s'installant de la meilleure manière qui soit. La journée avait débuté, comme tous les vendredis, par une réunion à 7:30. Puis je me suis rendue chez les parents de la mariée porter le cadeau de noce. J'y ai trouvé une mère heureuse mais inquiète devant cet engagement qui dépasse tellement le temps présent et qui engage tellement de demains.

Avant de m'y rendre, j'avais soudainement pensé à une amie que je n'avais pas vue depuis un certain temps, dont j'ai d'ailleurs déjà parlé ici, et dont j'étais sans nouvelle. J'ai écouté mon intuition et, à tout hasard, lui ai donné un coup de fil pour lui proposer de manger ensemble à l'heure du lunch. Quand je l'ai finalement rejointe dans un restaurant cambogien, j'ai compris que je n'aurais pas pu tomber à un moment plus propice. Elle surnage à peine dans une série de crises dans sa vie actuelle, qui vont de lourds problèmes familiaux, notamment sa mère très âgée qui lui demande beaucoup de soins et une maladie assez grave de son petit fils qu'elle adore, à des problèmes financiers assez importants dans une affaire immobilière, qui risquent d'avoir des conséquences plus que désagréables. Je l'ai écouté me déballer tout cela, se confier et je la voyais qui, bien qu'ayant les larmes sur le bord des yeux, se détendait au fur et à mesure qu'elle parlait. J'ai réalisé qu'elle gardait presque tout en dedans d'elle, jouant à la femme forte sur qui tous peuvent se reposer, alors que son entourage immédiat ne s'aperçoit pas combien elle est affectée par tout cela. Je lui ai bien amicalement et doucement fait le reproche de ne pas avoir fait appel à moi avant et lui ai dit combien j'étais heureuse d'avoir eu cette idée de lui téléphoner précisément ce matin-là. Nous devons donc nous revoir bientôt, probablement d'ici une quinzaine. Elle a cependant demandé qu'entre temps nous gardions un contact étroit par mail, elle à partir de son lieu de travail. J'ai l'impression que je vais trouver cela curieux, nos échanges ayant toujours pris la forme de conversations face à face, le téléphone ne nous servant même qu'à nous fixer un rendez-vous.

En ce moment, j'écoute le Concerto no 2 de Rachmaninov dans la version interprétée par Vladimir Ashkenazy avec le Concertgebouw Orchestra sous la direction de Bernard Haitink. Je l'avais d'ailleurs entendu hier. Je venais de quitter cette amie et j'allais faire réparer une déchirure dans la porte du garage de toile avant l'hiver quand je l'ai syntonisé à la radio. Je longeais tranquillement les rues bordées de grands arbres aux multiples coloris et me dirigeais vers les ponts pour franchir le fleuve. Le ciel était absolument magnifique avec ses quelques nuages ouatés tranchant sur le bleu intense. Le soleil baignait de sa lumière orangée d'octobre tout ce que ses rayons venait caresser. Parce qu'il s'agissait bien de caresses. Quelques feuilles virevoltaient dans un vent léger. Au sortir d'une longue allée menant à une école sous les arbres, j'ai aperçu quelques étudiantes, une d'entre elle portant un très beau manteau rouge qui s'harmonisait parfaitement avec le décor. Une fois le large et très beau fleuve franchi, j'ai pris beaucoup de plaisir à admirer de loin cette si belle grande ville que je ne nomme pas, dont le contour se découpait à l'horizon. Et la musique était belle, belle, belle. Quel beau moment. Et, curieuse sensation, j'aurais aimé que se trouve là une personne absolument inconnue de moi, homme ou femme, dont je n'aurais jamais rien su, qui n'aurait non plus jamais rien su de moi, de ma vie, des gens de ma vie, de ce journal, qui m'aurait abordée là, dans mon ici/maintenant, que j'aurais vue là, dans son ici/maintenant. Un peu comme ce qui s'est produit avec ce jeune homme au magasin de disques il y a quelques semaines dans la très grande ville. Un être humain inconnu avec qui j'aurais temporairement partagé toute cette beauté et qui m'en aurait parlé à sa manière. De quoi suis-je à la recherche au juste?

vendredi le 10 octobre

Vendredi après-midi, pause d'eau fraîche. Depuis le matin, je n'ai pas arrêté. Plein de bonnes choses mijotent sur le feu. À quelques reprises cette semaine, j'ai vainement tenté de faire une mise à jour. Je vais prendre un petit bout de tous ces débuts de texte et essayer de me bricoler une entrée, histoire de ne pas oublier les petits bonheurs des derniers jours. D'abord, depuis dimanche dernier, la température est absolument magnifique. Le gros érable du bout de la rue, près de la petite école, est d'un des plus beaux rouges que j'aie vus depuis plusieurs années. Dommage que durant le jour les travaux municipaux soient un peu beaucoup venus gâcher l'atmosphère dans mon voisinage immédiat. Mais bon, rien n'est jamais parfait. Mais aussi, en fin de journée, lorsque les ouvriers ont quitté et que se sont tues les machines, quel plaisir de sortir marcher et voir les rayons obliques du soleil illuminer les feuillages. L'automne est depuis toujours ma saison préférée et cette année je suis vraiment choyée.

Ma fille sera ici pour la longue fin de semaine, avec une de ses amies. Voilà le pourquoi de mon hyperactivité dans la cuisine, même ce jambon qui m'a gardée debout la nuit passée jusqu'à pas d'heure, puisque je voulais le terminer par un glaçage à l'orange et au clou de girofle. Faut dire que je n'en avais commencé la cuisson que vers 21h00. J'avoue que ce n'était pas très intelligent de ma part. Qui donc parlait d'organisation et de méthode et aussi de priorité, nuance ajoutée par sa fille chérie? Elle et son amie profitent bien évidemment de la longue fin de semaine de l'Action de grâce pour venir chez moi, mais c'est aussi leur tour, demain, d'aller à un mariage religieux, dans la même église que moi la semaine dernière. Une de leurs compagnes d'études universitaires se marie avec son conjoint qui est déjà le père de ses deux enfants, et avec qui elle vit depuis une dizaine d'années déjà. Ajouté au mariage de la fille de mes amis, je ne sais pas ce que veut dire ce phénomène d'un mariage religieux après plusieurs années de vie commune. Serait-ce qu'une fois que le viabilité du couple semble s'être confirmée, les conjoints choisissent d'ajouter la dimension religieuse à leur engagement, pour consacrer sa permanence, ou serait-ce une façon que choisissent certains couples pour consolider leur union à cette époque où une grande proportion des nouveaux couples se séparent éventuellement? Comme s'ils voulaient ajouter une raison de plus de faire des efforts pour durer et qu'ils comptent sur le sacrement pour les aider? Je ne saurais dire. En tous les cas, pour le moment, moi je cuisine, c'est plutôt prosaïque mais ce sera apprécié. :-) C'est particulièrement l'odeur de la poule au pot, parmi toutes les autres, qui vient me rejoindre jusque dans mon petit bureau, Et j'écoute ma compilation de musique sereine et douce. Un beau moment en fait.

Il y a quelques jours, j'ai mangé avec cette amie avec qui je discute habituellement politique. Exceptionnellement son mari s'était joint à nous. Nous avons mangé tard et nous avons ensuite prolongé la conversation en buvant thé sur thé pour eux, et café sur café pour moi. Ce qui fait que les courses monotones qu'elle et moi avions prévu faire ensuite ont été remises aux calendes grecs. J'ai beaucoup apprécié ce moment et lui semble aussi avoir aimé l'expérience et il nous a demandé de pouvoir se joindre à nous plus souvent. Quand nous l'avons quitté, nous nous sommes empressées de visiter une bouquinerie et une librairie. Cette fois-là, je n'ai rien acheté mais me suis reprise depuis... ;)

Jeudi, j'ai eu une rencontre très particulière avec la plus vieille amie de ma mère, presque une amie d'enfance. Je ne l'avais pas vue depuis quelques années. Elle demeure à quelques centaines de kilomètres d'ici, mais était de passage dans ma ville pour des soins très particuliers. Maintenant âgée de 87 ans, elle est, depuis l'âge de 82 ans, amputée des deux jambes et elle doit parfois venir pour des examens, des traitements et des ajustements de ses prothèses. Elle m'attendait en chaise roulante à la porte de l'institution. J'ai été éblouie par son sourire lumineux et la joie qu'elle dégageait toujours. D'une lucidité incroyable, intéressée par tout, elle m'a montré le livre qu'elle lisait sur un ethnologue qu'elle admire beaucoup. Il était annoté, et plein en plus de petits papiers sur lesquels d'autre notes étaient aussi griffonnées. Nous avons pris un café à la cafétéria et c'était un plaisir que de la voir savourer un simple petit plat de gelée aux fruits. Elle m'a décrit avec moult détails le repas qu'elle avait pris à l'heure du midi, s'émerveillant qu'une institution telle que celle-ci puisse offrir de la nourriture d'aussi grande qualité. Je riais de bon coeur devant son enthousiasme pour une nourriture que je sais être plus qu'ordinaire. Je souhaite avoir toujours sa capacité de vivre dans le présent et d'ainsi prendre le bon côté des choses. Je sais pertinemment que sa vie a été parsemée d'embûches, mais je suis persuadée de son bonheur de vivre. Son regard qui plongeait dans le mien ne mentait pas. Comme souvenir, je lui avais apporté deux petits objets qui avaient appartenu à ma mère, et j'ai vu que ce geste lui avait fait plaisir. Je sais que ma mère aurait été heureuse de savoir combien sa vieille amie lui est encore attachée. En la quittant ensuite, je me suis rendue dans une nouvelle bouquinerie non loin de là, et j'en suis repartie les bras chargés de petits trésors, que je ne sais pas trop quand je pourrai lire d'ailleurs... Mais peu importe. :)

* * * * * * * * *

Bon, nous voilà dans la nuit de vendredi à samedi. Je viens de terminer une longue conversation téléphonique avec ma fée informatique, et non nous n'avons justement pas parlé d'informatique. Aussi différentes que nous puissions être, c'est toujours un immense plaisir d'échanger avec elle. Nous nous verrons de nouveau dans quelques semaines alors que des circonstances particulières l'amèneront dans mon coin de pays. Et là, en ce moment, je n'ai toujours pas sommeil. Il est vrai que le double expresso dégusté plus tôt fait son oeuvre. J'étais sortie avec le grand copain. Nous avons mangé dans un excellent restaurant de la vieille partie de la ville. Par ce merveilleux 10 octobre, soir de pleine lune, j'étais assise près des fenêtres largement ouvertes sur la rue et il était plaisant de voir les calèches et les touristes déambuler tranquillement comme aux beaux jours d'été. Pour ma part, je ne portais qu'une robe avec manches longues, et c'était suffisant pour être très confortable. Et dire qu'il ne s'agit même pas encore de l'été des indiens. C'est vraiment un très très bel automne.

La conversation avec le grand copain a pris une tournure que je ne prévoyais pas. Nous avons été amenés à parler de religion et de convictions personnelles. Je lui ai bien simplement dit combien cet aspect de ma vie avait pris une encore plus grande importance pour moi ces temps derniers, combien j'étais plus branchée encore sur ma vie intérieure. Et aussi combien j'en ressentais une satisfaction, un confort personnel. Il faut dire que j'ai trouvé sans l'avoir cherché un endroit bien simple qui répond à mes attentes à cet égard, où j'aime me rendre assez régulièrement pour y passer quelques moments. Je me sens privilégiée et je souhaite conserver longtemps mon état d'esprit actuel. Par pudeur et aussi parce que je ne veux pas banaliser ce sujet, j'hésite à écrire ici à ce propos. C'est d'ailleurs une des raisons pour lesquelles j'ai, il y a quelques mois, souhaité avoir un deuxième site. Mais je ne me suis pas décidée, comme si je ne voulais pas me diviser en deux. De plus, j'aurais comme peur d'écrire sur ce sujet plus qu'intime, je ne pense pas que je saurais le faire, que je saurais trouver les mots. Je sais cependant que mes lectures de Green ont une grande influence sur cet aspect de ma vie, je veux dire que si je ne partage pas toujours son point de vue, son contact me force à réfléchir. Il est comme un guide. Il y a un peu plus d'un an que j'ai entrepris de lire Green. Évidemment, c'est un long processus et il ne peut pas en être autrement, du moins pour moi. Ce n'est pas une question d'un certain nombre de pages à lire, c'est plutôt une lente évolution intérieure. Lorsque j'ai pris ma retraite, je souhaitais justement entre autres approfondir ma vie intérieure, mieux comprendre le sens de la vie, le sens de ma vie. Il me semble que je suis en plein dans ce travail. Et surtout je suis heureuse d'y être. Bon, une fois que j'ai écrit cela, je sais que je n'ai rien décrit. Je me souhaite cependant très sincèrement me souvenir précisément de mes sentiments actuels à chaque fois que je pourrais relire cette partie de mon entrée. Je me souhaite surtout d'être encore alors dans un état d'esprit analogue.

Un dernier mot pour dire que j'ai finalement reçu la biographie de Green lancée tout dernièrement. Je ne sais pas trop quoi en penser encore. Je trouve qu'elle est bien chère. C'est vrai que notre dollar n'est pas très performant en regard de l'euro. Ce qui m'inquiète le plus, c'est que cette biographie est plus basée sur le journal de Green et ses autres écrits autobiographiques que sur le témoignage de gens qui l'ont connu, que sur des points de vue extérieurs à la propre évaluation que Green fait de lui-même. Autrement dit, je ne suis pas certaine d'y apprendre beaucoup de choses nouvelles, puisque les sources du biographe pourraient aussi n'être que celles qui sont aussi à ma disposition, ou à peu de choses près. Cette biographie pourrait cependant avoir le mérite de synthétiser, de condenser et d'attirer mon regard sur les éléments que l'auteur juge les plus importants et qui m'auraient échappé. En fait il s'agira d'un regard différent sur les mêmes écrits. Je souhaite que ce soit quand même un peu plus que ça. Je verrai bien.

Bon, là il est plus que temps de mettre fin à cette entrée fleuve : d'abord elle est infiniment trop longue et puis j'ai besoin de sommeil. Allez ouste, au dodo. :-)

mardi le 14 octobre

Hier, lundi, c'était la fête de l'Action de grâce, ancienne fête de la moisson, pour moi devenue célébration des cadeaux de la vie. Le temps de regarder en moi, autour de moi, ce qui fait ma vie, ceux qui font ma vie. Le temps de me sentir comblée et de dire merci. Des impressions en vrac : la température magnifique comme jamais, les couleurs magnifiques comme jamais, je suis entourée de sourires et de sérénité. Ma fille qui navigue paisiblement, si joliment et avec assurance sa barque. Même les efforts ne semblent pas trop lui être difficiles et les déceptions semblent assumées selon leur juste valeur. J'aime son calme devant la vie et l'accueil qu'elle sait faire aux petits bonheurs. Et pourtant, elle est très sensible, elle l'a toujours été. J'aime son ouverture aux autres, l'humour qu'elle sait mettre dans ses contacts. Cette fin de semaine, j'ai aimé la voir entourer son amie de mille petites attentions. J'ai aussi appris à mieux connaître cette amie, j'ai mieux mesuré l'importance qu'elle avait dans la vie de ma fille, un peu comme une soeur. J'ai pu voir aussi combien elle savait de choses sur ma fille, sur sa vie de couple, sur son travail, sur son quotidien. J'ai été heureuse de constater que dans la très grande ville, l'amitié pouvait se faire aussi présente dans la vie de ma fille, et qu'elle n'avait pas besoin de toujours revenir vers la ville de son enfance et de sa jeunesse pour y retrouver des amitiés plus anciennes, pour se sentir comprise et aimée.

Dimanche, près de 25 au thermomètre. Quelques roses thé qui resplendissent au soleil dans la cour arrière limitrophe à la mienne. Les voisins qui mangent avec leurs invités à la table de pique-nique. Le parasol qui est ressorti et, à travers les rires qui parviennent jusqu'ici, j'entends le bruit que font les ustensiles sur le bol quand on incorpore la vinaigrette à la salade. De jolies images, de jolis bruits d'été. Ma fille qui part avec son amie flâner dans la vieille partie de la ville, celle qui attire tant de touristes de partout, puis elles iront marcher en forêt, pour profiter de cette merveilleuse journée et de toutes ces couleurs. Je sors m'asseoir dans le jardin, sur le vieux banc de parc qui m'est bien cher et que j'ai un jour réussi à acheter d'un organisme impliqué dans la gestion d'un grand parc. J'apporte avec moi la biographie de Green. Je m'y fais, même si je sais que je n'apprendrai pas tout ce que j'aurais souhaité savoir sur la vie plus matérielle de mon guide. Un des signes que l'âge s'installe, une pensée qui vient comme ça : j'ai peur de manquer de temps. Cette biographie en est un symptôme : je me demande quand sortira une biographie moins basée sur la littérature et la spiritualité, plus sur les événements de sa vie quotidienne. Je voudrais avoir le temps d'en lire une. Quand donc paraitront les prochains tomes de ses oeuvres complètes dans la Pléiade? À mon sens, il y en aurait encore pour quelques tomes et on parle alors d'années et d'années avant une éventuelle parution, puisque ces livres ne me semblent même pas encore faire partie des projets à courts et moyens termes de la maison d'édition. Je ne dispose pas de beaucoup de décennies encore, il faudrait bien se hâter un peu... Ce soir, je suis invitée avec le grand copain chez des amis qui célèbrent leur deuxième anniversaire de mariage. Lors de la cérémonie, j'avais servi de témoin officiel pour le marié qui m'est un ami très proche. Le menu prévu est exceptionnel, comme à chaque fois que nous sommes reçus là. Je marche donc vers la jolie rue commerciale de mon voisinage, je vais chercher une belle boîte de chocolats à cette fameuse chocolaterie belge, le grand copain pour sa part se chargeant du champagne. Je croise quelques personnes de ma connaissance, aujourd'hui tout est prétexte à flâner. Je vis dans une carte postale. Je vis dans un village de porcelaine. Je suis heureuse. J'ai la fausse impression de vivre en dehors du temps. Tiens, je veux me faire un petit cadeau. Cent grammes de Pu Ehr Impérial, Le Palais des thés. "Thé sombre de Chine réputé pour ses vertus drainantes et digestives. Puissant parfum de terre humide." Du thé pour lire, du thé pour écrire. Ma mère aimait mieux le thé que moi qui suis plutôt café comme mon père. Mais durant la saison froide qui finira bien par arriver, je veux explorer les thés. Sortir de la routine du Earl Grey, du English Breakfast. J'ai tellement vu ma mère savourant sa tasse de thé de fin après-midi, c'était une religion pour elle. J'aimerais renouer avec ce geste, y trouver le même plaisir.

Ce matin, mardi, toujours le soleil, toujours le beau temps. Je n'ai pas pu résister, j'ai photographié quelques arbres du voisinage. La lumière est trop belle, il faut essayer d'en retenir le souvenir. Mais il est trop tard pour le gros érable du bout de ma rue, celui près de la petite école. Durant la nuit dernière, plus froide, il a perdu toutes ses feuilles. Rien n'est statique. C'est aussi ce qui rend encore plus précieux ces instants de beauté. Même dénudé, l'arbre est beau dans son évolution, il est beau dans le souvenir de ses feuilles, comme il sera beau bientôt, gelé, recouvert de neige, comme il sera ensuite beau dans ses bourgeons. Rien n'est statique. Une volée d'oies blanches dont les cris attirent mon attention. Je sors sur le balcon. Elles passent là, tout juste au dessus de ma maison, en direction du sud. La migration, le mouvement. En société, derrière un guide temporaire qui cédera bientôt sa place à un autre, qui poursuivra la même route, celle empruntée depuis des siècles, des millénaires peut-être par des oies semblables, dont l'instinct les dirige toujours vers un but qui leur est commun. Elles aussi reviendront, comme reviendront aussi les feuilles du gros érable du bout de ma rue. Dans ce cycle, sous cette apparente constance, c'est pourtant la marche inexorable du temps. Je le sais, je le sens qui m'emporte. Mais tout cela est infiniment plus grand que nous, infiniment plus grand que moi. Je ne suis qu'un grain de sable dans le sablier du temps, moi aussi je sers à marquer cette évolution du temps, puisque je me vois vieillir, puisque les gens de ma vie peuvent aussi mesurer le temps en me voyant vieillir. Un jour, je n'y serai plus, comme ma mère, comme mon père, comme mon frère, comme mon premier amour. Rien de cela ne me fait peur, ne me semble terrible, puisque cela fait partie de la vie, puisque je vis, que je suis comblée par la vie. Ce soir, j'irai un long moment dans cet endroit de paix. Là où je sens tellement mieux encore briller mon soleil intérieur.

samedi le 25 octobre

Samedi soir, entre hier et demain, dans cette heure vague arrachée quelque part au temps. Cette horloge qui recule et qui fera que demain la nuit viendra plus vite, qu'on aura tendance à baisser les toiles plus rapidement, à cuisiner des repas plus réconfortants. Pour moi, c'est la saison des plats mijotés et des potages maison qui commence. C'est le temps de l'année où je lis le plus, où j'écoute encore plus de musique. C'est aussi à ce moment que j'élabore dans mon imaginaire les projets de cadeaux, de décorations de Noël, que je commence à planifier les menus pour le temps des fêtes.

Je viens d'arriver d'un repas avec le grand copain, que nous avons prolongé avec plaisir. Il y avait peu de personnes dans le restaurant, qui est pourtant un endroit de choix, admirablement bien situé. J'ai beaucoup apprécié ce repas, principalement le magret de canard. L'atmosphère était excellente et la musique de jazz particulièrement bien choisie et à volume parfaitement ajusté à la circonstance. Au sortir, il y avait peu de voitures et de gens dans les rues pour un samedi soir. C'est probablement le temps plus que maussade qui en a incité plusieurs à demeurer bien au chaud à la maison. Demain, nous irons à un brunch chez une amie qui pend la crémaillère dans sa nouvelle maison. Cet après-midi je suis donc allée lui choisir un cadeau de circonstance dans une boutique de mon coin, qui est devenue mon endroit de référence pour les cadeaux de n'importe quelle circonstance. Je m'y suis rendue très tard, persuadée que j'étais d'y trouver absolument ce qui conviendrait. Ouf, heureusement, encore une fois je n'ai pas été déçue. Pourtant, ma procrastination finira bien par me jouer un mauvais tour à cet égard...

Au début de la semaine, je suis revenue d'un petit voyage de cinq jours dans la très grande ville, chez ma fille. J'y avais retrouvé avec grand plaisir ma très sage et compétente amie, ainsi que mon amie d'enfance. Mais j'y allais surtout pour assister à l'inauguration des nouveaux locaux de l'entreprise de mon filleul adoptif. Je suis contente de son succès qui récompense bien les énormes efforts qu'il a consentis à ses affaires depuis quelques années. J'ai passé d'excellents moments avec lui et sa femme. Cependant, lors du dernier repas que nous partagions tous les trois, ma fille étant retenue chez elle par une grosse grippe, mon filleul a fait porter la conversation sur certains sujets difficiles qui avaient été à la base de notre rapprochement il y a quelques années, alors qu'il m'avait fait des confidences à cet égard. J'ai senti que sa femme se retirait volontairement un peu de la conversation, préférant ne pas trop s'en mêler à ce moment-là et le regard qu'elle m'a jeté m'encourageait à reprendre ma place de confidente. J'ai donc longuement écouté ces choses que j'avais déjà entendues et qu'il répétait devant elle et moi. Peut-être en fait étais-ce justement ce qu'il voulait : en parler ouvertement devant elle et moi. De toutes façons, j'ai constaté une fois de plus qu'il y a des blessures qui sont tellement difficiles à guérir, dont les relents reviennent hanter même à un moment où tout semble sourire dans la vie. J'aurais donné beaucoup pour pouvoir lui apporter un soulagement et extirper à jamais de sa vie les traces de ces peines. Quand nous nous sommes quittés, je lui ai redit combien je l'estimais et lui était attachée et, en mon for intérieur, j'ai béni le ciel de la présence de sa femme dans sa vie, elle qui est un véritable rayon de soleil et qui est si comique et tellement pleine de tendresse. En retournant chez ma fille je fus accueillie par son beau sourire. Elle était là, toute grippée sur son divan, qui regardait un film à la télé. Je me suis demandée si elle ne cachait pas elle-même des blessures de ce genre, et j'ai, pendant une seconde, regretté d'être sa mère. Il y a des douleurs qu'on préfère cacher à sa mère, je le sais, j'en avais aussi... Tout ce que je puis espérer c'est que, le cas échéant, elle ait trouvé ou qu'elle trouve une oreille et un coeur attentifs et aimants.

J'ai presque terminé la lecture de la récente biographie de Green, et je l'apprécie beaucoup plus que je ne l'aurais d'abord pensé. C'est vrai que ce regard différent sur les mêmes documents apporte une toute autre dimension. Cela me fait même me questionner à savoir si je ne devrais pas éventuellement relire systématiquement ce journal une fois terminé, et pas seulement les passages que j'y ai soulignés jusqu'ici. Quelle entreprise! Chose certaine, cette oeuvre magistrale ne sera jamais bien loin de moi. Je l'aurai toujours à la portée de la main. Un détail m'avait échappé et qui pour moi a de l'importance, le goût de Green pour la musique de piano de Scriabine (1872-1915). Je me suis depuis procuré quelques cd de ce compositeur dont je n'avais, jusqu'à ce moment, que deux études sur l'album d'Horowitz que m'avait vendu cet ardent amateur il y quelques semaines, ainsi que son concerto interprété par Vladimir Ashkenazy et l'Orchestre philarmonique de Londres. En ce moment j'écoute les Préludes qui alternent entre la douceur, la douleur, la fougue, la passion puis la sérénité. J'aime beaucoup cette musique que je sens pleine de sentiments tellement humains.

Bon, cela ne sert à rien, je ne parviendrai pas à tout écrire ce soir. J'ai été plus raisonnable que d'habitude sur le café... :) Je vais aller dormir et revenir terminer demain matin. Le cas échéant, je ferai disparaître le présent paragraphe. ;)

jeudi le 30 octobre

Quelques petites minutes par-ci, quelques petites minutes par-là. C'est ce rythme qu'a adopté le soleil aujourd'hui. Le reste du temps, et cela depuis plusieurs, plusieurs jours, ce n'est que froid, pluie et vent. Cette année, ou bien je remarque plus la température ou bien je lui suis devenue plus vénérable, je ne saurais dire en fait, mais je suis plus affectée que d'habitude par les intempéries qui me semblent pires que par les années passées. Des gens que j'emploie pour l'entretien du terrain durant l'année, gazon durant l'été et pelletage de la neige durant les longs mois d'hiver, viennent tout juste de quitter. Ce sont huit gros sacs de feuilles qui attendent la collecte au bord de la rue. Mais il y a encore beaucoup de feuilles dans les arbres et une deuxième opération de ce type sera nécessaire. Il faut vraiment que j'aille remplir les mangeoires d'oiseaux même si elles ne sont pas encore installées dans leurs quartiers d'hiver, soit près du balcon arrière de la maison et sous les fenêtres de la salle à manger. Il s'agit de faire conserver aux oiseaux l'habitude de fréquentation de mon jardin durant la saison froide.

Depuis quelques jours, en fait depuis un bon moment, je tourne en rond, ne parvenant pas à devenir efficace pour un million de petites tâches et détails dont je dois m'occuper. Je commence et ne termine pas, ou pire encore, je ne commence pas du tout. J'ai été surprise d'avoir dépassé de plusieurs jours la date limite pour retourner des livres à la bibliothèque, j'ai même dû payer une petite amende. Je ne comprends pas trop ce qui m'arrive, mais je ne suis pas efficace pour deux sous. Ah, j'ai toujours la pleine forme pour sortir, retrouver des amis dans la vie réelle ou sur le net, mais c'est au niveau des courses, de la planification, de l'organisation, etc. que je me déçois en ce moment. Il ne faudrait vraiment pas que cela dure. (o~o~o~o) Tiens, il y a eu une petite interruption, je ferme justement le téléphone : on vient de me dire que la toile pour le garage est réparée. Je devrai donc reprendre le chemin de l'autre rive pour la récupérer. Une autre chose à inclure dans un calendrier que je ne maîtrise pas aujourd'hui. Et ce soir je rejoins mon amie d'enfance, celle qui réside dans ma ville, pour un repas en tête à tête. Il y a déjà quelques semaines que nous ne l'avons fait. Cela me fait plaisir, mais pas complètement puisque, ce soir, nous devons parler de cette autre amie dont nous sommes inquiètes et qui ne va vraiment pas bien. J'en avais d'ailleurs touché un mot ici à quelques reprises au cours des quelques derniers mois. Nous sommes dépassées par son état, et je me sens terriblement impuissante dans cette histoire et je puis difficilement m'en mêler plus sans compromettre mon propre équilibre. Je ne puis cependant pas m'empêcher de ressentir une bonne dose de culpabilité en raison de cette défection. Mon amie, de par sa profession pourtant plus aguerrie que moi dans ce genre de cas, est très hésitante aussi. Nous voulons donc ce soir voir ensemble ce qui peut nous être possible sans se faire complètement absorber par le malsain de la situation.

Quelques heures ont passé. Je reviens de notre long repas. Je suis déçue de moi. Nous n'avons finalement que très peu parlé de cette autre amie, nous avons glissé sur le sujet. Et nous n'avons surtout pas établi de ligne de conduite. Tout est demeuré vague, a été repoussé en avant. Décidément je déteste cette culpabilité que je ne parviens pas à chasser. J'ai le sentiment de refuser de tendre la main. Ainsi je ne lui ai pas encore retourné cet appel téléphonique alors qu'elle a pourtant laissé un message dans ma boîte vocale. Oui, il y a une part de nécessaire protection de mon équilibre personnel dans mon attitude, ce qui est bien correct et même sain, mais je dois aussi avouer qu'il y a en plus une bonne part de ras le bol devant cette situation qui piétine et ces rencontres qui sont devenues lourdes. Il y a aussi cette mascarade. Juaqu'à quel point devons-nous jouer à son jeu et faire semblant de ne rien voir? Tout cela devient très lourd et fait craindre pour l'issu. Bon, peut-être nous méprenons-nous totalement, et j'aimerais beaucoup le croire, mais il faudrait tout de même que je trouve un jour le courage d'aborder la question bien directement avec elle. Je dis cela et je ne lui ai même pas retourné son appel. Vraiment, je ne suis pas fière de moi dans cette affaire.

Pour le reste, ce repas et cette soirée ont été tout à fait à l'image de notre si vieille amitié. Conversations à bâtons rompus, rires habituels, mais aussi quelques sujets intimes de part et d'autre. Et puis, je lui ai parlé de mon journal en ligne, en raison de quelque chose qui se prépare, que j'ai mentionné et qu'elle voulait comprendre. Ce fut d'ailleurs très facile, je n'ai pas hésité, d'autant que l'internet ne l'a jamais intéressée et qu'elle ne me cherchera jamais en ligne. Et puis, elle sait tellement de choses de moi, comme je l'ai déjà écrit. ;) J'ai dû aussi lui rendre compte de l'évolution de ma lecture de Green et des ouvrages connexes, puisqu'elle m'a souvent souvent accompagnée dans ma recherche de la documentation et qu'elle s'intéresse à ma démarche. Que cette amitié m'est précieuse!

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Avis aux abonnés à la liste des mises à jour

À vrai dire, avec les derniers développements dans toute la saga de la CEV, je ne sais pas très bien encore comment je procéderai en ce qui concerne le système d'abonnement à l'avis des mises à jour. Pour le moment, ne serait-ce qu'à cause de tout le travail technique qu'un tel changement implique, je laisse le nouveau que j'avais péniblement réussi à installer.

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La CEV fermant ses portes dans quelques jours, l'ancienne liste ne sera plus en fonction. Le nouveau formulaire d'abonnement à l'avis des mises à jour se trouve ci-dessous. Et, parce que je ne veux présumer de rien, si vous étiez déjà inscrit sur la liste, je vous laisse le soin d'inscrire vous-même, à nouveau, vos coordonnées dans la case appropriée, si vous désirez encore demeurer abonné... ;-)

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