Au bonheur du jour




Le mois de mai

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vendredi le 2 mai

Me faire réveiller très très tôt ce matin par les chants d'oiseaux, voilà qui démarrait superbement bien la journée, même si elle s'annonçait grisâtre. Après trois belles journées de soleil, il ne faut pas protester si nous en sommes à notre deuxième jour de pluie. Faut-il que je sois devenue raisonable pour penser comme celà ou, encore, à quel point faut-il que mon moral météorologique en soit rendu bas pour si facilement me résigner et me réjouir de si peu?... :-) Difficile de reconnaître tous les oiseaux qui fréquentent les mangeoires ces jours-ci, même si j'ai pourtant quelques livres illustrés pour m'aider à les identifier, il y a tellement de variétés et de variantes. Je ne fais pas non plus le lien avec certains chants. Qu'entendre quand, dans mes livres, on décrit un cri par vi-a, vi-a, par vri-ou, par biii-buzzz? Je n'en ai aucune idée. Pour ma part, j'aimerais entre autres savoir qui sont ceux qui chantent, sur la gamme, miiii-sol-sol-sol-sol. Sont-ce les mêmes qui, dans un autre moment de la journée, chantent sol-sol-mi-mi-mi? J'ajoute que le tiîp et les tut-tut-tut, utilisés par mes livres, me semblent bien ridicules pour décrire le cri du merle d'Amérique... :-) Je vais essayer de me procurer un cd qui pourrait me guider. En tous les cas, les oiseaux s'égosillent de façon formidable depuis quelques jours : la saison des amours est plus forte que les averses et le temps froid. Hier, sous la pluie, j'ai vu disparaître la dernière trace de neige dans le coin le plus obscur du jardin. Le premier mai! Ce n'était pas trop tôt! Et puis, ce matin, j'ai remarqué des espoirs de bourgeons sur le bouleau, les sorbiers et les lilas. Rien encore cependant sur les autres arbres. Dès qu'il fera beau depuis quelques jours, que le temps se sera réchauffé et que le bois aura bien séché, j'entreprendrai la peinture des deux balcons, de la tonnelle, du vieux banc de parc et de la table de pique-nique. Aurai-je le courage d'inclure la clôture? Peut-être, s'il fait très beau.

J'ai passé une grande partie de la journée (devrais-je dire j'ai perdu un temps fou?...) à travailler à mon ordinateur, sur mon site, entre autres pour changer de mois, mais aussi pour corriger une erreur qui se répétait. Je n'ai pas de talent à cet égard et je ne parviens pas souvent à comprendre les explications du manuel d'instructions. Certains termes m'apparaissent tellement généraux, des mots me semblent ambigus, manquent de précision. J'ai essayé de me procurer un manuel en langue anglaise pour pouvoir, en confrontant les deux versions, essayer de mieux saisir, puisque la langue anglaise est peut-être plus adaptées aux termes techniques. Je ne comprends pas que la compagnie me dise ne pas pouvoir m'en envoyer un, j'ai pourtant acheter bien légalement la version 5 de Webexpert. Quand je regarde les multiples onglets et toutes les possibilités de ce logiciel, je me rends compte que je n'utilise, et encore fort mal, qu'une infime partie des possibilités. J'aimerais pouvoir m'amuser un peu plus avec lui. Peut-être se donne-t-il, quelque part, un cours pour initier les nuls?

Aujourd'hui, j'ai tout de même réussi à réparer une lampe de chevet, (bon, rien de bien compliqué, qu'un petit bouton à remplacer... ) mais, côté technique, cela me réconcilie tout de même un peu avec moi-même... :-) Puis, il faut avouer que je tourne en rond, que mon esprit vagabonde. Il y a des points matériels à régler dans mon environnement, à cet égard beaucoup de choses me sautent aux yeux. Il va bien falloir que je ressorte mes listes et que je me mette à cocher. :-) Et j'ai aussi de beaux tissus en attente, je veux coudre quelques vêtements. Alors ce ne sont pas les projets qui manquent. Mais ces projets ne concernent que moi, n'ont rien à voir avec les autres et l'extérieur. Je trouve cela curieux parce que cela ne m'est pas souvent arrivé. C'est vrai que je me sens relax, décontractée. Mais, d'un autre côté, je ne voudrais pas me retirer du monde et me retrouver sur mon île, centrée égoïstement sur mon petit univers, isolée d'une réalité qui dépasse mes petits intérêts personnels. Je deviens consciente du fait que je n'ai pas appris ou n'ai pas eu à apprendre à doser mes implications et que, jusqu'ici, je me suis bien souvent reposée, en quelque sorte, sur la vie et les circonstances extérieures pour établir un certain agenda de mes activités ou de mes implications dans des causes. Un des reproches que je faisais à ma mère était justement de s'être isolée ou de s'être laissée isoler au cours des années, alors il y a de quoi m'inquiéter parce que je ne voudrais justement pas tomber dans le même piège qu'elle. Oui, approfondir ma vie intérieure, prendre le temps de vivre, de me regarder vivre, mais le faire en étant présente aux gens que j'aime, en demeurant pleinement intégrée à la société. Oui, le tout est d'apprendre à doser. Bon, alors, mes objectifs se modifieraient? Ils seraient maintenant organisation, méthode et dosage? ;-)

mardi le 6 mai

Le temps qui s'écoule à grande vitesse. Je retarde d'un moment l'heure de mon départ, le temps de faire cette entrée. Je tourne en rond ce matin, je m'amuse sur un site internet, je laisse mes cheveux sécher à l'air libre. Je sens une grande fébrilité en dedans de moi. Comme si j'étais en attente de quelque chose, ce qui n'est pourtant pas le cas. Et aussi, comme une crainte au fond du coeur. On a beaucoup fait appel à mes émotions depuis quelques jours, peut-être trop. Le temps de rebrasser quelques souvenirs, bons et mauvais, difficiles mais productifs aussi. Pourquoi est-ce que, hier, cela m'a été aussi pénible de donner cette opinion pourtant sollicitée? Cette fichue habitude que j'ai de me mettre la tête sur la bûche. Dois-je toujours ainsi vraiment dire ce que je pense? Sa réaction aurait pourtant dû me rassurer, son presque soulagement me faire plaisir.

Et cette autre conversation sur le net qui, sans préméditation, m'a amenée dans un terrain miné. Là aussi j'ai rejoué dans de vieilles blessures. Ce n'est jamais sans risque ni sans douleur. J'ai apprécié la vision de cette femme qui a l'âge de ma fille, je me suis découvert des affinités. Je suis là maintenant, les doigts s'enfonçant dans le poil si soyeux de ma mignonne tornade. Il faudrait pourtant que j'avance un peu. Période de flottement. Les Nocturnes de Francis Poulenc. J'ai rendez-vous ailleurs avec mon filleul. Et cette petite assistance que je prêterai demain. Il faut que je parte, mais j'ai l'impression de me laisser derrière. J'emporterai avec moi Julien Green. J'ai trop remué la terre, j'ai ébranlé les racines, je me suis déstabilisée. Combien de larmes reste-t-il encore, si bien enfouies sous mes petits bonheurs?

mercredi le 14 mai

Ce matin, quand je me suis levée, il pleuvait doucement mais le temps était doux. J'entendais le très bel appel du bruant, celui qui fait miiii-sol-sol-sol-sol. Je sais maintenant qui il est, quelqu'un m'ayant gentiment signalé un site où j'ai pu le reconnaître. :-) Toute la journée a passé sans que je ne parvienne à écrire une ligne même si je voulais le faire plus tôt. C'était aussi journée de courses diverses, dont l'achat de quatre petites souris de fourrure pour mon amusante mignonne tornade qui s'empresse de les égarer les unes après les autres dans la maison. Il doit bien y en avoir une douzaine, perdues ça et là et qui réapparaissent épisodiquement selon ses fantaisies. C'est vraiment son jeu préféré. Je me suis aussi fait le plaisir de renouveler ma trousse de maquillage dans des coloris qui me plaisent beaucoup. Ça m'a fait un bien fou. La spécialiste de la ligne choisie m'a incitée à plus d'audace que d'habitude et je n'ai pas résisté. ;-)

Très tôt ce matin, je m'étais rendue à une réunion autour d'une idée, d'un idéal devrais-je dire. Me revoilà embarquée de nouveau dans un autre combat. J'y mettrai beaucoup de mon coeur mais essaierai de me garder d'y laisser mon âme. Voià une bonne occasion pour moi d'apprendre à mieux doser mon implication. Cette cause qui m'enthousiasme n'est pas nouvelle pour moi. Et autour d'elle se rassemblent aussi des gens que j'apprécie beaucoup, avec qui j'ai souvent collaboré avec plaisir.

Beaucoup d'idées tourbillonnent dans ma tête, qui ont rapport avec ma façon de m'impliquer, de prendre la vie en général. Ces réflexions émanent notamment de la réunion de ce matin et de ce nouvel engagement que j'ai pris, mais elle font aussi suite à quelques entrées précédentes et sont en partie responsables du laps de temps écoulé depuis la dernière mise à jour de mon journal. Et, il y a deux jours, un appel m'a été lancé qui me fait énormément réfléchir quant à la réponse à y apporter.

En ce moment, on dirait que la vie veut vraiment me faire comprendre ou apprendre des choses, puisqu'elle persiste à ramener dans mon présent, et sous diverses formes, des occasions de rebrasser le passé, et cela par des voies et des événements non reliés entre eux. Je pense, en définitive, que je me dois de saisir ces occasions et d'essayer d'en tirer le meilleur parti possible. Face à moi-même, il me faut avancer lentement mais solidement, aborder une chose à la fois, ne pas me défiler. Et surtout, surtout, accepter de tendre la main.

Dans ma vie réelle, je suis du genre livre ouvert, c'est dans ma nature. Je n'ai pas beaucoup appris à me protéger, à me ménager des portes de sortie, je suis trop entière pour cela. Grosso modo, cependant, mon besoin de sincérité ne m'a pas trop souvent nui, je ne m'en suis pas trop mal tirée, même si certains épisodes ont été difficiles. Mais, peut-être me faudrait-il maintenant apprendre à être moins entière, à relativiser plus, ceci en rapport à une certaine vulnérabilité face aux gens et aux événements. Ne pas me sentir tenue de toujours aussi totalement m'impliquer, de toujours mettre ma tête sur la bûche. Je ne sais pas où j'ai bien pu pêcher ce trait de caractère qui me fait vibrer comme cela et y aller à fond et qui me distingue des autres membres de ma famille qui sont nettement plus pondérés et qui savent protéger une distance.

Bon, puisque c'est un peu le fouillis en ce moment, c'est le temps de faire des listes, histoire de ne pas tout mélanger dans mon coeur, dans ma vie, dans mes idées, et d'y aller progressivement, en essayant de ne rien oublier d'important. Ne pas oublier non plus, quand je relirai ce passage que, ce soir, j'étais bien, que Rostropovitch jouaient des Concertos pour violoncelle de Darius Milhaud, d'Arthur Honegger et de Alun Hoddinot, que cette musique m'est moins naturelle que Bach, mais que dans la vie, il faut faire des efforts... ;-)

mardi le 20 mai

"Donnez-moi un point d'appui, et je soulèverai le monde." Je ne donne pas à cette phrase d'Archimède le sens physique du principe du levier, je la ressens au niveau intérieur. Je ne sais pas si Archimède estimait que le point d'appui, s'il n'existe pas déjà, ne peut être donné que par quelqu'un d'autre... Comme si lui-même n'avait pas pu le générer, puisqu'il le demandait à autrui... Et il reconnaissait aussi que, pour soulever le monde, il fallait s'appuyer à l'extérieur de celui-ci pour mettre en branle la force que, lui Archimède, avait en lui-même. De l'extérieur, on m'a donné un point d'appui et j'ai retrouvé une force intérieure qui me faisait défaut depuis quelque temps. J'ai pu soulever un poids qui me pesait. Peut-être devrais-je aussi parler du principe des vases communicants... ;) Je voulais tendre la main mais, en fait, j'ai ainsi saisi celle que l'on me tendait déjà.

Depuis quelques jours, c'est Mozart qui m'accompagne, surtout les concertos de piano. Musique pour fenêtres ouvertes, pour rideaux qui ondulent au vent. Succession de journées magnifiques, avec une chaleur qui surprend aussi tôt en saison, mais qui est tellement bienvenue. C'est vraiment juillet en mai. La nature cherche à rattraper le temps perdu et, d'une journée à l'autre, on constate avec plaisir son évolution, presque d'heure en heure. La longue fin de semaine a été un feu roulant. Samedi, c'était l'anniversaire du grand copain. Alors nous l'avons fêté de belle façon durant les trois jours, en terminant, hier, par une petite ballade vers un coin de villégiature enchanteur, pour y retrouver d'autres amis. Que de contrastes entre les sous-bois qui cachent encore de la neige par endroits et le mercure à 28 degrés qui très rapidement va en venir à bout. Ce qu'il y a d'exceptionnel aussi, il me semble, ce sont les bernaches et les oies blanches que la prolongation inusitée des temps froids semblent avoir retenues ici plus longtemps que d'habitude. Hier, dans cette grande chaleur, elles se prélassaient sur le bord du fleuve ou prenaient finalement leur envol en formation pour terminer leur périple vers le Nord. Tout semble un peu détraqué dans le cycle de la nature. On peut se surprendre et s'émerveiller de ces contrastes, mais comment aussi ne pas un peu s'inquiéter de ce dérèglement climatique. Ici, il se fait léger et confortable, mais ailleurs sur la planète, il dévaste et cause la désolation.

Au début de l'après-midi, j'ai assisté à une rencontre restreinte et assez déterminante en relation avec le comité dont je fais partie. J'en ai été plutôt satisfaite. Nous en rendrons compte demain soir dans une réunion élargie. Puis, je suis allée rejoindre deux amies, dont l'amie d'enfance qui habite ma ville, avec qui j'ai mangé à une terrasse sur cette rue que j'aime bien, près de chez moi. Le grand plaisir de m'y rendre tranquillement en marchant. Mon amie d'enfance était au meilleur de sa forme, mais l'autre nous inquiète beaucoup. Elle semblait avoir vaincu, il y a quelques années, une grave maladie. Je ne l'avais pas vue depuis quelques mois et son apparence nous a frappées. Elle n'a vraiment pas l'air bien. Pourvu que ce ne soit que passager.

Il me revient souvent, dernièrement, une des plus belles images de ma jeune enfance, le film d'instants que, sans trop savoir pourquoi, j'ai gravés à jamais dans ma mémoire. Je me souviens qu'au chalet de ma grand-mère, où nous passions nos étés d'enfants, pour aller à la rivière nous baigner ou faire du canot, il nous fallait traverser un terrain qui alors m'apparaissait immense mais qui en réalité était presque minuscule. Au fond, entre deux massifs d'arbres, commençait un petit sentier de terre battue, protégé par une rampe faite de minces troncs de jeunes arbres. Avant de l'emprunter, on apercevait déjà, entre un noisetier et quelques conifères, la rivière miroitant au soleil. Je me souviens du chant du martin pêcheur qui s'apprêtait à plonger pour capturer un poisson. Le sentier, avec quelques paliers aussi retenus par de minces troncs, longeait un escarpement et, après un détour, nous menait au quai. Le bruit sourd de nos pas à la course sur la terre battue résonnait dans ce couloir bordé d'arbres divers. Les chants des oiseaux et les cris des écureuils que nous dérangions demeurent, dans ma mémoire, comme une merveilleuse musique et je me souviens que les odeurs du sous-bois me menaient au septième ciel. Plus nous nous approchions, plus nous entendions les clapotis de l'eau qui, portée par le vent léger et le courant, venait heurter la chaloupe amarrée à notre petit quai. À gauche, dans les hautes herbes reposait, retourné, le canot de toile vert que j'aimais un peu moins, puisqu'il était plus instable sur l'eau. J'étais la petite fille plus craintive que ses petits frères. Les dernières marches du sentier, pour atteindre le quai, étaient les plus hautes et elles me faisaient un peu peur. Mais je me sentais protégée par les adultes qui nous y accompagnaient toujours puisqu'il nous était interdit de nous y rendre seuls. J'ai parcouru ce sentier des centaines de fois et j'y serais demeurée des heures. Aujourd'hui, la végétation a envahi le petit terrain et a probablement fait disparaître le petit sentier. Je n'y suis jamais retournée. Je suis toujours émue quand je pense à ces souvenirs bien simples qui me sont pourtant merveilleux. Comme quoi, parfois, les petits bonheurs s'incrustent et ne nous quittent jamais. Ce soir, je voulais les écrire.

En ce moment, j'écoute encore Mozart et, cette fois, les Concertos pour piano, no 17 et no 18, interprétés par Murray Perahia qui dirige aussi l'English Chamber Orchestra. La mignonne tornade est là, couchée sur le dos, en croissant de lune, les quatre petites pattes en l'air et les yeux mi-clos. Pour ma part, je me sens bien. Ai-je retrouvé mon équilibre ou ai-je plutôt récupéré mes ailes ?

vendredi le 23 mai

Hier soir, j'ai tout relu ce que j'ai écrit depuis le début de ce journal. Parce qu'aujourd'hui, mon journal en ligne a un an. À l'occasion de mon anniversaire de naissance, il y a un peu plus d'un mois, j'avais repassé dans ma seule mémoire les événements de l'année écoulée, sans entrer dans les détails. Or hier soir, avec mon journal, pour la première fois de ma vie, j'ai pu revoir en détails les événements d'une année. J'ai relu chacun des mots inscrits, j'ai lu tout ce que j'avais laissé entre les lignes et j'ai revécu les silences.

En faisant le bilan, j'ai constaté combien cette année a été parsemée d'événements difficiles, avec des charges d'émotions que je n'ai pas toujours relatées dans mon journal mais dont je me souvenais hier, notamment dans un secteur de ma vie que j'ai à peine effleuré en filigrane. Certains épisodes m'ont été douloureux à lire, dont ceux concernant ma mère et les derniers mois de sa vie, et me sont momentanément redevenus plus difficiles que le souvenir que j'en gardais. Ce qui m'a assez satisfaite cependant dans cette relecture, c'est le maintien d'une conception positive de la vie malgré ces difficultés somme toute normales pour un être humain, mais qui n'en ont pas moins été bien douloureuses. Il est vrai que j'ai aussi connu de très belles choses cette année, notamment au niveau de l'amitié qui tient une grande place dans ma vie et que mon journal a assez bien relatée. Je suis à cet égard une femme très choyée. J'ai aussi relu avec plaisir et émotion les passages où je parlais de ma fille et n'ai pu que constater, une fois de plus, combien elle est l'être humain qui compte le plus dans ma vie.

Je pense maintenant à la perception des choses, à la façon de prendre la vie. Est-ce un mécanisme de défense de l'être humain, afin de rendre ainsi la vie plus supportable, qui fait que la mémoire atténue l'aspérité des jours passés? Nous les femmes savons la magie de la mémoire qui efface immédiatement le souvenir des douleurs de l'accouchement dès nous voyons et touchons notre enfant. La mémoire couvre aussi d'un voile, atténue les couleurs trop vives des souffrances du passé et souvent elle en enjolive aussi les beaux souvenirs. Mais, pour moi, cela ne me semble pas suffisant pour tout expliquer. J'en reviens aux petits bonheurs quotidiens. Je crois que les belles et simples choses de la vie, les cadeaux de beauté que la nature parsème généreusement sur notre chemin, les regards chargés de tendresse, les paroles et les gestes humains, maladroits parfois, qui tentent de traduire l'amour, l'amitié ou une solidarité, tout cela encadre les événements de la vie. C'est ce que j'ai vécu cette année et c'est ce qui m'a portée les jours où le quotidien se faisait trop pénible. En lisant hier, j'ai aussi revu certaines images dont la beauté m'avait saisie et que mes mots n'ont que bien maladroitement illustrées, des images pourtant bien simples du quotidien tout simple, qui contribuaient aussi à m'apporter la joie.

En fait, quand je regarde mon quotidien vécu durant une année, je vois ma vie en marche, je vois mon instinct de survie, sur lequel je ne me suis pas souvent penchée, mais qui est là, bien inscrit au fond de mon être. C'est mon humble hymne à la vie. Je vois aussi combien la force nécessaire me fut présente aux moments difficiles, parce qu'à froid, une fois les événements passés, je me demande si je pourrais de nouveau avoir certains courages. Puis, avec confiance, je me dis que bien sûr que je les aurais, puisqu'ils ont été là quand il me les fallait. La grâce d'état dont parlait le petit catéchisme.

Je suis convaincue que l'important demeure le sens que je donne à la vie et à ma propre vie. Et ce sens conditionne mon bonheur. Aujourd'hui, dans mon ici/maintenant, je mesure la chance qui est mienne, je mesure mon bonheur de vivre.

Au jour le jour, puisque le bonheur se vit au quotidien, se bâtit au quotidien tout simple.

samedi le 31 mai

La journée est belle mais, malgré cela, je demeure bien sagement à l'intérieur. Depuis mon retour de quelques jours passés chez ma fille, j'ai une bien mauvaise grippe qui cherche à se transformer en bronchite. J'ai de la difficulté à respirer et je tousse tellement que j'en ai mal à la cage thoracique. Je dors lourdement et durant de longues heures, je lis à peine et j'écoute un peu de télé. Je me sens vraiment moche. Ma vie sociale est absolument nulle et j'ai peine à converser quelques minutes au téléphone sans déclencher une quinte de toux. Le monde poursuit sa course sans moi. Heureusement pour me distraire, il y a en ce moment, à la télé, la course au leadership dans un des partis politiques au niveau fédéral, ce qui m'intéresse toujours. Certainement plus en tous les cas qu'un match sportif, quel que soit le sport.

Hier après-midi, je me sentais très fatiguée et j'ai décidé d'aller dormir. Curieusement, je ressentais une certaine anxiété à chercher à dormir durant les heures du jour, comme si je baissais la garde, comme s'il me fallait toujours être éveillée dans la journée, pour protéger je ne sais quoi ou voir venir je ne sais quoi non plus. Il m'était insécurisant de penser que je m'absentais de la vie régulière en marche. Je n'ai jamais de telles appréhensions la nuit. J'ai alors très lourdement dormi et durant plusieurs heures, ce qui fait que j'étais complètement mêlée à mon réveil, ne sachant plus, durant quelques secondes, si c'était le matin ou la fin du jour. Il est fort probable que c'est la fièvre qui est responsable de ces malaises, de ce sentiment de vulnérabilité. Je n'aime pas et ne sais pas être malade, et j'ai sûrement plus de talent et de patience à soigner les autres qu'à me soigner moi même.

Durant mon agréable séjour dans la grande ville, en plus de ma fille, j'ai bien évidemment revu les quelques personnes qui me sont chères, que j'ai pris l'habitude et que j'ai toujours plaisir à retrouver et qui sont maintenant comme mon ancrage dans ce chez-moi loin de chez moi. Ce voyage avait aussi pour but de rencontrer cette amie française, en escale entre deux avions, que j'ai rejointe pour un repas avec le grand copain. Beaucoup de sujets abordés et nécessairement condensés, plusieurs éclats de rire, un bon moment partagé. En faisant ensuite des courses, j'ai enfin trouvé un livre portant sur mon logiciel Webexpert, qui me semble très bien fait et qui va probablement me permettre d'utiliser ce logiciel avec plus de facilité et de succès. En ce moment, je n'ai pas le courage de l'ouvrir et vais plutôt, d'ici demain, me contenter de procéder aux travaux techniques en vue du changement de mois. J'ai de la misère à croire que nous en sommes réellement rendus en juin, à la seconde partie de l'année. J'ai pourtant l'impression qu'elle ne vient que de débuter. Voilà, que je tousse encore... Je vais terminer cette moche journée en regardant le dernier tour de scrutin du congrès et je vais prendre mon mal en patience. Allez, un peu de sirop, quelques aspirines et je m'efface...

 

 

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