Au bonheur du jour




Le mois de février

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vendredi le 14 février

De la fragilité, de la solidité des choses... D'ici peu une tornade pourrait balayer le monde. Experts après experts, les avis divergent, se contredisent, pourtant, chacun d'entre eux se sent ou se dit fort de sa certitude. Qui a tort, qui a raison? Qui dit la vérité, qui ment? Mon propos n'est pas de faire une analyse simpliste de la situation politique. Le droit des uns, le droit des autres, nobles sentiments ou vils calculs, reste que des milliers et des milliers de personnes pourraient y laisser leur vie et, en bout de ligne, le monde basculer. Encore aujourd'hui, j'ai consacré quelques heures à suivre le fil des événements. Que puis-je concrètement à tout cela? Rien. Je suis impuissante, rien ne dépend de moi.

Durant ce temps, une tornade a envahi ma vie. Une minuscule tornade blanche avec une petite tache grise sur la tête, une immense queue d'écureuil et de grands yeux brun orangé. Nous cohabitons depuis 17 jours. Tout s'est passé très vite, c'est elle qui m'a choisie. Elle est plus âgée que je ne l'aurais souhaité (entre 5 et 6 mois) mais elle était irrésistible. Je pense l'avoir sauvée d'une vie trop brève et en retour elle s'impose dans ma vie. Oui, la succession du mélocat est assurée, mais par une reine cette fois. Je n'en reviens pas de la facilité de son adaptation, elle se conduit comme si elle avait toujours habité ici, et cela depuis l'instant où elle a posé une première petite patte dans son royaume. Elle aussi a eu droit à son initiation musicale, et avec le même cd que son prédécesseur. Dès son arrivée à la maison et durant quelques jours qui ont suivi, j'ai fait jouer sans interruption (même la nuit à très très bas volume), une bien douce musique : Tranquility enregistré par I Musici de Montréal, qui regroupe de beaux mouvements lents de concertos divers. Question de lui forger une tradition, de lui créer une habitude, de lui donner un sentiment de sécurité en l'imprégnant d'une atmosphère calme, détendue et sereine.

Elle a été opérée mardi et je l'ai récupérée mercredi. Or hier soir, moment de panique, elle a eu une forte réaction allergique aux médicaments prescrits. Son petit coeur s'est emballé, elle est devenue molle comme de la guenille, avec des mouvements involontaire et les yeux vitreux. C'est avec inquiétude que je me suis précipitée à une clinique vétérinaire d'urgence. Là, les soins requis ont rapidement contrôlé la situation, de sorte que quelques heures plus tard, bien soulagée, j'étais de retour à la maison avec elle. Ce soir, elle va beaucoup mieux. En ce moment, elle est là, bien paisiblement ramassée en boule sur mes genoux. Je suis déjà attachée à cette petite chose si charmante et si amusante. J'étais pourtant bien certaine d'avoir signé avec elle, comme avec ses deux prédécesseurs, un contrat de plus de 15 ans. Mais le médicament qui devait la soulager a failli avoir raison d'elle. Aujourd'hui, elle est encore plus précieuse à mes yeux.

Parlant de contrats de quinze ans, combien la vie me permettra-t-elle encore d'en signer? Quand j'ai acheté ma maison, il m'apparaissait bien normal d'envisager un contrat à long terme. Mais la vie s'accélère, le temps m'apparaît maintenant une denrée précieuse et rare. Avec combien de gens dans ma vie puis-je encore signer des contrats de 15 ans? Depuis cinq ans, j'ai perdu ma mère, un frère et un ami très proche. Hier midi, je lunchais avec un des plus anciens de mes amis, quelqu'un dont j'ai déjà parlé ici et que je vois à un rythme bien régulier. Il est plus âgé que moi. Je l'écoutais me parler de choses somme toute fort banales, si je compare à certaines autres occasions où les valeurs fondamentales étaient au coeur de nos discussions. J'ai souvent été sa confidente et à lui j'ai presque tout raconté. Hier, je le regardais avec de nouveaux yeux. Je savourais consciemment notre amitié. Demain soir, je serai avec d'autres amis qui me sont chers dont certains que je n'ai pas revus depuis la fin de novembre dernier. J'ai hâte de les retrouver, je me sens confortable avec eux et j'ai toujours eu l'impression de marcher sur du solide. Pourtant je sens de plus en plus la fragilité des choses face au temps. Celui qui s'enfuit comme celui qui gruge. Et accorder une grande importance à quelque chose, n'est-ce pas aussi déjà un peu la fragiliser, ajouter à ses responsabilités, puisque, en quelque manière, on lui fait un peu porter le poids d'une certaine dépendance à son égard? Qui, de tous les gens de ma vie, partira le prochain? Un être cher de ma famille? Cet autre ami qui attend les résultats d'examens médicaux récemment subis? Et si c'était moi?

À l'échelle de la planète, comme dans le secret de mon coeur, ce soir je pense à tous les gens que j'aime. Je pense à la fragilité, à la solidité des choses.

jeudi le 20 février

Les jours rallongent et le temps adouçit. Mais nous n'avons pas pour autant atteint l'autre versant de la montagne, il est beaucoup trop tôt pour lancer le ouf de soulagement... Il reste sûrement quelques grands froids et quelques tempêtes en réserve, mais je profite avec joie de ce répit.

Hier, très longue et très enrichissante conversation téléphonique avec cette amie profonde et sage. Nous avons des notions et des valeurs différentes, mais il fait bon échanger et réaliser combien l'on partage en dépit des différences. Nous avons en commun cet intérêt pour la vie intérieure, cette recherche de l'essentiel. Je lui dis ma difficulté d'aborder ces questions dans mon journal en dépit du besoin que je ressens à cet égard. Il me faudrait une section particulière où je puisse procéder à une longue démarche de réflexion. Quelques solutions me viennent à l'esprit, dont celle d'avoir un autre site détaché de celui-ci, sous un pseudonyme différent. Je lancerais ce site sur le net, sans le référencer nulle part. Je continuerais quand même le présent journal où je veux consigner et retenir les petits moments de ma vie, ceux qui meublent mon quotidien, et tous ces petits bonheurs qui me sont si chers.

Pour le moment, et depuis quelque temps, je réalise que je tourne autour du pot, que quelque chose me bloque, m'enlève en quelque sorte la liberté d'intervenir plus régulièrement ici dans mon journal. J'aurais trop de choses à écrire sur des sujets que je ne veux pas aborder ici, le cadre ne s'y prêtant pas. Il ne s'agit pas d'introspection avec une connotation psychologique, quoique mes réflexions pourraient aborder ces questions, non, c'est de vie intérieure dont il s'agit, de quête de l'Éternel, de mes rapports avec ce Dieu auquel je crois si fort. Je sens l'urgence de creuser, je veux écrire à ce sujet et je sais que je ne veux pas le faire sur papier. Je sais aussi que cette démarche impliquerait un long tâtonnement, que ce serait un processus laborieux et très lent et je veux prendre tout l'espace et tout le temps nécessaires. J'envie Julien Green qui était capable d'aborder ces questions directement dans son journal, souvent avec de brèves phrases, de courts paragraphes. Il semblait écrire avec aisance à ce sujet, et ce n'est pas mon cas. Je n'ai jamais écrit à ce sujet et je veux le faire, commenter mes lectures, ordonner ma pensée, délaisser le superficiel en cette matière et tisser ce lien intérieur vers l'essentiel. Chose certaine, je n'aimerais pas en discuter de but en blanc ici. Je ressens une certaine pudeur à cet égard. Une fois que j'ai dit que je suis croyante, il m'est difficile d'en dire beaucoup plus. Je me souviens de ces quelques conversations très précises avec mon frère quelque temps avant sa mort alors qu'il m'avait demandé d'aborder ces questions avec lui et combien il m'avait été difficile de le faire. C'était pénétrer un peu trop loin dans mon jardin secret. J'avais l'impression de manquer de pudeur. Heureusement, j'avais réussi à le faire. Aujoud'hui je me sentirais bien coupable de lui avoir fait faux bond. Pour en revenir à mon sujet, cela veut donc dire que je doit mettre un autre site sur pied. Cela ne me sera pas facile, d'autant que j'ai des problèmes techniques qui m'embarrassent dans le présent site et que je ne parviens toujours pas à régler mon problème d'archives. Il y a quelque chose qui m'échappe, et c'est probablement relié au changement d'année que l'on vient de vivre.

Hier soir, long et délicieux repas partagé avec le grand copain dans ce restaurant très classique. Je ne sais pas trop pourquoi, nous étions particulièrement en verve. J'ai beaucoup aimé l'entendre parler avec enthousiasme de certains de ses projets. Son sens de l'humour me surprend toujours, même après toutes ces années. Une chose m'a frappée. À une table voisine, ce notable très âgé, ami de jeunesse de mon père qui lui est décédé il y a de nombreuses années. J'ai été peinée de le voir ainsi, le regard éteint, terriblement affaibli, avec toute cette difficulté de se mouvoir. Y a-t-il un moment idéal de mourir? Ce midi, lunch et ensuite longue promenade dans le beau temps avec cette amie d'enfance, celle qui réside dans ma ville. Nous avons évidemment abouti dans deux librairies et aussi chez un antiquaire. Nous avons parlé d'internet qu'elle vient pour ainsi dire d'aborder. C'est une femme très pratique et très pragmatique. Elle ne comprendrait absolument pas ma démarche de diarisme et serait dépassée par le fait que je m'y prête. Bien évidemment, il n'était même pas question que je lui en parle... :-) Si elle savait en plus cet autre site auquel je rêve, elle me trouverait folle... :-)

En ce moment, la petite tornade blanche ronronne sur mes genoux. Il est très agréable, alors que je réfléchis, de laisser couler mes doigts dans son long poil. Petit moment parfait? Non, pas tout à fait : le lecteur cd-rom de mon ordinateur fait encore une fois défaut : en plus du gentil ronron, je n'entends que le claquement des touches de mon clavier.

dimanche le 23 février

Difficile journée. Cette nuit, j'ai connu des périodes d'insomnie, moi à qui cela n'arrive pratiquement jamais. Et quand parfois cela arrive, il m'est habituellement facile de me réfugier dans la lecture et de laisser tranquillement le temps s'écouler. Mais pas cette fois. Un terrible vent venait claquer les vitres et faire gémir le grand arbre près de ma fenêtre. L'angoisse était là, et elle m'habite. Aujourd'hui, il neige encore à plein ciel et le vent souffle toujours. Toute cette neige poussée en raffales est venue bloquer l'entrée de ma maison jusqu'au niveau de la dernière marche de l'escalier. Et comme la tempête se poursuit, on ne viendra pas encore dégager la neige. Je suis prisonnière. Impossible de sortir de chez moi et de me fuir.

J'ai plein de choses à faire, entre autres de la cuisine. Des amis de l'autre côté arrivent mardi. Ils s'installeront chez le grand copain, et on compte sur ma popote. J'avais des projets de gâteaux, de ratatouille et autres petits plats. Avec un défi supplémentaire puisque quelqu'un est végétarien. Mais je n'ai pas vraiment le coeur à cela. Oh qu'il m'est difficile de trouver un petit bonheur aujourd'hui. Dans un sens, j'étouffe. Je ne parviens pas à me ressaisir. Et pourtant, la mignonne tornade fait de son mieux pour me faire sourire. Je sais que je suis chanceuse, puisqu'il m'est plutôt rarement arrivé de me sentir comme cela. Je plains bien sincèrement ceux dont c'est le lot de se débattre souvent contre eux-mêmes. Allez, je mets en ligne. J'espère que cela me permettra de passer à autre chose. Peut-être reviendrai-je plus tard faire le point.

jeudi le 27 février

Ils sont là, venus de leur lointain ailleurs. Le grand plaisir des retrouvailles, des agapes qui permettent la détente et les échanges chaleureux. Le nouveau toboggan a déjà profité au plus petit des visiteurs, celui aux petites joues rouges mordues par le froid, celui qui rit aux éclats en dévalant la petite pente, surpris par ce froid intense nouveau pour lui. Il est beau cet enfant avec ses fossettes et la portion d'éternité au fond de ses yeux. Se plonger dans son regard ne peut que calmer les tempêtes.

Quelques heures consacrées à des travaux politiques. Je ne peux vraiment pas dire que je suis enthousiasmée par la perspective des élections prochaines. Il faut croire que je n'y accorde plus autant d'importance. La vie nous fait changer. Les vrais dossiers politiques sont à un autre niveau. Les vrais dossiers personnels aussi.

Une très vieille plante verte a bien failli mourir, là dans son petit coin. Comment n'ai-je pas vu toute sa soif? Comment est-ce possible de l'avoir négligée? Où étais-je passée? Il y a aussi les mangeoires à aller remplir dans le jardin. Ce sera toute une équipée. Il y a tellement de neige accumulée par les vents violents d'il y a quelques jours que j'aurai beaucoup de difficulté à m'y rendre avec les contenants pleins de nourriture. Il est dommage aussi que les sorbiers aient été délestés de leurs beaux fruits rouges, avant même la venue des cohortes de jaseurs des cèdres. Rendez-vous manqué pour cette année. Les récents grands froids et les vents violents ont sûrement été très difficiles pour les oiseaux, puisqu'ils ont perduré bien au-delà de l'ordinaire.

Le dossier de la succession est sur la bonne voie mais il demande encore du travail. C'est un peu comme si, même une fois mort, on n'en finissait plus de mourir parce que la bureaucratie et sa paperasserie persisterait cyniquement à essayer de rendre les gens immortels.

J'ai amené la mignonne tornade blanche chez le vétérinaire pour visite post-opératoire et pour faire enlever les points de suture. L'embarquer dans la petite cage de transport a été toute une affaire : on aurait dit qu'elle pensait avoir appris, à ses dépends, que voyager était plutôt désagréable, surtout en fonction de l'unique destination de ses déplacements... :-) Visite imprévue dans une bouquinerie. Le libraire m'avait encore déniché un tome introuvable du journal de Green. Cet exemplaire me servira à la lecture soulignée et à la pliure des coins de page pour repérage ultérieur de passages signifiants.

J'ai finalement réussi à ajuster mon dossier d'archives et ajouter une petite amélioration pour mieux se retrouver dans mes entrées. Bien évidemment, le support de la fée informatique a été essentiel et il est m'indéfectible. Chaleureux merci, mon amie. :-) Je ne suis cependant pas satisfaite de mes entrées actuelles. Je me retiens trop. Vivement cet autre site auquel je rêve. Là où l'anonyme ira incognito.

 

 

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