Au bonheur du jour




Le mois d'avril

1 2 3 4 5 6 7
8 9 10 11 12 13 14
15 16 17 18 19 20 21
22 23 24 25 26 27 28
29 30 31

Retour Page d'Accueil

Archives

 


Aujourd'hui

dimanche le 6 avril

Nous en sommes à l'heure d'été, malgré la tempête d'hier qui a laissé près de 15 centimètres de neige dans les vents violents de l'hiver. Durant la nuit dernière, j'ai ajusté les horloges de la maison. J'arrivais de chez le grand copain, nous avions fêté Noël. :-) Une chose après une autre, nous n'avions pas encore procédé à notre échange annuel de cadeaux parce qu'il était en voyage à l'étranger à cette époque. C'était d'ailleurs devenu une blague entre nous, puisque les circonstances faisaient que même quand nous nous voyions, semaine après semaine, nous devions sans cesse repousser cette soirée. Elle fut bizarre et très amusante, au son de chansons et cantiques de Noël traditionnels alors que, par les grandes fenêtres qui donnent sur son jardin, on voyait tomber la neige à plein ciel. Champagne, bons vins, et plats succulents. Conversations intimes. J'aime quand il s'ouvre ainsi et qu'il me confie certaines préoccupations qui lui sont personnelles. Je sens ses mécanismes de défense mis au neutre et j'apprécie au plus haut point la confiance qu'il me manifeste. Le cadeau qu'il m'a offert m'a surprise et très touchée. Il l'avait choisi avec beaucoup de soin. Il m'a ainsi prouvé une fois de plus combien il est attentif, à l'écoute de mes sentiments. Je suis toujours frappée par sa délicatesse qu'il essaie parfois de camoufler sous des extérieurs bourrus. Je suis vraiment privilégiée de l'avoir dans ma vie.

En ce moment, j'écoute le Concerto pour violon et orchestre en la mineur de Schumann. Il y a plusieurs jours que je voulais mettre cette page en ligne. La semaine dernière, les réunions politiques se sont succédées les unes aux autres et les heures de travail se sont multipliées sans que je ne m'en aperçoive vraiment. Je me sens fébrile. C'est cela faire trop de choses à la fois. Aujourd'hui encore, plusieurs heures ont bénévolement été consacrées à une présence dans un endroit de scrutin par anticipation. L'échéancier d'ici les élections se retrécie et le rythme s'accélère encore. J'ai un peu de difficulté à prendre soin de mon quotidien, de ma propre réalité à travers cela. Et j'ai le coeur qui s'emballe au fur et à mesure que les jours passent. C'est tellement facile de me laisser gagner par l'enthousiasme et par ce grand désir de voir mes souhaits se réaliser. Je me fais peur un peu, je n'ai absolument pas besoin d'une déception en bout de ligne. Non, ce n'est pas ce que je devrais dire, mais plutôt : il me faut prévoir une marge de manoeuvre pour gérer la déception qui pourrait émaner de cette campagne électorale. Je dois essayer de garder une saine distance avec cette situation. Après tout, je ne dispose que d'un seul vote que j'utiliserai comme je l'entends. Comme tous les citoyens le feront. Ce que je puis faire entre temps, c'est de consacrer beaucoup, beaucoup de temps à la campagne électorale, à ce grand effort d'expression de la démocratie, en faisant la promotion de ma vision de la société et c'est ce que je fais.

J'ai reçu hier cette invitation à me joindre à mes amis pour la soirée des élections. Je ne pourrai pas être avec eux, je travaillerai au comité jusqu'à la toute fin du scrutin. Je sais que je serai très fatiguée, surtout émotivement, et à bout de souffle. Non, je vais rester avec mes compagnons d'arme, quitte à aller retrouver mes amis sur la toute fin de la soirée, prendre un dernier verre avec eux, célébrer la victoire ou accepter le choix du peuple. Pourquoi est-ce que je prends tellement les choses à coeur?

Cette semaine, je me suis tout de même réservée quelques heures avec mon amie d'enfance qui réside dans la grande ville et qui était de passage dans la mienne. Politiquement, nous sommes tout à fait à l'opposé et elle est aussi convaincue de son point de vue que je le suis du mien. Mais notre grande amitié fait que cette différence nous importe peu et nous arrivons même à discuter très agréablement de la chose. Disons que nous nous ménageons. Et il me semblait avoir sur elle un léger avantage, on verra bien ce qu'il en restera dans quelques jours. :-) Avec elle, j'ai aussi longuement parlé de quelques sujets importants qui me semblent devenus beaucoup plus clairs suite, notamment, à la conversation d'il y a une quinzaine avec cet ami au loin. Mes idées ont mijoté. Samedi après-midi, j'ai de nouveau eu l'occasion de discuter avec lui. Je constate avec un soulagement certain qu'il se produit un déblocage en moi. Je retrouve cette belle joie de vivre que j'ai toujours considérée comme un cadeau et j'en suis très contente. Les derniers mois avaient été durs.

Il me reste encore un important effort à fournir d'ici le 14 avril. Mais le 15 avril, c'est dans ma propre vie que je retourne. J'ai hâte, j'ai tellement de choses à y faire.

jeudi le 10 avril

Je m'efforce de rassembler mes idées parce que j'ai le goût de faire une entrée aujourd'hui. Je n'ai rien d'urgent à y consigner mais j'ai envie de faire une petite pause dans la course effrénée et de retrouver le plaisir d'écrire en écoutant paisiblement de la musique. Tout juste quelques minutes, le temps de reprendre un peu mon souffle. Le printemps s'installe pour de bon et le comportement des oiseaux le confirme. Ils sont là, nombreux et bruyants dans le jardin, sous le regard de convoitise de ma mignonne tornade qui les regarde de la fenêtre. Elle a une attitude bien différente de celle du mélocat. Je pense que je devrai la surveiller quand elle ira sur le balcon... :-) Bien sûr qu'il reste encore de la neige, mais elle disparaît de jour en jour, elle n'en a plus pour bien longtemps. Que j'aime ma maison dans cette belle lumière du jour, j'aime les heures qui s'égrènent quand le silence n'est rompu que par les touches du clavier et ce merveilleux Adagio du Quintette à cordes D. 956 de Schubert. Je me sens bien. Mes cheveux sont presque secs. Encore quelques minutes, puis je quitterai mon oasis.

Il y a quelques jours, j'étais avec des amis qui, avec leurs familles et leurs proches, fêtaient l'anniversaire significatif d'une amie à moi. Parmi ceux qui fêtaient la jubilaire, j'ai croisé la beauté, la bonté, la sagesse, le bonheur de vivre dans les yeux d'une aînée de 95 ans, pleine d'humour, parfaitement lucide, qui ne s'est jamais démentie. J'en ai été éblouie et je l'ai enviée. Je l'avais connue il y a de nombreuses années, je l'ai retrouvée encore bonifiée. De tout mon coeur, je souhaite qu'elle me serve de modèle. Oui, le bonheur existe, oui, il est intérieur.

Ailleurs, ces ruines sous lesquelles sont ensevelies de trop nombreuses innocentes victimes, devant lesquelles les proches pleurent. Ailleurs, une statue est tombée. Je me mets à rêver d'un printemps, d'une renaissance, de sourires après les larmes. Est-ce possible, suis-je trop naïve, est-ce que je ne mets pas trop d'espoir dans l'humain? Quelques années après la guerre, le 18 août 1952, Julien Green en visite à Munich remarquait dans son journal:

"Les ruines de Munich sont affreuses. Cocteau disait jadis que Paris ferait de belles ruines, mais les ruines ne s'improvisent pas. Il faut des siècles pour leur donner cette beauté que nous admirons à la Villa Hadriana, par exemple, au Forum. Les villes tout à coup transformées en ruines sont simplement hideuses : Hambourg, Brême, Le Havre. Il faut que les pierres tombent une à une sous l'effort du temps, que les graminées y poussent, que le soleil dore tout cela. Je ne puis rien trouver de beau dans ces grands décombres noircis dont une partie de l'Europe est aujourd'hui couverte."

Depuis, les années ont passé, ces villes se sont reconstruites, ont retrouvé leurs beautés. De nouvelles alliances ont été signées entre les ennemis d'hier, de nouveaux liens se sont tissés. Dans le coeur des individus plus âgés qui ont connu cette époque, ceux des deux côtés qui y ont perdu des êtres chers, la douleur et l'absence sont-elles devenues moins dures avec le temps? Ont-elles été recouvertes par les graminées, le soleil les a-t-il finalement dorées?

dimanche le 13 avril

C'est la fin de la soirée. Je suis de retour chez moi depuis un petit moment. Encore quelques efforts à fournir demain, puis ce sera le repos. Ma mignonne tornade est à mes côtés, là sur le tapis, étendue sur le dos, les petites pattes repliées et les yeux fermés. La grande détente, quoi. Elle aussi est en train de devenir mélocat, puisque c'est la musique qui vient de commencer qui l'a fait venir me retrouver. Nous formons vraiment une belle paire. :-)

Aujourd'hui, c'était mon anniversaire. Pas un chiffre significatif, non, mais j'ai quand même l'impression que c'est le plus important depuis fort longtemps. Drôle de sentiment, d'autant plus que c'est comme si j'avais l'impression de rajeunir. Et pourtant... :-) Le premier appel téléphonique, très tôt ce matin, fut celui de ma fille, retenue elle aussi dans sa ville par la campagne électorale. Nous fêterons mon anniversaire un peu plus tard cette semaine. Je dis à la blague que mon anniversaire c'est aujourd'hui et que mon cadeau, ce sera demain soir, au dévoilement des résultats.

C'est la première fois que ma mère ne me téléphone pas à mon anniversaire. Voilà la très grande différence. Elle n'est plus là pour me lancer dans une nouvelle année, ma vie repose désormais entièrement dans mes propres mains. Je n'ai plus, posé sur moi, son regard approbateur ou inquiet. Je ne pouvais pas réaliser avant combien, même adulte et autonome depuis très longtemps, le regard des parents ou leurs attentes quant à la conduite de la vie peuvent constituer une contrainte. J'en parle bien librement, puisque ma mère n'a pas volontairement été contraignante. Mais c'est comme si j'avais quand même toujours senti une certaine obligation de performance. Je ne sais pas si je m'explique bien à cet égard. C'est mon ami de très loin, le sage humoriste ou l'humoriste rempli de sagesse qui, lors d'une de nos conversations, m'avait un jour aiguillée vers cette réflexion. Je pense, aujourd'hui, qu'il avait raison. Il semblerait que c'est un peu comme cela pour tout le monde. C'est comme si je suis maintenant celle qui est sur la ligne de feu. J'ai tous mes atouts en main. Le reste de ma vie ne dépend que de ma propre performance. Et cela s'accompagne d'une impression de légèreté.

En fait, l'année qui vient de s'écouler a été marquante. Bien sûr, il y a eu toutes ces obligations physiques et matérielles qui ont précédé et suivi le décès de ma mère. Il y a eu la peine aussi. J'ai été ébranlée à plusieurs égards, j'ai connu le deuil sous diverses formes, la perte sous diverses formes aussi. Et j'ai bien évidemment fait des erreurs. Mais à d'autres égards, cette année aura été bénéfique. J'ai l'impression d'avoir avancé comme être humain. J'ai fait des découvertes sur moi-même, certaines que j'ai aimées et d'autres beaucoup moins. J'ai apprécié les gens de ma vie et j'ai approfondi certains liens qui me sont importants. J'ai connu de belles joies et aussi des moments de franche gaieté. À part quelques intervalles plus ou moins longs de crise personnelle, je pense être demeurée sereine. Je sais que j'ai conservé mes convictions, j'en suis heureuse et reconnaissante. C'est par elles que je suis guidée. Je me sens plus confortable avec qui je suis. Et je pense que ce journal m'aide à mieux me connaître.

Ce matin, en me rendant à la porte accueillir un ami qui venait me faire la bise, j'ai croisé un instant l'image que je projetais dans le grand miroir du couloir. J'y ai vu une femme dégagée, confiante, en possession de ses moyens. Le premier moment de surprise passé, j'ai souri. Bon anniversaire à moi, que mes voeux les plus chers se réalisent.

jeudi le 17 avril

Voilà! J'émerge enfin... Et j'ai eu mon cadeau, un immense cadeau. Je suis vraiment très heureuse des résultats électoraux. Je les souhaitais de tout mon coeur et je suis convaincue que tout est pour le mieux. C'est maintenant que je sens ma fatigue, je suis d'une lenteur incroyable. Je ne cherche même pas à faire d'effort... :-)

Hier matin, un chant troublant qui m'est familier m'a fait lever les yeux et c'est avec bonheur que, pour cette année, j'ai vu ma première volée d'oies blanches qui montaient vers le nord. Magnifique et émouvant spectacle qui célèbre la vie et qui incarne à mes yeux la sagesse de la nature, la force de l'instinct, et une cohésion sociale. Très inspirant pour nous les humains.

Aujourd'hui, ma fille et son conjoint ont quitté pour quelques jours dans un bel endroit de villégiature. Elle était chez moi pour fêter mon anniversaire hier soir avec le grand copain. Ce fut vraiment très agréable, très doux. Toute cette affection dont je suis comblée. Un moment de bonheur palpable.

C'est la période de l'année durant laquelle j'écoute, avec le plus de conscience et durant de longues heures, ce qui est à mon humble avis l'oeuvre parmi les oeuvres musicales, La Passion selon Saint-Mathieu de Jean-Sébastien Bach. J'ai découvert cette merveille il y a bien des années et je ne m'en lasse jamais. Chaque audition me procure, à la fois, une nouvelle expérience et un approfondissement.

Aujourd'hui, deux journaux, l'un d'un homme d'âge moyen et l'autre d'une jeune femme, ont particulièrement retenu mon attention. Chacun à sa façon, ces textes célèbrent la vie, mais aussi traitent de ses difficultés. D'abord, cette entrée touchante de Valclair, toute en simplicité, qui nous fait ressentir la beauté de chaque instant quand on laisse à nos cinq sens d'en capter la saveur particulière et qu'on s'arrête pour l'apprécier. La quête des petits bonheurs qui m'est si chère... Il nous parle aussi des relents de la tempête d'il y a quelques années, dont on voit encore les effets dévastateurs et les débris. Il constate aussi que les efforts de son ami, jumelés à ceux de la nature, ont partiellement permis, en certains endroits, un retour à l'harmonie. Puis, il effleure discrètement son propre questionnement face à sa vie. Je pense que dans nos vies, la tempête fait aussi parfois des ravages, elle en a fait dans la mienne en tous les cas. Il arrive quelque fois que le temps et nos efforts permettent de réparer les dégats, il arrive aussi d'être obligés d'abattre, d'élaguer, de nettoyer. C'est aussi ce que j'ai fait. Dans une partie de son entrée et dans un autre registre, la si talentueuse Ultraorange, sur un ton beaucoup plus grave, traite de la vieillesse et de la mort. On sent son désarroi devant les ravages de l'âge et la perspective plus ou moins lointaine de la mort pour les êtres qu'elle aime. Elle dit son appétit de vivre et nous en énumère quelques repères. Cette entrée me ramène aux dernières années de la vie de ma mère et me confronte à mon propre vieillissement qui s'installe progressivement. Peut-être est-ce l'âge ou une certaine maturité, mais je ne ressens pas, du moins pas encore, d'angoisse à cet égard. J'ai l'impression que cette étape de ma vie viendra comme les autres sont venues, doucement, et qu'imperceptiblement je voguerai vers cet amoindrissement des capacités physiques et intellectuelles, pour peu que j'accepte ce sort qui nous est commun à tous et pour lequel il n'y a pas d'alternative. Et j'écris cela sereinement et avec confiance. Qu'on me garantisse une certaine dose de Bach et autres merveilles du genre, qu'on me laisse mes convictions profondes, et je pense que c'est aussi sereinement et avec confiance que j'aborderai cette étape. Je sais cependant que cet amoindrissement sera difficile à accepter pour mes proches, comme celui de notre mère fut difficile pour nous. Je souhaite seulement que mon état me permette de leur communiquer la sérénité et la confiance que je pourrais ressentir. À cet égard, je pense à cette merveilleuse personne de 95 ans que j'ai eu le plaisir de revoir la semaine dernière.

Il est très tard et la mignonne tornade dort à mes pieds. Que ces moments dans la nuit me sont précieux. J'ai éteint toutes les lumières. Seul mon écran éclaire un peu mon bureau. Par la fenêtre j'aperçois la presque pleine lune qui brille dans le noir et le froid. Je baigne dans la musique de Bach. Le temps s'est arrêté.

dimanche le 20 avril

Je viens d'inscrire le jour et la date. Peut-être aurai-je besoin de les modifier puisque je ne suis pas certaine d'avoir le temps de terminer mon entrée aujourd'hui. C'est Pâques, il est un peu passé midi. J'attends le retour de ma fille et, dans quelques heures, l'arrivée d'amis pour le repas du soir. Cela sent bon dans la maison. Après une matinée grise et froide, le soleil tente de percer les nuages. Espérons qu'il y parviendra. Le garage de toile n'a pas encore été démonté puisque la neige non fondue et la glace l'aggripent fermement encore. Il y a du sable sur le trottoir, le balcon aura besoin d'une bonne couche de peinture, la lumière du lampadaire est brûlée... Heureusement, je vois, près du solage de la maison, poindre de la terre l'espoir de crocus, tulipes, jacinthes et autres jonquilles. Dans un sens, cet entre-saison m'angoisse plus que le mois de novembre. Pourtant, il y a promesse de printemps, même s'il sera tardif, et l'été suivra ensuite. Cela remonte à loin, très loin je crois, souvenirs de ma petite enfance probablement. À cette période, j'avais assez longuement été hospitalisée pour une maladie contagieuse alors difficile à traiter. J'avais eu peur, je m'étais sentie abandonnée même de mes parents, puisque, forcée à la quarantaine, j'étais sans aucun visiteur. Je ne vois pas autre chose qui pourrait justifier cette curieuse sensation, ce léger malaise qui a persisté à travers les années même si, rationnellement, j'en ai depuis très longtemps compris les circonstances. Et c'est la journée grise et froide d'aujourd'hui qui m'y a ramenée. Sans doute un petit peu d'arthrite au coeur... :-) Ah, ces blessures de l'enfance, si incrustées, que l'on traîne bien malgré soi. Curieux comme ce journal se joue de moi, il y a bien longtemps que je n'avais pas pensé à cela.

Hier j'ai revu un bon ami, de l'âge de ma fille, avec qui j'ai étudié à l'université. Nous nous rencontrons que rarement puisqu'il demeure au loin depuis plusieurs d'années. Pour moi, c'est toujours un plaisir que de renouer contact avec lui. Nous avons bien rapidement échangé sur un registre personnel. C'est un homme très actif, dans plusieurs domaines. J'ai toujours aimé sa personnalité si originale et ses valeurs personnelles. C'est un réel plaisir que de l'entendre me parler de son parcours. Nous nous sommes promis cette fois de garder un contact régulier notamment par mail. Nous nous sommes d'ailleurs donné un défi commun.

Je dois encore aller faire quelques courses, j'ai oublié d'acheter les fromages. Je n'ai pas besoin de fleurs, les roses que ma fille m'a offertes mercredi sont encore magnifiques. Ma mignonne tornade a une qualité à cet égard si je la compare au mélocat : elle ne bouffe pas les fleurs, je puis donc les laisser sans crainte sur la table basse du salon. Bon, si cela continue, je vais être en retard, moi. Cette entrée ne passera certainement pas à l'histoire... Mais sur fond de Mozart, elle célèbre la joie Pâques à sa façon.

mardi le 22 avril

La journée se termine et tout est calme dans la maison. Avec le seul éclairage de l'écran, j'écoute le très bel Oratorio de Pâques de Jean-Sébastien Bach. On ne peut rester insensible à cette oeuvre dont Julien Green disait:

"Écouté l'Oratorio de Pâques, de Bach. Quand les dernières notes se sont frayé une voie triomphale à travers le silence, on demeure stupéfait et le coeur battant. Dieu lui-même doit admirer cette musique!"

Quelle façon idéale de me diriger vers la nuit. J'ai cependant dû me faire un peu violence et fermer la télé où les actualités de tous ordres me gardaient captive. Il me faut donc m'éloigner un peu du quotidien pour justement ne pas le laisser s'envoler sans en garder de traces. Trop souvent je passe de la vie active à la lecture de fin de soirée, sans faire ce temps d'arrêt qui me permet de consigner les petits événements tout simples de mon quotidien et les réflexions qu'ils m'inspirent. Je réalise qu'il s'agit-là d'une des raisons pour lesquelles j'ai de la difficulté à venir écrire plus régulièrement dans mon journal. Pourtant quand je le fais, j'en retire tellement de bénéfices. Toujours de Green, cette citation au sujet de son journal :

"Je voudrais écrire ces pages comme si j'avais de longues années devant moi, alors que tout me dit à l'oreille que cela n'est pas vrai. Je voudrais ne pas gâter le beau sujet qu'est la vie quotidienne avec son imprévu dans les petites choses."

Autre réflexion à propos de mon journal. J'ai remarqué que le style et le ton de mon journal varient selon que je l'écrive soit en fin de soirée ou au début de la nuit, soit tôt le matin à mon réveil. Le soir, il est plus intérieur, plus réfléchi et le matin, plus léger et serein. Les deux côtés de ma médaille, mon pile ou face, les deux aspects de ma réalité. Et ce qui fait que je ne suis pas plus régulière à tenir mon journal le matin que le soir, c'est aussi mon envie tôt le matin d'être connectée sur la réalité, sur les actualités, ce besoin que j'ai de lire les quotidiens et d'être au fait des événements politiques et autres de notre planète. Pourtant je me suis fixé comme objectif d'enrichir ma vie intérieure et je sais que cela passe, en partie, par la tenue de ce journal que je considère comme un instrument privilégié de cette démarche. Cela ne m'est pas toujours facile de me mettre au rang de mes priorités. J'ai des efforts à faire en ce sens. À ma décharge, cette réflexion que je poursuis, sans en avoir trop l'air, sur la pertinence d'avoir un deuxième site pour traiter de sujets plus intérieurs, ou la décision de tout réserver au site actuel. Je sais que j'ai déjà abordé cette question dans ce journal, mais je ne suis pas encore très avancée dans ma réflexion. D'autant qu'un correspondant diariste que j'estime me donnait dernièrement des arguments favorisant le site unique. Bon ce n'est pas encore mûr.

Aujourd'hui, je me suis occupée de certaines démarches administratives dans le cadre du règlement de la succession de notre mère. Encore quelques opérations fiscales et on pourra enfin mettre un terme à tout le dossier. Ces démarches me sont finalement devenues moins pénibles. Elles me semblent maintenant dénuées de sentiments et ne revêtent plus, à mon sens, qu'un caractère d'obligation légale. Je sens que la conception que j'ai maintenant de ma mère n'a plus rien à voir avec les aspects physiques et matériels. Je me souviens combien cela me bouleversait de manipuler ses papiers dans les semaines qui suivirent sa mort et combien j'avais de la peine. J'ai conservé d'elle plusieurs écrits, dont certaines citations qui l'avaient marquée, certains livres de comptes et les recettes de cuisine qu'elle avait transcrites. Si j'avais suivi les conseils de mes frères, moins sentimentaux que moi, j'aurais éliminé beaucoup de ces documents. Je suis maintenant tellement heureuse de les avoir sauvegardés et cela me fait chaud au coeur de les consulter. Je me sens encore très proche d'elle.

Il a plu toute la journée et il semblerait qu'il en sera de même jusqu'à la fin de semaine. Bon, il faut être fait fort pour ne pas complètement déprimer devant cette absence systématique de soleil. Un avantage cependant : à cause de la pluie plus chaude, la neige est rapidement en train de disparaître, après plusieurs semaines de retard. Et puis, la pluie nettoie et hâte le verdissement. J'espère cependant pouvoir faire démonter le garage de toile avant la fin de semaine et, pour cela, il faudrait qu'il puisse sécher...

Ma fille et son conjoint sont repartis hier après-midi pour leur grande ville. Le repas de Pâques et le brunch de lundi furent réussis et très agréables. J'ai pris beaucoup de plaisir à exécuter certaines petites tâches avec elle. Nous avons bien simplement cuisiné ensemble, ranger la cuisine et rempli les mangeoires pour les oiseaux dans le jardin. Des gestes bien ordinaires, mais cependant de beaux moments tendres. J'apprécie beaucoup ses attentions à mon endroit.

Je suis lente ce soir. J'ai mis beaucoup de temps à rédiger cette entrée. J'en suis donc rendue au Triple concerto pour violon, violoncelle et piano en Ut majeur de Beethoven, dans la magnifique interprétation de Richter au piano, Oistrakh au violon et Rostropovich au violoncelle, le tout avec l'Orchestre philarmonique de Berlin dirigée par Von Karajan. Il s'agit d'un enregistrement datant de 1969 reproduit par EMI. Un pur délice. La lenteur a ses avantages... :)

jeudi le 24 avril

Aujourd'hui, je blogue... :) D'abord, en levant les toiles, je constate l'horreur : Il a neigé et il neige encore!!! Plusieurs centimètres. Tout est blanc, et une neige lourde et mouillée persiste à tomber à plein ciel. Cela finira-t-il jamais!!??

Là, par terre, ma mignonne tornade, un peu moins tornade, un peu moins mignonne aussi... Hier je l'ai conduite chez le vétérinaire. Petits problèmes de tuyauterie. Qui dit petits problèmes, dit aussi gros déboursés... Et je dois changer sa nourriture pour quelque temps. Madame n'apprécie pas particulièrement. Je dois aussi lui administrer deux sortes de médicament... Madame refuse carrément. Pour la première fois, nos relations sont tendues. Dans ses yeux je lis le désarroi et la frustration. "Comment se peut-il que cette bonne poire que je manipule si facilement me tienne maintenant tête ? Qu'est-ce que c'est que cette affreuse pâté qu'elle veut me faire bouffer? Qu'on me redonne mes croquettes adorées et que ça saute! Et puis, pas question que j'entrouve ma jolie gueule pour laisser entrer ces horribles petites choses dures et amères qu'on veut me faire avaler. Tiens, que je gigote et que je lui plante un minuscule croc dans le doigt, ça lui apprendra, na! Et si mes cordes vocales étaient plus performantes, je lui en ferais un concert, moi!!! grrrrrr..."

Même ma ruse de sioux ne fonctionne pas : elle refuse de manger la petite cuillérée de bouffe dans laquelle j'ai camouflé les deux minuscules cachets. :( Et pourtant je sais qu'elle a très faim. Je devrai donc retourner chez le vétérinaire pour demander assistance. Moi qui ai des chats depuis si longtemps, c'est la première fois qu'on me tient tête à ce point... Et c'est cette minuscule petite chose, habituellement si charmante qui me met K.O. Honte à moi!

Et dire qu'en plus je dois m'occuper de mes impôts aujourd'hui. Wow, la joie quoi!

|Sylvia | 10:53) |(Non, je ne veux surtout pas de commentaires à ce propos, c'est clair?) | :-) :-)


Là, y a le Webexpert qui s'en mêle. Comment ça, une "application error" ? Bon, la je pense que cela fonctionne. Ici, c'est le statu quo. Je ne dirais pas une trève, non, c'est du "on fait semblant que tout est normal." Elle a pour un court moment dormi en rond, paisiblement... (d'un oeil). Puis, elle a fait sa tournée des fenêtres, surveillé les mangeoires dans le jardin. Là, elle me suit, un peu de loin, partout dans la maison. Je la croise à mi-escalier du sous-sol et je dois même la contourner pour passer... :-) Mais c'est qu'elle a le ventre vide, cette pauvre petite chose. Et elle pense que je finirai par craquer. Bon, je lui donne encore une petite heure... puis je me résignerai à la remettre dans sa patite cage, puis hop chez le vet... On verra bien qui viendra à bout de qui... :)

Bon, où est-ce que j'ai bien pu ranger ces fichus reçus, ceux qui m'aideront un peu pour mes impôts? Oh oui, Leonard Cohen, je vous en prie, chantez-moi "Take This Waltz" et "Dance Me To The End Of Love". Voix, paroles et musique envoûtantes!

|Sylvia | 15:07) |(Non, on ne commente pas! Bien assez d'elle qui me tient tête) | :-) :-)


Bon, où en sommes-nous? Je suis revenue de chez le vétérinaire avec un bidule pour insérer les pilules dans le fond de la gorge de la minette. Oh la la, plus vite dit que fait. Combat épique avec une mignonne tornade terrorisée. Pas vraiment un succès puisque maintenant elle me fuit. Je ne suis pas certaine de vouloir tenter une nouvelle expérience demain matin. Sinon, rendez-vous deux fois par jour chez le vétérinaire jusqu'à la fin du traitement. Et mes impôts?

J'ai vu quelque chose de joli chez le vétérinaire. Un très jeune couple à l'allure un peu bizarre, avec des coupes de cheveux et des vêtements ressemblant au style du Big Bazar de Fugain, préoccupé par l'achat de nourriture pour une chatte nourrice. À un moment donné, la main un peu distraite du garçon, descendant dans un geste très tendre le long du dos de sa compagne. Moment plein de tendresse, qui contrastait avec la température si morne. Je les ai trouvés beaux.

Tiens, elle est revenue là, à mes pieds. Je n'ose la toucher de peur de l'effaroucher. Non, décidément, je ne lutterai pas contre elle demain matin. Ce serait trop bête de tout gâcher. Bon, j'attends la fin du magnifique adagio du Trio pour Piano, violon et violoncelle de Beethoven puis je ferme boutique pour aujourd'hui.

|Sylvia | 23:56) |(Il est trop tard pour commenter puisque le blog est maintenant fermé)| :-) :-)

mardi le 29 avril

Contrastes, avec de jolis imprévus. La mignonne tornade a finalement baissé pavillon et je parviens à lui administrer ses cachets, sous une forme ou sous une autre. Bon, ce n'est pas toujours facile, mais enfin. Gros soupir de soulagement de ma part, puisque je n'avais vraiment plus le goût de me rendre deux fois par jour chez le vétérinaire. Et elle a enfin retrouvé sa vivacité et recommencé à jouer.

Dimanche, j'ai pris part à une rencontre de famille suscitée par la visite de cousins habitant l'ouest canadien, que nous n'avions pas revus depuis plusieurs années. Entre temps, leur père, ma mère et d'autres de cette génération sont décédés. Le sens de l'humour familial a rapidement pris le dessus, recréé des liens un peu effrités et ce fut un réel plaisir de partager ce repas. La présence d'une soeur de ma mère m'a beaucoup émue. Alors que du vivant de ma mère je ne voyais pas tellement de ressemblance physique entre elles, je fut frappée de retrouver chez ma tante des traits bien familiers. C'est vrai que je la regardais avidement, recherchant les points communs, comme si je voulais revoir celle qui me manque tant. Et j'ai reconnu un regard, une certaine moue de la bouche, des gestes et des attitudes qui m'ont cruellement fait ressentir l'absence de ma mère. J'aurais tellement souhaité la voir parmi nous. Mais, à mesure que les heures s'écoulaient, j'ai senti l'angoisse de ma tante et j'y ai reconnu celle de ma mère. Et je me suis souvenue de ses dernières années, alors qu'elle était malade, qu'elle avait peu à peu lâché prise sur une certaine vie, alors que je la sentais tellement malheureuse. Et j'ai retrouvé la paix intérieure.

Au sortir du restaurant, une belle surprise nous attendait : le soleil brillait et le temps s'était réchauffé. C'est le coeur léger que je me suis dirigée pour faire quelques courses vers une bien jolie rue de mon voisinage. Elle était bondée de gens qui déambulaient paresseusement, furetaient dans les boutiques ou étaient attablés aux terrasses des cafés. J'y ai croisé un ami avec ses enfants. Nous avons passé une bonne heure à causer, entre autres (et bien évidemment) de politique, à profiter du beau temps. Et j'ai dégusté mon premier expresso à une terrase de la saison. :-)

Autre indication de beau temps. Hier, les moustiquaires ont remplacé les fenêtres doubles, les rosiers de la haie et le grand conifère ont été libérés des clôtures à neige, et le garage de toile remisé. Il reste un peu de neige dans les endroits plus ombragés du jardin, mais quelques crocus sont apparus dans la plante-bande. Ouf, enfin!

Hier midi, j'ai mangé avec une amie de longue date dans un nouveau restaurant indien. Toutes les deux, nous aimons beaucoup cette cuisine au goût si parfumé. Le repas fut trop court, je sentais qu'elle aurait voulu me dire quelque chose, qu'elle tournait tout autour. Je n'ai pas chercher à savoir, j'ai préféré respecter ses hésitations. Je crois que c'était mieux ainsi. En la quittant je l'ai embrassée affectueusement. Je pense savoir comment elle se sentait : il m'est déjà arrivé d'avoir aussi des confidences sur le bord des lèvres, puis de les retenir...

Plus tard, en fin d'après-midi, j'ai pris la route du chalet. La dernière fois où j'y étais allée, c'était à l'automne, avec mes frères, alors que nous y avions déménagé des meubles et autres objets appartenant à ma mère. Je me souviens qu'il faisait froid, que nous étions tristes. Hier, c'était pour y amener ces cousins de l'ouest qui désiraient revoir ces lieux. La journée était très belle, douce, mais il restait encore de la neige par endroits sur le terrain. Un magnifique spectacle nous attendait. Des centaines de bernaches se reposaient ou picoraient dans le champ en arrière du chalet. Nous sommes restés là un bon moment à les contempler, à écouter leur cri si distinctif, tandis que le soleil descendait lentement vers la montagne. Un beau moment.

Et puis aujourd'hui, je reçois un appel téléphonique de ma conseillère : j'aurai finalement droit à un retour d'impôts! Yeah!!! :-)

 

 

haut de la page

C'est ici



Inscrivez votre courriel pour être avisé lorsque ce site sera mis à jour.

Ajout Retrait

Hosted by www.Geocities.ws

1