COURS 14

 

               Réponse à la lettre de Claude Roy

 

                         Le 31\05\1988

 

le 3 mai 1988

 

 

Cher Monsieur Peraldi,

 

     Je me permets de vous soumettre quelques réflexions sur le séminaire que vous avez animé cette année.  Vous nous avez invités à le faire au début de l'année et j'avais hésité jusqu'à maintenant de crainte que mon questionnement vous paraisse bien "colaire".  Toutefois, la compréhension actuelle que j'ai de la pulsion de mort et le sort que vous réservez à l'agressivité me font me poser un certain nombre de questions que j'aimerais élucider.

 

     Cette année, nous avons parlé de deux choses et d'une troisième.  D'abord de la mort et de sa représentatiion.  Ensuite de la pulsion de mort.  Et finalement, à peine, d'agressivité, pour dire que ce n'était surtout pas ça la pulsion de mort.

 

     Sur la mort, je pense que ce qui ressort le plus c'est l'impossibilité de penser la mort objective dans sa radicalité.  Comme si l'esprit humin s'y refusait.  On ne peut penser la mort que comme une autre vie, une autre forme de vie, quelque chose qui lui ressemble.  Sans doute que de là viennent des théories sur l'au-delà.  Mais même pour l'incroyant il y a cette nécessité psychologique de rendre la mort signifiante.  Je comprenais cela à la chaîne qui s'instaure lorqu'on transmet la vie.  On ne transmet pas de la même manière la mort, mais une sorte d'expérience de la mort, une façon de mourir qui n'a de sens que sur fond de vie, c'est-à-dire si nous laissons des survivants (pas nécessairement une progéniture, à la limite l'humanité entière).  De là le rituel de Marguerite Yourcenar.  De là le non-sens d'une mort nucléaire où personne ne survivrait à personne.  Et je pense, si ce n'est pas trop m'aventurer, que parfois la mort en vient, à nos yeux, à être plus vivante que la vie.  On met parfois plus de prix et plus de vie dans la mort que dans la vie elle-même.  Je crois que c'est ce qui arrive dans bien des cas de suicides : on ne meurt pas pour mettre fin à la vie mais pour la perpétuer.  Paradoxalement pour échapper à la mort quotidienne, emportant avec soi ses objets d'amour, opérant souvent par là un double coup : on se donne enfin la vie à soi-même et on maintient, en même temps, au-delà de la mort, les liens aux premiers objets.  Il y a la même "vie dans la mort" dans la facilité avec laquelle les enfants acceptent la mort, contrairement aux adultes.  Cette expérience de séparation radicale est en fait plus facile à vivre, psychiquement, que les diverses formes de castration par lesquelles un enfant est amené à renoncer à ses premiers objets.  Dans la mort, nul renoncement; la mort est comme l'inconscient.  Et je songe à mon grand-père qui avait eu de nombreux enfants (dont plusieurs étaient décédés depuis) mais qui, à sa mort, à 97 ans, n'en avait plus qu'un, celui ui était mort à cinq ans et qui n'avait pas grandi, le seul qui lui était resté à jamais, le seul dont il s'inquiétait encore.

 

     Cette incapacité de penser la mort en soi me fait penser à une analogie possible entre la représentation de Dieu et celle de la mort.  Dans ses écrits sur la religion (dans Moïse, en tout cas), Freud rend hommage au "rationalisme" ou au degré d'abstraction atteint par le judaïsme qui refuse toute représentation picturale de Dieu (et même d'en prononcer le nom).  Se représenter la mort et le Dieu abstrait dans son "principe", voilà qui semble bien difficile.  Nous sommes prêts à toutes les concessions pour se représenter Dieu sous les traits du père (et de la mkre) et la mort sous les traits de la vie.

 

     Tout ce qui a été dit là-dessus se rapproche d'une sorte de phénoménologie de la mort plutôt que d'une pensée de la mort en soi; la difficulté de la pulsion de mort est justement d'échapper à une saisie phénoménologique, une sorte d'antiphénomène perceptible seulement à travers les manifestations de la vie (François Péraldi, je crois, emploie l'expression "mort de la pulsion" plutôt que pulsion de mort).  C'est pourquoi je pense que la pulsion de mort (qui me semble moins une "poussée" qu'une "force d'attraction") n'a pas grand chose à voir avec les différentes représentations qu'on peut se faire de la mort.  C'est pourquoi aussi j'ai beaucoup de difficulté à la saisir.  Si je prends, par exemple, l'intertie comme son essence, c'est moins la répétition qui me semble la manifester que la résistance.  C'est peut-être la raison pour laquelle Freud, après l'Au-delà, et dès le Moi et le ça, à la recherche de ses manifestations cliniques, croit l'apercevoir dans le sadisme, et finalement dans l'agressivités.

 

     Trois possibilités s'offrent à nous pour penser l'agressivité.  1) La considérer comme manifestation de l'instinct (Lorenz).  2) La considérer comme une qualité particulière d'Eros.  3) La considérer comme le détournement de l'auto-destruction sur l'objet.

 

     La première solution cause plus de problèmes, à mes yeux, qu'elle n'en résoud.  Si l'instinct est bien un "pattern de comportement" maintenant les hiérarchies, assurant la domiannce, lié à la territorialité, pourquoi cet héritage archaïque se serait-il maintenu jusqu'à nous alors que la sexualité, elle, subissait des transformations radicales (pulsions non liées à l'objet, fin des périodicités, perte du bien entre le sentiment objectif et la sexualité, etc.)?

 

     La deuxième solution pourrait également trouver chez des éthologues une certaine légitimité : il existe un bien déclaré entre agressivité et sexualité, qui auraient leur "centre" localisé dans la même partie du cerveau (l'amygdale je crois?).  Freud s'est toujours opposé à ce point de vue.  Pour lui, l'agressivité  ses manifestations autonomes et la désintrication des pulsions libère pour ainsi dire l'agressivité à l'état pur.  La désintriation se produit sous l'effet de la pulsion de mort.  On peut donc dire qu'ici encore l'agressivité serait un effet de la pulsion de mort.

 

     Enfin, la troisième solution est celle que suggère Freud.  Pour ne pas mourir de notre propre agressivité il nous faut en détourner une partie vers l'extérieur par l'entremise d'Eros.  C'est en fait seulement une fois détournée que l'agressivité devient totale.  Dans sa phase "autre", elle est manifestation(?) silencieuse de la pulsion de mort.


-    Nous ne connaissons pas la mort (l'état de mort n'existe pas; la mort comme passage est comme devenir; la mort comme fondement de la pensée et de la connaissance).

 

-    116 ans.

 

-    Mon père.

 

 

Les formes de la mort en psychanalyse :

 

-    La mort comme pulsion et répétition à l'état pur (réel); retour à illimite.

 

-    La mort à l'origine de la parole, répétition du rtour de la chose, Sejumb.

 

-    La mort imaginaire (liée au corps).  La pulsion de mort étayée sur "l'agressivité" et de l'agression liée au sexe et au servie de la pulsion de mort symbolique : masochisme primaire (les bourreaux/les psychopathes/serial murders).

 

 

 

A distinguer de l'agression liée au sexe :

 

-    Sadisme.

 

-    Masochisme secondaire.

 

 

 

Les besoins pervertis par les pulsions (l'étayage) :

 

-    L'agressivité pervertie.

 

-    L'oralité pervertie.

 

-    L'analité pervertie.

 

-    L'uréthralité pervertie.

Hosted by www.Geocities.ws

1