COURS 10

 

                    Exposé de Muriel Michel

 

 

 

LA THEORIE KLEINIENNE DE LA PULSION DE MORT

 

    

     J'ai choisi de présenter la théorie kleinienne sur la pulsion de mort en me basant surtout sur un texte d'Hanna Segal : De l'utilité clinique du concept d'instinct de mort.  Ce qui m'a incité à choisir cet article c'est son approche clinique d'un concept qui peut paraître parfois très abstrait.

 

Définition

 

     La naissance nous confronte à l'expérience des besoins.  On peut avoir deux réactions en relation avec cette expérience :

 

1.   L'une consiste à chercher la satisfaction des besoins, c'est la soif pour la vie qui conduit à la quête de l'objet; de l'amour et finalement à la sollicitude à l'égard de l'objet.  C'est la pulsion de vie.

 

2.   L'autre réaction à l'expérience de nos besoins c'est la tendance à annihiler, le besoin d'anéantir le soi qui perçoit et éprouve, ainsi que d'anéantir tout ce qui est perçu, l'objet donc de nos besoins.  C'est la pulsion de mort.

 

     Pour les Kleiniens le conflit psychique est toujours un conflit de la pulsion de vie contre la pulsion de mort avec une proportion variable entre ces deux pulsions.

 

     Le désir d'annihilation, selon les Kleiniens est dès le début dirigé à la fois contre le soi et l'objet perçu, à peine distinguable l'un de l'autre.

 

 

Exemples cliniques

 

     Hanna Segal donne l'exemple d'une patiente qui avait en permanence le désir de se débarasser de ses membres, de ses organes, en particulier de son vagin pour ne pas éprouver de perception ou de pulsion pouvant provoquer la frustration ou l'angoisse.  Ces attaques contre elle-même suscitaient des manifestations somatiques, par exemple une anesthésie partielle des organes sexuels, des migraines, etc., ainsi qu'une angoisse hypocondriaque permanente.

 

     J'ai choisi de vous présenter également un exemple personnel d'une patiente qui illustre bien, je crois, le concept de l'instinct de mort.  C'est une femme que je vois depuis un an qui est venue me voir à la suite d'un épisode psychotique.  Ce que j'ai remarqué c'est à quel point elle a tendance à attaquer les liens fréquemment.  Ce sont les post-Kleiniens comme Bion qui ont élaboré cette vision de la pulsion de mort comme une attaque contre les liens pour se protéger de la douleur psychique vécue face à la frustration d'un désir.  Attaquer le lien c'est donc attaquer à la fois l'objet désiré et le sujet désirant, pour qu'il n'y ait plus de désir, plus rien à ressentir.

 

     Cette patiente me parle de l'humiliation, la honte qu'elle ressent face à l'objet de désir.  Elle s'imagine comme une grosse femme de Chicoutimi qui arrive à Montréal dans un car bondé d'autres grosses femmes de Chicoutimi qui viennent voir leur animateur préféré de télévision et qui sont accueillies par celui-ci d'une façon infantilisante.  De la même façon dans le transfert elle m'imagine comme méprisant la petite fille dépendante en elle particulièrement quand il y a une séparation due à des vacances par exemple.  Quand je lui demande si elle peut imaginer que l'animateur ou moi puissions vivre aussi du désir à son égard, de la peine à la quitter, elle avoue qu'elle ne trouverait pas ça suffisant.  L'interpréation que je lui fais alors c'est que face à la souffrance, la frustration de ne pas recevoir autant qu'elle voudrait, elle me transforme, ou transforme l'objet de désir en quelqu'un qui la méprise et elle devient froide et méprisante à son tour, en réponse à l'attitude imaginée.

 

     Si cet exemple illustre bien, je crois, les agissements de l'instinct de mort, je pense qu'il peut aussi nous aider à mieux comprendre la différence entre la vision kleinienne et la vision freudienne de l'instinct de mort.

 

 

Comment le sujet négocie avec l'instinct de mort : Freud vs Klein

 

     Alors que pour Freud on négocie avec l'instinct de mort en le détournant pour le diriger contre les objets, selon M. Klein une partie de l'instinct de mort est projetée sur l'objet externe qui devient le persécuteur alors que la partie de l'instinct de mort qui est retenue dans le moi se transforme en agressivité contre l'objet persécutoire.

 

     On voit comment ma patiente ne fait pas que me quitter face à la frustration des vacances, c'est-à-dire qu'elle ne devient pas uniquement gressive, détournant l'instinct de mort sur moi comme le suggère Freud.  Je crois que comme le suggère M. Klein, elle projette premièrement une partie de l'instinct de mort sur moi, je lui apparaît alors comme méprisante.  Ensuite l'autre part d'instinct de mort en elle est détournée contre moi et dans un geste agressif, elle décide par exemple au retour de mes vacances de Noël qu'elle ne peut pas venir en thérapie pendant deux mois, faute d'argent.

 

 

Les effets de l'instinct de mort sur le contre-transfert

 

     Dans la situation analytique la projection de l'instinct de mort peut être souvent très puissante et affecter le contre-transfert.  Le patient, par exemple, peut nous envahir par la torpeur et la paralysie alors que lui-même paraît plein d'entrain.  Parfois la projection stimule l'agressivité et l'analyste se sent constamment poussé à devenir un surmoi persécutif.

 

Instinct de mort et douleur

 

     Une question qu'on peut se poser c'est pourquoi si l'instinct de mort est une tentative faite en vue de ne pas percevoir, de ne pas sentir, de refuser les joies et la douleur de vivre, pourquoi ce travail de l'instinct de mort est associé à tant de douleur et d'angoisse.  Comme on le sait, selon M. Klein l'angoisse est à l'oriigne une réponse à la menace de l'instinct de mort.  Hanna Segal tente de répondre à cette question en disant que l'angoisse et la douleur sont vécu par le moi libidinal blessé par la menace de mort.

 

 

Instinct de mort et plaisir

 

     Il y a également le problème du plaisir dans l'expérience de la douleur.  Hanna Segal tente d'y répondre en disant que l'instinct de mort comme l'instinct de vie recherche la satisfaction.  La satisfaction de l'instinct de mort est dans la douleur, la satisfaction du triomphe remporté par cette partie de soi qui est dominé par l'instinct de mort sur le désir de vivre.

 

 

Instinct de mort et envie

 

     Le problème de l'interrelation de l'instinct de mort et de l'envie a également préoccupé les analystes kleiniens.  L'un et l'autre attaque la vie et les sources de vie.  L'annihilation de l'objet et de soi est à la fois l'expression de l'instinct de mort dans l'envie contre l'objet mais aussi l'annihilation est une défense contre l'expérience d'envie par l'annihilation de l'objet envié et du soi qui désire et envie l'objet.

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