COURS
9
le
29 janvier 1991
A propos de l'Editorial que
j'ai écrit pour le dernier numéro de SMQ, et où j'ai essayé - à partir de la
lecture préalable des textes analytiques qui sont présentés dans le même numéro
- de questionner la manière dont certains termes, en particulier ceux de Réel,
réalité, mort et pulsion de mort, y étaient employés, une jeune psychologue me
disait qu'elle s'était d'abord demandée pour qui je me prenais de rappeler mes
collègues et au-delà, les lecteurs de SMQ, à l'ordre de ce qui, à ses yeux,
n'était qu'une autre forme d'idéologie, à la française, ce qui ne l'a pas
empêché d'ajouter dans le même souffle que ça lui avait donné envie de me
demander une supervision. Comme elle
m'a dit toutes ces choses sur le divan, je me suis contenté d'émettre une sorte
de grognement et elle est passée à autre chose.
Pour elle, la technique de l'analyse
est une et universelle - ce qui est tout de même le signe d'une certaine
naïveté pour ne pas dire une naïveté certaine - et la théorie n'est qu'une
sorte d'élaboration et de jonglerie avec des notions abstraites qui n'ont que
le plus lointain rapport avec ladite pratique et ne sont en fait que le reflet
de "l'idéologie" propre à l'analyste. En somme, à ses yeux, chaque analyste est bien libre de parler de
sa pratique dans les termes qui lui conviennent même si ceux-ci s'avèrent soit
parfaitement inadéquats soit déniés de leur sens authentique, à
condition... à condition que quoi, au
fait?.. à condition que ça vienne
conforter le lecteur dans les idées préconçues qu'il entretient à propos de la
psychanalyse d'une part et du champ des souffrances humaines qu'elle est censée
prendre en charge d'autre part: cela
donne ce genre de témoignage larmoyant et totalement incompréhensible où tout
le monde "en arrive à croire" n'importe quoi. La séduction qu'exercent ce genre de textes
qui semblent nés de la rencontre de deux tripes, celle de l'analysant(e) et
celle de l'analyste est prodigieusement néfaste en ce qu'elle donne à croire
qu'on nage dans l'affect et le contre-transfert au plus proche d'une ineffable
communication des inconscients véritables fleuves de boue pulsionnelle où
flottent les objets innommables du pré-verbal, alors qu'en fait il ne s'agit
que de la logorrhée incoordonnée d'un esprit en proie à la plus profonde
confusion.
Ce clivage entre la pratique
qui serait accessible à tout thérapeute plus ou moins doué d'empathie et une
théorie qui ne saurait être le fait que d'esprits supérieurs en proie à
l'idéologie, n'a pas sa place en psychanalyse et nous le laisserons volontiers
en partage aux psychologues. Il permet
de couvrir d'un bavardage sans intérêt les écarts les plus abhérants d'une
pratique tenue pour acquise.
En fait, toute la question qui
sous-tend ce séminaire est celle de la non séparabilité de la théorie et de la
pratique. L'une ne va pas sans l'autre
et leur rapport est une dialectique sans fin.
Nous avons à produire une réflexion sur notre expérience de
l'analyse qui est - rappelons-le - non pas une mais l'expérience de la
parole dans toute son ampleur. Et pour
accomplir cette réflexion et la partager avec d'autrs analystes il s'agit de
savoir si nous pouvons élaborer un discours, le discours psychanalytique, dont
les éléments qui le constitueraient, les concepts, qui sont les instruments
produits par notre expérience mais qui ne cessent de nous servir à la remanier,
à la préciser, à en relancer le mouvement qui est un mouvement de parole dans
l'ordre du langage, seraient de plus en plus précisés quant à leur place dans
le discours qu'ils constituent et que Freud nommait: métapsychologie. Au-delà
de la psychologie, c'est dire combien ce discours a pour tâche première de se
démarquer de tout ce qui est psychologique et de ce qui constitue, au mieux son
objet, non pas tant le comportement que le phénomène. C'est en ce sens que le discours psychanalytique rejoint le
discours de la science moderne, au-delà de la psychologie naïve de la physique
classique. "C'est le point de
départ de la science moderne que de ne pas faire confiance aux phénomènes,
remarque Lacan dans le séminaire sur les psychoses, et de chercher derrière
quelque chose de plus subsistant qui l'explique". Ce quelque chose c'est la structure et il
n'est structure que du langage.
C'est dire à quel point c'est
aux éléments et aux structures du langage que l'analyste limite son attention,
c'est dire aussi comme tout son effort doit tendre non seulement à discerner
quels éléments du langage constituent l'inconscient d'une part ou les discours
du moi d'autre part, mais aussi de trouver le mot le plus juste pour constituer
le discours psychanalytique qui lui permettra de réfléchir (sur) son expérience
de la relation analytique et qui la relancera.
Alors au fond, dans son
impertinence, la question posée sur le texte publié dans SMQ: "Pour qui il se prend celui-là?",
mérite d'être entendue un peu plus avant comme: quel sujet tient le discours analytique (question que Lacan
énoncera plus tard en ces termes:
qu'est-ce que le sujet de la science) et est-ce le sujet de ce discours
qui parle dans ce texte ou, simplement l'un des moi de Peraldi, ou son moi
idéal, ou encore son Idéal du moi voire son prolongement le plus délétère: son surmoi.
S'agit-il, dans la polémique, d'une lutte de pure prestige ou d'un
rappel de l'inéluctabilité des ruptures épistémologiques avec le discours de la
psychologie ou de la psychiatrie voire le père de tous, celui du bon sens. Je vous laisse juge, mais pour y répondre
encore faudrait-il répondre à ces autres questions: de quoi parle-t-il ce sujet qui parle dans ce texte, à quels
interlocuteurs et qu'attend-t-il en retour?
Au dernier point de ces
questions, je pense répondre que ce que j'attends de ce texte comme de tout
texte psychanalytique et comme de notre lecture de Lacan et, au-delà de lui de
Freud, c'est un affinement conceptuel toujours plus cohérent du discours
psychanalytique, une rigueur toujours plus aiguë dans la poursuite de notre
expérience de l'inconscient et la constante mise en perspective dialectique de
cette expérience et de ce discours. Rappelons
le principe sur lequel pour l'instant et parce que nous avons choisi de nous
mettre à l'écoute de l'enseignement de Lacan des années '50, "en
matière d'inconscient, le rapport du sujet au symbolique est fondamental
[...] L'inconscient est dans son fond,
structuré, trouvé, chaîné, tissé de langage.
Et non seulement le signifiant y joue un aussi grand rôle que le
signifié, mais il y joue le rôle fondamental" (p. 134).
* *
*
Dans le séminaire sur les
Psychoses, Lacan en est animé au point où pour approfondir son élucidation du
rapport du sujet au symbolique (mais aussi des mois à l'imaginaire), il lui
faut mettre en parallèle les deux destins possibles qui donnent ce rapport et
opposer au destin de la névrose (et de la normalité) celui de la psychose. Pour autant que dans le refoulement
névrotique tout comme dans le délire psychotique la même prévalence de
l'agencement signifiant s'impose encore que sur ces fondements très différents
que sont la Verdräugung (Refoulement) dans la névrose et la Verwerfung
(Forclusion) dans la psychose.
Rappelons au passage ce que
sont l'une et l'autre chez Lacan au moment du séminaire sur les Psychoses, en
soulignant que ces deux termes ne prennent chez lui tout leur sens que par
rapport à ce postulat premier de la psychanalyse: "Rien de ce qui touche au comportement de l'être humain
comme sujet, et à quoi que ce soit dans lequel il se réalise, dans lequel il
est tout simplement, ne peut échapper à être soumis aux loi de la parole"
(p. 97).
Dans le registre fondamental
de la loi de symbolisation (ce qu'on appelle aussi le complexe d'Oedipe): "la Verdräugung, le
refoulement, [...], c'est ce qui se passe quand ça ne colle pas au niveau de la
chaîne symbolique [pour R.P., c'est la cassure radicale entre l'âge de trois ou
quatre ans où il aime caresser la poitrine velue de son père et un an plus tard
où il n'a plus que dégoût pour ce corps].
Chaque chaîne symbolique à quoi nous sommes liés comporte une cohérence
interne, qui fait que nous sommes forcés à tel moment de rendre ce que nous
avons reçu à tel autre. Or, il arrive
que nous ne puissions rendre sur tous les plans à la fois, et qu'en d'autres
termes, la loi nous soit intolérable.
Non pas qu'elle le soit en elle-même, mais parce que la position où nous
sommes comporte un sacrifice qui s'avère impossible sur le plan des
significations. Alors, nous refoulons,
de nos actes, de nos discours, de notre comportement. Mais la chaîne n'en continue pas moins à courir dans les dessous,
à exprimer ses exigences, à faire valoir sa créance, et ce, par l'intermédiaire
du symptôme névrotique" (p. 97).
Elle parvient même à se faire entendre sous le registre - central dans
le refoulement - de la dénégation (Verneinung).
Par contre, dans ce même
registre fondamental de la loi de symbolisation mais cette fois-ci au moment
mythique où s'inscrivent les premiers signifiants, les signifiants primordiaux
- moment mythique car ce n'est pas un momeent __________ mais logique et que ces
signifiants primordiaux qu'on doit supposer comme marquant l'accès au symbolique
on ne sait quels ils sont. "La Verneinung
est le rejet d'un signifiant primordial dans des ténèbres extérieurs,
signifiant qui manquera, dès lors à ce niveau [...] Il s'agit d'un processus primordial d'exclusion d'un dedans
primitif, qui n'est pas le dedans du corps, mais celui d'un premier corps de
signifiants" (p. 171).
Ce premier corps de
signifiants, ce corps primordial où Freud suppose se constitue le monde de la
réalité, il nous en pointe le moment logique où il se constitue - celui de
l'acquisition du jugement - et où il se constitue nous allons le voir dans
l'exposé, qui va suivre comme déjà ponctué, déjà structuré en termes de
signifiants
Je laisse à Julie Bellavance
le soin de nous parler du texte de Freud, la (Dé)négation, et de la lecture
qu'en avaient faite lors du séminaire sur le Moi, Jean Hyppolyte et Lacan.
Exposé de Julie Bellavance : La Dénégation de Freud
relue par Jean Hypolyte et Jacques Lacan.
Jean Hyppolyte aborde le texte
de Freud selon un mode linéaire, en le séparant en trois axes soit, l'attitude
de dénégation; la dissociation de l'intellectuel et de l'affectif; la genèse du
jugement et de la pensée. Ceux-ci
recoivent leur unité en tant que moment logique du procès total de la négation
qui culmine dans la négation idéale. Ce
procès est celui du moi comme fonction de méconnaissance en tant qu'il n'accède
à la connaissance de ce qui est refoulé que par négation successive. Ce qui confère au moi d'être sur le mode de
n'être pas.
Cette lecture du texte La
dénégation s'insère dans le séminaire de Lacan en tant que préliminaire à
la mise en place du concept de forclusion.
Et ceci pour autant que Jean Hyppolyte relève "la différence de
niveau dans le sujet, de la création symbolique de la négation par rapport à la
Bejahung"[1]. Les enjeux théoriques de ce commentaire se
présentent donc ainsi:
Cette "différence de
niveau" permet de poser la Bejahung et la dénégation comme 2
temps logiques différents.
A partir de là, il devient
possible de dégager un temps premier, celui de la symbolisation primordiale;
temps au cours duquel peut être forclos un des signifiants en cause. Ce qui concerne directement la formule de
Freud à propos de la psychose, à savoir que ce qui a été rejeté fait retour
dans le réel.
Du coup, une différence
structurale peut être posée entre névrose et psychose. Pour la névrose, cela donne schématiquement
ceci: Bejahung en l'espèce de la
frappe (scène primitive), ensuite traumatisme qui donne une certaine valeur à
la frappe et refoulement. Pour la
psychose, la frappe n'accède pas à l'affirmation (du moins quant à l'un des
signifiants), il y a Verwerfung.
De sorte que sur le signifiant en cause il ne pourra s'opérer de
dénégation réussi. Afin de préciser
l'acception du concept d'affirmation et aussi pour le situer dans la genèse
freudienne du jugement voici une citation de Lacan: "[...] la Bejahung que Freud pose comme le procès
primaire où le jugement attributif prend sa racine, [...] n'est rien d'autre
que la condition primordiale pour que du réel quelque chose vienne s'offrir à
la révélation de l'être"[2].
Cependant il reste à voir si
Hyppolyte relève bien cette distinction.
Comme nous le verrons, il est à se demander si il n'occulte pas ce
premier temps logique de la symbolisation primordiale que constitue la Bejahung
au profit du procès vers négation idéale.
C'est pourquoi cette présentation de la lecture de Jean Hyppolyte sera
orientée de manière à poser les termes de cette interrogation.
Avant d'entreprendre son
commentaire, Jean Hyppolyte procède à une rectification de la traduction du
concept de Verneinung. Son sens
étant plus correctement rendu par dénégation que par négation. Ce terme rend de manière plus explicite le
fait qu'il s'agit d'une négation qui porte sur un contenu qui a déjà été nié,
d'une certaine façon, dans le processus de refoulement.
C'est d'ailleurs ce que nous
donne à comprendre les exemples cités par Freud.[3] Ceux-ci constituent le premier axe, la
première articulation du texte de Freud, et ceci en tant qu'attitude concrète
de dénégation. Sur la base de ces
exemples, Jean Hyppolyte donne une formule de la dénégation: "Un mode de présenter ce qu'on est
sur le mode de ne l'être pas"[4]. Un signe de négation vient marquer le
refoulé, ce qui a pour effet de le rendre accessible à la conscience. C'est là une Aufhebung du refoulement
selon la propre expression de Freud.
Jean Hyppolyte précise le sens de cette Aufhebung selon
l'acception hégelienne, soit nier-supprimer-conserver (dans le textede Freud,
on lit suppression). Il y a une
suspension du refoulement mais le refoulé ne peut être reconnue que sous forme
nier. C'est pourquoi Freud écrit que le
"refoulement persiste quant l'essentiel".
Nous devons conclure de ce
premier axe que la dénégation se pose toujours par rapport au refoulemen (et
j'ajouterais au refoulement d'un élément de la symbolisation primordiale que
constitue la Bejahung; ce que semble oublier Jean Hyppolyte comme nous
le constaterons peut-être lorsqu'il sera question de la genèse du jugem.)
La dénégation présuppose donc,
tout comme le refoulement, une frappe (Pragüng). Cette frappe elle-même, réfère à
l'affirmation (Bejahung). En
fait, on pourrait dire que le refoulement et la dénégation comme son erzats
constituent le destin de la frappe qui résulte de l'affirmation.
2e axe
La suspension du refoulement
que produit la dénégation concerne le processus qu'implique cette assertion de
Freud: "Ici l'intellectuel se
sépare de l'affectif". Il ne
s'agit pas d'une séparation de nature qu'il y aurait entre d'une part
l'inneffable affectif au-delà du langage et d'autre part la reprise secondaire
de l'intellectualisation. Hyppolyte
insiste fortement sur ce point, car cette suspension qui produit la séparation
s'inscrit comme un des moments essentiels de la genèse. L'origine du jugement a pour moteur premier
le travail du négatif. "L'opération
de la fonction du jugement n'est rendue possible que par la création du symbole
de négation..."[5].
Hyppolyte transpose dans un
sens hégélien l'enjeu de cette séparation de l'intellectuel et de l'affectif.
"Il s'agit de
substituer la négativité véritable à cet appétit de destruction qui s'empare du
désir, [de lui substituer] une négation idéale"[6]. Notons au passage que la position lacanienne,
sur le rôle de la négation et le statut de l'affectif, semble plus nuancée;
comme le donne à entendre ce passage:
"L'affectif dans le texte de Freud est conçu comme ce qui d'une
symbolisation primordiale conserve ses effets jusque dans la structuration
discursive. Cette structuration, dite
encore intellectuelle, étant faite pour traduire sous forme de méconnaissance
ce que cette première symbolisation doit à la mort"[7].
Cette phrase rend explicite la
ligne directrice du commentaire de Hyppolyte:
un procès qui conduit vers la négation idéale et sont la dénégation
constitue un moment.
Ce moment, nous dit Hyppolyte,
doit recevoir le nom qui convient: une
négation de la négation ou affirmation intellectuelle.
Le 3e axe du commentaire de
Hyppolyte montre comment la genèse du jugement et de la pensée est impliquée
dans cette affirmation.
Ici, Hyppolyte procède à une
mise en garde essentielle quant à la détermination du statut de cette
genèse. Il faut écarter l'idée qu'il en
irait d'un processus objet de la psychologie positive.
"Elle (la genèse) me
paraît plus profonde en sa portée, comme étant de l'ordre de l'histoire et du
mythe"[8]. Ce qui est là impliqué concerne la relation
du sujet à l'être et non pas du sujet à l'objet.
Ce mythe commence ainsi: au début, il y avait l'affectif
primordial. Son rapport à
l'intellectuel ne se résoud pas en une différence oppositionnelle. L'affectif primordial engendre
l'intellectuel pour autant qu'il comporte une "historicité fondamentale".
Deux forces de ce premier
moment mythique du jugement vont permettre que de l'affectif primordial
s'engendre la dialectique qui mène à la fonction du jugement. Mais précisons qu'entre ces deux forces il y
a une dissymétrie fondamentale. La
puissance d'engendrement est due au symbole de négation et de façon dernière à
la mort. Voici une citation qui met en
limière cette dissymétrie des forces à l'oeuvre dans le mythe.
Derrière l'affirmation,
qu'est-ce qu'il y a? Il y a la Vereinigung,
qui Eros. Et derrière la dénégation,
qu'y a-t-il donc? L'apparition ici d'un
symbole fondamental sissymétrique.
L'affirmation primordiale, ce n'est rien d'autre qu'affirmer; mais nier,
c'est plus que de vouloir détruire.[9]
On a donc une première forme
du mythe où les forces d'attraction et de répulsion sont à l'oeuvre sous le
joug du principe de plaisir. Par le jeu
dialectique de ces forces le mythe de l'affectif primordial va devenir le mythe
du dedans/dehors. L'essentiel de cette
nouvelle formation est qu'elle pose les termes d'une aliénation; au sens d'une
objectivation hors de soi nécessaire à la mise en mouvement de la dialectique.
Cette nouvelle opération
mythique rend possible la fonction du jugement d'attribution et du jugement
d'existence.
Il y a tout d'abord le
jugement d'attribution dont la tâche consiste principalement à distinguer le
non-moi du moi. Le moi-plaisir originel
procède à l'expulsion au dehors du mauvais, de l'étranger et c'est en vertu de
cette expulsion que l'introjection va avoir lieu.
Cette distinction
dedans/dehors va subir un nouveau développement sous la forme du jugement
d'existence. Il en résultera
l'établissement d'un rapport représentation/perception et par conséquent une
distinction du subjectif et de l'objectif.
"Originellement, nous dit Freud, l'existence de la
représentation est déjà un garant de la réalité du représenté"[10]. Dès lors il s'agit pour le moi-réel
définitif de savoir si sa représentation peut à nouveau retrouver un objet lui
correspondant plus moins exactement. Ce
que Hyppolyte dénomme avec justesse le ressort accentué de la répétition.
Nous avons maintenant une vue
globale du mythe dont Freud nous donne la synthèse à la conclusion de son
texte. Ce que nous a dévoilé Freud est
l'engendrement de la fonction intellectuelle à partir des motions
pulsionnelles:
"L'affirmation, en
tant qu'elle est simplement l'équivalent (l'ersatz) de l'unification, est le
fait de l'Eros, la négation - (Nachfolge) successeur de l'expulsion -
appartient à la pulsion de destruction".
C'est sur cette phrase que
repose le sens du commentaire de Hyppolyte.
C'est à partir d'elle qu'et pensée la dissymétrie entre affirmation et
négation. Plus précisément, il s'agit
du sens à accorder au fait que la négation "résulte par après de
l'expulsion", alors que pour l'affirmation il ne s'agit que d'une
simple continuité.
Deux conclusions s'imposent:
Premièrement, il y a primauté
du symbole de négation en tant qu'il libère du joug du principe de plaisir et
du refoulement.
Deuxièmement, il faut
différencier le symbole de négation, du négativisme qui marque le désir à
l'origine. Comme le dit Hyppolyte, nier
c'est plus que vouloir détruire.
Ainsi l'affirmation semble
relevée d'un donné immédiat et constituée ce qui reste en dehors de la
dialectique par laquelle le sujet se réalise.
Il ne s'agit pas de dire que l'affirmation se pose comme symbole qui met
en mouvement la dialectique du rapport du sujet à l'être, mais plutôt d'arriver
à repérer un signifiant sans lequel le travail du négatif demeure un vain
piétinement. Prenons comme exemple le
cas Schreber, chez qui il n'y a pas eu affirmation du signifiant du Nom du père
mais forclusion. Et bien,
l'interpellation au niveau de ce signifiant (lors de sa nomination à une
fonction d'importance) qui ne trouve aucun répondant chez lui, marquera
l'entrée dans la psychose. La relation
à l'Autre se dégrade et c'est le crépuscule du monde. Ce cas met donc en lumière la nécessité de ce premier temps
logique qu'est la Bejahung.
Celle-ci est bien liée à l'expérience de la mort, mais cette expérience
ne saurait former à elle seule la condition d'accès au symbolique. Nous en voulons pour preuve ce crépuscule du
monde au cours duquel Schreber apprend sa propre mort et qui ne fera que
l'entraîner dans les voies d'une reconstruction tout imaginaire, sans pour
autant lui donner accès au signifiant forclos.