COURS
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novembre 1990
Le séminaire commence par la présentation par Daniel Puskas du montage
des deux miroirs qui illustre la topique de l'imaginaire.
II. C. Résumé du Séminaire II : Le moi
Je voudrais - pour vous faire
sentir tout le contraste entre la conception Anna-freudienne du moi que
Mireille Lafortune nous a présentée il y a trois sémaines et celle de Lacan -
reprendre rapidement ce que représentent, ce que métaphorisent les schémas
optiques élaborés dans le premier séminaire et dont Daniel Puskas nous a
préparé un montage ce soir.
Le schéma I est comme une
mise en existence du stade du miroir tel que Lacan l'a introduit en 1936. Dans ce schéma le bouquet de fleurs, caché à
l'oeil de l'observateur par la boîte, sera réfléchi par le miroir concave en
une image réelle qui, si l'oeil est adéquatement placé et s'il accomode au
niveau du vase placé entre lui et le miroir, viendra se placer dans le goulôt
du vase et lui donner ainsi style et unité - reflet de l'unité du corps. mais il importe - pour que l'image complète
du vase et des fleurs produise une illusion de réalité, une illusion réelle -
que l'oeil de l'observateur soit plaçé dans un certain angle. C'est ici
toute la question de la place du sujet qui est désignée, de la place du
sujet par rapport à cet autre lui-même qui est ici son objet. "Sans doute, remarque Lacan, selon
les différentes positions de l'oeil qui regarderait, nous pourrions distinguer
un certain nombre de cas qui nous permettraient de comprendre les différentes
positions du sujet par rapport à la réalité" (p. 145). Il s'agit bien ici du narcissisme, à savoir
"de la relation entre la constitution de la réalité et le rapport avec
la forme du corps". Ce
narcissisme qui se rapporte à l'image corporelle est le premier
narcissisme. Dans un sens il est encore
commun aux animaux et à l'homme (vous vous rappelez de l'appel à
l'éthologie). L'image complétée que
l'oeil perçoit au niveau du vase (objet concret qu'il voit directement), garni
du bouquet de fleurs (image réelle d'un bouquet concret qu'il ne voit pas),
"est identique pour l'ensemble des mécanismes du sujet et donne sa
forme à son Unwelt. Elle fait
l'unité du sujet, et nous le voyons se projeter de mille manières, jusque dans
ce qu'on peut appeler la source imaginaire du symbolisme, qui est ce par quoi
le symbolisme se relie au sentiment, au Selbst gefühl, que l'être humain
a de son propre corps".
"Ce premier
narcissisme se situe... au niveau de l'image réelle du schéma, pour autant
qu'elle permet d'organiser la réalité dans un certain nombre de cadres
préformés".
La différence avec l'animal
apparaît dès qu'on pose la question du second narcissisme, car très tôt si ce
n'est d'emblée, le pattern fondamental de l'homme s'établit sur la
relation à l'autre.
Cet autre peut être représenté
dans le montage optique en introduisant un miroir-plan tourné vers le miroir
concave, de l'autre côté du petit appareillage de la boîte - à l'intérieur de
laquelle, cette fois-ci, Lacan va placer le vase - et du bouquet posé sur la
boîte.
Les Schémas
2 et 3. Ce nouveau montage qui
introduit dans l'expérience la dimension de l'autre spéculaire, de l'alter ego
est représenté par les schémas 2 et 3.
Dans ce second montage, si
l'oeil se place entre le miroir concave et l'objet et qu'il regarde vers le
miroir-plan en s'adossant en quelque sorte contre le miroir concave, il verra
dans le miroir-plan l'image virtuelle de l'image réelle du premier montage
située en un point symétrique, par rapport au miroir-plan, du point où est
l'image réelle. En plus, l'observateur
verra aussi sa propre image se refléter dans le miroir-plan là où il n'est
pas, du côté de l'image virtuelle. Ce montage
d'images virtuelles qui conjoint mon image là où je ne suis pas, au lieu où
l'autre me la reflète entourée des images de la réalité, est le lieu de
l'Idéal du moi.
"L'autre, l'alter ego,
se confond plus ou moins, selon les étapes de la vie, avec l'Ich Ideal. L'identification narcissique - celle du
second narcissisme - c'est l'identification à l'autre qui, dans le cas normal,
permet à l'homme de situer avec précision son rapport imaginaire et libidinal
au monde en général. C'est là ce qui
lui permet de voir à sa place, et de structurer, en fonction de cette
place et de son monde, son être libidinal.
Le sujet voit son être dans une réflexion par rapport à l'autre
(représenté par le miroir-plan), c'est-à-dire par rapport à l'Idéal-du-Moi.
Le Moi-idéal, quant à lui se
rapprocherait de l'image vue dans le premier schéma et constitutive du Ur-Ich.
Nous avons donc, avec ces deux
schémas, une représentation ou une métaphore optique de la fonction et de la
structure Imaginaire du Moi, conçu ici comme structurellement aliéné dans
l'autre.
Dans le schéma 3, titré à tort
"version simplifiée du schéma des deux miroirs", Lacan
remarque que ce que le sujet S voit dans le miroir-plan, à savoir
l'image virtuelle de l'image réelle du vase renversé reflétée par le miroir
concave, est tout à fait équivalent à ce que verrait un sujet placé de
l'autre côté du miroir-plan, SV, et qui regarderait vers le miroir
concave (premier schéma). "On
peut donc, dit Lacan, remplacer le sujet S par un sujet virtuel SV,
situé à l'intérieur du cône qui délimite la possibilité de l'illusion - c'est
le champ x'y'. L'appareil que
j'ai inventé montre donc qu'en étant placé dans un point très proche de l'image
réelle, on peut néanmoins la voir dans un miroir à l'état d'image
virtuelle. C'est ce qui se produit chez
l'homme" (p. 160).
Qu'en résulte-t-il? se demande
Lacan, et je ne peux faire mieux que de le citer un peu longuement:
Il en résulte "une
symétrie particulière. En effet, le
sujet virtuel SV, reflet de l'oeil mythique, c'est-à-dire de l'autre que
nous sommes, est là où nous avons d'abord vu notre ego (dans le Schéma 1) -
hors de nous, dans la forme humaine.
Cette forme est hors de nous, non pas en tant qu'elle est faite pour
capter un comportement sexuel, mais en tant qu'elle est fondamentalement liée
à l'impuissance primitive de l'être humain.
L'être humain ne voit sa forme réalisée, totale, le mirage de lui-même,
que hors de lui-même...
Ce que le
sujet, qui, lui, existe (en S), voit dans le miroir est une image, nette
ou bien fragmentée, inconsistante, décomplétée. Cela dépend de sa position par rapport à l'image réelle (entre
le miroir concave et le miroir plan), trop sur les bords, on voit mal... ce
n'est que dans le cône qu'on peut avoir une image nette" (p.
161).
Mais si la netteté de l'image
dépend de la place où se trouve S, le sujet qui existe (ou ek-siste,
comme il l'écrira plus tard), il est évident qu'elle dépendra également de
l'angle d'inclinaison du miroir-plan.
Dans les schémas 2 et 3 il est perpendiculaire à l'axe du miroir
concave, mais s'il bascule en avant ou en arrière, tout le jeu des images et la
place de SV vont changer. Lacan
se sert de cette particularité du montage pour introduire le symbolique en
imaginant que l'angle de l'inclinaison du miroir-plan peut être commandé par la
voix de l'autre. "Cela n'existe
pas au niveau du stade du miroir (schéma 1) mais c'est ensuite réalisé dans
notre relation avec autrui dans son ensemble - la relation symbolique"
(p. 161). Cette supposition permet à
Lacan d'introduire ici le primat du symbolique sur l'Imaginaire dans la mesure
où la régulation de l'Imaginaire dépend entièrement de la position occupée par
l'autre qui elle-même dépend de la relation de parole, de la relation
symbolique qui s'instaure entre le sujet et l'autre comme entre tous les êtres
humains.
"En d'autres termes,
dit Lacan, c'est la relation symbolique qui définit la position du sujet
comme voyant [en S]. C'est la parole,
la fonction symbolique qui définit le plus ou moins grand degré de perfection,
de complétude, d'approximation de l'Imaginaire". On voit bien comment l'idéal du moi commande
le jeu des relations d'où dépend toute relation à autrui et le caractère plus
ou moins satisfaisant des constructions imaginaires, tout autant que la
question de mon désir et de sa reconnaissance dans l'autre, par l'autre, sous
les espèces de l'Idéal du Moi, du sein de la relation symbolique qui m'unit à
l'autre.
*
* *
On peut simplifier les schéma
2 et 3:
O = Image réelle
O' = Image virtuelle
Par ailleurs, l'espace où se
tient O est l'espace intérieur du sujet. Le sujet voit cette image réelle comme une image virtuelle en O'
"pour autant qu'il se trouve placé dans une position virtuelle
symétrique par rapport au miroir-plan" (p. 187).
En O le moi-idéal et
aussi bien l'objet. "En fait
c'est parce qu'ils sont strictement correlatifs et que leur opposition est vraiment
contemporaine, que naît le problème de narcissisme qui ne peut être conçu que
comme un investissement libidinal d'une image de l'ego.
Si l'ego se
constitue dans une construction imaginaire on peut tout de suite saisir sa différence
avec le `je' en remarquant que le `je' ne se constitue que dans une expérience
du langage `en référence au `tu'', et ce, dans une relation où l'autre
manifeste ... des ordres, des désirs, qu'il doit reconnaître, de son père, de
sa mère, de ses éducateurs ou de ses pairs et camarades" (p.
189).
De ses désirs, au début le
"je", on peut le supposer, les éprouve mais n'en sait
rien. Son savoir de ce qu'il éprouve
comme désirs originaires, inconstitués, confus, n'apparaît qu'inversé dans
l'autre en O' sur le schéma simplifié, avec toute la haine que peut
déclencher le premier temps visuel du désir dans ce que fait l'autre
(St-Augustin décrivant la haine jalouse d'un enfant regardant son frère au
sein maternel) avant que l'autre ne reconnaisse ce désir et ne le fasse
connaître en le symbolisant par sa parole, transformant alors la haine du sujet
en amour. Mouvement interminable de la
bascule du désir entre le temps de la haine imaginaire quand je vois mon désir
projeté dans l'autre de O en O' et celui de l'état amoureux
lorsque l'autre reconnaît mon désir en me le renvoyant sous les espèces de sa
parole de O' en O.
C'est ce qu'illustre le schéma
5 qui est aussi le schéma de la bascule du désir dans la relation analytique où
le corps de l'analysant est en A, l'analyste en B (à la place de
l'autre) et le sujet en analyse en C, en O son moi inconscient.
Nous reviendrons sur ce schéma en temps opportun.
Je ne vais pas vous présenter
un résumé général du deuxième séminaire.
La raison principale en est l'absolue incohérence du travail éditorial
de Jacques Alain Miller. En effet, ce
séminaire a été en grande partie consacré à une discussion collective d'un
certain nombre de textes freudiens dont le trois grands textes qui marquent le
tournant théorique des années '20, Au-Delà du Principe de Plaisir, Psychanalyse
collective et Analyse du Moi et Le Moi et le Ca. Tour à tour, les participants du séminaire
(Anzieu, Leclaire, Pontalis, Valabrega, Bénaïert, etc.) ont proposé une
lecture-commentaire de ces textes ou de certains chapitres. Or ces exposés n'ont pas été repris dans le
volume, seules les interventions de Lacan ont été transcrites. Inutile de souligner à quel point plus de la
moitié du volume n'a aucun sens. C'est
d'autant plus regrettable qu'il y est question des rapports et des domaines
propres à chacune des instances qui constituent un individu humain: son corps, le sujet (de l'inconscient), le
moi, la conscience versus le ça.
Il y a pourtant trois moments
culminants dans ce séminaire:
1) L'un est le commentaire de
la nouvelle de Poe, La lettre volée, que Lacan publiera sous une forme
plus dévelopée en 1956 dans La Psychanalyse sous le titre : Le séminaire
de la lettre volée. Nous y reviendrons plus tard, indiquons seulement pour
l'instant qu'il s'agit d'y montrer à l'aide d'une fiction exemplaire le
drame de l'intersubjectivité des relations humaines où la position subjective
des individus est entièrement déterminée par la circulation de certains
signifiants ici représentés par une lettre dont on voit qu'elle féminise
la position subjective de chacun des protagonistes qui, tour à tour, entrent en
sa possession - en fait ce faisant ce sont eux qui se font possédés par la lettre
plus qu'ils ne la possèdent. Qu'est-ce
la lettre le lieu d'un jeu de signes, d'une combinatoire. Nous y reviendrons.
***
2) Le deuxième moment est une
spectaculaire relecture du rêve de l'injection faite à Irma (de Freud) où Lacan
essaie de cerner plus qu'il ne l'a jamais fait la fonction et la place du
Réel. J'aimerais que quelqu'un nous
présente cela pour dans trois semaines, Jacques?
3) Le troisième moment est
l'introduction dans la théorie du Sujet du concept d' Autre. Il est introduit dans un premier temps par
un schéma : le schéma Z.
(Es) S a' utre
(moi) a A utre
Nous ferons le commentaire
de ce schéma lorsque nous aborderons le résumé, ou plutôt le survol du
Séminaire III sur les psychoses.