COURS
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avril 1991
Le Séminaire commence par la
présentation du montage de la lampe triade[1].
Merci Daniel pour la
présentation de ce qu'on pourrait appeler une petite machine désirante de
Lacan. Un jour, mais nous n'en sommes
pas encore là, nous aurons à montrer que depuis le stade du miroir - dont
Daniel nous a présenté le montage - jusqu'aux noeuds lacaniens à 5, 6 ou 7
liens que Lacan nouait péniblement à journées longues en écoutant ses
analysants ou devant son séminaire, l'oeuvre de pensée de Lacan est
sous-tendue, repose tout au long de son parcours par la production d'une
multiplicité de ce que Deleuze et Guattari nommeront les machines
désirantes. Il me semble tout à fait
vain d'épiloguer sans fin sur les structures logiques de la pensée de Lacan et
celles que l'on peut induire ou déduire des arguments logiques qu'il nous
propose, si l'on ne prend pas en compte les montages machiniques sur lesquels
elles reposent.
Si je pense, par exemple, à
cet exercice qui se nomme Le Temps logique (les trois prisonniers) dont
Karim Sheili nous aparlé l'an passé et dont il a fait le fondement d'une
recherche dont il nous a présenté les premières étapes lors d'une rencontre des
cartels samedi dernier, il ne faut surtout pas laisser de côté - au profit de
la pure argumentation logique - le fait que le sophisme des temps logiques
qu'il nous propose d'aborder (c'est-à-dire l'introduction dans un problème
logique de la reconnaissance ou - en termes plus psychanalytiques de
l'identification - du temps et du mouvement) repose sur un agencement
machinique éminemment désirant: une
machine pénitentiaire, une prison avec son directeur, une machine où est
contenue le flux des prisonniers (pour jouer avec les termes de Deleuze) et qui
n'existe comme machine pénitentiaire que dans la mesure où l'on suppose j-
c'est d'ailleurs la supposition première du sophisme - que ceux qui y sont
prisonniers n'ont tqu'un seul et unique désir, celui d'en sortir. C'est cet agencement machinique, cette articulation
de la machine pénitentiaire à la tension du désir qui sous-tend le processus
logique d'identification qui permettra sinon la réalisation du désir, du moins
sa satisfaction momentanée: exeat les prisonniers qui pourront aller se
rebrancher sur la machine criminelle.
Il faut prendre en compte ce
dispositif si l'on veut éviter de se perdre dans le monde illimité de la pensée
logique, car Peirce a bien montré que des systèmes logiques on peut en inventer
de nouveaux à chaque fois qu'on se heurte au Réel. Le problème qui se pose au sujet est celui de l'engendrement mais
aussi de la limitation de sa pensée par ses machines désirantes. Je crois qu'on doit beaucoup à Deleuze et
Guattain de nous avoir montré cela dans l'Anti-Oedipe et Mille-Plateaux
qu'il est peut-être nécessaire de relire maintenant, et de nous l'avoir montré
non pas tant contre Lacan, que contre ceux des lacaniens qui ne savent rien
faire de leurs dix doigts - même pas cuire un oeuf comme disait Dalto - qui se
perdent dans le monde illimité des agencements signifiants, sans aucunement
tenir copte de l'injonction de Lacan: faites
des noeuds, construisez des machines topologiques, fabriquez vos machines
désirantes - comme Freud son montage optique inspiré de l'appareil
photographique à plaques dans l'Interprétation des rêves - ces machines
ne sont pas seulement des représentations métaphoriques plus ou moins
analogiques des instances psychiques (le moi, le sujet, l'Autre, l'autre et les
objets) elles sont, lorsqu'on sait retrouver après-coup les structures
topologiques sur quoi elles sont construites l'inconscient même du sujet. Il ne s'agit pas de prendre ces machines
pour une représentation de l'inconscient, certes, mais pour autant de formations
de l'inconscient, ce qui peut nous conduire à la conception
Deleuzo-Guattarienne d'un inconscient machinique conçu en termes de machines
désirantes qui n'est peut-être pas tellement éloigné de la phase terminale de
la conception lacanienne de l'inconscient = la topologie c'est l'inconscient.
Dans ce sens, le montage que
nous a présenté Daniel était éminemment psychanalytique. Tout comme est éminemment psychanalytique la
production du Don Juan de Mozart réalisée par Peter Sellars et que je vous ai
présentée lors de nos deux pénultièmes rencontres.
Pourquoi ai-je choisi de vous
introduire à la conception psychanalytique du Désir en m'appuyant sur un
opéra? Parce qu'un opéra est un
extraordinaire agencement machinique, une machine désirante que -
malheureusement - la représentation filmique aplatit considérablement, mais il
en reste quand même quelque chose.
Sellars souligne - dans sa
présentation - ces agencements machiniques sur lesquels repose l'opéra. Tout d'abord la machine musicale et la
machine textuelle. Mozart et Da Pante
qui, après le succès du Mariage Figaro, succès paradoxal car il s'agit de la
première attaque lancée contre la société de son temps par ces véritables
machines de guerre que seront les Noces de Figaro en premier, Don Juan ensuite
et enfin Casi Fou Tutte, Mozart et Da Ponte vont beaucoup plus loin en lançant
cette seconde machine de guerre qu'est Don Juan.
Machine de guerre, Don Juan
l'est si vous pensez à la violence de l'attaque par l'ensemble des cordes de
l'orchestre dans cette espèce d'accord inaugural plusieurs fois répété à la
limite de la dissonnance qui se déploie lentement d'abord plus de façon de plus
en plus intense, frénétique et va s'articuler presque aussitôt sur les
hurlements d'une femme et d'un homme qui est en train de terminer de la violer
juste avant de tuer un vieillard qui vient à la rescousse de la femme.
[Ouverture]
La violence de l'attaque de
cette machine opératique ser soutenue presque sans discontinuité pendant tout
le premier acte qui nous présente une à une toutes les pièces de la machine
jusqu'au moment qui culmine à la fin du premier acte où se déchaîne un hymne à
la liberté d'une extraordinaire violence, soutenu par une machine orchestrale
d'une extrême complexité. En effet,
Sellars souligne l'invention tout à fait extraordinaire de Mozart qui à ce
moment culminant fait jouer simultanément trois orchestres présentifiant chacun
l'un des trois constituants de la machine sociale: l'un joue une sorte de lourde danse paysanne, c'est le peuple,
l'autre joue une contre-danse plus élaborée c'est la classe moyenne, tandis que
le troisième joue un menuet, danse par excellence des aristocrates fussent-ils
des crime Lords comme Don Juan.
Il faut avoir fait un peu de musique pour avoir une idée de l'extrême
complexité de l'agencement d'une telle machine (trois orchestres) ainsi que de
la nouveauté de l'invention elle-même.
Mais ce n'est pas seulement du
fait de la complexité de 'agencement machinique de l'opéra que j'ai choisi Don
Juan, mais parce que dans cet opéra, Mozart et Da Pante plonge au oeur du
mystère "de la sexualité humaine" comme le dit Sellars, je
dirais quant à moi au cour du désir de l'homme (et de la femme) en tant qu'il
est étroitement lié à la mort, à la parole et - au-delà de la parole aux
agencements machiniques qui le soutiennent:
ici la machine musicale. Comme
si là où les mots s'avèrent insuffisants à manifester, à déployer le champ
terrible et terrifiant du désir, la machine musicale pouvait prendre le relais
pour ouvrir plus avant ce que Sellars nomme les sombres et bizarres crevasses
de l'âme où se replient les désirs les plus dangereux qui animent l'homme, des
désirs qu'aucun objet jamais ne viendra satisfaire. Pourquoi Don Juan a-t-il séduit près de 6,000 femmes? - celles
dont Leporello tient soigneusement la liste et fait le décompte pour la malheureuse
Dana Elnira qui ne s'en sortira que plus irrésistiblement attirée par Don Juan
qu'elle désire d'autant plus qu'elle le hait davantage - il a séduit plus de
6000 femmes et en séduira plus encore parce qu'il lui est impossible d'en
trouver une qui satisfasse son désir de la femme.
[Tirade de Leporello]
Or s'il n'en trouve aucune, ce
n'est pas parce qu'il n'a pas cherché, rien ne l'arrête dans sa quête de
l'objet et on ne peut pas dire qu'il n'y consacre pas le tout de sa vie et de
sa pensée, les femmes sont l'unique objet de sa pensée, l'unique et pourtant
innombrable objet de son désir. Ce
n'est pas non plus parce que celles qu'il trouve sont inadéquates. En fait tous les types de femmes lui
convenaient de la grosse (maestasa) à la picolia. En fait l'objet - quel qu'il soit - est toujours inadéquat. Dans le déminaire sur la Relation d'objet,
Lacan cite cette phrase de Freud extraite des Trois Essais et sur
laquelle entre autres phrases du même genre, il articule toute sa conception de
l'objet qui n'est objet du désir qu'en tant qu'il manque.
"L'objet de la pulsion
est celui à travers lequel l'instinct peut atteindre son but; il est ce qu'il y
a de plus variable dans l'instinct, rien qui lui soit originairement accroché,
mais quelque chose qui lui est subordonné seulement par suite de son
appropriation ou de la possibilité de son apaisement" (sa satisfaction
précise Lacan, en tant que la position est celle, celle qui se donne pour le
principe de plaisir comme but de la tendance, celle d'arriver à son propre
apaisement).
Ce n'est pas parce que Don
Juan est un caractère volage et insatisfait comme le penseraient certains
psychologues qu'il ne trouve pas la femme de sa vie, ni comme l'ont pensé
d'autres parce qu'il serait homosexuel ou pédophile (même si ce qu'il préfère
ce sont les petites filles de douze ans), mais c'est parce qu'il incarne sous
sa forme la plus pure, le désir, et qu'il est de l'essence même du désir de
l'homme - comme l'a bien vu Spinozza le père en philosophie de Lacan - de n'être
jamais satisfait, de ne jamais trouver son objet. Non seulement cela, Don Juan incarne l'essence du désir sous sa
forme la plus pure ans la mesure où il en fait là loi éthique absolue de son
existence. Ne pa céder sur son
désir. Loi qui le condamne dans une
société qui ne cesse de céder sur son désir et qui ne peut que le conduire à un
anéantissement sans repentir. Sans
doute me fera-t-on remarquer qu'il s'agit là du désir d'un homme et peut-être
du désir de l'homme. Je dirai: oui en précisant que c'est de l'homme pour
qui le désir est articulé au phallus.
Mais Don Juan nous dit aussi beaucoup de choses sur le désir des
femmes. Nous y viendrons plus tard. Mais d'ores et déjà je pense vous rappeler
que ce qu'il laisse entrevoir du désir des femmes à travers ces trois femmes
très diversement désirantes que sont Dâna Anna, Dâna Elvira et Zerlina qui
appartiennent respectivement aux trois ordres sociaux: aristocratie, bourgeoisie et paysans est
tout aussi terrible et aux antiposdes des conneries que déblatèrent en choeur
psychanalystes du moi et psychologues sur l'harmonie sans nuage du désir
partagé. Qu'on pense à la première
phrase qu'hurle Dâna Anna qui vient de se faire violer dans le noir par Don
Juan: "N'espère pas qu'à moins
que tu ne me tues je te laisse partir!" C'est très ambigu cette phrase et Don Juan de lui répondre
galament: "Espèce de cinglée
(Danira folle) tu peux toujours hurler, tu ne sauras jamais qui je suis!"
et elle de crier au traître parce qu'il l'a à peine baisée qu'il veut la
plaquer. Et rappelez-vous Dâna Elvira qui cherche Don éuan pour le tuer et
retombe dans ses bras - puis dans ceux de son Leporello son serviteur - à la
première occasion. Et Zerlina, enfin
qui, le jour même de son mariage avec Mazetto, suit Don Juan dans les égouts
(dans une grange dans le livret original).
Au fond que désirent ces femmes?
Le savent-elles vraiment? Le
sait-on à la fin de l'opéra? Et Don
Juan, lui, le sait-il?
Mais ce n'est pas tout. Car toute cette mise en scène du désir sous
sa forme la plus absolue (Don Juan), toutes ces machinations du désir jusqu'en
ces formes les plus honteuses (Leporello) ou les plus hypocrites (Don Ottavio),
est là pour nosu contraindre à penser le désir au fondement même de la société
humaine qu'il ne cesse de déchirer en conflits sans espoir autre qu'une
éternelle damnation ou un purgatoire sans fin pour ceux qui ne cessent de
négocier de céder sur leur désir. On
peut entendre, puisque Hegel nous a introduit à la dialectique du Maître et de
l'esclave, la toute première scène chantée de l'opéra, le monologue de
Leporello comme une position hégélienne de sa subjectivité d'esclave aliénée à
celle du Maître (Don Juan), Que nous
dit Leporello?
- Qu'il en a marre de travailler pour quelqu'un
qui n'est jamais satisfait.
- Qu'il en a marre de faire le guet par tous les
temps pendant que son maître jouit.
- Qu'il veut à son tour devenir un Maître.
Pourquoi ne le devient-il pas,
on le saura dans les scènes qui suivent:
parce qu'il a peur de la mort alors que le Maître Don Juan ne la craint
pas; et aussi parce qu'il préfère encore travailler pour assurer la jouissance
du Maètre que d'affronter la mort. Le
paradoxe dialectique est que si Leporello espère devenir Maître un jour, il se
laisse aliéner au désir de Don Juan pour n'en recevoir que des miettes. Pensez au repas qu'ils partagent. Don Juan a besoin de la reconnaissance par
Leporello qu'il est bien le Maître pour pouvoir continuer à jouir de sa
maîtrise et par trois fois dans l'opéra il le lui fait dire. Ce pourquoi, même s'il pense à s'en
débarasser dans la scène du déguisement, il se le garde tout de même non qu'il
l'aime - Don Juan est pur désir parce qu'il n'aime personne - mais parce qu'il
a besoin de son travail pour jouir, et de sa reconnaissance pour continuer à
être le Maître et à se faire dire qu'il l'est.
Remarquez bien que Don Juan date de 1786 et que la Phénoménologie de
l'Esprit ne date que de mingt ans plus tard.
Il est vrai qu'entre l'hymne à la liberté de Don Juan dont toute la
violence anticipatrice, soulignée par Sellars, met en jeu toute la puissance de
la machine opératique avec le Viva la libertad répété 13 fois soutenu par toute
la violence des trompettes et des percussions et la dialectique de Maître et de
l'esclave décrivant l'aliénation radical du désir de tout sujet au désir de
l'Autre il y a eu la Révolution de 1789.
[Scène Viva la libertad]
* *
*
Le plus étrange dans la
théorie psychanalytique de l'objet, et du désir n'est pas tant que l'objet ne
vaut qu'en tant qu'il manque et que le désir, désir aliéné au désir de
reconnaissance de l'Autre, sera voué à une insatisfaction radicale, mais que
ces pôles essentiels de la psychanalyse, ces pierres angulaires de la découverte
freudienne, seront très rapidement corrodés, ramenés par les successeurs
immédiats et presque immédiats de Freud à des conceptions pré-psychanalytiques
et psychologiques de l'objet qui interdisait de penser le désir dans la voie
ouverte par Spinoza puis empruntée par Hegel et reprise par Freud, voire
continuée par Lacan.
Dans deux articles écrits
respectivement en 1924 et 1925: Esquisse
d'une histoire du développement de la libido basée sur la psychanalyse des
troubles mentaux et Etude psychanalytique de la formation du caractère,
Karl Abraham reprend et développe de manière systématique, à partir de sa
clinique, la théorie des stades du développement psychosexuel du sujet - depuis
la phase première de l'auto-érotisme à la phase dite génitale en passant par
les phases orales et anales définies tour à tour par la zone du corps d'où
semble s'originer la pulsion et où, à certains moments de la vie de l'enfant,
la libido semble être comme concentrée.
Cette zone - Lacan reviendra là-dessus abondamment - est conçue par Karl
Abraham comme un trou que ce soit la bouche, l'anus ou le vagin et - pour le
garçon - le pénis dont la fonction de trou n'apparaît avec évidence que lors de
la phase dite uréthrale ou dans l'éjaculation.
Déjà on peut remarquer ici que définir la bouche, l'anus, le vagin voire
le canal uréthral comme des trous qui définiraient le passage entre un dehors
et un dedans de divers objets qui enreraient dans le corps ou en sortiraient
est une erreur prfonde, une erreur très grave qui, si elle peut trouver
une excuse dans le manque de connaissance embryologique des psychanalystes du
temps de Freud et d'Abraham, ne saurait être maintenue - fut-ce sans les
espèces d'une métaphore facile - aujourd'hui.
Posons très vite que les soi disant trous qui seraient les lieux
d'origines de la pulsion ne sont pas des trous, mais des bords et que de
surcroît ces bords ne délimitent pas un dehors et un dedans du corps, car il
n'y a pas de dedans du corps, il n'y a que des imaginations, des repliements
infiniment complexes de quelque chose qui - à l'origine - n'est et ne reste
qu'une surface. Un homme ou une
femme, fondamentalement c'est cela [prendre une feuille de papier et la
chiffonner en une boulette]. Il se peut
que les psychanalystes fassent semblant de ne pas le savoir ou de n'y acorder
qu'une importance tout à fait secondaire, tout le travail de Lacan est de
montrer que l'appareil psychique, lui, ne l'ignore pas, même si ce savoir est
inconscient, constitue l'inconscient.
Mais revenons à Abraham. Pour lui chacune de ces phases est
caractérisée par l'activité qui va se déployer autour de ces trous
beaucoup plus que par l'objet sur quoi cette activité s'exerce et qui est à la
fois objet de satisfaction des besoins physiologiques inhérents à ces zones du
corps (nutrition, défécation, ou
éjaculation) et objet de la satisfaction des exigences libidinales du principe
de plaisir qui double la satisfaction des besoins physiologiques (sein, urine,
fécès, etc...). Par ailleurs ses textes
sont toujours fort intéressants en ce qu'il extrapolé sur la fonction de
l'objet dans la structuration libidinale du sujet à partir des effets
psychopathologiques que le manque d'objet ou la carence de l'objet aura pu
provoquer chez les sujets en analyse chez lui (mélancolie, manie, dépression,
états maniaco-dépressifs).
Par contre les considérations
prudentes d'Abraham sur les stades et les objets que le sujet semble
privilégier à telle ou telle étape de son développement, ont amené les
théoriciens français des années cinquante avec qui Lacan vient de rompre une
première fois en 1953, Nacht et Bauvet en particulier, à pousser beaucoup plus
avant et dans le sens d'une réalité objectale et instinctuelle plus concrète la
théorie des relations qui unissent le sujet à ses objets au cours de son
histoire. Leurs développements suivent
deux axes:
1) d'une
part les étapes du développement sont déterminées par une maturation
instinctuelle d'origine biologique et,
2) d'autre
part les objets nécessaires à la satisfaction instinctuelle et pulsionnelle à
chaque étapes sont en quelque sorte pré-inscrits dans les gènes du sujet qui
n'aura qu'à les retrouver dans la réalité environnementale. C'est ce qu'ils entendent par retrouvaille
de l'objet. Un peu comme la fourmi qui
à peine sortie de l'oeuf sait les tâches qu'elle à accomplir dès le
départ. Un peu ce qui fait dire à James
que le garçon est pour la fille comme le fil pour le chat de l'aiguille et ce
de toute éternité.
Dans une telle perspective on
peut comprendre que ces théoriciens pensent que l'objet existe et que non
seulement il peut mais doit être trouvé par l'enfant ou lui être fourni pour
qu'il puisse trouver les satisfactions nécessaire à un développement harmonieux
tant instinctuel que pulsionnel même si chaque étape est marquée d'un
conflit. Par ailleurs la trouvaille de
l'objet culmine dans la trouvaille finale de l'objet génital qui culmine et -
en quelque sorte - scelle définitivement le destin sexuel du sujet et son
bonheur. Ainsi peut-on lire sous la
plume de Maurice Bouvet cette déclaration à tout le moins quelque peu
surprenante:
"Lorsque le sujet résoud le dernier conflit structurant
de l'enfance (Oedipe), sa liquidation parfaite, si l'on peut s'exprimer ainsi,
aboutit à cette adaptation si heureuse au monde que l'on nomme la relation
d'objet génitale et qui donne à tout observateur le sentiment d'une
personnalité harmonieuse, et à l'analyse, la perception immédiate d'une sorte
de limpidité cristalline de l'esprit ce qui est plus une limite qu'une réalité."[2]
C'est contre ces conceptions
affichées - dans la PDA et qui ne laisse que peu voire aucune place à la notion
de désir, que Lacan est parti en guerre - au moins de Freud - dans ses
trois séminaires sur la Relation d'objet, les Formations de l'ics et le Désir
et son interprétation.