COURS 11

 

                         16 avril 1991

 

 

 

     Le Séminaire commence par la présentation du montage de la lampe triade[1]. 

 

     Merci Daniel pour la présentation de ce qu'on pourrait appeler une petite machine désirante de Lacan.  Un jour, mais nous n'en sommes pas encore là, nous aurons à montrer que depuis le stade du miroir - dont Daniel nous a présenté le montage - jusqu'aux noeuds lacaniens à 5, 6 ou 7 liens que Lacan nouait péniblement à journées longues en écoutant ses analysants ou devant son séminaire, l'oeuvre de pensée de Lacan est sous-tendue, repose tout au long de son parcours par la production d'une multiplicité de ce que Deleuze et Guattari nommeront les machines désirantes.  Il me semble tout à fait vain d'épiloguer sans fin sur les structures logiques de la pensée de Lacan et celles que l'on peut induire ou déduire des arguments logiques qu'il nous propose, si l'on ne prend pas en compte les montages machiniques sur lesquels elles reposent.

 

     Si je pense, par exemple, à cet exercice qui se nomme Le Temps logique (les trois prisonniers) dont Karim Sheili nous aparlé l'an passé et dont il a fait le fondement d'une recherche dont il nous a présenté les premières étapes lors d'une rencontre des cartels samedi dernier, il ne faut surtout pas laisser de côté - au profit de la pure argumentation logique - le fait que le sophisme des temps logiques qu'il nous propose d'aborder (c'est-à-dire l'introduction dans un problème logique de la reconnaissance ou - en termes plus psychanalytiques de l'identification - du temps et du mouvement) repose sur un agencement machinique éminemment désirant:  une machine pénitentiaire, une prison avec son directeur, une machine où est contenue le flux des prisonniers (pour jouer avec les termes de Deleuze) et qui n'existe comme machine pénitentiaire que dans la mesure où l'on suppose j- c'est d'ailleurs la supposition première du sophisme - que ceux qui y sont prisonniers n'ont tqu'un seul et unique désir, celui d'en sortir.  C'est cet agencement machinique, cette articulation de la machine pénitentiaire à la tension du désir qui sous-tend le processus logique d'identification qui permettra sinon la réalisation du désir, du moins sa satisfaction momentanée: exeat les prisonniers qui pourront aller se rebrancher sur la machine criminelle.

 

     Il faut prendre en compte ce dispositif si l'on veut éviter de se perdre dans le monde illimité de la pensée logique, car Peirce a bien montré que des systèmes logiques on peut en inventer de nouveaux à chaque fois qu'on se heurte au Réel.  Le problème qui se pose au sujet est celui de l'engendrement mais aussi de la limitation de sa pensée par ses machines désirantes.  Je crois qu'on doit beaucoup à Deleuze et Guattain de nous avoir montré cela dans l'Anti-Oedipe et Mille-Plateaux qu'il est peut-être nécessaire de relire maintenant, et de nous l'avoir montré non pas tant contre Lacan, que contre ceux des lacaniens qui ne savent rien faire de leurs dix doigts - même pas cuire un oeuf comme disait Dalto - qui se perdent dans le monde illimité des agencements signifiants, sans aucunement tenir copte de l'injonction de Lacan:  faites des noeuds, construisez des machines topologiques, fabriquez vos machines désirantes - comme Freud son montage optique inspiré de l'appareil photographique à plaques dans l'Interprétation des rêves - ces machines ne sont pas seulement des représentations métaphoriques plus ou moins analogiques des instances psychiques (le moi, le sujet, l'Autre, l'autre et les objets) elles sont, lorsqu'on sait retrouver après-coup les structures topologiques sur quoi elles sont construites l'inconscient même du sujet.  Il ne s'agit pas de prendre ces machines pour une représentation de l'inconscient, certes, mais pour autant de formations de l'inconscient, ce qui peut nous conduire à la conception Deleuzo-Guattarienne d'un inconscient machinique conçu en termes de machines désirantes qui n'est peut-être pas tellement éloigné de la phase terminale de la conception lacanienne de l'inconscient = la topologie c'est l'inconscient.

 

     Dans ce sens, le montage que nous a présenté Daniel était éminemment psychanalytique.  Tout comme est éminemment psychanalytique la production du Don Juan de Mozart réalisée par Peter Sellars et que je vous ai présentée lors de nos deux pénultièmes rencontres.

 

     Pourquoi ai-je choisi de vous introduire à la conception psychanalytique du Désir en m'appuyant sur un opéra?  Parce qu'un opéra est un extraordinaire agencement machinique, une machine désirante que - malheureusement - la représentation filmique aplatit considérablement, mais il en reste quand même quelque chose.

 

     Sellars souligne - dans sa présentation - ces agencements machiniques sur lesquels repose l'opéra.  Tout d'abord la machine musicale et la machine textuelle.  Mozart et Da Pante qui, après le succès du Mariage Figaro, succès paradoxal car il s'agit de la première attaque lancée contre la société de son temps par ces véritables machines de guerre que seront les Noces de Figaro en premier, Don Juan ensuite et enfin Casi Fou Tutte, Mozart et Da Ponte vont beaucoup plus loin en lançant cette seconde machine de guerre qu'est Don Juan.

 

     Machine de guerre, Don Juan l'est si vous pensez à la violence de l'attaque par l'ensemble des cordes de l'orchestre dans cette espèce d'accord inaugural plusieurs fois répété à la limite de la dissonnance qui se déploie lentement d'abord plus de façon de plus en plus intense, frénétique et va s'articuler presque aussitôt sur les hurlements d'une femme et d'un homme qui est en train de terminer de la violer juste avant de tuer un vieillard qui vient à la rescousse de la femme. 

 

[Ouverture] 

 

     La violence de l'attaque de cette machine opératique ser soutenue presque sans discontinuité pendant tout le premier acte qui nous présente une à une toutes les pièces de la machine jusqu'au moment qui culmine à la fin du premier acte où se déchaîne un hymne à la liberté d'une extraordinaire violence, soutenu par une machine orchestrale d'une extrême complexité.  En effet, Sellars souligne l'invention tout à fait extraordinaire de Mozart qui à ce moment culminant fait jouer simultanément trois orchestres présentifiant chacun l'un des trois constituants de la machine sociale:  l'un joue une sorte de lourde danse paysanne, c'est le peuple, l'autre joue une contre-danse plus élaborée c'est la classe moyenne, tandis que le troisième joue un menuet, danse par excellence des aristocrates fussent-ils des crime Lords comme Don Juan.  Il faut avoir fait un peu de musique pour avoir une idée de l'extrême complexité de l'agencement d'une telle machine (trois orchestres) ainsi que de la nouveauté de l'invention elle-même.

 

     Mais ce n'est pas seulement du fait de la complexité de 'agencement machinique de l'opéra que j'ai choisi Don Juan, mais parce que dans cet opéra, Mozart et Da Pante plonge au oeur du mystère "de la sexualité humaine" comme le dit Sellars, je dirais quant à moi au cour du désir de l'homme (et de la femme) en tant qu'il est étroitement lié à la mort, à la parole et - au-delà de la parole aux agencements machiniques qui le soutiennent:  ici la machine musicale.  Comme si là où les mots s'avèrent insuffisants à manifester, à déployer le champ terrible et terrifiant du désir, la machine musicale pouvait prendre le relais pour ouvrir plus avant ce que Sellars nomme les sombres et bizarres crevasses de l'âme où se replient les désirs les plus dangereux qui animent l'homme, des désirs qu'aucun objet jamais ne viendra satisfaire.  Pourquoi Don Juan a-t-il séduit près de 6,000 femmes? - celles dont Leporello tient soigneusement la liste et fait le décompte pour la malheureuse Dana Elnira qui ne s'en sortira que plus irrésistiblement attirée par Don Juan qu'elle désire d'autant plus qu'elle le hait davantage - il a séduit plus de 6000 femmes et en séduira plus encore parce qu'il lui est impossible d'en trouver une qui satisfasse son désir de la femme. 

 

[Tirade de Leporello]

 

     Or s'il n'en trouve aucune, ce n'est pas parce qu'il n'a pas cherché, rien ne l'arrête dans sa quête de l'objet et on ne peut pas dire qu'il n'y consacre pas le tout de sa vie et de sa pensée, les femmes sont l'unique objet de sa pensée, l'unique et pourtant innombrable objet de son désir.  Ce n'est pas non plus parce que celles qu'il trouve sont inadéquates.  En fait tous les types de femmes lui convenaient de la grosse (maestasa) à la picolia.  En fait l'objet - quel qu'il soit - est toujours inadéquat.  Dans le déminaire sur la Relation d'objet, Lacan cite cette phrase de Freud extraite des Trois Essais et sur laquelle entre autres phrases du même genre, il articule toute sa conception de l'objet qui n'est objet du désir qu'en tant qu'il manque.

 

     "L'objet de la pulsion est celui à travers lequel l'instinct peut atteindre son but; il est ce qu'il y a de plus variable dans l'instinct, rien qui lui soit originairement accroché, mais quelque chose qui lui est subordonné seulement par suite de son appropriation ou de la possibilité de son apaisement" (sa satisfaction précise Lacan, en tant que la position est celle, celle qui se donne pour le principe de plaisir comme but de la tendance, celle d'arriver à son propre apaisement).

 

     Ce n'est pas parce que Don Juan est un caractère volage et insatisfait comme le penseraient certains psychologues qu'il ne trouve pas la femme de sa vie, ni comme l'ont pensé d'autres parce qu'il serait homosexuel ou pédophile (même si ce qu'il préfère ce sont les petites filles de douze ans), mais c'est parce qu'il incarne sous sa forme la plus pure, le désir, et qu'il est de l'essence même du désir de l'homme - comme l'a bien vu Spinozza le père en philosophie de Lacan - de n'être jamais satisfait, de ne jamais trouver son objet.  Non seulement cela, Don Juan incarne l'essence du désir sous sa forme la plus pure ans la mesure où il en fait là loi éthique absolue de son existence.  Ne pa céder sur son désir.  Loi qui le condamne dans une société qui ne cesse de céder sur son désir et qui ne peut que le conduire à un anéantissement sans repentir.  Sans doute me fera-t-on remarquer qu'il s'agit là du désir d'un homme et peut-être du désir de l'homme.  Je dirai:  oui en précisant que c'est de l'homme pour qui le désir est articulé au phallus.  Mais Don Juan nous dit aussi beaucoup de choses sur le désir des femmes.  Nous y viendrons plus tard.  Mais d'ores et déjà je pense vous rappeler que ce qu'il laisse entrevoir du désir des femmes à travers ces trois femmes très diversement désirantes que sont Dâna Anna, Dâna Elvira et Zerlina qui appartiennent respectivement aux trois ordres sociaux:  aristocratie, bourgeoisie et paysans est tout aussi terrible et aux antiposdes des conneries que déblatèrent en choeur psychanalystes du moi et psychologues sur l'harmonie sans nuage du désir partagé.  Qu'on pense à la première phrase qu'hurle Dâna Anna qui vient de se faire violer dans le noir par Don Juan:  "N'espère pas qu'à moins que tu ne me tues je te laisse partir!"  C'est très ambigu cette phrase et Don Juan de lui répondre galament:  "Espèce de cinglée (Danira folle) tu peux toujours hurler, tu ne sauras jamais qui je suis!" et elle de crier au traître parce qu'il l'a à peine baisée qu'il veut la plaquer.  Et rappelez-vous Dâna  Elvira qui cherche Don éuan pour le tuer et retombe dans ses bras - puis dans ceux de son Leporello son serviteur - à la première occasion.  Et Zerlina, enfin qui, le jour même de son mariage avec Mazetto, suit Don Juan dans les égouts (dans une grange dans le livret original).  Au fond que désirent ces femmes?  Le savent-elles vraiment?  Le sait-on à la fin de l'opéra?  Et Don Juan, lui, le sait-il?

 

     Mais ce n'est pas tout.  Car toute cette mise en scène du désir sous sa forme la plus absolue (Don Juan), toutes ces machinations du désir jusqu'en ces formes les plus honteuses (Leporello) ou les plus hypocrites (Don Ottavio), est là pour nosu contraindre à penser le désir au fondement même de la société humaine qu'il ne cesse de déchirer en conflits sans espoir autre qu'une éternelle damnation ou un purgatoire sans fin pour ceux qui ne cessent de négocier de céder sur leur désir.  On peut entendre, puisque Hegel nous a introduit à la dialectique du Maître et de l'esclave, la toute première scène chantée de l'opéra, le monologue de Leporello comme une position hégélienne de sa subjectivité d'esclave aliénée à celle du Maître (Don Juan),  Que nous dit Leporello?

 

       -  Qu'il en a marre de travailler pour quelqu'un qui n'est jamais satisfait.

 

       -  Qu'il en a marre de faire le guet par tous les temps pendant que son maître jouit.

 

       -  Qu'il veut à son tour devenir un Maître.

 

     Pourquoi ne le devient-il pas, on le saura dans les scènes qui suivent:  parce qu'il a peur de la mort alors que le Maître Don Juan ne la craint pas; et aussi parce qu'il préfère encore travailler pour assurer la jouissance du Maètre que d'affronter la mort.  Le paradoxe dialectique est que si Leporello espère devenir Maître un jour, il se laisse aliéner au désir de Don Juan pour n'en recevoir que des miettes.  Pensez au repas qu'ils partagent.  Don Juan a besoin de la reconnaissance par Leporello qu'il est bien le Maître pour pouvoir continuer à jouir de sa maîtrise et par trois fois dans l'opéra il le lui fait dire.  Ce pourquoi, même s'il pense à s'en débarasser dans la scène du déguisement, il se le garde tout de même non qu'il l'aime - Don Juan est pur désir parce qu'il n'aime personne - mais parce qu'il a besoin de son travail pour jouir, et de sa reconnaissance pour continuer à être le Maître et à se faire dire qu'il l'est.  Remarquez bien que Don Juan date de 1786 et que la Phénoménologie de l'Esprit ne date que de mingt ans plus tard.  Il est vrai qu'entre l'hymne à la liberté de Don Juan dont toute la violence anticipatrice, soulignée par Sellars, met en jeu toute la puissance de la machine opératique avec le Viva la libertad répété 13 fois soutenu par toute la violence des trompettes et des percussions et la dialectique de Maître et de l'esclave décrivant l'aliénation radical du désir de tout sujet au désir de l'Autre il y a eu la Révolution de 1789. 

 

[Scène Viva la libertad]

 

                         *     *     *

 

 

     Le plus étrange dans la théorie psychanalytique de l'objet, et du désir n'est pas tant que l'objet ne vaut qu'en tant qu'il manque et que le désir, désir aliéné au désir de reconnaissance de l'Autre, sera voué à une insatisfaction radicale, mais que ces pôles essentiels de la psychanalyse, ces pierres angulaires de la découverte freudienne, seront très rapidement corrodés, ramenés par les successeurs immédiats et presque immédiats de Freud à des conceptions pré-psychanalytiques et psychologiques de l'objet qui interdisait de penser le désir dans la voie ouverte par Spinoza puis empruntée par Hegel et reprise par Freud, voire continuée par Lacan.

 

     Dans deux articles écrits respectivement en 1924 et 1925:  Esquisse d'une histoire du développement de la libido basée sur la psychanalyse des troubles mentaux et Etude psychanalytique de la formation du caractère, Karl Abraham reprend et développe de manière systématique, à partir de sa clinique, la théorie des stades du développement psychosexuel du sujet - depuis la phase première de l'auto-érotisme à la phase dite génitale en passant par les phases orales et anales définies tour à tour par la zone du corps d'où semble s'originer la pulsion et où, à certains moments de la vie de l'enfant, la libido semble être comme concentrée.  Cette zone - Lacan reviendra là-dessus abondamment - est conçue par Karl Abraham comme un trou que ce soit la bouche, l'anus ou le vagin et - pour le garçon - le pénis dont la fonction de trou n'apparaît avec évidence que lors de la phase dite uréthrale ou dans l'éjaculation.  Déjà on peut remarquer ici que définir la bouche, l'anus, le vagin voire le canal uréthral comme des trous qui définiraient le passage entre un dehors et un dedans de divers objets qui enreraient dans le corps ou en sortiraient est une erreur prfonde, une erreur très grave qui, si elle peut trouver une excuse dans le manque de connaissance embryologique des psychanalystes du temps de Freud et d'Abraham, ne saurait être maintenue - fut-ce sans les espèces d'une métaphore facile - aujourd'hui.  Posons très vite que les soi disant trous qui seraient les lieux d'origines de la pulsion ne sont pas des trous, mais des bords et que de surcroît ces bords ne délimitent pas un dehors et un dedans du corps, car il n'y a pas de dedans du corps, il n'y a que des imaginations, des repliements infiniment complexes de quelque chose qui - à l'origine - n'est et ne reste qu'une surface.  Un homme ou une femme, fondamentalement c'est cela [prendre une feuille de papier et la chiffonner en une boulette].  Il se peut que les psychanalystes fassent semblant de ne pas le savoir ou de n'y acorder qu'une importance tout à fait secondaire, tout le travail de Lacan est de montrer que l'appareil psychique, lui, ne l'ignore pas, même si ce savoir est inconscient, constitue l'inconscient.

 

     Mais revenons à Abraham.  Pour lui chacune de ces phases est caractérisée par l'activité qui va se déployer autour de ces trous beaucoup plus que par l'objet sur quoi cette activité s'exerce et qui est à la fois objet de satisfaction des besoins physiologiques inhérents à ces zones du corps (nutrition, défécation,  ou éjaculation) et objet de la satisfaction des exigences libidinales du principe de plaisir qui double la satisfaction des besoins physiologiques (sein, urine, fécès, etc...).  Par ailleurs ses textes sont toujours fort intéressants en ce qu'il extrapolé sur la fonction de l'objet dans la structuration libidinale du sujet à partir des effets psychopathologiques que le manque d'objet ou la carence de l'objet aura pu provoquer chez les sujets en analyse chez lui (mélancolie, manie, dépression, états maniaco-dépressifs).

 

     Par contre les considérations prudentes d'Abraham sur les stades et les objets que le sujet semble privilégier à telle ou telle étape de son développement, ont amené les théoriciens français des années cinquante avec qui Lacan vient de rompre une première fois en 1953, Nacht et Bauvet en particulier, à pousser beaucoup plus avant et dans le sens d'une réalité objectale et instinctuelle plus concrète la théorie des relations qui unissent le sujet à ses objets au cours de son histoire.  Leurs développements suivent deux axes:

 

     1)   d'une part les étapes du développement sont déterminées par une maturation instinctuelle d'origine biologique et,

 

     2)   d'autre part les objets nécessaires à la satisfaction instinctuelle et pulsionnelle à chaque étapes sont en quelque sorte pré-inscrits dans les gènes du sujet qui n'aura qu'à les retrouver dans la réalité environnementale.  C'est ce qu'ils entendent par retrouvaille de l'objet.  Un peu comme la fourmi qui à peine sortie de l'oeuf sait les tâches qu'elle à accomplir dès le départ.  Un peu ce qui fait dire à James que le garçon est pour la fille comme le fil pour le chat de l'aiguille et ce de toute éternité.

 

     Dans une telle perspective on peut comprendre que ces théoriciens pensent que l'objet existe et que non seulement il peut mais doit être trouvé par l'enfant ou lui être fourni pour qu'il puisse trouver les satisfactions nécessaire à un développement harmonieux tant instinctuel que pulsionnel même si chaque étape est marquée d'un conflit.  Par ailleurs la trouvaille de l'objet culmine dans la trouvaille finale de l'objet génital qui culmine et - en quelque sorte - scelle définitivement le destin sexuel du sujet et son bonheur.  Ainsi peut-on lire sous la plume de Maurice Bouvet cette déclaration à tout le moins quelque peu surprenante:

 

     "Lorsque le sujet résoud le dernier conflit structurant de l'enfance (Oedipe), sa liquidation parfaite, si l'on peut s'exprimer ainsi, aboutit à cette adaptation si heureuse au monde que l'on nomme la relation d'objet génitale et qui donne à tout observateur le sentiment d'une personnalité harmonieuse, et à l'analyse, la perception immédiate d'une sorte de limpidité cristalline de l'esprit ce qui est plus une limite qu'une réalité."[2]

 

     C'est contre ces conceptions affichées - dans la PDA et qui ne laisse que peu voire aucune place à la notion de désir, que Lacan est parti en guerre - au moins de Freud - dans ses trois séminaires sur la Relation d'objet, les Formations de l'ics et le Désir et son interprétation.



    [1]  Lacan, Séminaire II.

    [2]  M. Bouvet, PDA, p. 84.

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