le 5/6/90
Jean Imbeault, n'aura pas le loisir de nous parler cette année du "mythe individuel du névrosé" car comme il ne fait les choses que sérieusement il fui faut relire et méditer l'Homme aux rats de Freud et ce texte - malheureusement introuvable en français - Dichtung und Warheit, Poésie et Verité de Goethe.
Nous reporterons donc - au nom de ce principe de Réalité qu'est le temps pour travailler - le plaisir de l'entendre qu'il ne s'agit pas d'oublier pour autant et auquel - par principe - il ne nous faut jamais renoncer même si le principe de realité peut nous contraindre à en differer la satisfaction.
Je prendrais donc le temps des deux dernières rencontres de cette année pour terminer avec vous le commentaire de Fonction et Champ de la parole et du langage en psychanalyse.
Lorsque j'ai commencé à vous en parler il y a un mois je vous ai illustré par un exemple personnel ce qu'on pouvait empiriquement comprendre par l'apposition parole pleine/penale vide dans la situation d'interlocution qu'est la psychanalyse où le seul medium est la parole du patient qui n'est parole que de fait qu'elle implique un auditeur - l'analyste - la réponse de l'auditeur ne fut-elle que le silence, constituant le monologue de l'analysant en parole tantôt vide, tantôt pleine et alors de plein emploi.
Dans ce sens d'ailleurs - il me semble que ce qui resterait encore à réaliser plainement dans le cas tout à fait remarquable de Linde que nous a presenté Nicole Lanouette, c'est précisement à "réintégrer" l'acte suicidaire de Linda comme "partie muette de son discous narcissique -"
Aujoud'hui je voudrais commencer à commenter le second chapitre de ce texte - auquel je ne suis pas mecontant de consacrer plus du temps que prévu étant donné son extraordinaire densité d'une part et l'extrême complexité de sa structuration - vous vous rappelez les étonnements de Daniel Lagache dont je vous en fait part il y a un mois - Structuration qui est plutôt celle d'une partition orchestrale où la valeur des éléments du discours (c'est-à-dire le sens qui se degage de par leur position dans le contexte) prévaut sur la logique argumentative et linéaire d'un texte classique et demonstratif.
Ce texte montre - plus qu'il ne démontre et à ce titre - c'est un monstrue, comme dirait Heidegger.
Nous verrons tantôt qu'il s'agit là d'une conception idéogrammatique du texte qui pour étrange qu'elle puisse paraître n'en a pas moins trè explicitement dominé et guidé les explorations poétiques d'Ezra Pound par exemple voire les bricolages textuels de Franis Ponge. Je pense ici à ce texte extraordinaire qui s'intitutle La Fabrique du Pré.
En termes de couture, ce texte pourrait également être comparé à un patch-work; un patch work où chaque petit morceau ne vaut d'une part que par rapport à ceux qui l'entourent (et non en fonction de sa provenance) et avec lesquels il constitue un motif qui lui même d'autre part ne vaut que par sa place dans l'ensemble du dess(e)in.
Si vous voulez vous préparer empiriquement à la lecture de ce genre de texte sans doute peut-on vous conseiller, comme Lacan le fait à un jeune psychanalyste, de faire de mots croisés, je vous consellerai quand à moi d'apprendre lire des (b-1) d'orchestre ou à construire des idéogrammes ou à coudre des patch-work voire à faire des collages comme ces sublimes collages dits de La Femme Cent Tétes de Marx (b-1) ou encore d'une Semaine de Bonté dont voici un élément qui - j'espère - vous rendra perplexe.
Distribuer l'Oedipe de M. (b-1)
Reprenant au point où Lacan - au terme du 1er chapitre de son texte - définit l'inconscient comme d'une part "cette partie du discours concret en tant que transindividuel, qui fait défaut à la disposition du sujet pour retablir la continuité de son discours conscient" ... et d'autre part comme "ce chapitre de mons histoire qui est marqué par un blame ou occupé par un mensonge : c'est le chapitre censuré".
Cette définition double souligne que d'une part l'inconscient est lacunaire mais que la lacune est elle même recouverte le plus souvent par une construction imaginaire - un peu comme la branche de Lilas qu'on voyait boucher le trou du vase dans le montage que Daniel Puskas nous a présenté à la dernière rencontre de travail de l'analyse - qui se joue dans l'échange dialectique de l'espace analytique - consiste pour l'analyste à renvoyer à l'analysant ce qui de discours de ce dernier lui permettre de "réduire" son histoire. Dans l'expression la "réduction de son histoire", il faut entendre - je vous l'indique en passant - le mot "réduction" dans son sens médical de rétablissement de la continuité, comme quant on parle de réduction d'une fracture ou d'une luxation au niveau d'une articulation. L'Image est intéressante car la meilleure forme de réduction d'une fracture est précisément celle qui me fait appel à aucun corps étranger, plaque ou tige de métal, pour réaligner les morceaux disjoints. Dans ce sens le renvoi à l'analysant de cette partie de discours qui lui permettra de rétablir son discours conscient est une réduction authentique lorsque ce sont les mots eux-mêmes du patients qui lorsqu'ils lui sont répétés ou soulignés pour l'analyste, permettent à l'analyzand d'y entendre un autre sens que celui qu'il imaginait y avoir placé (parole vide) et que c'est cet aure sents (parole plaine) qui permet la réduction des morceaux disjoints de récit de son histoire.
"C'est par réduction de l'histoire du sujet particulier que l'analyse touche à des Gestalten relationnelles qu'elle extrapole en un développement regulier" Qu'est-ce à lire?
Le mot "extrapole" - glissé ici en passant plus doit pourtant nous retenir car il soulève tout le problème de la construction dans l'analyse dont Jean Imbeault nous a ici-mLme évoqueé un exemple célèbre : lorque Freud extrapole (c'est-à-dire "applique une chose comme : soit les images de loups sur l'arbre dans le rêve de l'homme aux loups, à un autre domaine : celui de toute petite enfance oubliée de l'homme aux loups, pour en déduire des conséquences, des hypothèses : en l'accurance l'hypothèse de la scène primitive et de l'observation, par l'homme aux loups alors à peine agé de 2 ans, d'un coït a tergo.
Ceci au sens général du terme d'extrapolation. Mais certains d'entre nous ne sont pas sans savoir que le sens premier de ce terme est mathématique et qu'en mathématique il désigne "le calcul, pour des valuers de la variable situées en dehors de la série des valuers observées, des valeurs d'une fonction comme empiriquement".
Je vous le signale car pour Lacan, l'extrapolation qui permet de construire l'hypothèse de la scène primitive du coït a tergo de l'homme aux loups n'a pas besoin de repaser sur le souvenir réel d'une observation empirique, mais elle doit avoir le caractère d'une démonstration mathématique par extrapolation auquel cas elle peut et doit être terme pour vraie sans avoir besoin d`aucune vérification empirique. Freud, qui ne connaissait pas les mathématiques, etait moins exigeant et se contentait d'un référence à la Logique qui devait suffire à convaicre l'analyzand de la validité de la construction. En vain d'ailleurs car l'Homme aux loups l'a toujours réfusée.
Lacan fait un pas de plus vers la rigueur de la démarche en faisant appel non pas à la logique, encore moins au bon sens à l'expérience comme voire aux observations vérifiantes de diverses formes de la psychologie du tempo, fut-elle génétique (Piaget) au différentielle, intuitioniste ou phénomènologique, mais à la mathématique.
Nous en trouvons la preuve plus loin dans ce deuxième chapitre quand il nous rappelle (p.286) que l'horloge de Huyghens qui seule donne à la mesure du temps sa précision n'est que l'organe réalisant l'hypothèse de Galilée sur l'équigravité des corps, soit sur l'acceleration uniforme qui donne sa loi, d'être la même, à toute chute."
"Or le point intéressant à relever est que l'appareil a été achevé avant que l'hypothèse ait pu être vérifiée par l'observation, et que de ce fait il la rendait inutile du même temps qu'il lui offrait l'instrument de sa rigueur".
Si vous lisez les textes de Kayré sur l'histoire de la pensée scientifique et en particulier de la physique vous y decouvrirez que la vérité de nombre de lois physique et leur mesure - comme par exemple celle de la pression atmosphérique égale à 13 mètres d'eau dans une colonne de verre a été calculée mathématiquement mais qu`en fait Pascal, je vrois, qui a prétendu, l'avoir verifié par l'observation a en réalité menti car de son temps il était techniquement impossible de realiser en tube de verre d'un telle longueur. S'il a menti quant à la vérification experimentale, il n'en a pas moins dit vrai, au niveau de son extrapolation mathématique du phénomène.
Je vous indique cela pour vous désigner (4) et déjà dans quel sens va se paser la question de la scientificité de la psychanalyse et, de la vérité de ses constructions ou extrapolation et des critères mathématiques (et non empiriques) de cette vérité. Position d'une scientificité independante d'une quelconque vérification expérimentale qui de surcroit trouve son modèle dans le modèle même de la scientificité : la çhysique. Ce n'est pas la seule fois que nous la croîserons dans notre cheminement vers la question de la sicnetificité de la psychanalyse.
Ajoutons encore ceci quant à ce rappel de la tâche extrapolatrice de la psychanalyse qui vise la "réduction" de l'histoire du sujet pour indiquer que le sens mathématique - ici applicable - du terme "extrapoler" donne au terme "réduction" une valeur seconde elle aussi mathématique. A savoir que la réduction de l'histoire du sujet n'est pas seulement la reconstruction de la continuité de cette histoire, mais c'est aussi la réduire à ces éléments les plus simples comme quand on réduit des fractions au même denominateur ou encore à la plus simple expression. Or ces éléments les plus simples sont ce qui va être progressivement définir sous le terme de "signifiants" et en tant que ce sont des lois mathématiques qui réglent leurs agencement en (4-b) analyse ou encore au terme de leur réduction.
Je crois qu'il est inutile de lire Lacan plus avant si vous ne saisissez pas pleinement ce point et ses implications sur le tout théorico-pratique de la psychanalyse.