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6/02/90ƒ
Ã*&ÃCOURS IX•œƒ
Franá‡áois Peraldi
œ Je voudrais pour commencer
remercier nos prá‚ásentatrices d'il y a quinze
jours.
Jeanne Beaudry qui nous a montrá‚á, en rá‚ásumant avec une clartá‚á
á‚áblouissante
la confá‚árence de Lacan ”Le Symbolique, l'Imaginaire et le Rá‚áel•
que
Lacan” •n'est pas si difficile á…á lire et que, comme il l'avait lui©máˆáme
prá‚ávu,
ce qui paraissait obscur il y a práŠás de trente ans, nous semble
aujourd'hui
presque á‚ávident. Ce qui ne constitue pas un moindre danger car
á…á
croire comprendre, on risque toujours de passer trop vite et de rater
l'essentiel
et de glisser dans des malentendus que la doxa psychanalytique
entretient
en s'en emparant. Mais ce n'á‚átait assurá‚áment pas le cas du
rá‚ásumá‚á
que nous a prá‚ásentá‚á Jeanne Beaudry. Quant á…á Mireille Lafortune et
Josette
Lá‚áonard, elles nous ont montrá‚á á…á quel point la pratique et la
tá‚áorie
ne font qu'un, sont fremement et indissolublement articulá‚áes l'une á…á
l'autre
et comment l'opacitá‚á du matá‚áriel clinique s'ordonne, s'á‚áclaire
lorsqu'on
y met en jeu le repá‚árage tri©catá‚ágoriel.
Aujourd'hui nous allons continuer
notre exploration des phyllums de ce
texte
fondateur (”Le Symbolique, l'Imaginaire et le Rá‚áel•) qui, je vous le
rappelle
est le premier volet d'un diptyque dont le second volet est
constituá‚á
par ”Fonction et Champ du langage et de la parole en psychanalyse•,
il
constitue le fondement catá‚ágoriel des premiáŠáres propositions de la
thá‚áorie
du sujet dans son rapport au signifiant.
Bien sá–ár, on l'a souvent
remarquá‚á, du Rá‚áel pratiquement rien ne nous y
est dit
et le rapprocher de la chose©en©soi ou de la Primá‚áá‹átá‚á peircienne ne
nous
á‚áclaire pas beaucoup.
Tout est centrá‚á sur l'Introduction
du Symbolique, l';affirmation de son
primat
sur l'Imaginaire dans le registre de l'analyse et la ná‚ácá‚ássitá‚á
constamment
soutenue de l'articuler aux deux autres catá‚ágories.
En jetant un coup d'oeil rapide sur
certains aspects de l'oeuvre de
Georges
Bataille, nous allons tenter de voir aujourd'hui si nous ne
pourrions
pas y trouver le ou l'un des phyllums oá—á Lacan aurait pu repá‚árer
quelque
chose qui devait lui permettre d'á‚átayer sa thá‚áorie du Rá‚áel
lorsqu'il
le dá‚áfinit comme l'impossible.
Nous savons
peu de choses des rapports entre Lacan et Bataille. On sait
qu'ils
se sont assez bien connus, sans doute á…á l'á‚ápoque oá—á tous deux
suivaient
le sá‚áminaire de KojáŠáve sur Hegel et oá—á tous deux en ont á‚átá‚á
profondá‚áment
marquá‚ás. On sait aussi que Lacan est tombá‚á amoureux de Sylvia
MackláŠás
qui avait á‚átá‚á la femme de Bataille et avait commencá‚á á…á se faire un
nom au
ciná‚áma. Elle avait jouá‚á le rá“ále fá‚áminin principal dans l'admirable
film de
Renoir ”Une partie de campagne•. On sait encore que © selon Patrick
Waldberg,
un tá‚ámoin plutá“át douteux © Lacan aurait assistá‚á á…á certaine
rá‚áunions
du ColláŠáge de Sociologie et d'Acá‚áphale, mais il ne reste aucune
trace
de ce qu'auraient pu áˆátre sa participation aux activitá‚ás et aux
travaux
de ce groupe. Quant au rapport entre leurs oeuvres respectives,
bien
que Claude Levesque ait commencá‚á á…á y travailler, tout ou presque reste
encore
á…á faire.
Je cáŠáde donc la parole á…á
Jean©Pierre Lorange, je lui avais demandá‚á de
lire
pour nous un petit texte de Bataille qui s'intitule l'”Impossible•, au
lieu de
quoi, et je l'en remercie tráŠás vivement, il a finalement dá‚ágagá‚á la
notion
d'impossible telle qu'elle se dá‚áploie dans l'ensemble de l'oeuvre de
Bataille.
ÜnÜŒ
JEAN©PIERRE LORANGEœ
Ã*$ÔL'IMPOSSIBLE•ƒ
On m'a demandá‚á de vous parler (ce soir) de
ce dont © á…á proprement
parler
© on ne peut pas. Du moins en apparence
puisque j'aurais á…á le faire
©mais
il ne faudra pas perdre de vue cette difficultá‚á initiale. Si je puis
en
parler ce n'est certes pas qu'en vertu d'une apparence; je parle : c'est
vrai. Mais, parlant, je ne dá‚ácouvre qu'une
partie du rá‚áel ©qui passe en
paroles©,
le reste : soit que je le taise, soit qu'il m'á‚áchappe á…á travers
ces máˆámes
paroles, soit que je l'ignore tout simplement.
Mais il est aussi
toute
une rá‚ágion du rá‚áel que je sais qu'il ne m'appartient pas de dá‚ávoiler,
ce que
ma propre prá‚ásence ici confirme en m'empáˆáchant d'áˆátre ailleurs pour
le
faire. Je puis donc symboliser ce qui
me manque, l'imaginer, mais en
aucun
cas le rá‚áaliser, le rá‚áaliser plainement.
C'est á…á partir de ce moment
oá—á le
rá‚áel, que je voudrais envisager dans sa totalitá‚á, m'apparaáŒát
inaccessible,
© forcá‚á enfint de rá‚áaliser son impossible rá‚áalisation © que
le
rá‚áel se rá‚áváŠále á…á moi comme á‚átant l'impossible máˆáme.
Si j'ai choisi de commencer cet
exposj en vious parlant ainsi de
l'impossible,
c'est d'abord parce que Bataille ne l'a jamais fait et
qu'ensuite
máˆáme si ce mot apparaáŒát en táˆáte de l'un de ses recits les plus
obscurs,
oá—á se máˆálent poá‚ásie, journal intime et essai, c'est á…á la suite
d'un
compromis. Bataill, en effet, avant d'appeler son rá‚ácit L'impossible
lui
avait donná‚á ke titre de ”La haine de la poá‚ásie•, qu'il avait changá‚á en
1962
soit l'anná‚áe máˆáme de sa mort, á…á cause de l'ambiguitá‚á qu'il suggá‚árait
et qui
d'ailleurs avait á‚átá‚á mal interprá‚átá‚á par le public. Ainsi
”L'impossible• n'aura pas á‚átá‚á l'un des derniers textes de Bataille mais
plutá“át comme
le
disait Maurice Blanchot l'un de ses derniers mots.âÿO. Blanchot,
Maurice. ”L'entretien Infini•, Gallimard, Paris, 1969,
"l'expá‚árience
limite" p. 307©308. Maurice Blanchot, avec qui Bataille avait
fondá‚á
le projet © abandonná‚á © d'un ColláŠáge Socratique oá—á serait enseigná‚á la
philosophie
de l'impossible. Cf. Bataille, O.C. Tome iii, note p. 521.
Blanchot,
par ailleurs, est peut©áˆátre celui des deux penseurs á…á s'áˆátre
penchá‚á
le plus sur la catá‚ágorie de l'impossible. \cf. ”Ecriture du dá‚ásastre,
Le pas
au©delá…á•, et nottament dans ses rá‚ácits :”Thomas l'imposteur, Le TráŠáªfaut
et Asinabad•.â Dans l'eouvre de
Bataille,
il n'apparit jamais comme un tháŠáme mais comme l'un de ses
paradigmes
fondamentaux. Voilá…á pour vous avertir et vous expliquer en quoi
mon
exposá‚á sur limpossible pouvait lui©máˆáme risquer de le devenir.
Toutefois cette máˆáme anná‚áe 62,
Bataille avait commencá‚á á…á á‚ácrire une
grande
prá‚áface á…á ce rá‚ácit dans laquelle il tentait pour la premiáŠáre fois
d'exposer
le sens de l'impossible.
Ì
Ì"”La catá‚ágorie de l'impossible est loin d'avoir á‚átá‚á l'objet d'une
attention
suffisante. Elle servit sd'abord de prá‚átexte á…á l'emphase, le
possible
á‚átant seul l'objet de recherches constantes. De l'impossible,
finalement,
la sagesse et la rá‚áflexion se dá‚átournáŠárent. Avant tout
l'essentiel
est de vivre; et l'impossible a partie liá‚áe avec la mort.
C'est
vouá‚á á…á une destiná‚áe tragique qu'un homme en vient á…á choisir
l'impossible.
Il le choisit dans un dá‚ásordre iná‚ávitable et, qu'il le
veuille
ou non, son choix est aveugle. A l'opposá‚á, le possible est
l'objet
d'un choix iná‚ávitable. L'essentiel est á‚ávidemment de vivre.ÜZ[1]Ü
L'impossible au contraire est la mort, á…á laquelle il est vrai que
l'homme
est vouá‚á. La rá‚áflesion claire a toujours le possible pour
objet.
L'impossible au contraire est un dá‚ásordre, une abbá‚áration.
C'est
un dá‚ásordre qu'amáŠánent seuls le dá‚áses poir et la passion... Un
dá‚ásordre
excessif auquel seul la folie condamne. Seul un tel dá‚ásordre
aspire
á…á la mort. Celui que dá‚ásigne un destin tragique est seul avide
de
l'impossible. Il doit pour cela s'aveugler. L'impossible, il est
sá–ár,
ne peut áˆátre dá‚áfini. Je puis dá‚áfinir le possible alors que
l'impossible
ne peut l'áˆátre"• p. 512©513.Þ
OÞ
Ailleurs, Bataille á‚ácrit
:"”L'impossible, c'est la littá‚árature•". En
entendant
par lá…á qu'á…á la littá‚árature seule est donná‚áe la possibilitá‚á
d'exprimer
et de rá‚ácolter l'iná‚ápuisable quantitá‚á de fugitives impressions
qui
á‚áchappent ou excáŠádent normalement © mais surtout : gáˆánent le savoir
scientifique.
Toujours dans les notes de cette prá‚áface, il á‚ácrit :
Ì
Ì:”L'impossible est encore, est avant tout la violence
toute entiáŠáre et
l'iná‚ávitable
tragá‚ádieœ. C'est ce qui excáŠáde les conventions d'un
epoá‚ásir
littá‚áraire.•" p.512.Þ
OÞ
Cela, mais aussi tout excáŠás et
bien sá–ár tout manque. Car chaque fois
qu'il y
a excáŠás correspond un manque. Les rá‚ácits de Bataille mettent en
scáŠáne
de ces áˆátres excessifs en quáŠáte d'absolu qui se ramassent á…á la petite
cuilláŠáre
le lendemain d'interminables beuveries, en s'apercevant qu'ils ont
tout
oubliá‚á de la veille. Ainsi dans ”L'impossible•, le narrateur nous
raconte
la soirá‚áe joyeuse á…á laquelle il se prá‚áparait, "”avide de la nuditá‚á
des
filles•" dont il s'en allait voir le spectacle dans un cabaret; il
arrive
en avance dá‚ájá…á ivre et se commande en attendant une bouteille de
chmapagne
qu'il vide rapidement dans sa fá‚ábrile impatience d'accáŠáder aux
voluptá‚ás
promises :
Ì
Ì"”L'ivresse á…á la fin m'assoma : quand je sortis de l'há‚ábá‚átude, le
spectacle
á‚átait•” terminá‚á, la salle á‚átait vide et ma táˆáte davantage
encore.
Comme si je n'avais rien vu. Du dá‚ábut á…á la fin, je n'avais
qu'un
trou dans la má‚ámoire.•" p. 120©121.Þ
OÞ
C'est en mettant l'accent sur ces
aspects de la vie humaine oá—á
viennent
buter son savoir et sa maáŒátrise, qui en contrecarrent ses projets,
que
Bataille rá‚áussit á…á dá‚ápeindre la vá‚áritá‚á de l'impossible.
Mais l'impossible ne s'atteint pas
qu'á…á travers le dá‚ásordre des
passions,
il est, pour Bataille, et bien plus, l'aboutissement máˆáme du
possible
auquel la science, qui n'opáŠáre qu'en sa fonction, est elle©máˆáme
contrainte
d'y achopper. Si le savoir s'est toujours contentá‚á du aseul rá‚áel
accessible,
possible, cela ne peut qu'áˆátre dá–á á…á l'effet d'une rá‚áduction du
r130el
commandá‚áe par la ná‚ácá‚ássitá‚á de son utilisation. Bataille oppose á…á la
rigueur
rationnelle et autoritaire des sciences, lexubá‚árance folle et
dá‚ásinvolte
de la poá‚ásir. Dans la prá‚áface á…á ”L•”'impossible• il á‚ácrit : "”il y
a
devant
l'espáŠáce humaine une double perspective : D'une part, celle du
plaisir
violent, de l'horreur et de la mort © excatement celle de la poá‚ásie
© et,
en un sens opposá‚á, celle de la science ou du monde rá‚áel de
l'utilitá‚á.•"
Cette distinction est la máˆáme que
Bataille fait entre le monde profane
et le
monde savrá‚á, dans plusieurs autres de ses textes, ceux du ColláŠáge de
Sociologie
entre autres, et dans ses articles sur le fascisme. Le monde
profane,
du savoir utile, axá‚á sur la production des biens en passant par le
travail
et visant toujours á…á un accroissement des richesses, á…á l'intá‚árieur
duquel
est á…á situer tout ce qui tourne autour de la dilectique du MaáŒátre et
de
l'Esclave. Le monde sacrá‚á, du savoir inutile (art et poá‚ásir) axá‚á sur
l'excáŠás,
visant á…á la dilapidation de ces máˆámes richesses en passant part la
fáˆáte,
l'orgie et les sacrifices, qui implique une sortie temporaire de la
dialectique
qui aliáŠáne les áˆátres entre eux. Monde du projet donc, d'unÜn[1]Ü
cá“átá‚á, avec tout ce que á‡áa implique d'acsáŠáse tranquille et de
dá‚áná‚ágation,
et,
monde de l'abandon, de l'autre, avec tous les risques que cela comporte
et qui
supposent, pour áˆátre pris, toute la force contestataire de l'affirmation de
soi, pour autant qu'elle se supporte elle©máˆáme et ne se supporte
d'aucun
lien.
Univers liá‚á aussi 0© de
la loi © des chaáŒánes rá‚áelles, symboliques ou
imaginaires,
et univers dá‚áliá‚á © de la transgression © oá—á se dá‚áchaáŒánenent ce
que
recouvrent ces máˆámes catá‚ágories. Car d'elles il n'est toutefois [pas
question
d'en sortir. Si Bataille oppose Science et Poá‚ásie, projet et
abandon,
loi et transgression, c'est surtout pour montrere á…á quel point ils
dá‚ápendent
en un sens de la má‚áconnaissance du caractáŠáre impossible qui les
fonde.
Finalement, le savoir s'excáŠáde et l'excáŠás se sait, máˆáme si leur
nature
profondá‚áment há‚átá‚árogáŠáne s'accuse.
On aurait pu facilement faire entrer
en ces oppositions les termes de
comscient
et d'inconscient. Mais voilá…á, si on se met du cá“átá‚á du savoir
utile,
le travail des forces de la conscience dont le but serait toujours
davantage
de conscience, et si, á…á linverse, on met du cá“átá‚á du savoir
inutile,
le travail (?) des forces inconscientes ou leur libá‚áration qui
máŠánerait
á‚ávidemment á…á l'inconscience, l'á‚ávanouissement pur et net, on
oublie
le sens de leur supplá‚ámentaritá‚á. Il se peut bien en effet que du
cá“átá‚á
de la science il y ait plus d'inconscient qu'on serait portá‚á á…á
l'imaginer
ou á…á le croire. Ce que, en fait, dá‚ánoná‡áait surtout Bataille,
dans
ses á‚ácrits . Pour ce dernier, en effet seuls ceux qui dá‚ásirent, et
savent
qu'ils dá‚ásirent l'impossible, savent quelque chose de plus, mdme si
ce
n'est rien, que ceux qui concentrent tous leurs efforts aveuglá‚ás par la
lueur
possible, mais au fonc impossible, du Souverain Bien convoitá‚á. C;'est
d'ailleurs
ainsi qu'en parle Lacan dans ”Le Sá‚áminaire VII• lorsqu'il dit :
Ì
Ì"”La morale traditionelle s'installait dans ce que l'on devait faire
dans la
mesure du possible, comme on dit, et comme on est bien forcá‚á
de le
dire. Ce qu'il y a á…á dá‚ámasquer,
c'est le point pivot par oá—á
elle se
situe ainsi, reconnaissons la topologie de notre dá‚ásir. •p.
364.”
•Þ
OÞ
Dá‚ámasquer ce point pivot sur lequel basculent toutes les tentatives
humaines
faites en vue d'á‚áchaper á…á la chute hors de l'áˆátre, dá‚ánoncer les
rá‚ásistences
aveugles des hommes face á…á leur propre condition d'áˆátres dá‚áchus
et en
máˆáme temps faire valoir le sens et l'immense proportion que prennent
dans le
monde la part (maudite) de leurs dá‚áchets ©comme disait Lacan dans
ce
máˆáme sá‚áminaire : "Le tas d'ordures © voilá…á unes des faces qu'il
conviendrait
de ne pas má‚áconnaáŒátre de la dimension humaine."© consiste pour
une
bonne part de la rá‚áflexion qui s'imposait justement á…á Bataille.
L'ordure,
le dá‚áchet de l'ordre, est vá‚ácu par l'homme comme un outrage portá‚á
contre
lui, de máˆáme "le sexe, la mort et la manducation"(2) qui viennent
chacun
á…á leur maniáŠáre subordonner son existence á…á devoir leur rá‚ápondre.
Ces forces insubordonnables, á…á laquelle
l'individu est soumis, tout en
soulignant
la prá‚ácaritá‚á de son existence, viennent contester une autonomie
qu'il
croit et doit pouvoir assumer.
D'oá—á
l'ambivalence des sentiments ou des comportements devant ces
forces,
qui ne font tout au long de son existence qu'appel á…á sa nuditá‚á en
lui
faisant voir que ce que cachent les illusions d'avoir acquis une
situation
stable, un rá“ále et des attributs importants, n'est rien d'autre
que le
moment diffá‚árá‚áde son sacrifice.
Dans ”L'impossible• Bataille á‚ácrit :
àà"”Etrange que la
máˆáme lueur insensá‚áe brille pour tous les hommes.
La
nuditá‚á fait peur : notre nature en entier dá‚ácoulant du
scandale
oá—á elle a le sens de l'horrible... Ce
qui s'appelle nu
suppose
une fidá‚álitá‚á dá‚áchirá‚áe, n'est qu'une rá‚áponse tremblá‚áe etÜl
Ü
baillonná‚áe au plus trouble des appels.
La furtive lueur entrevue
dans
l'obscuritá‚á ne demandait©elle pas le don d'une vie?Þ
JÞ
Chacun ne doit©il pas, bravant l'hypocrisie de tous
(quelle stupiditá‚á dans
le fond
des conduites "humaines"!), retrouver la voie qui le máŠáne, á…á
travers
les flammes, á…á l'ordure, á…á la nuit de la nuditá‚á.•" p.115
Encore dans les notes pour une prá‚áface
á…á ”L'impossible•, Bataille
explique
en quoi le rá‚áel qu'entrevoit la science n'est jamais tout le rá‚áel
et que
derriáŠáre son souci d'objectivitá‚á se cache un prá‚átexte pour ne pas
avoir
á…á rá‚ápondre de ce qu'elle range dá‚ádaigneusement du cá“átá‚á de la
subjectivitá‚á
et qui n'est rien d'autre qu'une maniáŠáre de camoufler son
ignorance.
Bataille á‚ácrit :
àà "”Le possible envisage seul le rá‚áel,
mais la rá‚áalitá‚á humaine
est
double. Elle est d'abord rá‚áelle au
sens commun. Elle est ce
qu'aujourd'hui
dá‚ácrit la science ©et qu'autrefois voulurent
dá‚ácrire
les religions. Mais dans l'esprit des
religions la
suppression
est possible. C'est pourquoi la mort
peut áˆátre
envisagá‚áe
de deux maniáŠáres. Mais si la religion
discerne le
possible,
elle peut encore atteindre l'impossible. En quoi la
science
ne peut la suivre.Þ
JÞ
àà Mais
si la science discerne le possible ©elle doit le
discerner
exactement. Elle se tait dáŠás
l'instant oá—á la rá‚áflexion
est
á‚ágará‚á dans l'impossible. La science
envisage la mort mais,
si elle
en parle, il s'agit de ses consá‚áquences rá‚áelles. Si elle
tient
compte des sentiments qui oppressent les survivants, c'est
dans la
mesure oá—á les manifestations qui purent en áˆátre á‚ávoquá‚áes
sont
exactement mesurables. Si j'envisage
les dá‚áchirements ©la
terreur
et l'horreur© qui suivent la mort, ils ne sont objets de
science
que rá‚áduits á…á l'analyse objective des comportements.Þ
JÞ
ààJe ne
veux pas avoir recours aux descriptions des phá‚ánomá‚ánologues : elles ne
sont objectives que par un glissement.
La
phá‚ánomá‚ánologie
envisage l'effet des suppressions : seule la
littá‚árature
atteint l'effet des suppressions. La
littá‚árature
n'est
pas un vide mais elle n'est plus connaissance objective.
Ma
tristesse, dans ma conscience a un sens mais je ne puis faire
d'un
tel sens un objet. La tristesse de la
mort, que la
phá‚ánomá‚ánologie
dá‚ácrit, n'est jamais un objet. Le
domaine de la
mort
appartient au sujet... etc.•" p. 514Þ
JÞ
Que la totalitá‚á de ce qui est rá‚áel ne nous apparaisse que sous une
forme
partielle, il n'y a aucun doute; on ne saurait revenir lá…á©dessus.
C'est
une á‚ávidence qui nous est donná‚áe chaque fois que le savoir qui
concerne
et que concerne la totalitá‚á est mis en jeu.
Aussi, nous dira
Bataille,
dans ”L'expá‚árience intá‚árieure•(3), d'á‚ávidences nous n'en possá‚ádons
que
deux, celle©lá…á, que "nous ne sommes pas tout,", et celle, bien
qu'improbable,
"que nos mourons". Or, note
Bataille, ces deux seules
á‚ávidences
sont l'objet d'une sorte de dá‚áná‚ágation de la part de la majoritá‚á
des
hommes qui poursuivent inlassablement un idá‚áal de raison, savoir absolu
ou
souverain bien.
Dans
”L'expá‚árience intá‚árieure• encore, Bataille á‚ácrit :
àà ”Il est dans l'entendement une tache
aveugle qui rappelle la
structure
de l'oeil on on ne peut que difficilement la dá‚áceler.
Mais
alors que la tache aveugle de l'oeil est sans consá‚áquence,
la
nature de l'entendement vaut que la tache aveugle ait en lui
plus de
sens que l'entendement máˆáme. Dans la
mesure oá—á l'entendement est l'auxiliare de l'action, la tache y est aussi
ná‚ágligeable
qu'elle est dans l'oeil. Mais dans la
mesure oá—á l'onÜn[1]Ü
envisage dans l'entendement l'homme lui©máˆáme, je veux dire une
exploration
du possible de l'áˆátre, la tache absorbe l'attention :
ce
n'est plus la tache qui se perd dans la connaissance, mais la
connaissance
en elle.•" p.129” •Þ
JÞ
Le
cá‚áláŠábre syllogisme há‚ágá‚álien, "tout ce qui est rá‚áel est rationnel
et
tout ce
qui est rationnel est rá‚áel" suppose un universel loin d'áˆátre
accompli,
il faudrait pour pouvoir le dá‚áclarer vrai, d'apráŠás les ráŠágles de
conditions
de vá‚árificabilitá‚á des á‚ánoncá‚ás logiques, áˆátre en possession du
savoir
absolu, prá‚átention qu'avait peut©áˆátre Hege, mais qui est loin de
nous
convaincre, compte©tenu que de son entreprise ne nous est restá‚áe pour
reprendre
les termes de Bataille qu'une :á‚ábauche sous la forme d'un projet,
un
graphique" : la phá‚ánomá‚ánologie de l'esprit.
Bataille, qui a pris au mot Hege avec son
idá‚áe du savoir absolu,
pousse
les consá‚áquences de la dialectique jusqu'au bout et montre comment,
le
savoir absolu atteint, le cercle á‚átant achevá‚á, fermá‚á, il ne resterait
plus
qu'á…á faire sa propre Aufhebung, de sorte que ce qu'il lui faudrait
alors
accomplir correspondrait á…á une sortie du savoir vers un non©savoir :
l'impossible. Bataille expose le probláŠáme et fait
ressortir la tache
aveugle
sur laquelle repose l'á‚ádifice há‚ágá‚álien; dans ”L'expá‚árience
intá‚árieure• il á‚ácrit :
àà "”A
supposer en effet qu j'y parvienne (au savoir absolu), je
sais
que je ne saurais maintenant rien de plus que je ne sais.
Mais si
de cette faá‡áon, comme par contagion et par meme,
j'accomplis
en moi le mouvement circulaire de Hegel, je fá‚áfinis
par
delá…á les limites atteintes, non plus un inconnu mais un
inconnaissable. Inconnaissable non du fait de l'insuffisance
de
la
raison masi par sa nature (et máˆáme, pour Hege, on ne pourrait
avoir
de souci de cet au©delá…á que faute de possá‚áder le savoir
absolu...) A supposer ainsi que je sois Dieu, que je
sois dans
le
monde ayant l'assurance de Hegel (supprimant l'ombre et le
doute),
sachant tout et máˆáme pourquoi la connaissance ahcevá‚áe
demandait
que l'homme, les particularitá‚ás innombrables des moi et
l'histoire
se produisent, á…á ce moment prá‚ácisá‚áment se formule la
question
qui fait entrer l'existence humaine... divine... le plus
avant
dans l'obscuritá‚á sans retour; pourquoi faut©il qu'il y ait
ce que
je sias? Pourquoi est©ce une
ná‚ácessitá‚á? Dans cette
question
est cachá‚áe ©elle n'apparaáŒát pas tout d'abord© une
extráˆáme
dá‚áchirure, si profonde que seul le silence de l'extase
lui
rá‚ápond.•" p.127Þ
JÞ
C'est
ici qu'est á…á placer ce que Maurice Blanchot appelait "expá‚árience
limite"
ou expá‚árience de la limite; cette limite á‚áquivaut á…á un interdit, á…á
une loi
qu'aucune transgression ne saurait lever.
Cette expá‚árience, l'áˆátre
humain
ne la fait pas á…á un moment donná‚á de son á‚ávolution, mais il se rá‚áváŠále
plutá“át
que pour áˆátre justement, pour exister, il lui faut l'avoir toujours
dá‚ájá…á
faite. Elle est donc elle©máˆáme á…á
situer au commencement d'un áˆátre et
á…á son
autre limite extráˆáme, sa fin, sa mort.
On sait par exemple que chez
Heidegger
l'un des caractáŠáres fondamentaux du Dasein est l'áˆátre©jetá‚á, le
Dasein
est jetá‚á dans son monde et se dá‚ácouvre dans le souci qu'il a de son
áˆátre. Chez Bataille on retrouve une pensá‚áe
similaire : l'áˆátre humain est
mis en
jeu, mis en question. C'est©á…á©dire
qu'au moment oá—á il se "sait lá…á"
il ne
l'est plus que pour avoir á…á se demander ce qu'il y fait.
Cette mise en question initiale et
initaitique prend vite selon
Bataille
l'allure d'un supplice. L'áˆátre,
á‚átant au sens fort du terme,
"travaillá‚á"
de l'intá‚árieur par son manque, par l'insuffisance qu'il á‚áprouve
á…á
devoir rá‚ápondre seul de son existence.
C'est alors que cet áˆátre,
subissant
la pression besogneuse que lui impose son manque, va pousser sonÜn[1]Ü
premier cri, que va surgir du rá‚áel le premier symbole de son existence, sa
primiáŠáre
marque, signe máˆáme de la blessure initiale, qui l'initie donc á…á
une
premiáŠáre parole qui le porte et le supporte, qu'il aura lui©máˆáme á…á
porter
et á…á supporter.
Et, cette
premiáŠáre parole ne sera rien d'autre qu'une premiáŠáre
supplication,
signe insigne de l'impossibilitá‚á qu'il a de rá‚ápondre seul de
son
áˆátre et qui le contraint á…á s'abandonner aux forces encore inconnues qui
l'ont
vu naáŒátre. Entre parentháŠáses, je
crois pour ma part, que ce que
Lacan
appelait la parole pleine est á…á faire correspondre á…á ce premier cri.
Car
elle exprimerait alors tout le fond impossible sur lequel elle repose,
ayant
ses racines plongá‚áes directement dans le rá‚áel, dont elle voudrait
tout
dire mais, en máˆáme temps, dont elle n'a aucune emprise, car c'est
d'abord
un manque qu'elle exprime. Or, un
manque ce n'est certes pas un
propre,
une propriá‚átá‚á, c'est bien plutá“át le contraire. Et c'est justement
ce qui
en fait un impossible; mais, ce manque, quoiqu'on en dise, est rá‚áel.
La
parole pleine ne survenant qu'au moment oá—á l'áˆátre qui va la prendre a
atteint
un paroxisme, lorsqu'il est acculá‚á au pied du mur, quand le rá‚áel
devient
si pressant autour de lui qu'il n'a d'autre issue devant la perte
qui le
menace que la perte elle©máˆáme en l'espáŠáce d'un cri oá—á il se dá‚ápense
corps
et áƒáme et auquel il devra sa dá‚ácouverte d'une existence possible.
On peut máˆáme prá‚ásumer qu'á…á cette
dá‚ácouverte correspond un premier
rire,
qui n'est pas le contraire de l'angoisse á‚áprouvá‚áe au dá‚ápart, mais sa
má‚átamorphose,
puisque le rire, par ses saccades, en est plutá“át le rappel
dá‚ásivolte. N'est©ce pas Valá‚áry qui disait quelque
part dans ses Cahiers
que
"le rire est une rá‚áponse, dont la demande est une certaine
impossibilitá‚á"?
Angoisse
et rire nous indiquent deux sens ou deux formes que prend la
nature
excessive et excá‚ádentaire de l'áˆátre qui les subit ou les á‚áprouve.
Pour
Bataille, l'áˆátre est toujours en surnombre, et c'est ce qu'il ressent
dans
l'angoisse contraignante qui le lui confirme ou dans le rire ná‚ágligent
á…á
travers lequel il surmonte son angoisse en s'affirmant. Ainsi, l'angoisse et le rire forment un
couple insá‚áparable auquel Bataille va donner
le
pouvoir paradoxal de rá‚ává‚áler l'impossible.
Le rire indique, lorsqu'il
est
lá‚áger et dá‚ásinvolte, que l'áˆátre a fait l'assomption de sa nature
impossible,
qu'il y consent. C'est ainsi qu'il faut
entendre cette
affirmation
de Bataille qu'on retroiuve dans ”Le coupable•(4) lorsqu'il á‚ácrit
:
"”Il n'est pas d'áˆátre sans fá‚álure,
mais nous allons de la fáˆálure subie,
de la
dá‚áchá‚áance, á…á la gloire, á…á la fáˆálure aimá‚áe•." p.25
Dans "L'amitiá‚á"(5), Bataille
montre en quoi cette blessure infligá‚áe á…á
l'áˆátre,
si elle venait un jour á…á se refermer, ce ne pourrait signifier que
sa
mort.
àà "”Or il est clair,
á‚ácrit©il, que si ce dont je souffre est
á‚áludá‚á
et si l'inachevá‚á des choses cesse de ruiner la suffisance
humaine,
c'est la vie elle©máˆáme qui s'á‚áloignera de l'homme; et,
avec la
vie, sa vá‚áritá‚á lointane et iná‚ávitable (la seule vá‚áritá‚á
qui lui
soit liá‚áe et qui l'exprime) : qu'inacháŠávement, mort,
dá‚ásir,
inapaisable sont á…á l'áˆátre la blessure jamais fermá‚áe, sans
laquelle
il ne diffá‚árerait pas d'un vide privá‚á de lumiáŠáre•."
p.294Þ
JÞ
Cette fáˆálure,
c'est le lieu privá‚á d'une privation, d'un manque,
auquel
l'áˆátre a á…á faire face comme á…á sa loi.
Toute loi implique cette
privation,
une zone de retranchement, une propriá‚átá‚á privá‚áe, et on a vu
justement
que la fáˆálure (le manque) ne saurait se dá‚áfinir comme un propre.
Cette
propriá‚átá‚á donc ©qui n'en est pas une© conteste les prá‚átentions á…á
l'autonomie
de l'áˆátre qui se dá‚ácouvre justement á…á partir de son insuffisance. L'áˆátre lui©máˆáme n'a de sens qu'á…á
l'intá‚árieur du cercle á‚átroit quiÜn[1]Ü
l'enferme, lui et son manque, et qui á‚áquivaut á…á son espace de jeu. Car
comme
de son entrá‚áe dans le jeu il n'a conscience que de sa mise il en va
de
máˆáme pour ce qui est de la conscience qu'il aurait d'en áˆátre hors, hors
jeu,
c'est©á…á©dire qu'elle doit ná‚ácessairement lui á‚áchapper. Ma naissance
est
impossible autant que ma mort. Il n'y a
jamais de "je" pour rendre
possible
ma anaissance, pour dire comme s'il s'agissait d'une possibilitá‚á
qui
s'offrait á…á mois "je suis mort".
Car je sais que si je puis le dire
c'est
que je ne le suis pas, je ne suis pas mort.
Il est au coeur du possible de l'áˆátre une bráˆáche, une bá‚áance
á…á
l'origine
du dá‚ásir, qui attire l'áˆátre vers son centre et, par le fait máˆáme
en fait
son objet. Le dá‚ásir, qui attire
l'áˆátre vers ce centre, enferme
donc
celui©ci á…á l'intá‚á¬rieur d'un cercle qui va sans cesse se resserant
autour
de lui et dans lequel sous l'effet de cette condensation apparaáŒássent
graduellement les innombrables objets qui constituent son univers
possible. En dehors de ces limites ráŠágne la nuit
impossible qui apparaáŒát
finalement
devoir recouvrir tout le possible au sein duquel le dá‚ásir est
cette
prá‚ásence obscur nous rappelant sa nuit d'origine, la ná“átre.
C'est donc á…á la mort que nous convie le
dá‚ásir. Ce qui fera dire á…á
Bataille
dans ”Sur Nietzsche•(6), "Il est important pour moi de montrer que
dans la
"communication", dans l'amour, le dá‚ásir a le ná‚áant pour
objet."
p.44. Le ná‚áant, l'impossible, parce qu'il ne se
rá‚áalise d'aucune faá‡áon, á…á
quoi
pourtant nous sommes vouá‚ás, doit en máˆáme temps nous apparaáŒátre comme
le
tráŠás haut, ce qui est plus fort que nous et qui ne se laisse jamais
atteindre,
plus fort que l'áˆátre qu'il est capable de fendre. Il est
l'origine
impossible de l'angoisse que reá‡áoit comme unique rá‚áponse celui
qui se
met totalement en question. Dans ”Le
coupable• :
àà "”D'un cá“átá‚á,
j'envisage les donná‚áes de la connaissance
pratique,
et de l'autre la mise en question par l'homme de tout
ce qui
est, de la nature et de lui©máˆáme (car s'opposant á…á la
nature,
á‚átant sa mise en question, il ne pourrait effectuer cette
opposition
sans s'opposser á…á lui©máˆáme, sans áˆátre en máˆáme temps la
mise en
question de lui©máˆáme)•."Þ
JÞ
àà Et, comme poursuivant, dans ”L'expá‚árience intá‚árieure•
:Þ
JÞ
àà "”Etat de
nuditá‚á, de supplication sans rá‚áponse oá—á j'aperá‡áois
ná‚áammoins
ceci : qu'il tient á…á l'á‚álusion des faux©fuyants. En
sorte
que, les connaissances particuliáŠáres demeurant telles, seul
le sol,
leur fondement, se dá‚árobant, je saisis en sombrant que la
seule
vá‚áritá‚á de l'homme, enfin entrevue, est d'áˆátre une supplication sans rá‚áponse•." p.25Þ
JÞ
Nous ne savons pas au fond ce que cette
vá‚áritá‚á a tant á…á nous faire
peur,
et il arrive máˆáme, est©ce parce qu'on l'oublie, qu'au contraire elle
est la
seule qui puisse justement nous apaiser, nous calmer, en nous
renvoyant
hors de l'á‚átat oá—á nous nous trouvons, mais nous savons que s'il
n'y
avait pas au fond cette peur terrible il n'existerait nulle raison de
nous
accrocher á…á nos paroles qui ne servent qu'á…á faire valoir des demandes
aupráŠás
de ceux qui comme nous sont aux prises avec cette inquiá‚átante
á‚átrangetá‚á
á‚ámanant du rá‚áel.
LOUISE TASSEœ
Ã*ÔPRESENTATION DE CLAUDE LEVI©STRAUSS :ƒ
Ã*ÃINTRODUCTION
A L'OEUVRE DE MARCEL MAUSS (1950)•ƒ
”INTROUCTION• :
Sur le rapport entre l'anthropologie
structurale et la psychanalyse :
la
”má‚átaphore de la robe •:Ün[1]ÜŒEn
Anthropologie structurale :
©Ì
Ìrelation entre les piáŠáces du tissu de la robe : leur complemen¬
taritá‚á;
leur apparition; leur transitivitá‚á; leur transformation.Þ
OÞ
©Ì
Ìles piáŠáces du tissu á‚átant mises á…á plat.Þ
OÞ
En psychanalyse :
©Ì
Ìrelation entre les piáŠáces du tissu de la robe mais un fois cousue et
portá‚áe
(le corps s'y trouvant) : (p.1) avec leur amplitude, leur
mouvement;
leur "subjectivitá‚á".Þ
OÞ
Dans cette introuduction, Lá‚ávi©Strauss rend hommage á…á l'oeuvre
de
Mauss
et á…á l'influence que celle©ci a eu sur les sciences sociales, la
linguistique,
la psychologie, l'historie des religions.
C'est
l'occasion pour Lá‚ávi©Strauss de soulever la question du ”rapport
entre
ethnologie et psychanalyse• (cf le social et l'inconscient), et
surtout
de traiter de la ”question du signifiant•”.•
Ainsi, apráŠás avoir rendu justice á…á l'oeuvre de Mauss
(1902©1934) © une
oeuvre
fascinante ”•(cf Traitá‚á sur la Magie; Essai sur le don; La notion de
personne;
etc)© Lá‚ávi©Strauss se demande finalement pourquoi Mauss s'est©il
arráˆátá‚á
en si bon chemin? :
Pourquoi
s`est©il, pour ainsi dire, empáˆátrá‚á dans le "Non" et le
"Mana"
au lieu
d'atteindre á…á la structure de l'á‚áchange?
Pourquoi n'a©t©il pas analysá‚á l'expression du "Non"
ou du "Mana" en
faisant
une distinction entre jugement analytique (cf la logique des
relations)
et jugement synthá‚átique (cf la logique classique)?
Ce qui l'empáˆáchait de dá‚áduire que le
"Mana" (ou"Non") á‚átait un
"”signifiant
flottant•".
”Rapport Lá‚ávi©Strauss©Lacan• :
Si Lacan et Lá‚ávi©Strauss, se rejoignent
au niveau de la ”conception de
l'ordre
symbolique• ©"N'est©il pas (p.1)
qu'un Lá‚ávi©Strauss en suggá‚árant
l'implication
des structures de langage et de cette part des lois sociales
qui
ráŠágle l'alliance et la parentá‚á conquiert dá‚ájá…á le terrain máˆáme oá–á
Freud
assoit
l'inconscient"© (cf Lacan, (p.1) champ de la parole et du langage,
Ecrits
p.285)© Lacan et Lá‚ávi©Strauss font une application diffá‚árente de la
notion
de signifiant tout en s'inspirant des máˆámes "sources linguistiques"
(Jakobrou,
Troubetzkoy, etc.)
”Plan :•
1.Ì
ÌSur le rapport entre ethnologie et psychanalyse :Þ
OÞ
1.1 le dá‚ábat
1.2 la comparaison (p.2) (en tant que phá‚ánomáŠánes d'ordre
culturel)
2. Sur le
"Mana" en tant que signifiant flottant :
2.1 le fait social total
2.2 la "vertu" au lieu de la
"structure".
1. ”Sur
le rapport entre ethnologie et psychanalyse• :
cf © Les techniques du corps (1934)
Ì
Ìcf © Rapports rá‚áels et pratiques de la psychologie et de la sociologie
(1924)Þ
OÞ
ÜjÜ
”1.1 Le dá‚ábat• :
Dix ans
avant la "psychopathologie" de Ruth Benedict, Mauss dá‚áfinissait la
vie sociale comme "un monde de rapports symboliques"; le mental et
le
social se confondent. Il disait aux
psychologues : "Tandis que vous ne
saisissez
ces cas de symbolisme qu'assez ”rarement• et souvent dans des
”sá‚áries
de faits anormaux•, nous, nous en saississons d'une faá‡áon constante
de
tráŠás nombreux, et dans ”des sá‚áries inmenses de faits
normaux•".
cf 1934,
publication de ”Patterns of Culture• de R. Benedict : lá…á on
voulait
dá‚áfinir un systáŠáme de ”corrá‚álations• entre la ”culture• du groupe et le
”psychisme•
individuel en qu'inspirant d'une terminologie psychaitrique. La
discussion
interminable entre ethnologue et psychanalystes sur ”la primautá‚á
respective
de chaque facteur•
(cf Ecole psycho©sociologique amá‚áricaine.
cf Erikson
cf Cora Du Bois, note: Benedict
n"avait pas lu Mauss.
cf R. Coward & J. Ellis, language
and materialism e.g.: mite du dá‚ábut
entre
t(2) & Malinovski (2) l'universalitá‚á du complexe d'Oedipe
(1925©26)
”Rá‚áponse de Lá‚ávi=Strauss• :
Le dá‚ábat devra rester (3), á…á moins qu'on
ne s'aperá‡áoive que les deux
ordres
(culture & psychime) ne (3) , l'un pas rapport á…á l'autre, dans une
relation
de cause á…á effet (quelle que soit, d'ailleurs, la position
respective
qu'on attribue á…á chacun) mais que la ”formulation psychologique•
que n'est
qu'”une traduction•, sur le plan du psychime individuel, d'une
”structuration
proprement sociologique•.
(cf Mauss subordonne le psychologique au sociologique)
"Il est de la nature de la ”sociá‚átá‚á qu'elle s'exprime symboliquement
dans
ses
coutumes• et dans ses institutions; au contraire, les conduites
individuelles (3) ne cout jamais symboliques par
elles©máˆámes : ”elles sont
les
á‚álements á…á partir desquels un systáŠáme symbolique•, qui ne peut áˆátre que
”collectif•,
se construit" p.XVI
(cf la notion d'ordre symbolique de
Lacan)
En un mot, un
individu symbolise parce qu'il viv en sociá‚átá‚á quand il
se veut
reconnu comme sujet par l'autres.
ex: ”1.2 La comparaison shaman et ná‚ávrosá‚á• :
(pour illustrer que le psychime individuel ne reflete
pas le groupe)
cf la trouse du shaman peut áˆátre perá‡áue comme un etat pathologique par la
má‚ádecine occidentale
”Comme aucune sociá‚átá‚á n'est jamais
intá‚ágralement symbolique• ie comme
anciene
sociá‚átá‚á ne parvient jamais á…á offrir á…á ”tous ses membres•, et au máˆáme
degrá‚á,
le ”moyen de l'utiliser pleinement á…á l'á‚ádification d'une structure
symbolique•qui,
pour la pensá‚áe normale, n'est ”rá‚áalisable que sur le plan
social•,
c'est seulement celui que nous appelons ”(3)d'esprit qui šs'aliáŠáne•,
puisqu'il
consent á…á exister dans un monde dá‚áfinissable seulement ”par la
relation
de moi et d'autrui•.
schá‚ámatiquement santá‚á mentale = participation á…á la vie sociale ÜnÜŒtrouble
mental = refus de s'y práˆáter.
Comme
aucune sociá‚átá‚á n'est jamais intá‚ágralement symbolique, certaines
sociá‚átá‚ás
(cf dites primitives) demandent, et má‚áme imposent á…á "ceux qui sont
hors
systáŠáme" ©tels les shamans © de ”figurer certaines formes de compromis
errá‚áalisables
sur le plan collectif•, de feindre des transitions imaginaires, d'incarner des
(4) incompatibles (symboliquement)
cf ”L'efficacitá‚á symbolique•: une relation de symbole á…á chose
symbolisá‚áe; in
Anthropologie
structurale I (CLS)
Pour
toutes les sociá‚átá‚ás (y compris les sociá‚átá‚ás occidentales) le
rapport
entre conduites normales et conduites spá‚áciales est complá‚ámentaire;
il est
necá‚ássaire á…á l'á‚áquilibre du groupe.
cf les changement sociaux
cf la transgression
cf ce qui n'est pas symbolisable
Finalement, "pas plus sur le plan
”normal• que sur celui du ”pathologique•, l'extension au psychisme individuel
des má‚áthodes et des procá‚ádá‚ás de la
psychanalyse
ne peuvent donc parvenir á…á ”foxer l'image de la structure
sociale•,
gráƒáce á…á un miraculeux (4) qui permettrait á…á l'ethnologue de
s'á‚áviter
elle©máˆáme. p.XXIII
cf l'inconscient n'est pas l'ideologie mais la condition de
l'idá‚áalogique
il n'y a pas de "caractáŠáre rational"; le caractáŠáre individual
n'est pas
symbolique
par lui©máˆáme = le psychisme individuel ne reflete pas le
groupe.
2.œ ”Sur le "mana" en tant que "signifiant flottant"
:•
cf Esquisse d'une thá‚áorie gá‚áná‚árale de la magie (1902©03)
cf Essai sur le don (1923©24)
cf
La notion de personne (1938)
2. œ”Le fait social total• :
©Ì
Ìc'est Mauss qui a introduit et imposá‚á la notion de fait social total
dont LS
s'inspira dans l'á‚átude des SEPÞ
OÞ
(cf notes sur les SEP
© ráŠágles de rá‚ásidence
© ráŠágles de filiation
types
d'á‚áchange
© le social
n'est rá‚áel qu'”integrá‚á en systáŠáme•, selon Mauss, et c'est lá…á,
selon
LS, le premier aspect de la notion de ”fait total•.
© l'examen des phá‚ánomáŠánes sociaux passe
par la ”recomposition du tout• á…á
la mise
á…á pour du fait social total (cf la (4) en tant qu'expression de
phá‚ánomáŠánes
d'á‚áchange)
Chez Mauss, la
notion de fiat total est en relation directe avec leÜlÜ
double souci de relier le ”social• et l'”individuel• d'une part, et le
”physique•
(ou
physiologique) et le ”psychique • de l'autre. p.XXV
”le fait social total comprend• :
1e.Ì
Ìdiffá‚árentes modalitá‚ás du social (juridique, á‚áconomique, esthá‚átique,
religieux,
etc.)'Þ
OÞ
2e.Ì
Ìdiffá‚árents moments d'une histoire individuelle (naissance, enfance,
á‚áducation,
adolescence, mariage, etc.);Þ
OÞ
3e.Ì
Ìdiffá‚árentes formes d'expression, depuis des phá‚ánomáŠánes physiologiques
comme
des rá‚áflexes, des (5) des ralentissements et des accá‚álá‚árations,
puisqu'á…á
des catá‚ágories inconscientes et des reprá‚ásentations conscientes, individuelles
ou collectives.Þ
OÞ
(cf les techniques du corps. ex. la
marche, le sommeil)
”Apprá‚áhender totalement le fait social veut dire• l'apprá‚áhender du dehors
comme
une chose, mais comme une chose, ”dont fait cependant partie intá‚ágrante
l'apprá‚áhension subjective• (consciente et inconsciente) que nous
apprendrions
si nous vivions le fait comme indigáŠáne au lieu de l'observer
comme
ethnographe.
(cf la question du sujet et de l'objet de l'observation)
La ”distinction thá‚áorique• impossible entre
sujet et objet de connaissance
”devient
praticable• pour l'ethnologue "gráƒáce á…á la ”capacitá‚á du sujet de
s'objectiver
indefiniment•, (sans parvenir jamais á…á s'abolir comme sujet) ce
de
projeter au dehors des fractions (5) dá‚ácroissantes de soi."
p.XXVIX
(cf le processus illimitá‚á d'objectivation du sujet.
cf "rá‚áaliser le Rá‚áel (cf
Lacan)
En autre,
cf ”La rá‚áfá‚árence á…á l'inconscient et les probláŠámes
de l'apprá‚áhension
subjective
de l'ethnologue• :
©Ì
Ìselon LS les probláŠámes posá‚ás par
l'appá‚áhension subjective de l'ethnologue ”seraient insolubles•
:Þ
OÞ
Ì
Ìpuisque les subjectivitá‚á sont par hypotháŠáse, incomparables et
incommunicables ©”si l'opposition entre moi et autrui• ne pourrait áˆátre
surmontá‚áe
sur un terrain qui es celui oá–á l'objectif et le subjectif se
rencontrent
ie. ”l'inconscient•. p.XXXÞ
OÞ
LS rappelle alors que Mauss, pá‚áná‚átre par la ná‚ácessitá‚á d'une á‚átroite
collaboration
entre ”sociologie• et ”psychologie• a constamment ”fait appel á…á
l'inconscient•
comme fournissant le caractáŠáre commun et spá‚ácifique des faits
sociaux
: "En ”magie• comme en ”religion • comme en ”linguistique•, ce saut les
”idá‚áes
inconscientes qui agissent• (cf Traitá‚á sur la Magie)
(cf les phá‚ánomáŠánes sociaux aprá‚áhendá‚ás
á…á partir de l'inconscient á…á en tant
que
langage.)
ex : la ”notion de mana• : un plan sur lequel se correspondent les notions
deÜlÜ
"catá‚ágories inconscientes et de "catá‚ágories de la pensá‚áe
collective."
(Mauss)
ex : DáŠás 1902, Mauss constatait
que la reprá‚ásentation des propriá‚átá‚ás
magiques
”relevait de phá‚ánomáŠánes semblables á…á ceux du langage• :
Mauss dá‚áduit par exemple ”trois lois de la magie• qui sont analogues aux
lois
de la
structuratin du langage :
1)Ì
Ìla loi de ”contigááitá‚á
•(má‚áta(6)): identification de la partie au tout
p.52Þ
OÞ
2)Ì
Ìla loi de ”similaritá‚á• (má‚átaphore): le semblable á‚ávoque le semblable;
le
semblable
agit sur le semblable et spá‚ácialement guá‚árit le semblable
p.61Þ
OÞ
3)Ì
Ìla loi de
la contrariá‚átá‚á: lorsque le semblable quá‚árit le semblable,
c'est
qu'il produit le contraire. p.63Þ
OÞ
Lá‚ávi©Strauss signale alors l'apport de la linguistique structurale qui
ditªil, on vous a familiarisá‚ás avec l'idá‚áe que les phá‚ánomáŠánes fondamentaux
de
la vie
de l'esprit se situent á…á l'á‚átage de la pensá‚áe
inconsciente."
L'inconscient serait alors le terme má‚ádiateur entre moi et
autrui.
Ainsi l'apprá‚áhension (qui ne peut áˆátre qu'objectivitá‚áe) des formes
inconscientes
de l'activitá‚á de l'esprit conduit tout de máˆáme á…á l'asubjectivation.
Selon Lá‚ávi©Strauss la
subjectivation de l'enquáˆáte ethnologique est du
máˆáme
type que celle qui opáŠáre en psychanalyse :
”en psychanalyse •: le sujet reconquiert son moi le plus á‚átranger;
”dans l'enquáˆáte ethnologique•: l'ethnologue accáŠáde au plus á‚átranger des
autruis
comme á…á un autre lui©máˆáme.
Avec
l'”Essai sur le don•, pour la premiáŠáre fois dans l'histoire de la
pensá‚áe
ethnologique, un effort á‚átait fait pour transcender l'observation
empirique
et atteindre des rá‚áalitá‚ás plus profondes.
Dans l'Essai sur le don, le social cesse
d'áˆátre dá‚ácrit au compará‚á et
”devient
un systáŠáme •entre les parties duquel on peut dá‚ácouvrir des connexions, des
á‚áquivalences et des solidaritá‚ás.
ex : ”Les produits de l'activitá‚á sociale• (technique, á‚áconomique,
rituelle,
esthá‚átique
ou religieuse) sont rendus ”comparables entre eux•. Mauss (7)
leur
”caractáŠáre commun• d'áˆátre ”transfá‚árables•, selon des modalitá‚ás qui
peuvent
áˆátre
analysá‚áes et classá‚áes, et máˆáme quand elles paraissent insá‚áparables de
certains
types de valeurs, elles sont rá‚áductibles á…á des formes plus
fondamentales,
celles©lá…á gá‚áná‚árales.
(”Elá‚áments du systáŠáme de•: l'echange
. Kula
+ celle du p(7)
1)l'honneur:
2)l'obligation de donner, recevoir et de rendre
cf l'apposition entre moi et autrui (ls)
cf note Les structures mentales universelles)ÜnÜŒ"Cette
”technique opá‚áratoire •(de Mauss) est tier voisine de celle que
Troubetzkoy
et Tak(7), mettaient au point, á…á la máˆáme á‚ápoque oá—á Mausse
á‚ácrivait
l'Essai, et qui devait leur permettre de fonder la linguistique
structurale.
(cf l'analyse phonologique et la (7) au
pour des á‚ácarts
diffá‚árentiels).
Malheureusement, l'Essai est restá‚á á…á
l'á‚átat d'esquisse.
Cependant, LS
signale que l'affirmation de l'analogie entre phá‚ánomáŠánes
sociaux
et langage, telle qu'exprimá‚áe par Mauss, permet de former l'espoir
de la
”mathá‚ámotivation •des phá‚ánomáŠánes sociaux.
(ex: SEP cf note 1)
Et cela
malgrá‚á les "suites fonctionnalistes" que Malinowski a
donná‚á
aux
phá‚ánomáŠánes de l'á‚áchange interhumains. (cf á…á quoi ils
servent)
(cf Mauss : rapport constant entre les phá‚ánomáŠánes.)
”2.2 La "vertu" (de la chose) au
lieu de la structure• :
cf Essai sur le don
©Ì
ÌPourquoi Mauss c'est©il arráˆátá‚á? ©lui qui tenait tous les fils
conducteurs
pour l'á‚álaboration du ”novum organum• des sciences sociales
du XXe
siáŠácle.Þ
OÞ
©Ì
ÌPourtant, Mauss apparaáŒát dominá‚á par
une certitude de type logique :
c'est
l'á‚áchange dans les faits. L'”observation empirique ne lui fournit
pas
l'á‚áchange mais trois obligations : donner, recevoir et
rendre.•Þ
OÞ
©Ì
ÌAu lieu de mettre au jour une structure, il parle d'une vertu (cf le
Non:
l'esprit des choses) ”qui force les dons á…á circuler•.Þ
OÞ
Ì
ÌSelon Levi©Strauss, Mauss auraáŒát dá–á s'apercevoir que c'est ”l'á‚áchange
qui
constitue le phá‚ánomáŠáne primitif•, et ”non les opá‚árations discráŠátes
•en
lesquelles la vie sociale se dá‚ácompose.
Mauss aurait dá–á appliquer
dans
l”'Essai sur le Don• le prá‚ácepte qu'il avait formulá‚á dans le ”Traitá‚á
sur la
magie•:Þ
OÞ
àà"l'unitá‚á du tout est encore plus rá‚áelle que
chacune des parties"
au lieu
de s'acharner á…á construire un tout avec des parties.Þ
JÞ
©Ì
Ì"”Le Non n'est pas la raison derniáŠáre de l'á‚áchange•: c'est la forme
consciente
sous laquelle des hommes d'une sociá‚átá‚á dá‚áterminá‚á ©oá–á le
probláŠáme
avait une importance particuliáŠáre© ont apprá‚áhendá‚á une
”ná‚ácessitá‚á
inconsciente• dont la raison est ailleurs." p.XXXIXÞ
OÞ
©Ì
ÌEn une mot: le Non est l'”illusion subjective• des ethnographes et aussi
parfois
celle des indigáŠánes qui parlent d'eux©máˆámes en raisonnant en
ethnologues.
Þ
OÞ
Selon LS, Mauss
aurait dá–á faire la distinction entre ”jugement
analytique
•(cf logique des relations ) et ”jugement synthá‚átique• (cf logique
classique
qui considáŠáre le Non comme un attibut de l'á‚áchange); (e.g. la
vertu
qui force les dons á…á circuler).
(cf l'intervention má‚ádicale et
le signifiant)ÜnÜŒ
LS retourne au
Traitá‚á sur la Magie (cf les notions de Nons) pour
saisir
"”l'illusion subjective•" dont Mauss a á‚átá‚á l'objet dans l'Essai
sur le
Non.
Ce faisant, il fait la relation entre la
pensá‚áe de Mauss et celle de
(9) :
Mauss anticipe de 10 ans l'á‚áconomie et certaines conclusions des
"Formes
á‚álá‚ámentaires de la vie religieuse" de (9)
”La notion de mana• : (cf magie et religion)
(dá‚áf: l'efficace de dieux
personnels)
Bien qu'etant des explications
du má‚áme type, les notions de mana constatá‚áes
dans
diffá‚árentes aires culturelles (Polyná‚ásie, Indonesie, etc.) ne son pas
un
residu ou un vestige d'une pensá‚áe religieuse plus á‚álaborá‚áe. (cf
(9)
(cf la thá‚áorie á‚ávolutionniste critiquá‚áe par Lá‚ávi©Strauss
cri la penseá‚áe
sauvage.)
Si les conception du type mana sont si
frá‚áquentes et si rá‚ápandues, on
peut se
demander plutá“át si elles ne sont pas une ”fonction d'une certaine
situation
de l'esprit humain• qui apparaáŒátrait chaque fois que cette
situation
est donná‚áe :
ex :Ì
Ì”le manitou• (algoukin © á‚áquivalent du mana) dá‚ásigne tut áˆátre qui n'a
pas
encore un no0n commun; qui n'est pas familier. (cf La Pensá‚áe
sauvage)Þ
OÞ
ex :Ì
Ì”le trou•, ”le machin•, dans nos sociá‚átá‚ás,
©pour qualifier un objet
inconnu
ou dont l'usage s'explique mal, ou dans l'efficacitá‚á nous
surprend
: derriáŠáre machin, il y a mahcine et, plus lointainement,
l'idá‚áe
de force au de pouvoir.Þ
OÞ
àà”(La diffá‚árence• Dans nos
sociá‚átes, ces termes ont un caracter
fluide
et (9) tandis qu'ailleurs ils servent a
fonder des
systáŠámes
rá‚áflá‚ác(9) officiels de signification. cf La pensá‚áe
sauvage).Þ
JÞ
Ce sont un peu ”comme des symboles
algá‚ábraiques pour rá‚ápresenter une
valeur
indeterminá‚áe de signification.
Les
conceptions de type mana ont pour •fonction de signaler le fait
qu'un
”rapport d'inadá‚áquation, s'á‚átablit entre signifiant et signifiá‚á• au
prá‚ájudice
de la raltion complá‚ámentaire antá‚árieure.
(cf quand on ne suit pas
ce que la chose signifie on la nomine "mana".)
Le "mana" est une ”valeur en
ell©máˆáme vide de sens •dont l'unique
fonction
est de ”combler un á‚ácart entre le signifiant et le signifiá‚á•.
”L'erreur de Mauss•, c'est qu'il cherche
l'rigine du mana dans ”un autre
ordre
de rá‚áalitá‚ás• que les relations qu'elle aide á…á construire. Il la
cherche
dans l'”ordre des sentiments•, ”de (10) et de coryances• (epiphjnomáŠánes,
(10)) ie des objets extrensáŠáques au champ d'investigation.
Heureusement, dit©il, le "”Non•"
n'apparaáŒát qu'au dá‚ábut de l'Essai.
ÜlÜŒ "”L'á‚áchange• n'est pas un á‚ádifice complexe, construit
á…á partir des
obligation
de donner, de recevoir et de rendre, á…á l'aide d'un ”ciment
affectif
et nuptique• (cf le "man"). Non. C'est une ”(10) immá‚ádiatement
donná‚áe•
á…á, et par, ”la pensá‚áe symbolique• qui, dans l'á‚áchange commes dans
toute
autre ”forme de communication•, surmonte la ”contradiction• qui lui est
inhá‚árente
de percevoir les choses comme les á‚álá‚áments du dialogue, simultaná‚áment
”sous le rapport de soi et d'autrui•, et destiná‚áes par nature á…á
passer
de l'un á…á l'autre." p.XLVI
"Toutes
les ”opá‚árations magiques• reposent sur la restauration ”d'une
unitá‚á•,
non pas perdui (car rien n'est jamais perdue) ”mais inconsciente•, ou
”moins
compláŠátement consciente •que ces opá‚árations elles©máˆámes"
p.XLII
Lá‚ávi©Strauss
rá‚ásoudra le probláŠáme du "mana", ”en opposant •
l'á‚álaboration du ”symbolisme• á…á
celle de la ”connaissance•.
(cf la catá‚ágorie de l'imaginaire de
Lacan? "le mana n'est pas de l'ordre du
rá‚áel
mais de celui de la pensá‚áe...:
Il
rappelle que ”le langage• n'a pu ”naáŒátre• que ”tout d'un coup• : un stade
oá—á
rien n'a de sens vers un autre oá—á tant en a.
Le changement radical est sans
contrepartie dans le domaine de la
”connaissance•
qui, elle, s'á‚álabore lentement et progressivement.
Il existe donc une ”opposition fondamentale •
dans l'histoire de
l'esprit
humain :
1)Ì
Ì”Le symbolisme :ayant un caractáŠáre de •discontinuitá‚á;
oá—á les deux
catá‚ágo¬ries
du signifiant et du signifiá‚á ”ce sont constituá‚áes simultaná‚áment et
solidairement • comme deux blocs complá‚ámentaires. (ex: on
trouve
un signifiá‚á pour un signifiantsans savoir ce qu'il
signifie)Þ
OÞ
2)Ì
Ì”la connaissance• : marquá‚áe de
”continuitá‚á• (processus intellectual qui
permet
d'identifier les uns par rapport aux autres certains aspects du
signifiant
et certains aspects du signifiá‚á)Þ
OÞ
(cf la thá‚áorie du signifiant chez Lacan : "un signifiant est un sujet
pour
un
autre signifiant")
Donc,
l'Univers a signifiá‚á bien avant qu'on ne commence á…á savoir ce
qu'il
signifiait.
"Le
”prográŠás de l'esprit humain• (cf de la ”connaissance •scientifique)
n'a pu
et ne pourra jamais consister qu' á…á rectifier des dá‚ácoupages,
proceder
á…á des regroupements, dá‚áfinir des appartenances et dá‚ácouvrir des
ressouces
neuves, au ”sein d'une totalitá‚á fermá‚áe •(cf ”le symbolisme•) et
complementaire
avec elle©máˆáme." p.XLVIII
En
outre, "nous pouvons nous attendre á…á ce que la relation entre
”symbolisme
et connaissance • conserve des ”caractáŠáres comunes• dans les
sociá‚átá‚ás
non industrielles et dans les n147tres, tout en ”á‚átant iná‚ágalement
marquá‚áes.•
(cf dá‚ácalage entre symbolisme et connaissance dans certaines
sociá‚átá‚ás
moins dá‚áveloppá‚áes).
”Cependant
on peut dire que •:ÜnÜŒle travail de pá‚árá‚áquation du signifiant par rapport
au signifiá‚á a á‚átá‚á
poursuivi
de faá‡áon ”plus má‚áthodique• et plus ”rigoureuse• á…á partir de la
naissance
de la ”science moderne•.
”Mais constamment encore•, l'homme dispose dáŠás son origine d'une
”intá‚ágralitá‚á
de
signifiant• dont il est fort embarassá‚á pour faire l'allocation á…á un
signifiá‚á,
donná‚á comme tel sans áˆátre pour autant connu.
Il existe une ”surabondance de signifiant•
par rapport aux signifiá‚ás sur
lesquels
elle peut ce poser.
"Cette distribution d'une "”ration supplá‚ámentaire•"(du
signifiant)est
absolument
necá‚ássaire pour qu'au total, le
signifiant disponible et le
signifiá‚á
rá‚áferá‚á restent entre eux ”dans le rapport de complementaritá‚á• qui
est la
condition máˆáme de l'exercice de la pensá‚áe symbolique." p.
XLIX
(cf le langage en tant que code.
”En conclusion• :
”Les notions de type mana• qui ne sont pas disparues dans
notre mentalitá‚á et
dans
nos sociá‚átá‚ás”•, reprá‚ásentent ce ”signifiant flottant• qui est la
”servitude
de
toute pensá‚áe finie• (mais qui est aussi le gage de tute poá‚ásie, de toute
invention
mythique et esthá‚átique) © máˆáme si la connaissance scientifique
est
capable de la discipliner partiellement.
Si selon Mauss, tous les phá‚ánomáŠánes sociaux peuvent áˆátre assimilá‚ás au
langage,
on peut voir dans le” mana, le (12) • et autres notions du máˆáme
type,
”l'expá‚árience consciente d'une fonction sá‚ámantiuqe•, dont le rá“ále est
de
permettre á…á la pensá‚áe symbolique de s'exercer malgrá‚á la contadiction qui
lui est
propre." p.I
En effet ”Mauss• dá‚ásigne ainsi le mana et ses (13) :
© force et action'
© qualitá‚á et á‚átáƒát;
© substantif, adjectif
et verbe á…á la fois'
© abstraite et concráŠáte;
© omniprá‚ásente et localisá‚áes.
Le "”mana•" peut donc áˆátre
considá‚árá‚á, selon Lá‚ávis©Strauss, ”comme
symbole
á…á l'á‚átat pur•, donc susceptible de se charger de n'”importe quel
contenu
symbolique•. Comme en linguistique un
phonáŠáme peut prendre une
valeur
zá‚áro á…á condition de ne pas áˆátre un terme de groupe.
Pour Lá‚ávi©Strauss, cette conception de la
notion de type mana est
fidáŠále
á…á la pensá‚áe de \mauss qui revendiquait les dá‚ácouvertes á…á faire dans
"ces
zones obscures oá—á des formes mentales difficilement accessibles ne
sont
souvent perá‡áuess que rá‚áfractá‚áes dans une trouble aurá‚áole
d'affectivitá‚á.