COURS XVI

 

 

 

 

V.B. Entretien avec André Lussier, vendredi 24 janvier 1986

 

[L'entretiien d'André Lussier avec Jacques Mauger et François Peraldi n'a pas étj enregistré, nous reprenons ici un entretien paru dans Frayages III qui traite des mêmes thèmes que ceux abordés lors de l'4entretien du séminaire.]

 

     Quand je suis arrivé à l'Université, l'Institut de Psychologie existait depuis quelques années et, en psychiatrie comme en mé­de­cine, on ne parlait pas du tout de Freud.  J'avais des amis, des étudiants en médecine, Jean Boulanger était l'un deux.  Je m'étais inscrit en psychologie avec l'idée, un jour peut-être, de fonder une école pour adolescents et jeunes enfants à partir de six ans.

 

     Je m'orientai donc vers l'éducation en général et il n'était pas question de psychanalyse.  Le département de psychologie venait d'être fondé par un dominicain, le Père Mailloux qui avait fait sa théologie à Rome.  Et son ordre, pour diverses raisons, l'avait en­voyé aux Etats-Unis se spécialiser en psychologie.  Pourquoi Mail­loux?  Parce qu'à Rome il avait été confronté, malgré lui, avec des moines déjà passionnés par la psychanalyse et par la pensée de Freud.  Freud, et non pas Jung.  Parmi eux, il y avait le père Gemelli, en Italie, et en France, des dominicains plus audacieux que d'autres, dont le père Plé, par exemple, directeur du "Supplé­ment de la Vie spirituelle", qui publiera - le supplément - sur la psychanalyse, de façon favorable et pertinente.

 

     Mailloux  va donc aux Etats-Unis.  Après avoir été confronté à la psychanalyse en Europe - il s'agissait là surtout d'une for­mation expérimentale - il fait une thèse de doctorat en psychologie sur la mémoire.  Il ne connaît pas beaucoup la pensée freudienne, mais ça le travaille.   On dira ce qu'on voudra de Noel Mailloux, et on peut lui prêter bien des défauts, il reste qu'il avait un esprit audacieux, ouvert à tous les débats intellectuels.

 

     Mis au défi en quelque sorte, il commence à lire Freud et se passionne pour cette lecture.  Et pour mieux saisir la pensée de Freud, il se met à l'enseigner.  J'étais parmi ses premiers élèves.

 

 

Question: Le texte de Freud était-il en anglais, en français ou en allemand?

 

Réponse:  Il était en partie anglais, en partie en allemand, et nous recevions un certain nombre de publications en français.

 

 

     Aujourd'hui, en première année de psychologie, les étudiants sont plus d'une centaine.  Nous étions six alors.  Et dans ces six-là, il y avait Madame Clerk, psychanalyste aujourd'hui, Thérèse Gouin Décarie, spécialiste de Piaget et praticienne de la psycho­thé­rapie psychanalytique des enfants, pendant quelque temps.

 

     Donc Mailloux, épris de psychanalyse, se met à l'enseigner.  C'est lui qui nous disait, à propos de la carrière de professeur:  "dans le premier tiers, on enseigne ce qu'on ne sait pas, on ensei­gne ce qu'on apprend; dans le deuxième tiers, on enseigne ce qu'on a compris, et dans le dernier tiers, on enseigne ce qui est utile aux étudiants."

 

     C'est un homme très brillant, un homme qui pensait et qui était capable d'assimiler comme il avait assimilé Saint-Thomas, qu'il connaissait à fond.  Il avait une bonne formation en philoso­phie.  Il s'est donc mis à nous enseigner Freud; d'abord à partir de textes dont nous disposions déjà, l'Introduction générale, en­sui­te les Nouvelles Conférences et l'Interprétation des rêves (je done les titres en français).  Le manuel de base était celui d'Otto Fénichel, la grosse brique de Fénichel qui venait d'être publiée, en 1945.  Et nous, on se lance avec Mailloux qui nous enseigne, le livre devant lui.  Il lisait en anglais, ça n'existait pas encore en français.

 

     Pendant ce temps-là, enseignait également un autre dominicain, du nom d'Augustin - devenu Austin - Deslauriers.  Il était allé aux Etats-Unis, lui aussi, pour se spécialiser dans les techniques pro­jectives et il est devenu notre premier spécialiste du Rorschach et du T.A.T.

 

     Il y avait souvent des controverses entre Mailloux et lui; c'étaient deux personnalité très brillantes:  Deslauriers était réfractaire à la psychanalyse et Mailloux, lui, essayait de l'ame­ner à Freud - confrontation éclairante dont nous étions témoins.

 

     Alors, je me suis mis à lire Freud et j'ai eu le coup de fou­dre en lisant l'Introduction générale, en français, et les Nouvel­les Conférences; mais c'est surtout avec le premier de ces deux livres que mon orientation s'est décidée:  pour la psychana­lyse, à coup sûr.

 

     C'est ainsi que Mailloux, seul, a gagné ses trois élèves à la psychanalyse.  Nous avons formé un petit groupe qui avait le feu sacré.  C'est tout juste si on n'était pas ensemble 24 heures sur 24, sept jours par semaine, à discuter.  On lisait Freud, Fénichel, sans discontinuer ou presque.

 

     A l'époque, l'Institut de Psychologie n'était qu'un départe­ment au sein de la faculté de philosophie.  Mailloux s'intéresse de plus en plus au Supplément de la Vie Spirituelle,   le directeur de cette revue, le père Plé, qui publie des articles de philosophes et de psychiatres ouverts à la psychanalyse.  La psychanalyse est mal vue au sein de l'Eglise officielle et en 1945 un moine qui s'y adonne risque beaucoup (en dramatisant un peu).

 

     Le père Plé est un esprit audacieux qui veut faire entrer la psychanalyse dans les couvents.  Sinon, pense-t-il, les vocations religieuses resteront sans assises solides, menacées par les moti­vations névrotiques.  Il trouve alors une astuce; il communique avec Charles-Henri Nodet, psychanalyste français, un catholigue qui a une "plume", et lui dit:  "tu vas m'écrire une lettre ouverte pour le Supplément - les suppléments sont des numéros spéciauux qui peuvent déborder la théologie - tu vas m'écrire une lettre - Rome ni personne ne pourra me cogner sur les doigts, puisque c'est une lettre.  C'est un texte extraordinaire, dit dans une langue extra­ordinaire, avec beaucoup de tact mais aussi beaucoup de franchise.

 

     Et le père Plé dit aux moines:  "Faites attention, faites at­tention, vous avez fait des voeux, mais il peut y avoir plusieurs types de motivation pour vous amener à prononcer des voeux, entrer en religion, sacrifier la sexualité.  Vous avez vos motivations conscientes, mais aujourd'hui, de plus en plus, on commence à pen­ser que Freud n'a pas prononcé que des hérésies sur les motiva­tions inconscientes.  C'est aussi le devoir d'un chrétien que d'y voir clair (etc.)."

 

     Cette lettre fut une bombe.  En fait, elle marquait le début de controverses passionnées avec les représentants de la droite et de l'extrême-droite, au sujet de la psychanalyse.

 

     Or on savait bien qu'il y avait quelques dominicains et aussi quelques moines en Italie prêts à affronter les tabous et même à risquer l'excommunication.  D'ailleurs, peu après le Pape a jeté l'anathème contre les partisans de la psychanalyse - mais ça n'en a arrêté aucun - on continuait à lire Freud.

 

     Naturellement, Mailloux était au courant de tout cela.  Nous nous sommes abonnés au Supplément.  Bientôt, nous avons délaissé presque tous les autres auteurs - il n'y avait plus que Freud qui comptait - et cela, pendant trois ans, Freud avec la bénédiction de St-Thomas.

 

     Mailloux, entouré principalement de ces trois étudiants, a formé une sorte de cénacle.  Puis il a voulu élargir le cercle et il est entré en contact avec un psychanalyste français, Lagache, un catholige - Lagache a été longtemps tenté, en 46 ou 47, de venir enseigner la psychanalyse au département de Psychologie du père Mailloux, ne fût-ce que quelques mois par an.

 

     Et Lagache, je ne sais plus pourquoi, s'est désisté.  Il n'est pas venu, mais il donne à Mailloux le nom de Chentrier (dont vous avez entendu parler).  Tout cela a pris du temps.

 

     C'est à ce moment-là, entre 1945 et 1950, qu'arrive d'Espagne un homme dont j'ai raconté la fuite dramatique de son pays.  Cet Espagnol, Miguel Prados, est devenu un ami.  Pas du tout quelqu'un à qui il faut dire ce qu'il doit faire ou ce qu'il doit penser.  Il était neurologue, un des disciples les plus brillants de Ramon Y. Cajal, le grand neurologue espagnol.

 

     Vers 1930, Prados, psychiatre et neurologue déjà connu par ses écrits en neuro-psychiatrie, avait été nommé directeur d'un asile en Espagne.  On peut imaginer ce que ça pouvait être à l'époque, les asiles.  Quelque chose de bestial.

 

     Prados, un homme cultivé, épris de liberté - il a participé éffectivement à toutes sortes de luttes pour la liberté - est nommé directeur, avec tous pouvoirs.  C'était avant le régime de Franco.  Il avait beaucoup lu sur la psychiatrie française et il connaissait bien Pinel.

 

     Il va dans l'asile et trouve des cachots.  Il trouve les mala­des enchaînés, tous, quel que soit le degré de psychose ou de né­vro­se dont ils souffrent.  Cela le révolte au point d'en trembler encore, plusieurs années après, quand il le racontait.  Avec un camion de l'armée et quelques collègues complices, il fait acheter de grosses massues, des pics et des pelles, qu'il distribue à tous ses malades, après les avoir libérés de leurs chaînes.  Sans deman­der aucune permission ils se mettent à démolir les asiles, les ca­chots et commencent à organiser une vie de groupe.  Le résultat ne s'est pas fait attendre:  Prados a eu un procès, qu'il a gagné.  Aux gens du Gouvernement qui l'accusaient il a déclaré:  "Vous m'avez donné carte blanche.  C'est moi le spécialiste, c'est moi l'expert".

 

     Il s'est donc mis à traiter ses malades comme des êtres hu­mains et a commencé avec eux une psychothérapie de groupe.  Ceci il le raconte simplement, non comme un homme imbu de lui-même, mais comme quelqu'un de sensible à la souffrance d'autrui.

 

     Cette homme-là a fait la guerre civile; il était évidemment anti-Franco.  Menacé de peine de mort, il a dû fuir son pays avec sa famille.  Il avait déjà plusieurs enfants, à ce moment-là, très jeunes, et le seul moyen de fuir était de se cacher dans une voitu­re de pommes de terre, tirée par des chevaux.  Et toute la famille, à plat ventre sous les joncas de terre avec juste assez d'air pour ne pas suffoquer, a pu passer la frontière.  Là, tout était orga­nisé.  Il était assez connu pour écrire à Penfield, le grand neuro­logue de McGill, et Penfield lui avait répondu:  si vous venez ici, vous aurez un poste.  C'est ainsi qu'il est arrivé au Canada, avec sa famille, tous sains et saufs malgré les balles à la frontière.  Et lui qui avait commencé à se passionner pour la psychanalyse, en Espagne, s'est mis à enseigner Freud, sans en demander la permis­sion.  Il a été le premier à l'enseigner de façon suivie, à McGill, en anglais, dans un anglais assez incompréhensible il faut bien le dire.

 

     Il a été aussi le premier à enseigner la psychothérapie psy­cha­na­lytique de groupe et j'ai assisté à presque toutes ses leçons de groupe.  Il lui fallait beaucoup de "guts", de courage, car il y avait des étudiants en médecine ou en psychiatrie qui se mo­quaient de lui parce qu'il parlait de Freud, de psychothérapie et non de médicaments.  Mais lui ne s'en occupait pas, tout entier à ce qu'il croyait.

 

     Prados était un esprit chrétien.  Il entendit parler d'un nom­mé Mailloux, qui enseignait la psychanalyse, et ils se sont rencon­trés.  Les deux hommes se sont liés d'amitié, et Prados a été la première personne à enseigner la psychosomatique au pays.  Cela, à l'Institut de Psychologie de l'Université de Montréal, et non en médecine.  C'est là que quelques étudiants de médecine venaient suivre des cours, parce qu'il n'y avait que là qu'on parlait de Freud et de psychosomatique.  Il y a eu Boulanger, entre autres, puis quelques autres, des exceptions en fait.

 

     Après quelque temps, Prados ayant la permission d'utiliser les locaux du McGill Social Work, rue McTavish a fondé le Montreal Psycho­analytic Club qu'il a appelé ainsi parce qu'il se trouvait à McGill.  Nous en avons été les premiers membres, avec Mme Clerk comme première secrétaire.  On se réunissait tous les 15 jours, à l'écart des mouvements officiels.  Prados entra en contact avec les plus grands psychanalystes de l'époque aux Etats-Unis.  Mais parce qu'on n'avait pas assez d'argent ils sont venus gratuitement.  Plus exactement, seul leur voyage était payé, et ils ne demandaient rien pour le reste.  Prados allait les chercher à l'aéroport, les emme­nait coucher chez lui et, le lendemain, il les reconduisait à l'aé­roport.  Les fonds manquaient pour faire venir des psychanalys­tes d'outre-Atlantique.

 

     C'est ainsi que, tous les 15 jours, nous avons eu tour à tour la visite de Georges Devereux, de René Spitz, de Gregory Zilboorg; et aussi celle des deux Bibring Edouard et Greta, de Geza Roheim, l'anthropologue psychanalyste, du psychanalyste Loewenstein et de Rappoport.  Quelques exemples parmi tous ceux qui venaient.

 

     C'est après cela que Chentrier est venu, à la suite des pour­parlers que Mailloux avait commencés avec Lagache.  Puis ce fut le tour de Chentrier de faire partie du Montreal Psychoanalytic Club.

 

     Zilboorg a été l'un des premiers à venir; c'est une étape que j'avais oublié de signaler, qui date d'avant le Montreal Psycho­analytic Club.  Cela se passait au moment où Mailloux discutait avec Deslauriers, un peu avant l'arrivée de Prados.

 

     Zilboorg, aux Etats-Unis, s'intéresse à tout, par lui-même.  Il se met à lire Saint Thomas d'Aquin et se dit que, pour bien le connaître, il doit apprendre le latin.  C'est un Russe qui a fait la révolution et qui était le secrétaire général du parti socialis­te; comme les socialistes et les communistes ne s'entendaient pas, il a fui en Allemagne.  Là, on l'a forcé à reprendre la médecine; il a appris l'allemand et, au moment où il allait exercer la méde­cine et la psychiarie, Hitler est arrivé et il a dû émigrer aux Etats-Unis où il a dû refaire toute sa médecine.

 

     C'est un passionné d'histoire.  Quand il nous en parlait, c'en était presque hallucinant.  Il a appris le latin et le grec, il a lu tout Saint-Thomas.  Puis, ayant vu des correspondances entre la pensée de Freud et celle de Saint-Thomas, il a été le premier à écrire sur le sujet.  Là-dessus, le livre, publié aux Etats-Unis, est arrivé à Mailloux et à Deslauriers qui se sont dit qu'il fal­lait à tout prix rencontrer cet homme.

 

     Ils font donc venir Zilboorg avec qui Mailloux se lie d'une amitié qui a duré des années.  Chaque année, Zilboorg vient nous donner une série de leçons sur la psychanalyse.  L'été, il vient passer un mois avec nous, au lac Wapizagouk, en pleine forêt, avec les ours, en Mauricie, chez un ami de Mailloux qui mettait sa mai­son de campagne à notre disposition, pour des séminaires de psycha­na­lyse.  On était une douzaine.  Zilboorg faisait la cuisine à la russe, et on était tous malades!

 

     C'est à ce moment-là que Mailloux rêve de fonder un Institut de Psychanalyse qui un jour serait reconnu par l'Association Inter­nationale.  Ce rêve s'écroule.  Mailloux n'a jamais été psychana­lysé, or l'internationale entend respecter les règles.  En dépit des efforts de Zilboorg et de Bartemeier rien n'y fait:  l'Institut ne peut être fondé par des dominicains et à plus forte raison par quelqu'un qui n'est pas membre de l'Association Internationale.

 

     Mais le Montreal Psychoanalytic Club, lui, va continuer pendant quelques années, sur l'influence de Mailloux, de Prados et de Zilboorg.  Puis plusieurs jeunes sont partis.  Boulanger est parti à Paris, Bruce Ruddick, aux Etats-Unis.  Moi, je suis parti en Angleterre.

 

Question: Parmi ceux dont il a été question, qui avait été analysé?

 

Réponse:  Personne.

 

 

     Mailloux prétend qu'il a fait avec Zilboorg ce que Ferenczi a fait avec Freud.  Mailloux confiait ses rêves à Zilboorg.  Il y avait des séances intenses.  Et je suis sûr que Prados de son côté honnête et épris de vérité comme il l'était, est allé plus loin dans son auto-analyse que bien des gens officiellement analysés...  Il est vrai que Zilboorg dit avoir été analysé pendant quelques semaines par Frank Alexander, ce qui n'a pas empêché les hostilités entre les deux.  En fait, tout cela n'avait rien d'officiel et n'a pas nui à notre ardeur, bien au contraire.

 

     Puis les gens se sont éparpillés.  Ils revenaient au bout de deux ou trois ans, mais voulaient faire partie de l'Association In­ternationale parce que chacun, y compris moi, pensait qu'il fal­lait quelque chose d'officiel au Canada.  Alors Prados, magnani­me, s'est retiré en faveur de Chentrier qui, lui, avait été psychanalysé par Charles Odier, pour permettre la Fondation d'un groupe internatio­na­lement reconnu.  Pendant ce temps, le Montreal Psychoanalytic Club continuait d'exister puisqu'il n'appartenait qu'à lui-même, c'est-à-dire à Padros et à Mailloux.  Chentrier, à son tour, je crois, se désista en faveur de je ne sais plus qui, parce qu'il n'é­tait pas médecin.

 

     C'est alors qu'à Montréal, les gens ont changé leur fusil d'é­paule et ont ignoré les Etats-Unis.  Ils se sont tournés vers l'An­gleterre, et c'est l'Angleterre qui nous a parrainés, auprès de l'As­sociation Internationale.  Ce qui a déclenché bien des querel­les avec les Etats-Unis qui ont essayé de bloquer la chose en di­sant que le Canada faisait partie de l'Amérique et non de l'Europe.  Parkins en a parlé.

 

     Le changement de parrainage s'est donc fait autour de la ques­tion médicale.  C'est à ce moment-là que Scott, venu d'Angleterre, a pris des positions héroïques.  C'est Cameron qui l'avait fait venir, pressé par un petit groupe d'étudiants en médecine intéres­sés par la psychanalyse, et Cameron a choisi Scott pour introduire la psychanalyse au sein de la psychiatrie, à McGill.

 

     Scott a voulu garder des contacts avec la Société et l'Insti­tut de Psychanalyse de Montréal et il a refusé d'obéir à Cameron qui voulait qu'on ne forme que des psychanalystes médecins.  Came­ron l'a forcé à donner sa démission et il a dû quitter son poste.

 

     Tout n'était pas beau, il faut bien l'avouer.  Bien des choses se faisaient en-dessous, comme pour Allastair McLeod qui travail­lait, en secret, contre Scott pour devenir le personnage officiel.

 

     Le plus triste dans tout cela, parce que ça implique des amis personnels, surtout Prados, c'est que Scott est arrivé en coloni­sateur.   Il s'est conduit en grand manitou, un peu comme si le Montreal Psychoanalytical Club n'avait jamais existé et il s'est mis à bardasser là-dedans, sans jamais s'occuper de Prados, comme si rien n'avait existé avant lui.  Et cela a beaucoup affecté Prados.

 

     Prados ne pouvait pas dire grand-chose:  il n'appartenait à aucun Institut.  Mais un peu plus tard, grâce à ses publications et aux gens qu'il a rencontés, il a réussi à se faire suffisamment reconnaître pour être élu membre de la Société Britannique.  Cela a changé bien des choses pour lui, et pourtant il s'est engagé à ne jamais faire de "Training Analysis", leçon d'honnêteté et d'éthique qui aurait dû en inspirer d'autres parmi nous.

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