" Nous disons aussi : "Vous pouvez voir que je suis guidé
par cela" - et que voyez-vous quand vous voyez cela?
Quand je me dis : "Mais je suis guidé" -
je fais peut-être un mouvement de la main, qui exprime le fait de
guider. Faites un tel mouvement de la main comme si vous conduisiez quelqu'un,
et ensuite demandez-vous en quoi consiste le caractère guidant
de ce mouvement. Car vous ne conduisez personne. Mais vous vouliez encore
nommer le mouvement : un mouvement de "conduite". Ce mouvement et
ce sentiment ne contiennent pas l'essence de conduire, et cependant ce
mot s'impose à nous. Ce n'est qu'une forme du phénomène
de conduire qui nous impose cette expression." (ibid., 178)
" Supposons que quelqu'un dise : chaque mot familier, d'un livre, par
exemple, se présente à notre esprit, déjà enveloppé
d'une atmosphère, d'une sorte de "halo" d'acceptions, d'usages à
peine indiqués. Tout de même que si chaque figure, sur un
tableau, était environnée de scènes délicatement
dessinées et estompées, pour ainsi dire située dans
une autre dimension, et que nous voyions ici les figures dans d'autres
contextes. Prenons au mot cette supposition! Il apparaîtra tout de
suite qu'elle ne saurait expliquer une intention.
Car s'il se trouve que les possibilités
d'user d'un mot s'offrent à notre esprit sous diverses nuances au
moment de parler ou d'entendre, ceci vaut seulement pour nous. Mais nous
voulons nous faire comprendre par d'autres personnes sans savoir pour autant
si elles sont sujettes aux mêmes expériences que nous.
Que répondre à quelqu'un qui nous dirait
que pour lui la compréhension est un processus intérieur
? Que lui répondre, s'il nous disait que pour lui, savoir jouer
aux échecs constitue un processus intérieur ? - Nous pourrions
dire que du moment que nous voulons savoir s'il peut jouer aux échecs,
alors il nous faudrait attirer son attention sur les critères qui
nous démontreraient sa capacité, et d'autre part sur les
critères des "états intérieurs".
Quand même quelqu'un n'aurait une capacité
particulière que dans le moment et seulement pour autant qu'il éprouverait
un sentiment déterminé, ce sentiment ne serait tout de même
pas la capacité.
La signification d'un mot n'est pas l'expérience
qu'on a à l'entendre ou à le prononcer, et le sens d'une
phrase n'est pas le complxe de telles expériences...
Bien que chaque mot - pourrait-on dire -puisse avoir un
caractère différent dans différents contextes, il
n'en a pas moins toujours un caractère - une physionomie. Il nous
regarde en effet. Mais une physionomie peinte sur un tableau nous regarde
aussi.
Etes-vous sûr qu'il y ait
un seul sentiment de si, et non pas plusieurs ? Avez-vous
essayé de prononcer le mot dans une grande varitété
de contextes ?...(Ibid., VI)