" Lorsque j'épelle intérieurement l'alphabet, quel est le critère qui me permet de juger que je fais la même chose qu'un autre qui l'épellerait par-devers soi ? On pourrait découvrir que dans mon larynx se passe la même chose que dans le sien. (Et ainsi lorsque tous deux nous penserions à la même chose, ou désirerions la même chose, etc. ) Mais serait-ce pour nous apprendre l'usage des mots "se dire à soi-même telle ou telle chose" que d'attirer l'attention sur quelque processus dans le larynx ou dans le cerveau ? Ne serait-il pas possible qu'à notre représentation du son a correspondissent différents processus physiologiques ? La question est ici de savoir : comment comparer nos représentations ? " (Investigations, 376)

" Nous disons aussi : "Vous pouvez voir que je suis guidé par cela" - et que voyez-vous quand vous voyez cela?
   Quand je me dis : "Mais je suis guidé" - je fais peut-être un mouvement de la main, qui exprime le fait de guider. Faites un tel mouvement de la main comme si vous conduisiez quelqu'un, et ensuite demandez-vous en quoi consiste le caractère guidant de ce mouvement. Car vous ne conduisez personne. Mais vous vouliez encore nommer le mouvement : un mouvement de "conduite". Ce mouvement et ce sentiment ne contiennent pas l'essence de conduire, et cependant ce mot s'impose à nous. Ce n'est qu'une forme du phénomène de conduire qui nous impose cette expression." (ibid., 178)

" Supposons que quelqu'un dise : chaque mot familier, d'un livre, par exemple, se présente à notre esprit, déjà enveloppé d'une atmosphère, d'une sorte de "halo" d'acceptions, d'usages à peine indiqués. Tout de même que si chaque figure, sur un tableau, était environnée de scènes délicatement dessinées et estompées, pour ainsi dire située dans une autre dimension, et que nous voyions ici les figures dans d'autres contextes. Prenons au mot cette supposition! Il apparaîtra tout de suite qu'elle ne saurait expliquer une intention.
   Car s'il se trouve que les possibilités d'user d'un mot s'offrent à notre esprit sous diverses nuances au moment de parler ou d'entendre, ceci vaut seulement pour nous. Mais nous voulons nous faire comprendre par d'autres personnes sans savoir pour autant si elles sont sujettes aux mêmes expériences que nous.
   Que répondre à quelqu'un qui nous dirait que pour lui la compréhension est un processus intérieur ? Que lui répondre, s'il nous disait que pour lui, savoir jouer aux échecs constitue un processus intérieur ? - Nous pourrions dire que du moment que nous voulons savoir s'il peut jouer aux échecs, alors il nous faudrait attirer son attention sur les critères qui nous démontreraient sa capacité, et d'autre part sur les critères des "états intérieurs".
   Quand même quelqu'un n'aurait une capacité particulière que dans le moment et seulement pour autant qu'il éprouverait un sentiment déterminé, ce sentiment ne serait tout de même pas la capacité.
   La signification d'un mot n'est pas l'expérience qu'on a à l'entendre ou à le prononcer, et le sens d'une phrase n'est pas le complxe de telles expériences...
   Bien que chaque mot - pourrait-on dire -puisse avoir un caractère différent dans différents contextes, il n'en a pas moins toujours un caractère - une physionomie. Il nous regarde en effet. Mais une physionomie peinte sur un tableau nous regarde aussi.
   Etes-vous sûr qu'il y ait un seul sentiment de si, et non pas plusieurs ? Avez-vous essayé de prononcer le mot dans une grande varitété de contextes ?...(Ibid., VI)
 
 

Hosted by www.Geocities.ws

1