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Avant de repartir pour Islamabad et
Kaboul, pour couvrir la suite des événements en Afghanistan,
la correspondante de la télévision de Radio-Canada
à Pékin, Céline Galipeau, est allée
en Inde, où elle a séjourné du 3 au 11 mars.
Ses affectateurs de Montréal et Toronto ont pris la décision
de l'y envoyer, à la suite des actes de violence mettant
en cause les communautés hindoues et musulmanes de la province
de Gujarat, dans la partie occidentale de l'Inde. Céline
s'est rendue notamment dans la ville de Godhra, là où
la mort de 58 pélerins hindous, morts brûlés
dans un train incendié par des musulmans, a déclenché
cette nouvelle vague de violence.
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De l'Inde, je garderai l'image d'un
homme. Un musulman. Il avait les yeux terrorisés. Les mains
jointes. Il suppliait une foule d'hindous fanatiques de lui laisser
la vie sauve... Dans l'État indien de Gujarat des centaines
de musulmans sont morts, brûlés vifs dans leurs maisons
ou massacrés à l'arme blanche dans la rue. Et cela
s'est passé sous les yeux des policiers qui ne sont jamais
intervenus pour les protéger! Le carnage a pu durer plusieurs
jours avant que le gouvernement ne réagisse et n'envoie l'armée
pour ramener le calme.
Ailleurs, cela aurait sans doute pris
bien moins que cela pour faire tomber un gouvernement. Pas en Inde.
Et tout ce que le chef de police s'est borné à nous
dire, c'est qu'après tout, ses hommes aussi avaient des émotions,
et qu'ils partagaient les mêmes sentiments que le reste de
la population!
Ce n'est qu'en arrivant dans la petite ville de Godhra
que j'ai réalisé à quel point cette violence
religieuse semblait être « normale » en Inde,
depuis les massacres qui ont mené à la partition en
1947. C'est à Godhra, souvenez-vous, que des musulmans ont
mis le feu à un train qui transportait des extrémistes
hindous, faisant 58 morts, ce qui a provoqué les représailles
que l'on sait de la part des hindous.
D'un côté les musulmans
Comme dans le reste de l'Inde, les 2 communautés
vivent ici séparées. Du côté musulman,
dans ce que les habitants appellent le Petit Pakistan, les rues
sont jonchées de déchets. Depuis l'incendie, cette partie de la ville a été
bouclée par le gouvernement, et aucun service n'est assuré.
Une forme de châtiment collectif. Ce n'est pas tout. Sous
prétexte de devoir élargir les routes, les autorités
ont entrepris de démolir des rangées entières
de maisons musulmanes! Une autre forme de châtiment collectif
qui ne fait qu'ajouter au sentiment d'injustice et d'insécurité
de la minorité musulmane. Tous les musulmans m'ont fait part
de leur indignation, de leur impression d'être des citoyens
de deuxième classe, abandonnés par les autorités
en place.
de l'autre, les hindous
Dans la Petite Inde, du côté hindou, l'ambiance
n'est pas aux regrets pour la mort de centaines de musulmans. Les
Hindous restent intransigeants: « Il fallait leur montrer
que nous sommes les plus forts », m'ont-ils dit. Ou encore
: « Il fallait leur donner une leçon, car ils
ne peuvent pas nous faire ça ». Et encore « C'est
ce qu'ils méritaient ». Le tout abondamment ponctué
de commentaires racistes, sur la propreté des musulmans ou
sur leurs coutumes.
Deux communautés. Deux mondes. Et un gouvernement
qui ne semble pas faire grand-chose pour contrôler les extrémistes
des deux côtés qui attisent la haine. Car, bien sûr,
il y a des motifs politiques derrière tous ces évènements.
Reste qu'en Inde, le conflit est le même que dans tant d'autres
endroits dans le monde. On brûle, on massacre, on égorge
au nom de la religion. Comme si Dieu donnait le droit de tuer, encore et encore.
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