Le magicien Harry Potter agace les critiques chrétiens conservateurs
LOS ANGELES (AP) - Le nouveau film Harry Potter, qui sort sur les écrans nord-américains la semaine prochaine, suscite la colère d'un petit groupe d'intégristes chrétiens américains: le jeune magicien pousserait les enfants à la sorcellerie et au péché.
Alors que l'excitation grandit avec l'imminence de la sortie du film "Harry Potter et la pierre philosophale" ("à l'école des sorciers", au Québec), d'autres chrétiens soutiennent que ce sont des histoires inoffensives sur la magie et la morale.
"Je suis si fatiguée d'entendre ces personnes dire qu'il est le diable", se plaint Connie Neal, auteure chrétienne qui a étudié les plaintes sur Harry Potter. "Ils ont choisi d'interpréter les livres d'une manière très sélective."
Cependant, d'autres auteurs maintiennent leurs réserves sur le mysticisme du monde de Harry Potter, dans lequel des magiciens prédisent l'avenir, changent la forme des objets et communiquent avec les esprits.
"Bien que l'histoire soit de la fiction, Harry Potter dresse des parallèles entre monde réel et monde occulte", estime Richard Abanes, auteur de "Harry Potter et la Bible: la menace derrière la magie".
"Les livres parlent d'astrologie, de numérologie, de divination", affirme M. Abanes. "Les enfants sont fascinés par cela et il aiment imiter (ce qu'ils voient)".
Richard Abanes participe à une tournée de huit villes pour faire la promotion de son livre jusqu'au 16 novembre, date de sortie du film au cinéma, qui met en vedette Daniel Radcliffe dans le rôle de ce jeune adolescent qui découvre ses pouvoirs magiques le jour de son 11e anniversaire.
"Il y a une réelle inquiétude religieuse", estime Jana Riess de Publishers Weekly, qui a animé un débat entre Connie Neal et Richard Abanes lors du congrès des détaillants chrétiens, en juillet dernier.
Mme Riess fait le rapprochement entre les critiques actuelles et celles entendues lors de la publication du "Magicien d'Oz", il y a un siècle.
De son côté, l'auteure de Harry Potter, l'écossaise J. K. Rowling, trouve "absurde" les accusations des intégristes chrétiens, soutenant que le monde de Harry Potter est totalement imaginaire.
"J'ai rencontré des milliers d'enfants, et pas une fois un enfant n'est venu à moi en me disant: 'je suis si heureux d'avoir lu ces livres, parce que, maintenant, je veux devenir un sorcier'."
Mais les ennemis de Harry Potter abondent. Les livres de la série sont en tête de la liste des ouvrages interdits en 2000, selon un décompte de l'Association américaine des bibliothèques.
Certains ont même demandé que les livres soient interdits dans les bibliothèques des écoles publiques, soutenant que les histoires sur les sorciers et les magiciens violaient la règle de séparation entre l'Eglise et l'Etat.
D'autres ont organisé des autodafés ou ont fait circuler de faux rapports selon lesquels des milliers d'enfants auraient joint des cercles de culte satanique après avoir lu les livres dénoncés.
Une bibliothèque du Kansas a dû récemment annuler une séance de lecture publique des livres de Harry Potter à cause des plaintes dénonçant son contenu relatif à la magie.
Certains enfants à Jacksonville, en Floride, sont obligés d'avoir l'autorisation écrite de leurs parents pour lire ces livres à la bibliothèque de leur école.
Sur le site Internet de David Bay, un homme qui se décrit lui-même comme un chercheur chrétien sur le monde occulte, on peut voir un jeune garçon lire un livre de Harry Potter, assis sur les genoux d'un démon, qui lui transperce cruellement le crâne.
"Harry Potter conditionne les enfants pour qu'ils croient que la sorcellerie est inoffensive et drôle. De telle sorte que lorsque le véritable diable arrivera, ils seront conditionnés pour l'accepter", écrit M. Bay.
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