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Outremont devra vivre avec les erouvs

La Cour donne raison à la communauté juive hassidique

Jeanne Corriveau

Le vendredi 22 juin 2001

Les erouvs ne seront plus illégaux à Outremont. En rendant sa décision hier, le juge Allan R. Hilton a donné raison à la communauté juive hassidique, qui contestait le démantèlement systématique par les employés de la Ville des erouvs. Le juge a estimé que la municipalité avait l'obligation d'accommoder ses résidants dans la pratique de leur religion tant qu'elle ne causait pas de préjudice indu aux autres citoyens.

Au coeur du débat, l'occupation du domaine public par les erouvs. Ces fils d'acier ou de nylon, invisibles pour le néophyte et installés à une hauteur de quatre mètres et demi afin de ceinturer un pâté de maisons, permettent aux Juifs hassidiques d'élargir leur domaine privé, c'est-à-dire leur résidence. Il faut savoir que leurs pratiques religieuses leur interdisent, pendant le Sabbat, de porter dans leurs mains des objets en dehors du domaine privé, qu'il s'agisse de clés ou de sacs d'épicerie par exemple. Même pousser un carrosse de bébé leur est défendu.

Compte tenu de la discrétion même du dispositif, on ignore depuis quand exactement les erouvs sont utilisés à Outremont. Toujours est-il qu'à la suite de plaintes déposées par des citoyens l'an dernier, des employés municipaux ont eu pour mandat de démanteler tous les erouvs existants. Les doléances répétées de la communauté hassidique n'ont pas convaincu la municipalité d'émettre des permis pour ces erouvs, la Ville étant d'avis qu'elle devait rester neutre et que les questions de nature religieuse ne sont pas de son ressort.

Il n'en fallait pas plus pour que les hassidim s'adressent à la Cour supérieure afin de trancher le litige. Dans sa décision rendue hier, le juge Hilton signale que des erouvs sont installés dans plusieurs villes avoisinantes, dont Montréal, Saint-Laurent et Dollard-des-Ormeaux, sans créer de remous. Invoquant la liberté de religion garantie par la Charte des droits, il signale à la Ville son devoir d'accommoder ses résidants dans leurs pratiques religieuses et l'invite même à élaborer une réglementation pour déterminer la hauteur et le nombre d'erouvs permis sur son territoire.

À la sortie de la cour, Jack Hartstein, de la communauté hassidique, se réjouissait de la décision du juge Hilton mais déplorait que la Ville d'Outremont n'ait pas assumé ses responsabilités par peur des conséquences politiques, préférant s'en remettre à la cour. Les erouvs ne briment en rien les droits des autres résidants d'Outremont, estime-t-il, et le juge l'a confirmé. Il assure que les relations avec les voisins sont harmonieuses bien qu'une minorité, qui ne sont pas représentatifs des résidants d'Outremont, leurs soient hostiles. Julius Grey, l'avocat qui représentait les hassidim, accueille avec satisfaction la décision du juge: «C'est une excellente décision et je pense qu'elle reflète précisément le type de sécularisme qu'a notre société. [...] La cour a opté en faveur d'un sécularisme bienveillant et a établi qu'on ne pouvait pas préférer une religion à une autre.»

Pour Jérôme Unterberg, maire d'Outremont, la décision est importante et fera jurisprudence au Canada. «Ce que la Ville souhaitait au départ, ce n'était pas de gagner, de perdre ou de partir en croisade, c'était d'obtenir une décision. [...] Ça ne nous paraissait pas clair à l'origine et même le juge cherchait une jurisprudence; c'est quelque chose du droit nouveau.» Daniel Baril, du Mouvement laïque québécois qui est intervenu aux côtés de la Ville, n'affichait pas la même sérénité, qualifiant le jugement de «déplorable» car il confère à un territoire public un caractère religieux en le ceinturant d'un mur symbolique. «La réglementation civile doit avoir préséance sur le pouvoir religieux», indiquait-il hier. Tant la Ville que le Mouvement laïque pourraient en appeler de la décision du juge.

Plusieurs citoyens en avaient gros sur le coeur. Michel Vaïs, lui-même juif mais non hassidique, habite Outremont depuis 24 ans, et sa maison se trouve au coeur du territoire délimité par le périmètre. «C'est très décevant. Je me trouve malgré moi dans un ghetto marqué par des fils qui sont en réalité des murs. Je manque d'oxygène. Je trouve regrettable cette incursion du religieux sur le territoire civil et je me sens maintenant comme embrigadé.» Il craint aussi l'effet d'entraînement que pourrait causer le jugement rendu. «Va-t-on limiter la circulation des voitures et des gens, interdire le stationnement comme ça se fait dans certains quartiers d'Israël?» Selon lui, le devoir de réglementer l'installation des erouvs ne devrait pas incomber à la Ville mais à un tribunal rabbinique.

 
 

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