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dimanche 17 juin 2001, 9h43
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Guerre sainte au village de LysnovitchiLYSNOVITCHI (Ukraine), 17 juin (AFP) - Orthodoxes contre catholiques. Chrétiens contre chrétiens. Dans le village de Lysnovitchi, en Ukraine occidentale, les tensions interconfessionnelles ont des relents de guerre sainte et la prochaine visite du pape enflamme déjà les esprits: on prie chacun de son côté, on s'insulte et on en vient parfois aux mains. L'enjeu? Une petite église de tôle et de bois sans grande valeur architecturale que se disputent les deux communautés religieuses de cet hameau d'un millier d'habitants situé près de Lviv, capitale régionale où se rendra Jean Paul II lors de son voyage en Ukraine du 23 au 27 juin. "Le prêtre orthodoxe nous interdit l'accès à l'église. Alors nous prions dans ce champs, là-bas, en plein air", explique Anna, une babouchka ukrainienne, en levant un bras en signe de dégoût. A quelques dizaines de mètres de là, les fondations d'une nouvelle église gréco-catholique sont déjà posées. Mais l'argent manque et le chantier n'avance plus. "En hiver, la température tombe jusqu'à moins 20 degrés et nous devons célébrer la messe au village voisin", poursuit Anna, debout sur une petite place au terrain inégal et caillouteux faisant face à l'édifice tant convoité. "C'est pourtant notre église! Les Bolcheviks nous l'ont volée avec la complicité des orthodoxes", lance encore la veille femme, la tête couverte d'un fichu bariolé. "Regardez, ils ont même changé la croix sur le toit. D'ailleurs ce prêtre, c'est un Russe. Et il n'a rien à faire chez nous!", tranche une autre villageoise. Déjà un petit attroupement se forme et le ton monte entre gréco-catholiques et orthodoxes. Chacun y allant de ses demi-vérités. A Lysnovitchi, il n'est pas question d'oublier ou de pardonner. Le souvenir des persécutions communistes est encore présent et les rancoeurs tenaces. Les régions occidentales d'Ukraine, longtemps administrées par la Pologne et majoritairement catholiques, sont tombées sous le joug soviétique durant la deuxième guerre mondiale. Staline bannit en 1946 l'Eglise gréco-catholique, déporta nombre de ses fidèles et transféra une partie de ses biens au patriarcat orthodoxe de Moscou, seule Eglise alors tolérée par le régime. "Les catholiques me traitent de valet du KGB et de sale Russe", explique le curé orthodoxe, fidèle au patriarcat de Moscou, et maître de la petite église, Grigory Gnidets. "L'annonce de la venue du pape n'a fait qu'attiser les passions. Rien de bon n'en sortira. C'est une provocation", se lamente-t-il. Il y a deux ans, une poussée de violence avait déjà embrasé Lysnovitchi. Plusieurs dizaines de gréco-catholiques s'étaient lancés à l'assaut de l'église. Le père Grigory, épaulé par ses fidèles, avait tenu bon, retranché derrière les lourdes portes de l'édifice. Insultes et jets de pierres avaient fusé et seule une intervention policière avait ramené un calme précaire. Beaucoup d'autres villages éparpillés à travers l'Ukraine occidentale sont secoués par de sourdes luttes interconfessionnelles -- même si les heurts les plus violents remontent, en général, au début des années 90. Au lendemain de l'indépendance du pays en 1991, les gréco-catholiques récupérèrent, parfois par la force et toujours avec la complicité des autorités régionales, la majorité de leurs lieux de culte. Néanmoins, dans plusieurs localités, les différentes communautés religieuses se sont résignées à partager bon gré, mal gré les églises et y célèbrent les offices à tour de rôle. La situation reste explosive et constitue l'un des principaux obstacles à une rencontre entre le pape Jean Paul II et le Patriarche orthodoxe de Moscou et de toutes les Russies Alexis II.
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