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vendredi 2 mars 2001, 16h32
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Indignation et sentiment d'impuissance de la communauté culturellePARIS, 2 mars (AFP) - "Tuerie culturelle", "décision absurde et barbare", "destruction inadmissible". Le saccage annoncé de la statuaire d'Afghanistan par les taliban au pouvoir à Kaboul suscite une indignation à la mesure de l'impuissance ressentie par la communauté culturelle internationale. Réunis vendredi à l'UNESCO, à l'occasion d'un colloque sur le "Patrimoine d'Asie centrale", spécialistes de l'art afghan, philosophes, ethnologues, archéologues n'ont pas eu de mots trop forts pour qualifier ce vandalisme programmé. Mais, à ceux qui voulaient encore croire qu'on pouvait arrêter le massacre de la statuaire afghane, les nouvelles en provenance de Kaboul opposaient un cruel démenti: les grands bouddhas (55 m et 38 m) pré-islamiques creusés dans les falaises de Bamiyan, datant d'il y a quelque 1.500 ans, étaient sur le point d'être dynamités. Certains faisaient remarquer qu'il n'y avait pas de témoins oculaires, que les principales sources d'information étaient les taliban eux-mêmes. Ce à quoi d'autres répondaient qu'on ne voyait pas comment les taliban pourraient revenir sur le décret du mollah Omar, prononcé lundi. Pour tenter de parer au pire, le directeur général de l'UNESCO, Koïchiro Matsuura, a indiqué qu'il avait dépêché jeudi soir un "envoyé spécial", M. Pierre Lafrance, ancien ambassadeur de France en Iran et au Pakistan, auprès des taliban, porteur d'un message pour les amener à reconsidérer leur décision. M. Lafrance se rendra aussi en Arabie saoudite. Evoquant une "catastrophe culturelle" et une "destruction inadmissible", M. Matsuura a ajouté qu'il avait "réuni d'urgence hier soir (jeudi) les ambassadeurs des 54 pays de l'Organisation de la Conférence islamique (OCI)". "Toutes leurs voix se sont unies pour condamner vigoureusement ces attaques inadmissibles contre le patrimoine commun de l'humanité".
"Sacrilège pour l'humanité"
De son côté, M. Mounir Bouchenaki, directeur général adjoint pour la culture de l'UNESCO, a déclaré que les pays islamiques étaient "unanimes à dire qu'il s'agit d'un acte qui ne peut en aucun cas recevoir un appui de l'Islam". Une déclaration confortée au Caire par le mufti d'Egypte, cheikh Nasr Farid Wassel, l'une des deux plus hautes autorités musulmanes sunnites du pays, selon qui la conservation des bouddhas afghans n'est pas contraire à l'Islam. Pour M. Bouchenaki, "les destructions annoncées, si elles sont confirmées, constituent un véritable acte de barbarie culturelle, après la situation désastreuse qui sévit en Afghanistan notamment sur le plan de la condition féminine". Alors que le philosophe Jean-Pierre Faye évoquait une "tuerie culturelle", M. Jean-Yves Berthault, chargé d'affaires de la France à Kaboul, estimait que la "décision absurde et barbare" des taliban ne reposait pas seulement sur des motivations religieuses, mais survenait un mois et demi après le renforcement des sanctions de l'ONU contre l'Afghanistan. A ce concert de protestations s'ajoutent de nouvelles réactions de la communauté internationale : l'Inde a condamné vendredi le "sacrilège pour l'humanité" que représente la destruction des bouddhas géants de Bamiyan. L'ISESCO (Organisation islamique pour l'éducation, les sciences et la culture) a appelé à Rabat le gouvernement afghan à revenir sur sa décision de détruire les anciennes statues "qui ne sont pas objet de culte et n'ont rien qui puisse nuire à l'Islam". En France, le ministre de l'Education nationale Jack Lang, ancien ministre de la Culture, s'est déclaré "révolté et indigné" dans une lettre adressée au directeur général de l'UNESCO.
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Catégorie >
Monde
Sujets d'actualité > Afghanistan et Asie centrale
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