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samedi 3 février 2001, 16h06

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Avec Bush, la religion fait une entrée en force à la Maison Blanche

WASHINGTON, 3 fév (AFP) - Le président George W. Bush, raillé pendant sa campagne électorale pour avoir affirmé que son penseur préféré était Jésus, a fait entrer la religion par la grande porte à la Maison Blanche.

Quelques instants après avoir prêté serment en posant la main sur une Bible, le nouveau président a donné le ton.

Lisant son premier discours présidentiel, il s'est laissé aller à une mystérieuse réflexion mystique, affirmant qu'un "ange chevauche le tourbillon et dirige cette tempête".

Au lendemain de son arrivée au pouvoir, il a décrété une journée nationale de prière, annoncant dans la foulée un plan destiné à aider les enfants en difficulté scolaire, dans les écoles publiques, à intégrer des établissements privés, souvent religieux.

Il a peu après défendu avec ardeur un projet d'allocations de fonds publics aux oeuvres sociales des organisations religieuses américaines.

"Mêler de la sorte la religion à la politique est sans précédent pour un président en fonction depuis deux semaines", estime Alan Lichtman, un historien spécialisé dans l'histoire de la présidence américaine à l'American University, à Washington.

"D'autres présidents ont insisté sur leurs racines religieuses, utilisé des symboles religieux, rencontré des dignitaires religieux, ou empreint leurs discours de référence à la religion", tel Ronald Reagan qui en empruntait parfois à Saint Augustin ("la ville de lumières sur la colline"), a ajouté le professeur Lichtman.

Mais rarement, selon lui, la religion a joué un rôle aussi important et si rapidement dans une administration, exception faite de John Kennedy, le premier président catholique, dont certains ont pu craindre des relations trop étroites avec le Vatican.

Durant sa campagne, George W. Bush --un méthodiste qui se plonge quotidiennement dans la Bible-- avait fait part de ses liens avec le révérend Billy Graham, également conseiller spirituel de plusieurs présidents.

Billy Graham est celui qui, selon le président Bush, l'a aidé à cesser de s'adonner à l'alcool, une décision qu'il prit au lendemain de son 40ème anniversaire, en juillet 1986.

La foi "m'a soutenu dans des moments de réussite et de déception. Sans elle, je serais une personne différente. Sans elle, je ne serais sans doute pas ici aujourd'hui", a-t-il affirmé cette semaine lors d'un traditionnel petit-déjeûner national de prière.

Mais cet accent mis sur la religion a incité ses adversaires à brandir son slogan "un conservateur avec du coeur" comme un risque d'altérer le concept constitutionnel de séparation entre l'Eglise et l'Etat.

"Le président doit veiller à gérer les affaires de l'Etat et laisser celles de l'âme de la Nation entre les mains des dirigeants religieux", a affirmé Rob Boston, porte-parole d'une association veillant au maintien de cette barrière.

Mais George W. Bush a rapidement tenu à rassurer. "Un président américain doit servir les personnes de toutes les confessions, et ceux qui n'en ont pas", a-t-il déclaré jeudi, lors du petit-déjeûner de prière.

Mais c'est en affirmant que "le temps où existait la discrimination à l'encontre des institutions religieuses, parce qu'elles sont religieuses, doit être révolu", qu'il a véritablement déclenché un tonnerre d'applaudissements.

Un sondage, publié récemment par le centre de recherche Pew, indiquait que 70% des personnes interrogées considèrent que leur président doit avoir de profondes convictions religieuses.

45% ont du même coup fait valoir qu'elles assistaient à un service religieux au moins une fois par semaine.

ok-pa/nas


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