Au commencement
était le silence...

Athéisme, Matérialisme, Sagesse

 
  
 
Les fils de la Terre 

Afin d'élucider les problèmes relatifs à la définition de l'Être et de l'Un, Platon, dans le Sophiste, qu'il écrit sans doute à la suite du Parménide, met en scène un «combat de géants» opposant les «fils de la Terre » aux «amis des Essences », et dont il examine patiemment les armes, c'est-à-dire les argumentations, ou encore, selon un langage à la fois anachronique pour le temps de Platon et déjà désuet pour le nôtre, les «prises de parti ». Descendant du ciel les idées pures, soustrayant au regard de la pensée l'invisible, les premiers inscrivent toutes choses dans la visibilité de la terre ; ils ne tiennent pour réellement existantes que les données immédiates de la perception, à savoir les corps, pour autant que ceux -ci permettent le contact et offrent une résistance, et dans lesquels ils «confondent » les essences. Constatant le désordre auquel aboutit l'absolue subordination au sensible, les seconds se présentent au contraire comme des amoureux de l'invisible : ils identifient le réel non dans le devenir de choses périssables mais dans la stabilité d'entités incorporelles, formes abstraites dont la pensée réfléchit les rapports idéels.

Longtemps après, relisant le Sophiste, la philosophie découvrit en cette scène le conflit originaire qui lui donna naissance, et le point de départ de la double généalogie [...] : matérialisme, l'un, et l'autre, idéalisme.

C'est à la pédagogie risquée d'Engels, elle -même vulgarisée dans le mouvement ouvrier français par les Principes élémentaires de philosophie (1946 ) de Georges Politzer, que l'on doit le critère qui permettrait de départager les protagonistes, énoncé en une formulation célèbre de son Ludwig Feuerbach (1888 ): «La grande question fondamentale de toute philosophie, et spécialement de la philosophie moderne, est celle du rapport de la pensée à l'être.» Selon le terme qu'elle privilégie, une philosophie sera déclarée idéaliste ou matérialiste : l'idéalisme affirme «le caractère primordial de l'esprit par rapport à la nature », et le matérialisme l'inverse. D'après Engels, l'on entendra donc, par matérialisme, la philosophie ou l'attitude philosophique qui reconnaît explicitement ou tendanciellement à la matière une prévalence logico-historique sur la pensée et, partant, la détermination matérielle de celle -ci ; une philosophie qui soutient que «l'unité du monde consiste en sa matérialité » (Anti -Dühring, 1877 ) et qui appelle «une simple intelligence de la nature telle qu'elle se présente, sans adjonction étrangère » (Ludwig Feuerbach ). Ici commencent les difficultés : la «question suprême de toute philosophie » est sans doute aussi un problème insoluble pour le matérialisme lui -même, dès lors qu'il revendique le titre de philosophie.

 

Extrait d'un article de l'encyclopédie Hachette online.

 

 

 

    

 

 

 

Hosted by www.Geocities.ws

1