Monsieur le Président de la République

Palais de l'Elysée
55 Rue du Faubourg Saint-Honoré
75008 Paris

Le 25 avril 2003


Monsieur le Président de la République,

À l'heure où vous vous scandalisez à juste titre des atteintes portées au Patrimoine archéologique irakien ("... ce pillage constitue un véritable crime contre l'humanité, un désastre contre l'humanité... " vous-même à Athènes, le 16 avril 2003), je m'inquiète de l'action menée par votre gouvernement concernant le Patrimoine archéologique de la France.

Cette action a déjà conduit à une dégradation sévère des conditions de la recherche archéologique nationale (diminution de 25 % de la redevance sur l'archéologie préventive, réduction des budgets de la Recherche, suppression des contrats à durée déterminée concernant 600 archéologues).

La volonté de modifier la loi n° 2001-44 du 17 janvier 2001, telle qu'elle s'affiche aujourd'hui, mènera de façon certaine à une désorganisation des instances de sauvegarde et d'étude du Patrimoine archéologique national et à la dégradation de la production scientifique.

Le Patrimoine archéologique de la France ne peut, par nature, relever du domaine commercial. Ainsi, le conseil de la concurrence (décision n°02-D-18 du 13 mars 2002) et la commission européenne (Bruxelles, 2 avril 2003) se sont ralliés au fait que l'archéologie préventive est une activité de nature scientifique et non "strictement économique". L'archéologie a pour objectif de produire de la connaissance et sert l'intérêt général de notre communauté nationale et européenne et non les intérêts particuliers. Dans ces conditions, la mise sur le marché concurrentiel des opérations de sauvegarde du Patrimoine archéologique constituerait un véritable désastre national, tel qu'on peut l'observer chez certains de nos voisins européens.

Alors que l'archéologie française, devenue aujourd'hui l'une des plus performantes en Europe, se trouve menacée par ces projets gouvernementaux de privatisation, je fais appel à la responsabilité particulière qui vous incombe de défendre l'intérêt général et d'encourager l'État à assumer pleinement sa légitime mission de sauvegarde de notre Patrimoine archéologique. " Le Patrimoine n'est ni un risque, ni une hypothèque, ni une nuisance, ni une souillure, mais un atout exceptionnel si l'État et les collectivités territoriales savent le valoriser et non le détruire " (Conseil National de la Recherche Archéologique, avis n°22, 14 avril 2003).

" Ne remettons pas en cause de si longs efforts. Améliorons la loi de janvier 2001 (...), ne jetons pas le bébé, ni toute l'eau du bain ! Rappelons les mots qui réclamaient "une loi pour l'oeuvre collective de nos pères, une loi pour l'histoire, une loi pour l'irréparable que l'on détruit, une loi pour ce qu'une nation a de plus sacré après l'avenir, une loi pour le passé" (Victor hugo, 1825)", Y. Coppens, C. Goudineau, J. Guilaine, J. Scheid, Le Monde, 02 avril 2003.

En conséquence, j'en appelle à votre arbitrage en tant que garant de la République, de son Patrimoine et de son Histoire Nationale. "... C'est un pan entier de notre patrimoine qui s'effondre et disparaît (...) Nous devons exprimer notre indignation, notre condamnation... ", vous-même, le 26 avril 2003 à Athènes.

Veuillez agréer, Monsieur le Président de la République, l'expression de toute ma considération.

Nom
Signature


pétition à signer sur le site www.elysee.fr (rubrique "envoyez un mail"), puis envoyez vos nom et prénom à [email protected]
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