Un jour sec et froid se l�ve sur Ighil Imoula, un
bourg de Kabylie accroch� aux contreforts du Djurdjura, le 27 octobre
1954. Le garde champ�tre, un des rares habitants du village � �tre "du
c�t� des Fran�ais", n'entend pas la ron�o qui tourne � plein r�gime
chez l'�picier Idir Rabah.
C'est l� qu'est tir�, � plusieurs centaines
d'exemplaires, le texte de la proclamation du Front de lib�ration
nationale, dat� du 1er novembre, appelant � l'insurrection
contre la France. Le stencil a �t� apport� d'Alger et pris en charge �
partir de Tizi Ouzou par des militants.
Le dimanche suivant, 31 octobre 1954, il fait un
temps gris sur la montagne kabyle, et Krim Belkacem pense � l'hiver qui
s'annonce. Et � ce que les maquisards, ses hommes, vont devenir. A de
rares exceptions pr�s, aucun d'entre eux n'a jusqu'ici r�ellement v�cu
en clandestin. Vers 10 heures du matin, un messager emporte six petites
lettres griffonn�es de son �criture fine. Le m�me message, pour les six
chefs de r�gion : "Ordre de passer � l'ex�cution des plans arr�t�s
ensemble. D�but des op�rations : cette nuit � partir de 1 heure du matin.
Respecter strictement les consignes : ne tirer sur aucun civil europ�en
ou musulman. Tout d�passement sera s�v�rement r�prim�. Bonne chance et
que Dieu vous aide. Fraternellement, Si Rabah." "Si Rabah" est le
pseudonyme de Krim Belkacem, qui tient le maquis en Kabylie depuis de
nombreuses ann�es.
Toute la r�gion est acquise, massivement, aux id�es
du Parti du peuple alg�rien (PPA), la principale formation
ind�pendantiste dirig�e par Messali Hadj. La seconde guerre mondiale et
l'interdiction du PPA en 1939, l'arrestation de ses principaux
dirigeants, l'emprisonnement de Messali Hadj au bagne de Lamb�se en 1941
n'ont pas entam� l'ardeur combative des montagnards de Kabylie, vieille
terre de dissidence contre le pouvoir central.
Depuis leurs bastions montagneux couverts de for�ts,
les habitants de la Grande et de la Petite Kabylie ont d�fi�
successivement Carthage, Rome, Byzance, les cavaliers arabes et la
France. On les appelle les Berb�res - "Barbares" de l'�poque romaine -,
eux s'appellent Imazighen, "hommes libres". Leur histoire remonte
� plus de 4 000 ans av. J.-C., �poque o� les premiers combats entre "Libyens"
et Egyptiens sont not�s par les scribes. La Berb�rie est alors une terre
d'attraction pour tous les peuples occidentaux et orientaux. Le nom "hommes
libres", � lui seul, traduit une mentalit�, une volont� de refus et
d'ind�pendance maintenue depuis des si�cles.
C'est l� qu'a �clat�, en 1871, le dernier grand
soul�vement contre la domination fran�aise. Situ�e dans une position
centrale et dominante, lui permettant de tenir sous le canon nombre de
cr�tes, Fort National (aujourd'hui Larbaa Na�t Iraten), cr��e en 1857
sur le territoire de la puissante et guerri�re tribu des A�t Iraten,
avait tenu t�te aux troupes fran�aises pendant deux mois. En 1950, avec
15 028 habitants, elle constitue la seconde grande ville kabyle apr�s
Tizi Ouzou et demeure l'�me de la r�sistance contre les Fran�ais.
La g�ographie parle. Dans le Djurdjura, les villages
de cr�tes aux maisons entass�es, difficiles d'acc�s, sont autant de
forteresses. Les populations des plaines s'y sont repli�es, ce qui
explique des densit�s pouvant atteindre 150, voire 200 habitants au
kilom�tre carr�. La vie en Grande Kabylie est difficile, les ressources
rares. Outre les cultures traditionnelles - l'olivier et le figuier -,
poussent sur les fr�nes, telle une "v�ritable prairie a�rienne",
les vignes grimpantes qui montent � l'assaut des troncs. Au pied des
arbres s'�talent des cultures, c�r�ales, l�gumes, ainsi que le tabac. En
Petite Kabylie, c'est la for�t qui fournit le compl�ment de ressources
indispensable avec l'�levage du b�tail, la farine de gland, le bois de
chauffage.
Des emplois r�guliers existent avec l'exploitation du
bois d'�uvre, de la bruy�re et du li�ge. Mais l'envers de cette
situation, c'est aussi la progression du d�nuement, de la mis�re. Cette
mis�re, Albert Camus en a rendu compte en 1939, dans une s�rie
d'articles parus dans Alger r�publicain. A cette �poque, 40 % des
familles kabyles vivent avec moins de 100 francs par mois. En 1945,
cette fois dans Combat, il proteste � nouveau, car � la mis�re
s'est ajout� le march� noir auquel se livrent "des colons
inconscients et des f�odaux indig�nes". Dans cet univers marqu� par
l'enfermement social et par l'atteinte � la dignit� humaine, les d�sirs
d'exil sont grands.
La Kabylie est un fief du mouvement nationaliste. La
parole ind�pendantiste a �t� port�e tr�s t�t, dans la France de
l'entre-deux-guerres, par les immigr�s alg�riens - dont la plupart sont
kabyles. Au nombre de 80 000 environ, la plupart travaillent dans les
usines de la r�gion parisienne, de la r�gion lyonnaise ou du nord de la
France, bassins industriels d�vast�s apr�s la premi�re guerre mondiale
qui ont besoin d'une importante main-d'�uvre immigr�e. Le recrutement
des travailleurs alg�riens dans la France des ann�es 1920-1930 s'est
effectu� brutalement, par d�placement de populations pr�lev�es le plus
souvent parmi les membres de collectivit�s tribales d�mantel�es. Et la
Kabylie, pr�cis�ment, a �t� durement touch�e par ce processus de
d�possession des terres. Laissant femmes et enfants au pays, ce sont des
hommes seuls, paysans d�class�s, qui sont arriv�s en France, ne vivant
l� que pour retourner un jour dans la ville, le douar, la campagne
d'origine.
Les Kabyles �tant les plus nombreux en situation
d'exil�s, il n'est donc pas �tonnant de les trouver en position de force
dans la premi�re organisation ind�pendantiste, l'Etoile nord-africaine (ENA).
Fond�e � Paris en 1926 avec le soutien actif du Parti communiste
fran�ais (PCF), l'association affirme que "son but fondamental est la
lutte pour l'ind�pendance totale de chacun des trois pays : Tunisie,
Alg�rie et Maroc, et l'unit� de l'Afrique du Nord". L'ENA, qui est
alors le seul mouvement � r�clamer ouvertement l'ind�pendance de
l'Alg�rie, compte dans ses rangs de nombreux Kabyles. Le paradoxe veut
qu'elle soit dirig�e par un homme de Tlemcen, ville situ�e dans l'ouest
du pays, loin de la Kabylie : Messali Hadj, n� en 1898 dans une famille
d'artisans et de cultivateurs. Dissoute en novembre 1929 par le
gouvernement fran�ais, l'Etoile nord-africaine est accus�e de propagande
subversive contre la France. Elle regroupe alors 3 600 militants.
En juin 1933, l'ENA se reconstitue. Ses nouveaux
statuts interdisent la double appartenance avec le PCF. Les immigr�s
alg�riens d�cident de construire leur propre route. Les principaux
lieutenants de Messali Hadj sont originaires de Kabylie. Ils soutiennent
le Front populaire, mais sont tr�s vite d��us par son attitude � l'�gard
du probl�me colonial. L'ENA s'oppose au fameux projet Blum-Viollette qui
vise � accorder l'�galit� politique � une faible proportion de la
population alg�rienne (environ 21 000 personnes, titulaires de certains
dipl�mes, de certains grades ou distinctions militaires). Elle compte
pr�s de 5 000 adh�rents - dont beaucoup de Kabyles - lorsqu'elle est
dissoute une seconde fois, en 1937.
Cette dissolution cl�t une p�riode et en ouvre une
autre. M�me si c'est encore en France que, le 11 mars 1937, Messali Hadj
annonce devant 2 000 immigr�s qu'il vient de d�poser avec Abdallah
Filali les statuts du nouveau Parti du peuple alg�rien (PPA), le centre
de gravit� de la lutte politique se d�place. Le transfert du si�ge de la
nouvelle organisation � Alger, � l'�t� 1937, indique bien plus qu'un
simple d�placement g�ographique. D�sormais, priorit� est donn�e �
l'action politique sur le sol alg�rien m�me ; les militants immigr�s en
France vont �tre progressivement rel�gu�s au rang de force d'appoint. Le
poids politique des Kabyles s'amenuise, ce qui se verra pendant la crise
qui va les opposer en 1948-1949 au reste de l'organisation, rebaptis�e
Mouvement pour le triomphe des libert�s d�mocratiques (MTLD) apr�s la
seconde guerre mondiale.
EN France, de nombreux dirigeants originaires de
Kabylie sont �limin�s de la direction du mouvement, mais il n'en est pas
de m�me en Alg�rie. De prestigieux chefs du mouvement nationaliste
alg�rien sont originaires de Kabylie, comme Hocine A�t Ahmed, le
responsable de l'Organisation sp�ciale, la branche arm�e du MTLD en
1948, Amirouche, redoutable chef de guerre pendant la guerre d'Alg�rie,
ou Abane Ramdane, �me du premier congr�s du FLN en 1956.
Mais, en 1954, le dirigeant le plus connu, le plus
prestigieux, est Krim Belkacem. N� le 14 d�cembre 1922 au douar A�t
Yahia Moussa, pr�s de Draa El-Mizan, il est le fils d'un garde champ�tre.
Il fr�quente l'�cole Sarrouy � Alger et y obtient son certificat
d'�tudes. Le 1er juillet 1943, il entre dans l'arm�e en
devan�ant l'appel de sa classe. Nomm� caporal-chef au 1er
r�giment de tirailleurs alg�riens, il est d�mobilis� le 4 octobre 1945
et revient vivre a Draa El-Mizan, o� il occupe le poste de secr�taire
auxiliaire de la commune. Ce jeune homme de 23 ans se d�couvre lui-m�me,
en m�me temps qu'il appr�hende la mis�re sociale. Plong� dans une
r�alit� o� les douleurs sont muettes, il adh�re au PPA.
Au d�but de l'ann�e 1946, il implante des cellules
clandestines dans douze douars autour de Draa El-Mizan qui comptent
plusieurs centaines de militants et sympathisants. En mars 1947, accus�
d'avoir tu� un garde forestier, il est pourchass� et d�cide de passer
dans la clandestinit�. Il d�terre une mitraillette (une Sten anglaise,
qui deviendra vite c�l�bre en Kabylie) et prend le maquis, suivi par
quelques fid�les.
Un des premiers maquis d'Alg�rie vient de na�tre,
cr�� par un jeune homme de bonne famille, � peine �g� de 25 ans. La
l�gende de Krim Belkacem, maquisard insaisissable, futur "chef
historique" du FLN, futur n�gociateur � Evian de l'ind�pendance de
l'Alg�rie, commence. Avec son cr�ne d�garni parfois coiff� d'un b�ret,
on le voit, trapu et courtaud, "inspectant" la Kabylie v�tu d'un
treillis kaki. Il d�ploie une �nergie impressionnante, se d�pla�ant sans
cesse, donnant ses ordres avec son accent rocailleux, s'informant de
tout.
Deux fois condamn� � mort par les tribunaux fran�ais,
en 1947 et en 1950, il devient responsable du PPA-MTLD pour toute la
Kabylie, et, � la t�te des 22 maquisards qui composent son �tat-major,
il multiplie les contacts directs avec les militants et la population.
Son plus proche collaborateur est Omar Ouamrane.
Dans la crise du MTLD, en 1948-1949, il a d�cid� les
cadres de Kabylie � soutenir le point de vue de Messali Hadj contre le
comit� central, tout en pr�nant la lutte arm�e. Le 9 juin 1954, Krim
rencontre, � Alger, Ben Boula�d, puis Boudiaf et Didouche, qui
parviennent � le convaincre de la n�cessit� d'une troisi�me force. Il
rompt avec Messali Hadj en ao�t 1954. Devenu le sixi�me membre de la
direction int�rieure du FLN, il est l'un des "six chefs historiques" qui
d�cident le d�clenchement de l'insurrection contre la France.
Dans une ultime r�union � Alger, le 24 octobre 1954,
avec les cinq autres responsables de l'insurrection, Mohamed Boudiaf,
Mostefa Ben Boula�d, Rabah Bitat et Larbi Ben M'hidi, Krim insiste pour
que l'ordre de n'attaquer aucun civil europ�en sur tout le territoire
soit respect�. Il y tient d'autant plus qu'il sait, apr�s son attentat
contre le garde forestier, combien une erreur de ce genre peut �tre
catastrophique sur le plan de la propagande politique. Il recommande le
"spectaculaire": attaquer des gendarmeries, des casernes, couper des
routes, incendier et d�truire des objectifs �conomiques.
A la veille du 1er novembre 1954, le
responsable de la zone de Kabylie, inquiet et nerveux, ne dort que trois
ou quatre heures par nuit, par terre, � m�me le sol, sur un matelas
recouvert d'une �paisse couverture artisanale. Il songe � un avenir
digne pour l'Alg�rie...
Sa vie, par la suite, r�sume les espoirs immenses, et
les d�sillusions cruelles, que conna�tra l'Alg�rie des combats
nationalistes. Krim, devenu ministre des forces arm�es, dominera un
temps le FLN-ALN, en 1958-1959. Nomm� ministre des affaires �trang�res
(1960) puis de l'int�rieur (1961), son r�le militaire et politique est
en fait d�clinant lorsqu'il entame les n�gociations avec la France, �
Evian. D�s l'ind�pendance de l'Alg�rie, en juillet 1962, il d�sapprouve
la politique de Ben Bella et se retrouve �cart� de la vie politique.
Apr�s le coup d'Etat du 19 juin 1965, il repasse dans l'opposition.
Accus� d'avoir organis� un attentat contre le colonel Boumedi�ne, il est
condamn� � mort par contumace. Krim Belkacem est d�couvert assassin�, en
octobre 1970, dans une chambre d'h�tel � Francfort.
Se brouille, puis dispara�t de l'histoire officielle,
l'image du maquisard. R�habilit� � titre posthume, Krim Belkacem a �t�
enterr� au "carr� des Martyrs" d'Alger, le 24 octobre 1984.
L'Histoire a ainsi plac� la R�publique au c�ur des
in�vitables tensions entre les libert�s individuelles et les libert�s
collectives, entre la recherche l�gitime du profit et la qu�te de
l'int�r�t g�n�ral, entre la toute-puissance du march� et la n�cessaire
intervention de l'Etat.
A cet �gard, les d�r�glements observ�s dans la
gestion de grandes multinationales (scandales concernant la r�mun�ration
des dirigeants ou la falsification des comptes) ont cr�� dans l'opinion
une nouvelle attente qu'il convient de combler sans complexe.
L'Etat r�publicain n'est pas seulement charg�
d'�tablir des r�gles et de veiller au respect d'une stricte d�ontologie.
Il est aussi parfaitement l�gitime � intervenir pour favoriser la
constitution de grands groupes de taille internationale, quoi qu'en
pensent les id�ologues du march�. La solution r�cemment apport�e au
dossier Alstom en constitue une illustration �clatante. Il se doit aussi,
lorsque l'emploi est menac� et la coh�sion sociale min�e, de participer
au sauvetage �conomique de certaines entreprises.
Face, enfin, au d�fi des d�localisations, le r�le de
l'Etat est de convaincre nos partenaires que l'Union europ�enne doit
promouvoir au sein de l'Organisation mondiale du commerce une autre
logique. Une logique qui renouerait avec l'inspiration des p�res
fondateurs qui avaient instaur� un tarif ext�rieur commun comme
corollaire d'un espace de libre march�.
Il s'agit en effet aujourd'hui non pas seulement de
lib�raliser le commerce international, mais aussi de prot�ger nos 450
millions d'habitants contre le "dumping" social pratiqu� au m�pris des
droits �l�mentaires de leurs peuples par trop de pays �mergents.
Deuxi�me pilier r�publicain, l'�galit�. Nous nous
sommes depuis trop longtemps �cart�s des principes fondateurs qui ont
permis, jadis, de promouvoir de nouvelles �lites par l'acc�s gratuit et
obligatoire � un syst�me d'enseignement exigeant et respect�,
d'assimiler des vagues successives d'immigrants auxquels l'adh�sion au
pacte social a �t� clairement et g�n�reusement propos�e, d'assurer la
coh�sion de la soci�t� par la promotion d'une la�cit� respectueuse de la
libert� des consciences et garante de la neutralit� de l'Etat.
La R�publique doit aujourd'hui relever le d�fi de
l'int�gration en assumant pleinement une politique de ma�trise des flux
migratoires, en donnant un vrai contenu au principe d'�galit� des
chances par l'engagement de moyens accrus au b�n�fice des populations
les plus en difficult�, en s'assignant l'objectif d'en finir avec des
discriminations insupportables, en accordant toute sa place � un islam
respectueux de nos valeurs. Ce que le Parlement a commenc� �
entreprendre pour r�tablir la la�cit� � l'�cole en adoptant � une tr�s
large majorit� une loi simple, fixant des principes clairs, montre la
direction � suivre.
Le dernier pilier r�publicain, celui de la solidarit�
entre g�n�rations, entre bien-portants et malades, entre ch�meurs et
salari�s, celui des droits sociaux affirm�s par le pr�ambule de la
Constitution de 1946, est aussi le plus menac�.
Entre les corporatismes, la d�fense illusoire de
privil�ges condamn�s par les r�alit�s d'un c�t�, le d�sir de certains de
transf�rer au march� des pans entiers de notre protection sociale de
l'autre, la R�publique doit se frayer un chemin, faire des choix,
prendre en compte les formidables progr�s de la m�decine, d�finir de
nouvelles solidarit�s entre les g�n�rations ou entre personnes valides
et personnes d�pendantes.
La solidarit� dans la R�publique ne saurait se
confondre avec l'assistance et l'irresponsabilit�. La solidarit�
v�ritable suppose que l'effort n�cessaire pour assurer � l'avenir
l'�galit� devant la protection sociale et, en particulier, devant
l'acc�s � des soins m�dicaux toujours plus performants, mais aussi plus
co�teux, soit r�parti entre tous, � la mesure des possibilit�s de chacun,
comme l'y invitent les conclusions de la mission d'information que j'ai
pr�sid�e derni�rement sur cette question � l'Assembl�e nationale.
Etre r�publicain aujourd'hui, c'est r�sister aux
tentations individualistes, corporatistes, communautaristes de notre
soci�t�. C'est assumer une appartenance qui transcende tous les clivages,
qu'ils soient sociaux, culturels, religieux ou ethniques. Ce n'est pas
s'accrocher � des valeurs pass�istes, mais, au contraire, approfondir
des principes porteurs d'un projet politique moderne.
C'est, enfin, agir conscients que la R�publique n'est
totalement elle-m�me que lorsqu'elle s'incarne � l'ext�rieur dans une
politique ind�pendante. Le renoncement � faire valoir ses valeurs sur la
sc�ne internationale ne conduirait pas seulement la France � se trouver
� la remorque d'une puissance �conomique, militaire ou d�mographique
ext�rieure, mais aussi � se soumettre � un mod�le de civilisation qui
n'est pas le n�tre.
La R�publique ne saurait �tre suiviste par mollesse,
atlantiste par principe, neutre par l�chet�. Elle ne peut nouer
d'alliances que dans le partage de ses valeurs les plus �lev�es, et dans
le but de les d�fendre, conform�ment � sa vocation universaliste.
Benjamin Stora