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Veill�e d'armes en Kabylie
LE MONDE  05.07.04        

Dans leurs bastions montagneux et surpeupl�s, les hommes de la Grande et de la Petite Kabylie forment le c�ur de la r�sistance contre les Fran�ais. A leur t�te, Krim Belkacem, chef du maquis.

Un jour sec et froid se l�ve sur Ighil Imoula, un bourg de Kabylie accroch� aux contreforts du Djurdjura, le 27 octobre 1954. Le garde champ�tre, un des rares habitants du village � �tre "du c�t� des Fran�ais", n'entend pas la ron�o qui tourne � plein r�gime chez l'�picier Idir Rabah. C'est l� qu'est tir�, � plusieurs centaines d'exemplaires, le texte de la proclamation du Front de lib�ration nationale, dat� du 1er novembre, appelant � l'insurrection contre la France. Le stencil a �t� apport� d'Alger et pris en charge � partir de Tizi Ouzou par des militants.

Le dimanche suivant, 31 octobre 1954, il fait un temps gris sur la montagne kabyle, et Krim Belkacem pense � l'hiver qui s'annonce. Et � ce que les maquisards, ses hommes, vont devenir. A de rares exceptions pr�s, aucun d'entre eux n'a jusqu'ici r�ellement v�cu en clandestin. Vers 10 heures du matin, un messager emporte six petites lettres griffonn�es de son �criture fine. Le m�me message, pour les six chefs de r�gion : "Ordre de passer � l'ex�cution des plans arr�t�s ensemble. D�but des op�rations : cette nuit � partir de 1 heure du matin. Respecter strictement les consignes : ne tirer sur aucun civil europ�en ou musulman. Tout d�passement sera s�v�rement r�prim�. Bonne chance et que Dieu vous aide. Fraternellement, Si Rabah." "Si Rabah" est le pseudonyme de Krim Belkacem, qui tient le maquis en Kabylie depuis de nombreuses ann�es.

Toute la r�gion est acquise, massivement, aux id�es du Parti du peuple alg�rien (PPA), la principale formation ind�pendantiste dirig�e par Messali Hadj. La seconde guerre mondiale et l'interdiction du PPA en 1939, l'arrestation de ses principaux dirigeants, l'emprisonnement de Messali Hadj au bagne de Lamb�se en 1941 n'ont pas entam� l'ardeur combative des montagnards de Kabylie, vieille terre de dissidence contre le pouvoir central.

Depuis leurs bastions montagneux couverts de for�ts, les habitants de la Grande et de la Petite Kabylie ont d�fi� successivement Carthage, Rome, Byzance, les cavaliers arabes et la France. On les appelle les Berb�res - "Barbares" de l'�poque romaine -, eux s'appellent Imazighen, "hommes libres". Leur histoire remonte � plus de 4 000 ans av. J.-C., �poque o� les premiers combats entre "Libyens" et Egyptiens sont not�s par les scribes. La Berb�rie est alors une terre d'attraction pour tous les peuples occidentaux et orientaux. Le nom "hommes libres", � lui seul, traduit une mentalit�, une volont� de refus et d'ind�pendance maintenue depuis des si�cles.

C'est l� qu'a �clat�, en 1871, le dernier grand soul�vement contre la domination fran�aise. Situ�e dans une position centrale et dominante, lui permettant de tenir sous le canon nombre de cr�tes, Fort National (aujourd'hui Larbaa Na�t Iraten), cr��e en 1857 sur le territoire de la puissante et guerri�re tribu des A�t Iraten, avait tenu t�te aux troupes fran�aises pendant deux mois. En 1950, avec 15 028 habitants, elle constitue la seconde grande ville kabyle apr�s Tizi Ouzou et demeure l'�me de la r�sistance contre les Fran�ais.

La g�ographie parle. Dans le Djurdjura, les villages de cr�tes aux maisons entass�es, difficiles d'acc�s, sont autant de forteresses. Les populations des plaines s'y sont repli�es, ce qui explique des densit�s pouvant atteindre 150, voire 200 habitants au kilom�tre carr�. La vie en Grande Kabylie est difficile, les ressources rares. Outre les cultures traditionnelles - l'olivier et le figuier -, poussent sur les fr�nes, telle une "v�ritable prairie a�rienne", les vignes grimpantes qui montent � l'assaut des troncs. Au pied des arbres s'�talent des cultures, c�r�ales, l�gumes, ainsi que le tabac. En Petite Kabylie, c'est la for�t qui fournit le compl�ment de ressources indispensable avec l'�levage du b�tail, la farine de gland, le bois de chauffage.

Des emplois r�guliers existent avec l'exploitation du bois d'�uvre, de la bruy�re et du li�ge. Mais l'envers de cette situation, c'est aussi la progression du d�nuement, de la mis�re. Cette mis�re, Albert Camus en a rendu compte en 1939, dans une s�rie d'articles parus dans Alger r�publicain. A cette �poque, 40 % des familles kabyles vivent avec moins de 100 francs par mois. En 1945, cette fois dans Combat, il proteste � nouveau, car � la mis�re s'est ajout� le march� noir auquel se livrent "des colons inconscients et des f�odaux indig�nes". Dans cet univers marqu� par l'enfermement social et par l'atteinte � la dignit� humaine, les d�sirs d'exil sont grands.

La Kabylie est un fief du mouvement nationaliste. La parole ind�pendantiste a �t� port�e tr�s t�t, dans la France de l'entre-deux-guerres, par les immigr�s alg�riens - dont la plupart sont kabyles. Au nombre de 80 000 environ, la plupart travaillent dans les usines de la r�gion parisienne, de la r�gion lyonnaise ou du nord de la France, bassins industriels d�vast�s apr�s la premi�re guerre mondiale qui ont besoin d'une importante main-d'�uvre immigr�e. Le recrutement des travailleurs alg�riens dans la France des ann�es 1920-1930 s'est effectu� brutalement, par d�placement de populations pr�lev�es le plus souvent parmi les membres de collectivit�s tribales d�mantel�es. Et la Kabylie, pr�cis�ment, a �t� durement touch�e par ce processus de d�possession des terres. Laissant femmes et enfants au pays, ce sont des hommes seuls, paysans d�class�s, qui sont arriv�s en France, ne vivant l� que pour retourner un jour dans la ville, le douar, la campagne d'origine.

Les Kabyles �tant les plus nombreux en situation d'exil�s, il n'est donc pas �tonnant de les trouver en position de force dans la premi�re organisation ind�pendantiste, l'Etoile nord-africaine (ENA). Fond�e � Paris en 1926 avec le soutien actif du Parti communiste fran�ais (PCF), l'association affirme que "son but fondamental est la lutte pour l'ind�pendance totale de chacun des trois pays : Tunisie, Alg�rie et Maroc, et l'unit� de l'Afrique du Nord". L'ENA, qui est alors le seul mouvement � r�clamer ouvertement l'ind�pendance de l'Alg�rie, compte dans ses rangs de nombreux Kabyles. Le paradoxe veut qu'elle soit dirig�e par un homme de Tlemcen, ville situ�e dans l'ouest du pays, loin de la Kabylie : Messali Hadj, n� en 1898 dans une famille d'artisans et de cultivateurs. Dissoute en novembre 1929 par le gouvernement fran�ais, l'Etoile nord-africaine est accus�e de propagande subversive contre la France. Elle regroupe alors 3 600 militants.

En juin 1933, l'ENA se reconstitue. Ses nouveaux statuts interdisent la double appartenance avec le PCF. Les immigr�s alg�riens d�cident de construire leur propre route. Les principaux lieutenants de Messali Hadj sont originaires de Kabylie. Ils soutiennent le Front populaire, mais sont tr�s vite d��us par son attitude � l'�gard du probl�me colonial. L'ENA s'oppose au fameux projet Blum-Viollette qui vise � accorder l'�galit� politique � une faible proportion de la population alg�rienne (environ 21 000 personnes, titulaires de certains dipl�mes, de certains grades ou distinctions militaires). Elle compte pr�s de 5 000 adh�rents - dont beaucoup de Kabyles - lorsqu'elle est dissoute une seconde fois, en 1937.

Cette dissolution cl�t une p�riode et en ouvre une autre. M�me si c'est encore en France que, le 11 mars 1937, Messali Hadj annonce devant 2 000 immigr�s qu'il vient de d�poser avec Abdallah Filali les statuts du nouveau Parti du peuple alg�rien (PPA), le centre de gravit� de la lutte politique se d�place. Le transfert du si�ge de la nouvelle organisation � Alger, � l'�t� 1937, indique bien plus qu'un simple d�placement g�ographique. D�sormais, priorit� est donn�e � l'action politique sur le sol alg�rien m�me ; les militants immigr�s en France vont �tre progressivement rel�gu�s au rang de force d'appoint. Le poids politique des Kabyles s'amenuise, ce qui se verra pendant la crise qui va les opposer en 1948-1949 au reste de l'organisation, rebaptis�e Mouvement pour le triomphe des libert�s d�mocratiques (MTLD) apr�s la seconde guerre mondiale.

EN France, de nombreux dirigeants originaires de Kabylie sont �limin�s de la direction du mouvement, mais il n'en est pas de m�me en Alg�rie. De prestigieux chefs du mouvement nationaliste alg�rien sont originaires de Kabylie, comme Hocine A�t Ahmed, le responsable de l'Organisation sp�ciale, la branche arm�e du MTLD en 1948, Amirouche, redoutable chef de guerre pendant la guerre d'Alg�rie, ou Abane Ramdane, �me du premier congr�s du FLN en 1956.

Mais, en 1954, le dirigeant le plus connu, le plus prestigieux, est Krim Belkacem. N� le 14 d�cembre 1922 au douar A�t Yahia Moussa, pr�s de Draa El-Mizan, il est le fils d'un garde champ�tre. Il fr�quente l'�cole Sarrouy � Alger et y obtient son certificat d'�tudes. Le 1er juillet 1943, il entre dans l'arm�e en devan�ant l'appel de sa classe. Nomm� caporal-chef au 1er r�giment de tirailleurs alg�riens, il est d�mobilis� le 4 octobre 1945 et revient vivre a Draa El-Mizan, o� il occupe le poste de secr�taire auxiliaire de la commune. Ce jeune homme de 23 ans se d�couvre lui-m�me, en m�me temps qu'il appr�hende la mis�re sociale. Plong� dans une r�alit� o� les douleurs sont muettes, il adh�re au PPA.

Au d�but de l'ann�e 1946, il implante des cellules clandestines dans douze douars autour de Draa El-Mizan qui comptent plusieurs centaines de militants et sympathisants. En mars 1947, accus� d'avoir tu� un garde forestier, il est pourchass� et d�cide de passer dans la clandestinit�. Il d�terre une mitraillette (une Sten anglaise, qui deviendra vite c�l�bre en Kabylie) et prend le maquis, suivi par quelques fid�les.

Un des premiers maquis d'Alg�rie vient de na�tre, cr�� par un jeune homme de bonne famille, � peine �g� de 25 ans. La l�gende de Krim Belkacem, maquisard insaisissable, futur "chef historique" du FLN, futur n�gociateur � Evian de l'ind�pendance de l'Alg�rie, commence. Avec son cr�ne d�garni parfois coiff� d'un b�ret, on le voit, trapu et courtaud, "inspectant" la Kabylie v�tu d'un treillis kaki. Il d�ploie une �nergie impressionnante, se d�pla�ant sans cesse, donnant ses ordres avec son accent rocailleux, s'informant de tout.

Deux fois condamn� � mort par les tribunaux fran�ais, en 1947 et en 1950, il devient responsable du PPA-MTLD pour toute la Kabylie, et, � la t�te des 22 maquisards qui composent son �tat-major, il multiplie les contacts directs avec les militants et la population. Son plus proche collaborateur est Omar Ouamrane.

Dans la crise du MTLD, en 1948-1949, il a d�cid� les cadres de Kabylie � soutenir le point de vue de Messali Hadj contre le comit� central, tout en pr�nant la lutte arm�e. Le 9 juin 1954, Krim rencontre, � Alger, Ben Boula�d, puis Boudiaf et Didouche, qui parviennent � le convaincre de la n�cessit� d'une troisi�me force. Il rompt avec Messali Hadj en ao�t 1954. Devenu le sixi�me membre de la direction int�rieure du FLN, il est l'un des "six chefs historiques" qui d�cident le d�clenchement de l'insurrection contre la France.

Dans une ultime r�union � Alger, le 24 octobre 1954, avec les cinq autres responsables de l'insurrection, Mohamed Boudiaf, Mostefa Ben Boula�d, Rabah Bitat et Larbi Ben M'hidi, Krim insiste pour que l'ordre de n'attaquer aucun civil europ�en sur tout le territoire soit respect�. Il y tient d'autant plus qu'il sait, apr�s son attentat contre le garde forestier, combien une erreur de ce genre peut �tre catastrophique sur le plan de la propagande politique. Il recommande le "spectaculaire": attaquer des gendarmeries, des casernes, couper des routes, incendier et d�truire des objectifs �conomiques.

A la veille du 1er novembre 1954, le responsable de la zone de Kabylie, inquiet et nerveux, ne dort que trois ou quatre heures par nuit, par terre, � m�me le sol, sur un matelas recouvert d'une �paisse couverture artisanale. Il songe � un avenir digne pour l'Alg�rie...

Sa vie, par la suite, r�sume les espoirs immenses, et les d�sillusions cruelles, que conna�tra l'Alg�rie des combats nationalistes. Krim, devenu ministre des forces arm�es, dominera un temps le FLN-ALN, en 1958-1959. Nomm� ministre des affaires �trang�res (1960) puis de l'int�rieur (1961), son r�le militaire et politique est en fait d�clinant lorsqu'il entame les n�gociations avec la France, � Evian. D�s l'ind�pendance de l'Alg�rie, en juillet 1962, il d�sapprouve la politique de Ben Bella et se retrouve �cart� de la vie politique. Apr�s le coup d'Etat du 19 juin 1965, il repasse dans l'opposition. Accus� d'avoir organis� un attentat contre le colonel Boumedi�ne, il est condamn� � mort par contumace. Krim Belkacem est d�couvert assassin�, en octobre 1970, dans une chambre d'h�tel � Francfort.

Se brouille, puis dispara�t de l'histoire officielle, l'image du maquisard. R�habilit� � titre posthume, Krim Belkacem a �t� enterr� au "carr� des Martyrs" d'Alger, le 24 octobre 1984.

L'Histoire a ainsi plac� la R�publique au c�ur des in�vitables tensions entre les libert�s individuelles et les libert�s collectives, entre la recherche l�gitime du profit et la qu�te de l'int�r�t g�n�ral, entre la toute-puissance du march� et la n�cessaire intervention de l'Etat.

A cet �gard, les d�r�glements observ�s dans la gestion de grandes multinationales (scandales concernant la r�mun�ration des dirigeants ou la falsification des comptes) ont cr�� dans l'opinion une nouvelle attente qu'il convient de combler sans complexe.

L'Etat r�publicain n'est pas seulement charg� d'�tablir des r�gles et de veiller au respect d'une stricte d�ontologie. Il est aussi parfaitement l�gitime � intervenir pour favoriser la constitution de grands groupes de taille internationale, quoi qu'en pensent les id�ologues du march�. La solution r�cemment apport�e au dossier Alstom en constitue une illustration �clatante. Il se doit aussi, lorsque l'emploi est menac� et la coh�sion sociale min�e, de participer au sauvetage �conomique de certaines entreprises.

Face, enfin, au d�fi des d�localisations, le r�le de l'Etat est de convaincre nos partenaires que l'Union europ�enne doit promouvoir au sein de l'Organisation mondiale du commerce une autre logique. Une logique qui renouerait avec l'inspiration des p�res fondateurs qui avaient instaur� un tarif ext�rieur commun comme corollaire d'un espace de libre march�.

Il s'agit en effet aujourd'hui non pas seulement de lib�raliser le commerce international, mais aussi de prot�ger nos 450 millions d'habitants contre le "dumping" social pratiqu� au m�pris des droits �l�mentaires de leurs peuples par trop de pays �mergents.

Deuxi�me pilier r�publicain, l'�galit�. Nous nous sommes depuis trop longtemps �cart�s des principes fondateurs qui ont permis, jadis, de promouvoir de nouvelles �lites par l'acc�s gratuit et obligatoire � un syst�me d'enseignement exigeant et respect�, d'assimiler des vagues successives d'immigrants auxquels l'adh�sion au pacte social a �t� clairement et g�n�reusement propos�e, d'assurer la coh�sion de la soci�t� par la promotion d'une la�cit� respectueuse de la libert� des consciences et garante de la neutralit� de l'Etat.

La R�publique doit aujourd'hui relever le d�fi de l'int�gration en assumant pleinement une politique de ma�trise des flux migratoires, en donnant un vrai contenu au principe d'�galit� des chances par l'engagement de moyens accrus au b�n�fice des populations les plus en difficult�, en s'assignant l'objectif d'en finir avec des discriminations insupportables, en accordant toute sa place � un islam respectueux de nos valeurs. Ce que le Parlement a commenc� � entreprendre pour r�tablir la la�cit� � l'�cole en adoptant � une tr�s large majorit� une loi simple, fixant des principes clairs, montre la direction � suivre.

Le dernier pilier r�publicain, celui de la solidarit� entre g�n�rations, entre bien-portants et malades, entre ch�meurs et salari�s, celui des droits sociaux affirm�s par le pr�ambule de la Constitution de 1946, est aussi le plus menac�.

Entre les corporatismes, la d�fense illusoire de privil�ges condamn�s par les r�alit�s d'un c�t�, le d�sir de certains de transf�rer au march� des pans entiers de notre protection sociale de l'autre, la R�publique doit se frayer un chemin, faire des choix, prendre en compte les formidables progr�s de la m�decine, d�finir de nouvelles solidarit�s entre les g�n�rations ou entre personnes valides et personnes d�pendantes.

La solidarit� dans la R�publique ne saurait se confondre avec l'assistance et l'irresponsabilit�. La solidarit� v�ritable suppose que l'effort n�cessaire pour assurer � l'avenir l'�galit� devant la protection sociale et, en particulier, devant l'acc�s � des soins m�dicaux toujours plus performants, mais aussi plus co�teux, soit r�parti entre tous, � la mesure des possibilit�s de chacun, comme l'y invitent les conclusions de la mission d'information que j'ai pr�sid�e derni�rement sur cette question � l'Assembl�e nationale.

Etre r�publicain aujourd'hui, c'est r�sister aux tentations individualistes, corporatistes, communautaristes de notre soci�t�. C'est assumer une appartenance qui transcende tous les clivages, qu'ils soient sociaux, culturels, religieux ou ethniques. Ce n'est pas s'accrocher � des valeurs pass�istes, mais, au contraire, approfondir des principes porteurs d'un projet politique moderne.

C'est, enfin, agir conscients que la R�publique n'est totalement elle-m�me que lorsqu'elle s'incarne � l'ext�rieur dans une politique ind�pendante. Le renoncement � faire valoir ses valeurs sur la sc�ne internationale ne conduirait pas seulement la France � se trouver � la remorque d'une puissance �conomique, militaire ou d�mographique ext�rieure, mais aussi � se soumettre � un mod�le de civilisation qui n'est pas le n�tre.

La R�publique ne saurait �tre suiviste par mollesse, atlantiste par principe, neutre par l�chet�. Elle ne peut nouer d'alliances que dans le partage de ses valeurs les plus �lev�es, et dans le but de les d�fendre, conform�ment � sa vocation universaliste.

Benjamin Stora

 ARTICLE PARU DANS L'EDITION DU 06.07.04

http://www.lemonde.fr/web/article/0,1-0@2-3230,36-371616,0.html

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