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Le mouvement citoyen ou l'histoire de la
dignit� rebelle
http://www.lematin-dz.net/quotidien/lire.php?ida=18098&idc=64&taj=1&refresh=1
� Le plus fort n'est jamais assez fort, pour �tre toujours
le ma�tre, s'il ne transforme sa force en droit et l'ob�issance en devoir.
� (Rousseau)
Des mois apr�s sa naissance dans le feu des �v�nements tragiques du
Printemps noir, la protestation citoyenne a d�sar�onn� le pouvoir et
assi�g� le syst�me politique alg�rien. Malgr� la violence d'une r�pression
sauvage qui a fait 125 martyrs, des milliers de bless�s et une s�rie
d'arrestations et d'intimidations, cette r�volte ne semble s'apaiser.
Cette contestation port�e de haute lutte et jalousement prot�g�e par la
population et la frange juv�nile en particulier confirme encore une fois
le refus d'abdiquer devant le pouvoir.
Ce dernier n'a pu h�las cr�er qu'un Etat injuste et les institutions les
plus impopulaires o� se c�toient l'impunit� et l'indiff�rence � l'�gard de
la souffrance du peuple. La r�volte citoyenne a commenc� le 18 avril 2001,
apr�s l'assassinat par la gendarmerie � B�ni Douala de Guermah Massinissa.
La mort tragique de ce jeune lyc�en, au pr�nom � combien symbolique, a
allum� la m�che de la protestation.
Ainsi il n'est pas �tonnant que cette r�volte d�marre de la Kabylie,
r�gion culturellement distincte et poss�dant des traditions de lutte,
h�rit�es de longs combats d�mocratiques, men�s depuis l'ind�pendance. Pour
rappel, cette r�gion frondeuse a �t� toujours en �bullition et a �t� le
bastion du Mouvement national alg�rien. Vouloir expliquer le mouvement du
Printemps noir en n'�voquant que la revendication identitaire, c'est
diluer d'abord et �vacuer ensuite la question r�elle pos�e par une soci�t�
meurtrie et r�duire la complexit� de la crise alg�rienne puis passer sous
silence la r�alit� des rapports sociaux en uvre par l'�vacuation de ce qui
constitue le nud central de l'Alg�rie d'aujourd'hui, � savoir une jeunesse
en p�ril marginalis�e et mise en � quarantaine sociale � et sans rapport �
l'Etat.
La revendication culturelle a servi de d�tonateur l�gitime. Toute
tentative de pousser le mouvement vers de fausses pistes id�ologiques sur
des bases identitaires et r�gionalistes n'est qu'une diversion choisie par
le pouvoir et ses sous-traitants politiques pour sauver leur syst�me
agonisant. Il y a lieu de rappeler que les manifestations ont �t�
conduites autour des mots d'ordre nationaux et ce mouvement citoyen a su
exposer par le biais de la plate-forme d'El Kseur la probl�matique de la
politique g�n�rale qui touche la soci�t� et par la m�me exprim� une
revendication identitaire qu'il est impossible d'�carter tant elle exprime
le refus d'ali�nation culturel impos�e au peuple alg�rien. Cette
plate-forme a mat�rialis� le rejet du syst�me honni qui m�le terreur et
corruption, r�gression et islamisme politique.
Depuis le d�but des �v�nements, rien n'est comme avant. Les certitudes
confortables se sont effondr�es, le pouvoir est mis � nu. D�sormais, le
mouvement citoyen est sorti des entrailles du peuple alg�rien et non de la
t�te du pouvoir.
Des milliers de jeunes se jettent dans la rue au cri � Ulac smah ulac �.
Ce slogan demeure original et comporte, d'une part, une symbolique
r�v�latrice d'un engagement et d'un d�fi qui nous assignent d�sormais � ne
plus c�der devant l'amn�sie et l'oubli, d'autre part, il r�clame une
vengeance sociale qui bannira l'impunit�. En effet, cette jeunesse a pos�
un probl�me national. C'est � coups de pierres que ces jeunes ont fracass�
le miroir d�formant que le pouvoir a toujours impos� � la soci�t�.
Ceci a permis de voir ce qui a �t� jusque-l� mal per�u. H�las le pouvoir
fait preuve d'un autisme persistant. Le mouvement citoyen a d�voil� les
antagonismes majeurs qui l�zardent le pouvoir et a donn� � voir les
questions r�elles pos�es par la soci�t�. Cette derni�re n'est pas un
troupeau � mener par des r�formes mais un ensemble d'acteurs sociaux aptes
� penser leur �mancipation. Ainsi la soci�t� civile est le seul instrument
efficace pour un changement qualitatif eu �gard � l'�loignement radical de
la classe politique de son interlocuteur central qu'est la soci�t�. La
majorit� de l'opposition n'est qu'un continuum de la d�rive du pouvoir et
ne peut pr�tendre r�pondre aux aspirations du peuple. Cela peut para�tre
g�nant et d�sagr�able � certaines oreilles ! L'action politique en Alg�rie
se r�sume � une ribambelle d'ambitions et de rivalit�s de personnes et se
manifeste � chaque �ch�ance �lectorale, il est clair que la d�mocratie
perd son sens et sa cr�dibilit� dans de pareil cas. Le sort des citoyens
ne d�pend pas de ces �lus mais d'enjeux de clans opaques. L'espoir plac�
dans les vertus de multipartisme se fane syst�matiquement, ce
multipartisme de pacotille manipul� et manipulable est devenu la seule
image de la d�mocratie.
On tend h�las vers une d�mocratie sans intensit� o� ceux qui se posent
comme alternative sont sans alternative. Nous n'avons qu'� voir la
campagne �lectorale pour se rendre � l'�vidence que les candidats ont
soigneusement �lud� de pr�senter des programmes �conomiques pr�cis et
clairement circonscrits, pour l'unique raison qu'il n'y avait pas de
diversit� des programmes �conomiques mais unanimit� variablement formul�e
autour de l'orientation lib�rale engag�e par le pouvoir m�me si tel ou tel
candidat se r�clame de gauche, d'une d�mocratie centriste ou de droite. Y
a-t-il eu un seul candidat qui a abord� la question �conomique en
pr�sentant un programme s�rieusement �labor� et franchement explicit� ? Ce
qui nous aurait permis de le reconna�tre et de l'identifier � la matrice
id�ologique qui l'a couv�. Pourquoi nous parler s�rieusement de pluralisme
politique sans antagonismes id�ologiques ax�s sur l'�conomie.
C'est pour cela qu'il n'est point permis de parler, en l'�tat actuel des
formations politiques, de pluralisme politique mais de pluralit� de
configurations d'un m�me syst�me. Il est tout � fait inconcevable que les
partis reprennent les slogans populistes du pouvoir sans verser dans
l'amalgame qui m�ne � l'impasse
� Dans un pays comme le n�tre, disait le professeur Benoune, la politique
doit �tre une passion qui exige d'abord la lib�ration de soi pour servir
son peuple, elle devient art de bien gouverner lorsqu'elle aura �t�
longtemps mise au service des humbles, des exploit�s, des opprim�s, des
laiss�s-pour-compte et des bienfaiteurs de l'humanit� �1.
Devant une position effrit�e et incapable de se poser comme alternative
dans sa majorit�, le mouvement citoyen fait appara�tre des conditions pour
la production d'un projet politique salutaire et la volont� de le faire
aboutir. Toutefois, la r�ussite de ce projet d�pend de la capacit� �
r�unir les partis progressistes, les syndicats, les universitaires et le
mouvement social � l'�chelle nationale et de r�ussir l'int�gration de ces
composantes. En quelques mois seulement, ce mouvement a fait exister des
objectifs politiques que des partis avaient abandonn�s ou refoul�s. Il a
apport� des m�thodes d'action qui recourent � l'efficacit� symbolique, qui
d�pend de l'engagement de ceux qui manifestent, il fait na�tre de nouveaux
contenus, des buts et des moyens.
Il est n�cessaire que les intellectuels se mettent � l'�cole des gens
simples et s'associent au mouvement social, car nous sommes devant un
pouvoir d�shumanis� qui repr�sente une menace constante � toute libert� et
dignit�.
Il faut renoncer � ces mani�res d'autoriser des d�missions, � commencer
par ceux qui se confinent dans des tours d'ivoire. Cette fuite dans la
puret� pour le motif de r�serve scientifique et d'objectivit� a des
cons�quences sociales graves, au lieu de produire des connaissances
critiques sur les m�canismes de domination. L'�lite alg�rienne
fonctionnalise la pens�e et sombre dans les renoncements et les
reniements. � Il �tait plus all�chant pour ces �lites de penser bien que
de penser juste, sans jamais montrer leur dissidence qu'il y a une autre
mani�re de penser et d'agir, au service de l'Etat ; elles �taient les
conseill�res du prince. �2 Il est n�cessaire que les intellectuels se
donnent comme t�che de r�sister contre l'effet symbolique qu'exercent les
experts et les intellectuels organiques engag�s par le pouvoir � lui
servir de paravents pseudo-scientifiques. La servilit� envers le pouvoir
et l'indiff�rence devant le d�sespoir des d�munis ont toujours justifi�
les dominations. L'implication civique attendue de l'�lite ne prend son
sens qu'une fois affranchie de l'emprise de la volont� des d�cideurs et
ind�pendante � l'�gard de tous les syst�mes de domination en laissant la
place � la pens�e critique et autonome et r�solue � aller � l'encontre des
id�es dominantes. La t�che premi�re de l'intellectuel devant les crises
qui secouent la soci�t� est de d�coder le langage de la r�volte, d�crypter
ses significations sociales et culturelles et aider les acteurs sociaux �
penser leur �mancipation. Les mouvements sociaux sont devenus les
nouvelles locomotives auxquelles s'attellent les acteurs sociaux
(individus) porteurs de capacit�s plus efficaces de changement.
Changement qui ne surviendra jamais en mettant un bulletin dans l'urne,
les exp�riences pass�es nous ont d�montr� que la passivit� � laisser le
champ libre aux �lus, ceux-ci ont laiss� � leur tour le champ libre au
pouvoir. Ce dernier nous livre au fatalisme et au d�faitisme. Tous les
d�bats d�terminants pour l'avenir du pays sont totalement occult�s par nos
�lites politiques int�gr�es au pouvoir ou bien opposantes obs�d�es par le
pouvoir mais aveugles, sourdes et muettes envers la soci�t�. Ainsi la
majorit� des citoyens ne se reconna�t ni dans le pouvoir ni dans son
opposition, il ne lui reste, comme forme de protestation, que l'�meute et
laisse entrevoir l'�cart irr�ductible entre la soci�t� � laquelle elle
aspire et celle quelle rejette. Ceux qui ont pris la parole dans la rue
sont d'abord les exclus du syst�me, ceux qui forment la soci�t� oubli�e,
les victimes du d�ni identitaire et les opprim�s en g�n�ral. Ils
descendent dans la rue pour se battre contre le monde d'en haut, contre
les puissants et les riches ind�ment promus.
L'Alg�rie est �branl�e par un changement radical de l'�conomie. En dix
ans, le r�le de l'Etat a radicalement chang� sous la pression des
institutions mon�taires internationales. Une lib�ralisation aussi brusque
que d�brid�e, subie plut�t que n�goci�e, � eu pour cons�quences la
faillite des entreprises et la panne de l'�conomie nationale. Au moment o�
le taux de ch�mage augmente, le licenciement redouble de vitesse. Le
transfert de la rente du monopole d'Etat vers le monopole priv� s'effectue
dans l'opacit� totale.
En effet, entre les diff�rentes structures du pouvoir, un nouveau deal qui
exclut et met hors histoire la majorit� du peuple est conclu. Continuer �
focaliser les d�bats sur les luttes de clans au sommet de l'Etat et faire
croire aux Alg�riens l'existence d'un clan au sein du s�rail favorable �
la d�mocratie et � la justice sociale revient � s'illusionner et �
s'interdire de comprendre ce qui se passe en r�alit�. Les nouveaux riches
appuy�s par les barons du syst�me tentent de soumettre toutes les
institutions � leur bonne volont�. Une caste de privil�gi�s dilapide les
richesses du pays et enfonce l'Alg�rie dans une v�ritable impasse.
L'Alg�rie a abord� un processus de fragmentation et de dislocation du lien
social. La violence et la gabegie s'inscrivent dans une longue histoire,
ce malaise ne peut passer sans bruit, la rue a repris la parole car la
crise multiforme est aggrav�e par la politique de caporalisation des
syndicats, des parties et du mouvement associatif, l'absence de ces
mouvements autonomes susceptible de donner un sens aux luttes populaires.
La fermeture des voies de luttes pacifiques ne laissant possible que
l'�meute. C'est � coup de cailloux que l'Alg�rie pauvre, marginalis�e et
humili�e clame un changement radical et un nouveau contrat social. H�las,
l'�meute a inscrit son nom sur le registre de l'acte politique en Alg�rie.
Ces quelques actes de violence dus � une � sociose � qui est caract�ris�e
par une s�rie de fractures profondes, ne sont qu'un rappel � l'ordre.
La contestation populaire, jadis enferm�e dans les usines et les
universit�s, s'�lance dans la rue pour v�hiculer d'autres revendications
et exprimer en plein air le marasme social. Son chef et son �tat-major, le
ras-le-bol a pour pendant le rejet total du syst�me. Le peuple mis hors
histoire et astreint � une vie fond�e sur une � culture de la survivance
�3 ne peut plus accepter la pr�sence d'un Etat absent qui ne r�pond plus �
la demande sociale. Par l'�meute, il se r�v�le � un monde qui semblait
l'avoir perdu de vue et � un Etat qui l'a reni�. Ne perdant pas seulement
les rep�res priv�s de leur culture et de leur dignit�, les masses
juv�niles sont d�pec�es et saucissonn�es. La pauvret� ambiante et le
manque d'assurance d'une vie ma�tris�e rendent le quotidien insupportable.
L'�meute est devenue le message et le moyen s�r de communiquer dans cette
soci�t� du vide o� la base ne parvient plus � comprendre les d�cisions, ni
� savoir o� elles se prennent. � Le vide social est d'abord l'apparition
de cette distance presque infranchissable entre la base et le sommet, le
local et le global. Distance cr��e par la disparition et l'usure de
nombreux canaux m�diatiques, code de communication, la base ne sait pas o�
est le pouvoir, comment le chercher et comment s'adresser � lui pour se
faire entendre et l'influencer �4. Le pouvoir par sa r�pression et ses
appareils id�ologiques tente d'annihiler tout projet de soci�t� qui
diff�re de sa vision r�duite. Cette camisole mentale risque d'�radiquer
toute distance critique par rapport � l'ordre �tabli, aussi ce pouvoir
absorbe, accapare mais ne pr�pare pas le citoyen � prendre sa place dans
la soci�t�. Le mouvement de protestation est un acte fondateur de la
citoyennet� par excellence qui nous impose en priorit� d'�tre en contact
avec les gens. Les propositions les plus justes, les plus d�mocratiques,
les plus rationnelles et les plus dignes finiront par vaincre. Le devoir
de chacun est d'aller � l'encontre des nouveaux dogmes et du silence.
Seule la mutation de la pens�e assurera un saut qualitatif du mouvement.
Il ne s'agit plus d'interdire les id�es des autres, mais plut�t d'�largir
le d�bat, de permettre l'expression libre et la soci�t� tranchera en
derni�re instance. Le discours critique p�rennise le mouvement sain de la
soci�t�, p�nalise et ghetto�se le pouvoir et l'Etat hybride fait de
bourgeoisie renti�re et de conservatisme de forme.
Pour pr�server cette dynamique porteuse d'espoir d�mocratique, il y a lieu
de mettre fin aux tentatives visant � remettre en cause la structure
horizontale du mouvement. La sagesse sugg�re d'�largir la conception du
mouvement et impliquer les citoyens pour g�rer cette contestation. Le
pouvoir a tout fait pour lui greffer une structure verticale, seul moyen
pour lui de le d�sint�grer. L'autocritique rationnelle est imp�rative.
Elle corrige les erreurs n�es de l'urgence du combat et permet le
d�passement des obstacles et lib�re la voie vers l'aboutissement des
luttes. Les animateurs doivent imp�rativement d�velopper leur propre
r�flexion sur le sens du mouvement, la signification de la lutte et
liquider toute subordination � un courant politique ou � un clan du
pouvoir. Faute de quoi, ce dernier trouvera une large marge de manuvre et
se servira du r�gionalisme ou de l'autonomie pour survivre. Toute
tentative de proposer � l'heure actuelle la r�gionalisation comme solution
de sortie de crise n'est autre qu'une mani�re r�fl�chie et une ruse pour
sauver le pouvoir de sa propre chute. Les clans qui se sont partag�s le
pouvoir depuis 1962, ont vu leur force us�e, en panne d'id�es, avec des
appareils d�liquescents, sans ambitions et sans projets, ils ne peuvent se
r�g�n�rer. S'ils arrivent � se partager les territoires apr�s s'�tre
partag� la rente, les clans du pouvoir feront rena�tre le syst�me de ses
cendres. L'histoire atteste que devant les grandes contestations
populaires les pouvoirs despotiques, qui par nature sont craintifs, voient
dans la parcellisation des luttes, la ghetto�sation des protestations et
l'isolement des hommes le gage le plus certain de leur propre dur�e, ainsi
ils mettent tous les moyens n�cessaires � isoler les �nergies du
changement pour mieux assainir pour ensuite servir et fossiliser le
mouvement historique.
Ainsi la seule voie portante de changement r�el et authentique loin du
repl�trage et du r�formisme n'est que le d�part du syst�me et son
d�passement historique. Cette voie r�volutionnaire et pacifique doit
canaliser les contestations � l'�chelle nationale et aboutir enfin � un
front d'alternative d�mocratique, il a lieu de retenir que chaque fois
qu'un mouvement se remet en marche, gr�ce � l'intervention du peuple et �
des militants sinc�res, des opportunistes tentent soit de le ralentir, de
le d�tourner de son objectif, ou bien de le d�vier. Les �lections en
Alg�rie ne sont qu'un moyen de contourner la v�ritable voie de sortie de
crise et maintenir la pens�e unique qui d�veloppe avec elle la notion
d'irr�ductibilit�. Un syst�me qui est, doit �tre parce qu'il est. Ainsi on
se trouve pi�g� par la fatalisme. Pourtant un regard � l'histoire d�montre
que l'id�e d'irr�versibilit� est caduque. Il y a lieu de signaler que
l'absent�isme �lectoral a �t� durant des ann�es un ph�nom�ne sociologique
qui a caract�ris� la soci�t� alg�rienne et renseign� sur la disponibilit�,
l'attente de la soci�t� au changement et sa facult� de dire non.
L'�mergence du mouvement citoyen a r�ussi � canaliser les luttes et
transform� l'absent�isme en rejet �lectoral. Ce saut qualitatif a donn� un
contenu politique et laisse entrevoir un projet de changement radical et
une volont� de d�mocratiser la vie politique publique. La crise alg�rienne
ne pourra se r�gler qu'en favorisant l'�mergence d'une r�publique de
citoyens, qui, � son tour, ouvrira des perspectives r�elles dans les
diff�rents domaines qui touchent la dignit� du citoyen. Cette entreprise
du salut signifierait la rupture avec le pouvoir de la rente, la
manipulation de la religion, l'extension de la rapine, l'exclusion et
l'autoritarisme. Pour s'atteler � une telle t�che, une r�volution des murs
politiques s'impose. Ainsi toute strat�gie sinc�re visant � mettre fin �
la trag�die actuelle doit se baser sur la satisfaction de la plate-forme
d'El Kseur et surtout consacrer la primaut� du pouvoir civil sur le
militaire. Ce saut qualitatif permettra d'une part d'enterrer une p�riode
historique noire et d'autre part achever l'uvre de Abane et de nos
valeureux martyrs. Par ailleurs, il y a urgence de combattre la
corruption, s�parer la religion du politique, r�former l'�cole et l'ouvrir
� la science et � l'universalit� et arr�ter le bradage �conomique et
surtout la destruction des secteurs de souverainet� et combattre les
id�ologie de domination et de tyrannie mondiale qui se pr�sentent sous le
masque de l'universalit�, enfin n�gocier la mondialisation en pr�servant
les int�r�ts du peuple alg�rien et se soustraire aux injonctions du FMI.
Il faut rappeler que les accords conclus avec les instances mon�taires
internationales ne sont pas une coop�ration fructueuse mais une suite
d'oppressions.
A chaque fois que les contradictions sociales atteignent leur maturit� et
s'expriment par un mouvement social porteur d'espoir d�mocratique, on a
tendance � chercher son origine non dans la dynamique historique mais �
l'expliquer par la main invisible des clans, ainsi on finit par l�gitimer
l'action par le haut et la rendre la seule alternative possible de
changement.
Le mouvement citoyen n'est pas une conspiration mais refl�te un ras-le-bol
g�n�ral, cette r�bellion d�mocratique deviendra � coup s�r un grand
mouvement qui va clore un cycle historique et r�pudier le syst�me actuel.
A travers cette protestation pacifique, il est clair que seul les
mouvements sociaux �manant des profondeurs de la soci�t� civile peuvent
�tre les garants de la d�mocratie et susceptibles de transformer les
luttes populaires en projet positif. Le mouvement citoyen est un nouveau
d�fi � un pouvoir d�shumanis� et ent�t�, et le seul moyen pour sortir
l'homme de la foule et le citoyen du despotisme.
Sili Kamel, syndicaliste
(1) Mahfoudh Benoune, Esquisse d'une anthropologie de
l'Alg�rie politique.
(2) L'exclu, l'intellectuel et l'Etat, Sa�d Chikhi revue Naqd n� 2 (1992).
3) Samir Nair, Tiers Monde et syst�me diadoque.
(4) Ive Borrel, La soci�t� du vide, collection Empreint. Seuil p.84
Sili Kamel, syndicaliste
19/20-04-2004 journal Le Matin - Algerie
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