A   C   A    O   H
Tiddukla Tadelsant Tamazight di Ottawa - Hull
Association Culturelle Amazighe � Ottawa-Hull
 Amazigh Cultural Association in Ottawa - Hull
  tidukla tadelsant tamazigt Di utawua hul

Akli Kebaili, �crivain et docteur en sciences politiques, � Libert�

http://www.liberte-algerie.com/edit.php?id=45452

Un peuple qui n�utilise pas sa langue est condamn� � rester domin� par d�autres peuples�
Propos recueillis par ALI A�T MOUHOUB

M. Akli Keba�li, connu sous  le nom d�Akli Azwawi, est �crivain et politologue. Il  nous parle de sa passion pour l��criture et de ses combats.

Libert� : Comment est n�e cette passion d��crire en berb�re ?
Akli Keba�li : Depuis que j�ai quitt� ma famille pour rentrer � l�internat � l��ge de 13 ans, j�ai �prouv� la n�cessit� de communiquer avec ma m�re en kabyle. Donc, j�ai commenc� � �crire mes lettres en kabyle. Et pour manifester publiquement ce besoin, j��crivais les adresses aussi en kabyle. La r�action des agents de la poste et des villageois a �t�, � l��poque, souvent �moqueuse�. L�adresse en kabyle ? La lettre en kabyle ? Peut-on �crire cette langue ? Et, depuis mon arriv�e en Allemagne en 1979, j�essaie d�expliquer aux Allemands notre revendication l�gitime pour la reconnaissance de nos langue et culture et les premi�res questions des Allemands et d�autres �trangers sont souvent : Avez-vous une �criture ?
Quelle est la diff�rence entre la langue arabe et la langue kabyle (berb�re) ? Ces gens, que nous essayons de gagner pour notre cause, ne peuvent nous comprendre s�ils constatent que notre langue de communication et de travail n�est pas notre langue maternelle. Mon intention est, bien s�r, aussi de contribuer au d�veloppement de la litt�rature kabyle et de communiquer avec la population malgr� mon absence physique en Kabylie.

Avez-vous des difficult�s � �crire en kabyle ?
Nous avons toute une s�rie de probl�mes pour y parvenir. Je compare quelqu�un qui �crit en kabyle ou en tamazight comme quelqu�un qui se balade dans un pays �tranger sans conna�tre l�issue de son chemin. On se pose toujours la question de savoir si les �crits seront lus ou pas par quelqu�un ! Les auteurs d�expression kabyle, non seulement sont bloqu�s par le manque de moyens, mais le contenu de leurs �crits est moins consid�r� que les �uvres �crites en d�autres langues.
Il est, souvent, difficile d��valuer le contenu des ouvrages par manque d�int�r�t et d�experts dans ce domaine. Je ne connais aucune institution, soci�t� ou personne qui subventionne la publication de la litt�rature kabyle.
Cette litt�rature ne trouve pas d�acheteurs. Par cons�quent, les auteurs d�expression kabyle ou tamazight sont d�courag�s. La majorit� de nos Kabyles n�ach�te pas de livres en kabyle et ne s�int�resse pas � cette langue. Gagner de l�argent est, bien s�r, n�cessaire et l�gitime. Mais gagner de l�argent et perdre son identit� et sa langue maternelle sont loin d��tre positifs. Cela va �tre, � long terme, de plus en plus �vident. Il sera alors trop tard pour regretter. Les auteurs qui publient dans leur langue maternelle se ruinent puisqu�ils sont oblig�s de payer les frais de leurs publications.

Beaucoup d�intellectuels kabyles pr�f�rent s�exprimer dans d�autres langues, notamment en fran�ais, pourquoi ?
Notre probl�me est que ces intellectuels qui sont en mesure d�utiliser la langue qu�ils revendiquent ne le font pas. Je me demande aussi pourquoi nos intellectuels ne donnent pas � leur langue maternelle la place qu�elle m�rite ! Certains d�entre eux ont m�me produit des textes en Kabyle, mais on les voit maintenant faire marche arri�re. � mon avis, il y a beaucoup de raisons � cette situation, entre autres, les probl�mes que je viens de citer, c�est-�-dire le manque d�int�r�t de  nos concitoyens � la litt�rature kabyle ainsi que le manque de soutien de l��tat � cette litt�rature. Il y a aussi une sorte de complexe. Beaucoup de nos intellectuels pr�f�rent s�exprimer dans des langues �trang�res, cela leur donne � leurs yeux plus d�importance et de valeur. Le but de l�utilisation de ces langues �trang�res est souvent celui de se distinguer des citoyens simples, c�est-�-dire de la masse.
Et il y a, bien s�r, l�influence de ces langues �trang�res sur la population pour une longue dur�e.
Ce qui leur facilite de s�exprimer dans ces langues plut�t que dans leur langue maternelle c�est un manque d��ducation scolaire et d�utilisation de notre langue dans les �tablissements publics. Beaucoup de nos intellectuels utilisent leur langue maternelle plut�t dans leur vie quotidienne. � mon avis, on a vraiment tort de traiter sa langue maternelle d�une fa�on pareille, car elle est capable comme toutes les autres langues d��tre la langue de travail dans tous les domaines de la vie, y compris les domaines scientifiques.

Auteur de deux romans, quel bilan en faites-vous ?
L��cho est assez timide. Il y a aussi le probl�me de la divulgation. Mes petits livres en kabyle sont publi�s en France chez l�Harmattan et malheureusement pas en Kabylie ou en Alg�rie.

Imetti n Bab Idurar (Les aventures de Bab Idurar) a �t� int�gralement r�dig� en kabyle contrairement � votre deuxi�me roman l�kuraj n Tyazit (La brave poule) �crit en langue fran�aise et kabyle, Pourquoi ce changement ?
Premi�rement, parce que nous n�avons pas de maison d��dition sp�cialis�e dans la litt�rature kabyle. Et publier en France, seulement en langue kabyle, co�te tr�s cher car les maisons d��dition pr�f�rent les langues qu�elles ma�trisent et qui se commercialisent. Deuxi�mement, la production bilingue est aussi destin�e aux enfants des �migr�s qui ne ma�trisent pas la lecture en kabyle et m�me aux r�sidants de Kabylie qui h�sitent � lire dans leur langue. La deuxi�me langue peut aider � mieux comprendre le texte en kabyle. Mais la publication bilingue a aussi ses probl�mes.
Moi, personnellement, je pr�f�re �crire uniquement en kabyle litt�rairement parlant. je me sens tr�s bien dans cette langue et j�ai toujours l�espoir de traduire un jour ces textes dans d�autres langues.

Avez-vous un p�re spirituel ?
Non !

Avez-vous des projets pour l�avenir ?
J�ai beaucoup de projets mais le probl�me est toujours li� � la r�alisation. J�ai d�j� deux livres qui sont pr�ts � la publication.  Et, faut-il le dire, sans l�aide de mon ami Kamal Na�t-Zerrad, je ne serais pas en mesure de publier mes textes en kabyle.
Kamal, qui est professeur � l�Inalco de Paris, dirige une collection chez l�Harmattan qui s�appelle Tira (langue, litt�rature et civilisation berb�res). C�est lui qui fait les d�marches aupr�s de l�Harmattan afin de pouvoir publier mes textes. Sans lui, je suis compl�tement impuissant quant � l�activit� de publication en kabyle.
En Kabylie ou en Alg�rie, je n�ai pas trouv� des maisons d��dition qui pourraient s�int�resser � mes textes. M�me les auteurs r�sidents en Kabylie comme Salem Zenia et les autres produisent en France. D�ailleurs, je salue � cette occasion tous les auteurs d�expression kabyle pour leur courage d��crire dans cette langue.

Quel est votre point de vue sur le projet de la charte pour la paix et la r�conciliation nationale ?
Bien que je ne sois pas tr�s bien plac� pour r�pondre � cette question, puisque je vis � l��tranger et donc je ne vis pas la r�alit� quotidienne en Alg�rie, j�ai quand m�me un point de vue l�-dessus puisque je suis moi-m�me concern� par la situation s�curitaire en Kabylie, en particulier, et en Alg�rie, en g�n�ral.  Le pays a besoin de s�curit� et de paix ; c�est ce que tout le monde souhaite. je suppose. Mais la r�siliation des actes de violence contre les populations ne peut �tre mise en �uvre exclusivement � travers un r�f�rendum. L�assurance de la s�curit� des citoyens est toujours l�affaire des gouvernements.  Ce qui est le cas dans le monde entier. Ce n�est pas parce que la population confirmera le projet de r�conciliation que les groupes arm�s d�poseront leurs armes. Si le but de ce r�f�rendum est d�assurer la paix, je ne vois pas pourquoi s�y opposer. La question reste de savoir � quel prix et quel est l�enjeu politique d�un tel projet ?
Je pr�f�re ne pas donner de r�ponses superficielles. Mais il ne faut pas oublier, dans toutes ces discussions, les victimes du terrorisme,  celles du Printemps noir et les disparus. Il faut aider toutes ces victimes ou leurs ayants droit � assumer psychologiquement leurs douleurs dues � la perte de leurs proches sans oublier de leur octroyer une aide mat�rielle.

Comment pouvez-vous d�crire l�avenir de l�amazighit� et de la Kabylie � travers ce projet de r�conciliation ?
La paix et la s�curit� sont, bien s�r, indispensables pour le d�veloppement �conomique et culturel d�un pays.  Et quand on a faim on ne peut pas s�int�resser � la culture. Mais, je ne vois pas la relation directe entre ce projet de r�conciliation et la revendication amazighe.

Le conseil scientifique de l�universit� Mouloud-Mammeri de Tizi Ouzou vient d�attribuer le titre de doctorat honoris causa � l�ex-pr�sident Ahmed Ben Bella, que pensez-vous de ce geste g�n�reux ?
Cette nouvelle ne m�a pas choqu� personnellement, � l�oppos� de beaucoup de mes amis, puisque l�universit� de Tizi Ouzou n�est pas vraiment autonome. Je ne connais pas non plus les raisons qui ont motiv� les responsables de cette universit� � attribuer ce prix � M. Ben Bella.
Une chose est certaine, Ben Bella a fait beaucoup de mal � notre r�gion et � notre culture kabyle. A-t-il corrig� ces graves fautes historiques vis-�-vis de notre culture ? Quelle a �t� sa contribution au d�veloppement scientifique ou culturel de notre soci�t� ? Mais il est aussi important de se demander quelle place a la culture kabyle � l�universit� de Tizi Ouzou ?

Quelle conclusion faites-vous de cet ensemble de combats ?
Depuis le Printemps amazigh en 1980, notre travail pour la reconnaissance de notre culture kabyle a donn� quelques fruits. Les gouvernements alg�riens depuis 1962 ont d�cid� de faire dispara�tre notre culture et notre langue par tous les moyens.C�est gr�ce � beaucoup d�hommes et de femmes engag�s et qui ont risqu� leur vie que nous sommes arriv�s aujourd�hui � cette situation. Mais cette �tol�rance� de la part du r�gime alg�rien envers la culture kabyle et amazighe en g�n�ral pourrait �tre tr�s dangereuse pour le d�veloppement de notre culture et en particulier de notre langue. Je proposerai de faire du 20 avril et du Printemps noir des journ�es et des semaines d�apprentissage de la langue kabyle.
Un programme sp�cial doit �tre r�alis� pour nos enfants. On pourrait organiser des cours de langue dans tous les si�ges des associations et pourquoi pas dans les �coles, une fa�on symbolique pour manifester l�importance de cet �v�nement publiquement. Apr�s ce programme, on pourrait passer aux autres activit�s comme les manifestations et les festivit�s culturelles, � Il faut absolument passer du stade de la langue orale � celui de la langue �crite, sinon nous n�aurons aucune chance de la prot�ger dans une �poque de communication �lectronique et de globalisation mondiale.

BIO EXPRESS
Akli Keba�li, connu aussi sous le nom d�Akli Azwawi, est n� en 1953 � Tiwal (Ath Maouche) dans la wilaya de B�ja�a et vit en Allemagne depuis 1979. �crivain et politologue, il a contribu� � l��panouissement de la culture berb�re par ses �crits avec l�ex-journal Izuran et d�autres dans lesquels il remplissait souvent ses pages en kabyle. Il est auteur �galement de deux romans, Imetti n bab idurar (Les aventures de Bab Idurar) (1999) et l�kuraj n Tyazit (La brave poule) en d�cembre 2002. Son penchant pour l��criture, notamment en allemand et en kabyle, le distingue beaucoup. Il travaille actuellement � la mairie de Francfort/Main (services aux affaires multiculturelles) dans le domaine de l�int�gration des �migr�s. Son engagement contre la discrimination est quotidien. Il participe, en outre, et en coop�ration avec la police de Francfort, � la r�alisation d�un film vid�o en tamazight.

 

 

 


 

 

 

home.gif (5688 bytes)

Hosted by www.Geocities.ws

1