Le 9 octobre 2000

L'immobilit� fait des cabrioles

Je cherche encore quelque chose � quoi me raccrocher. Quelque chose qui fait que ma vie retrouverait un peu de stabilit�. Ext�rieurement, tout a l'air au beau fixe. La perfection. Mais en dedans, tout tourne. �a tourne, et �a m'�tourdit. J'ai besoin d'un point � regarder au loin, d'un phare, pour que tout cesse de faire des cabrioles autour de moi.

Je croyais vraiment que j'allais r�ussir � m'y faire. J'�tais certaine que je pourrais combler le vide laiss� par son absence. Mais je n'y arrive pas, pas comme je le voulais. Il ne me manque pas comme il m'aurait manqu� il y a six mois encore. J'ai l'impression de vivre un livre dont il manque le dernier chapitre. Il manque quelque chose � ma vie. Je sais, parfois dans le dernier chapitre se d�roule un drame incroyable. Il arrive qu'un auteur habile d�noue les noeuds d'une trag�die seulement � la fin du livre. Peut-�tre en serait-il ainsi avec mon livre � moi. Mais comment puis-je le savoir? Je suis en stand by, en latence. Pour une perfectionniste comme moi, cette impression d'oeuvre inachev�e est intol�rable. Elle me ronge le coeur de l'int�rieur.

Alors quoi? Je lui �cris pour lui dire ce qui me p�se sur le coeur? Je crache sur le papier toutes ces souffrances, tout ce d�sir, tout cet amour, toutes ces tristesses qui m'accablent depuis deux ans? Voyons donc! Alors je l'invite � boire un verre et je lui balance le tout � la figure? Je ne serais jamais plus capable de le regarder en face apr�s cela. Alors quoi? Alors... rien. Le statut quo. L'immobilit�. Dieu que c'est p�nible! Mais �a fait des semaines que je retourne le tout dans ma t�te - je peux bien �tre �tourdie - et c'est la seule solution. Pour moi, pour lui. Continuer de se regarder tout en sachant tr�s bien tous les deux ce qu'il y a entre nous, tout ce qui n'a jamais �t� dit, et faire comme si tout cela �tait transparent, limpide: regarder � travers.

S'il savait combien de pages j'ai noircies � �crire son nom, � dessiner son visage, � m'inventer des histoires o� je lui disais tout. Et ces mots, et ces images, sont ceux d'une hypocrite. Je les garderai pour moi, et je ferai semblant de ne les avoir jamais trac�s. Je leur tourne le dos comme s'ils n'�taient pas les miens, comme s'ils appartenaient � une autre vie. Mais au fond de moi je sais bien qu'ils sont miens, que c'est ma blessure qu'ils racontent.

***

Je viens d'allumer des chandelles. On dirait que j'ai besoin de voir le feu lorsque j'ai les bleus. Lorsque j'ai pris mon bain tout � l'heure, il y avait bien six chandelles autour de moi. J'aime bien le reflet de la flamme sur l'eau chaude du bain. Mais il faut croire que je n'en avais pas assez de ces quelques minutes. Peut-�tre l'ambiance cr��e par les chandelles m'aide-t-elle � regarder en dedans de moi sans que j'aie trop peur de m'y perdre. Lorsqu'elle vacille, la flamme me ram�ne � la r�alit�. Pr�sence r�confortante. Je vais fermer les yeux et me laisser aller, doucement, plonger dans un sommeil o� la tristesse et la douleur sont engourdies.

Le 7 octobre 2000 | Le 16 octobre 2000 | Billets | Retour

Hosted by www.Geocities.ws

1