Le Devoir, le 14 octobre 1998

QUAND UNE HEURE

DEVIENT 18 MINUTES

Toutes les stations de télévision et de radio sont contrôlées par un seul propriétaire. Les journalistes tombent en grève. Fini, plus d'information. Situation absurde? C'est pourtant ce que vit la région de l'Abitibi-Témiscamingue depuis un mois.

Paul Cauchon

Le Devoir

Les 85 employés du Syndicat des employé(e)s en communication en Abitibi-Témiscamingue sont en grève générale et illimitée depuis le 15 septembre dernier. Depuis, l'information régionale dans ce coin de pays rétrécit comme peau de chagrin.

Radio-Nord est une entreprise familiale créée il y a plus de 40 ans. Ce mini-réseau, implanté en Abitibi mais aussi dans l'Outaouais et dans quelques autres villes du Québec, exploite en Abitibi-Témiscamingue trois stations de télévision et six stations de radio. Les trois stations de télé diffusent le signal et les émissions de Radio-Canada, de TVA et de TQS. Quant aux stations de radio, elles sont liées à Radio-Canada et au réseau Rock Détente. Le monopole régional de l'information est donc presque total (en fait, Radiomutuel possède aussi quelques stations de radio et la télévision communautaire est très active).

Concrètement, les journalistes de Radio-Nord produisent à tous les soirs un bulletin régional de 18 minutes. Fait assez renversant: les mêmes employés peuvent produire le bulletin pour TVA, puis pour TQS, puis pour Radio-Canada. Situation qui, d'ailleurs, irait à l'encontre des v�ux du CRTC, qui s'attend à ce que les bulletins soient distincts d'une station à l'autre.

La convention collective de ce syndicat était échue depuis décembre dernier et les négociations ont mal tourné. Les employés reprochent essentiellement à la direction de Radio-Nord de vouloir implanter le système du journaliste-caméraman tout en demandant aux caméramans de recueillir aussi de l'information. La direction veut également que les animateurs de radio puissent maintenant lire les nouvelles et elle veut engager des animateurs à contrat alors que, traditionnellement, les animateurs sont membres du syndicat.

Les syndicat rappelle que depuis cinq ans, Radio-Nord a supprimé plus de 20 postes dans la région, et il en a long à dire sur la détérioration de l'information régionale. <<Il y a dix ans, on trouvait ici un bulletin télévisé d'une heure sur la région et des émissions d'affaires publiques, explique Pierre Plouffe, porte-parole du syndicat. Maintenant, le bulletin régional compte 18 minutes dont sept minutes d'informations sportives et de publicité.

La direction de Radio-Nord soutient que ses opérations en Abitibi ne sont pas rentables, déclaration qui laisse perplexe quand on sait que Radio-Nord a plusieurs projets de canaux spécialisés.

La grève générale illimitée, accepté à 94% par les membres du syndicat, a été déclenchée le 15 septembre, privant quelque 160,000 citoyens d'informations régionales.

Mais Radio-Nord a commencé à faire appel à du personnel supplémentaire et le réseau produit depuis quelques jours un petit bulletin régional avec l'aide des cadres. Le directeur général du réseau lit le bulletin et le directeur de l'information agit comme journaliste.

Le conflit inquiète bon nombre de leaders régionaux, dont l'évêque d'Amos, qui a apporté son soutien aux grévistes. Selon nos informations, des députés s'apprêtent à intervenir.

Le Syndicat des communications de Radio-Canada appuie les grévistes et demande à Radio-Canada de cesser de diffuser sa programmation sur les antennes de Radio-Nord, demande qui ne semble pas avoir remporté de grand succès pour le moment.

Mince signe d'espoir, vendredi dernier, la direction de l'entreprise acceptait de reprendre la négociation, et vendredi prochain, les deux parties doivent se revoir en présence d'un conciliateur, pour la première fois depuis le déclenchement de la grève.

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