Lettre ouverte

Résumé publié dans Le Citoyen (semaine du 1er octobre 1998)

Vos journalistes, vos animateurs et l’ensemble de leurs collègues oeuvrant à Radio-Nord n’ont pas eu le choix de prendre le seul moyen qu’il leur restait pour obtenir du respect de leur employeur : la grève. Ces professionnels cherchent constamment à améliorer la qualité de leur produit. Ils ne demandent qu’à mieux vous servir. Pour cela, ils ont besoin de moyens. Il est indispensable aussi que leur entreprise montre de la détermination et fasse les bons choix pour la région.

La loi sur la radiodiffusion permet à Radio-Nord de faire de l’argent en Abitibi-Témiscamingue à condition qu’elle respecte certains engagements. Ainsi, l’entreprise doit assurer un niveau minimum de diffusion de nouvelles locales. Malheureusement, le Conseil de la radiodiffusion et des télécommunications canadiennes (CRTC) a constaté, lors de la période de licence (1992 à 1996), que Radio-Nord n’a pas respecté ses engagements pour les télévisions CKRN, CFEM et CFVS.

Radio-Nord tente de corriger la situation. Cependant le moyen qu’elle privilégie ne sert pas véritablement la population. La compagnie tente de rencontrer ses obligations en ajoutant à sa programmation des manchettes télévisées en après-midi et des mini-bulletins qui ne font que répéter les nouvelles diffusées un peu plus tôt dans la journée ou la veille.

Effritement des services radio et télé

Rappelez-vous, il y a dix ans. Radio-Nord vous livrait alors un bulletin quotidien de nouvelles télévisées d’une heure. Vous aviez aussi accès, à ce moment là, à une information plus approfondie et plus complète, par le biais d’émissions d’affaires publiques à la radio et à la télévision.

Aujourd’hui, les bulletins de nouvelles télévisés ont une durée moyenne de 18 minutes. Les pauses commerciales accaparent 3 à 4 minutes. Les émissions d’affaires publiques sont inexistantes. De plus, la compagnie permet rarement à un journaliste et à un caméraman d’assister aux événements en soirée et les fins de semaine. Ainsi, les dernières images tournées à la MRC de Rouyn-Noranda remontent à deux ans et celles à la MRC d’Abitibi-Ouest à quatre ans. La MRC de Témiscamingue doit, pour sa part, se contenter du triste record de huit ans. Radio-Nord est également absente de la majorité des activités sportives qui se déroulent principalement les samedis et dimanches.

La situation n’est pas plus rose à la radio. Près de la moitié des 130 bulletins de nouvelles sont pré-enregistrés. Cette pratique ne permet pas aux journalistes de rafraîchir leurs nouvelles afin de rendre compte de l’évolution d’un événement comme, par exemple, la découverte d’un individu porté disparu en forêt depuis plusieurs heures.

L’animation radio a disparu à Amos et Val d’Or. Elle est presque inexistante à La Sarre. Leur radio diffuse désormais du contenu en provenance de Rouyn-Noranda. Bref, Radio-Nord est de moins en moins présente dans le milieu. L’entreprise pourrait plutôt accroître l’intérêt des auditeurs en choisissant de parler davantage des réalités locales, comme c’est la tendance en Europe et aux États-Unis.

Contrat de travail

La lutte des syndiqué(e)s de Radio-Nord vise à mettre un frein à l’apauvrissement de la production locale en Abitibi-Témiscamingue. Les employé(e)s craignent que la région perde davantage de terrain avec les dernières demandes patronales. En plus d’abolir sept postes permanents, quelques jours avant le déclenchement de la grève, Radio-Nord demande à ses employé(e)s de devenir des hommes et des femmes orchestres.

Journalistes-caméramans

Selon la volonté patronale, les journalistes de La Sarre, Amos, Val-d’Or et Rouyn-Noranda réaliseraient leurs entrevues tout en filmant eux-mêmes les scènes nécessaires à leur reportage. Comment un journaliste peut-il maintenir une qualité d’écoute et d’analyse de l’information transmise, tout en contrôlant avec efficacité l’éclairage, le son et les angles de tournage?

Caméramans-journalistes

Radio-Nord veut aussi que les caméramans réalisent des entrevues. Comment un caméraman, aussi brillant soit-il, peut mettre en contexte une déclaration qu’il recueille s’il n’assure pas le suivi du dossier. Une mauvaise interprétation ou un traitement hors contexte sont prévisibles.

Animateurs qui livrent des bulletins de nouvelles

L’employeur exige que les animateurs radio se substituent aux journalistes en livrant les bulletins de nouvelles à leur place. La crédibilité de l’information est en jeu. Rappelons qu’un animateur consacre une partie de sa tâche à réaliser des messages commerciaux. Il ne peut donc à la fois vanter et critiquer un commerce, une industrie!

Animateurs radio à contrat

Ce nouveau statut augmenterait le travail précaire en privant les animateurs radio de sécurité d’emploi.

Vos journalistes, vos animateurs et leurs collègues de travail ont hâte de vous alimenter à nouveau à la radio et à la télé. Ils veulent auparavant stopper l’hémorragie avant qu’elle ne devienne incontrôlable. Ils ont besoin pour cela de votre appui.

NB : Ne manquez pas la diffusion, la semaine prochaine, du reportage de Bertrand Hall à l’émission le Point de Radio-Canada, à compter de 22h25. Il sera question du conflit à Radio-Nord et de l’état de santé de l’information télévisée, dans un contexte de monopole, en Abitibi-Témiscamingue.

(30)

Syndicat des employé(e)s en communications de l’Abitibi-Témiscamingue,

S.E.C.A.T (FNC/CSN)


 

Lettre ouverte à Radio-Nord

Depuis plus de quatre semaines, grâce à Radio-Nord, je sais tout sur le trafic à Montréal : les bouchons à l’échangeur Turcot, les embouteillages au pont Victoria, l’encombrement au tunnel Hypolite Lafontaine, le ralentissement sur le Métropolitain, le congestionnement à l’échangeur Anjou, la lourde circulation au pont Mercier, le camion renversé dans la bretelle qui mène de la 20 ouest à la 30 ouest… Oui, je sais, c’est long, mais c’est ainsi.

 Depuis plus de quatre semaines, grâce à Radio-Nord, je sais le temps qui va faire à Montréal : la brume qui se dissipe en matinée, les passages nuageux, les vents de 20 à 40 km/h, les averses et orages en fin de journée, les 14 degrés au centre ville…

 Depuis plus de quatre semaines, grâce à Radio-Nord, je ne sais pas ce qui se passe en Abitibi-Témiscamingue. La programmation du Festival International de Cinéma a-t-elle été présentée ? Comment s’est passé le vernissage de Brigitte Toutant ? Quels musiciens d’ici ou d’ailleurs se produisent en ville, et quand et où ? Où sont les entrevues avec des gens d’ici auxquelles nous étions habitués ?

 Ce n’est pas que nous n’aimons pas les émissions de Radio-Canada qui nous arrivent de Montréal, mais il est important pour une région d’avoir un service d’information qui donne la parole aux acteurs des différents secteurs vitaux de la dite région.

 Radio-Nord coupe de sept heures le temps de préparation de l’animatrice de l’après-midi, dont la tâche est lourde, et veut réduire la durée des bulletins de nouvelles locales. Quelle couverture aura la culture, l’économie, la politique ? Qui couvrira les élections et donnera la parole aux différents candidats locaux ?

 Plutôt que de détruire ce qui existe, il serait préférable d’améliorer la qualité des émissions déjà présentes et de donner aux journalistes et animateurs les outils nécessaires pour y parvenir.

 Les employés de Radio-Nord ne défendent pas que leurs emplois et leurs conditions de travail. Ils défendent aussi des services d’information qui reflètent la réalité régionale.

 

Qu’ils trouvent ici mon appui et l’expression de ma gratitude.

 

Marta Saenz de la Calzada

( 19 octobre 1998 )


 

 

 

 

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