
Mission accomplie pour Emmanuelle Béart
"La femme française" est à l'affiche d'un des
films les plus attendus de cette année, des plus chers (70 millions
de dollars) et surtout réalisé par Brian De Palma avec un
casting international de rêve, Tom Cruise, Jon Voight, Jean Réno,
Kristin Scott-Thomas. Tout est possible pour Emmanuelle Béart, la
preuve : le film "Mission Impossible" est sorti sur les écrans
américains le 22 mai.
Se retrouver à Los Angeles pour la sortie américaine de "Mission impossible", ça fait quel effet ?
Emmanuelle Béart: Je pense que c'est le plus grand dépaysement professionnel que j'ai eu dans ma vie d'actrice. C'est comme si j'avais débarqué sur une autre planète, une autre manière de penser, de travailler. Entre les conférences de presse, les interviews, l'avant-première du film, je suis comme quelqu'un qui découvre un nouveau monde.
Comment avez-vous été choisi au casting ?
E. B.: Brian De Palma et Tom Cruise sont venus ensembles à Paris; Brian De Palma avait l'idée assez originale de constituer un casting international. Il voulait faire son film en dehors de l'Amérique et avait donc vraiment envie de chercher ses comédiens en Europe. Ils ont vu plusieurs actrices françaises et finalement voilà, c'est moi ! Je me suis dit que cela serait vraiment dommage de passer à côté d'une telle expérience.
Quel rôle tenez-vous dans le film ?
E. B.: Je joue le rôle de Claire, une espionne française; Le scénario est une inspiration très libre de la célèbre série télé et je suis la seule femme de cette bande d'espions.
Avez-vous dû suivre un entraînement particulier pour les scènes d'action ?
E. B.: J'ai fait une démarche extrêmement intéressante puisque j'ai rencontré une femme qui avait vécu dans le milieu de l'espionnage pendant quelques années. Elle était chargée de répondre à mes différentes questions sur mon personnage car les espions sont des êtres complètement à part. Ils vivent dans un monde où il faut faire absolument abstraction totale de toute vie privée et c'est aussi là toute l'intrigue du film. On ne sait jamais ce qu'ils pensent, il y a des sous-entendus permanents et toute leur attitude est contrôlée. J'ai donc passé des heures à discuter avec cette femme qui avait vécu 10 ans dans l'espionnage et c'est tout simplement fascinant. Même en dehors des jours de tournage, on vivait comme des espions, les informations transmises devaient rester secrètes et j'avais vraiment l'impression de vivre comme une "Mata Hari".
Combien de temps a duré le tournage ?
E. B.: Brian De Palma avait en fait demandé à tous les comédiens de rester toute la durée du tournage, c'est-à-dire environ 6 mois. C'était intéressant car cela nous permettait d'assister à certaines scènes dans lesquelles nous n'étions pas et surtout de ne jamais vraiment mentalement quitter le film même si le vrai grand rôle principal est tenu par Tom Cruise et les autres ne sont que des rôles secondaires.
Quels ont été vos rapports avec Tom Cruise qui a aussi produit le film ?
E. B.: Tom Cruise est effectivement producteur à 80%, mais je ne l'ai jamais vu en tant que tel. Il était avant tout acteur et absolument pas préoccupé par des questions d'argent une fois sur le lieu de tournage mais au contraire très pointu quant à son personnage. C'est tout de même lui qui a choisi Brian De Palma et les différents acteurs et il a affirmé ses choix jusqu'au bout. C'est quelqu'un de très attentionné, toujours présent pour les autres.
Et avec Brian De Palma ?
E. B.: C'est l'homme pour lequel j'ai fait le film. Notre première rencontre a été un véritable fou rire, on ne parlait pas la même langue mais on parlait le même langage. Il a un regard de diable mais est plein d'humour et de tendresse. Il est extrêmement pudique, ne lâche pas ses émotions, ne déborde jamais et il faut passer du temps avec lui avant de pouvoir entrepercevoir un petit bout de sa personnalité. Mais j'adore ce genre de personne et on s'est très bien entendu. Il a toujours cet espèce de recul par rapport à la vie, aux gens qui vous empêche de vous prendre au sérieux. C'est une grande rencontre !
Est-ce que l'atmosphère était différente de vos autres films compte tenu du budget colossal de "Mission impossible" ?
E. B.: Je n'ai jamais vraiment ressenti les rouages d'une production hollywoodienne sur le tournage car Brian De Palma fait partie de ces réalisateurs américains "hors-circuit" ou "hors-norme" comme d'ailleurs Scorsese ou Coppola. Et puis finalement une fois le film démarré, toute équipe de cinéma ne se ressemble t-elle pas ? C'est toujours autant de peur, d'énergie, de passion et d'amour commun à toute production. Il n'y a que les extérieurs qui changent, le comédien lui, est toujours concentré sur son rôle.
Cela fera votre deuxième expérience américaine après "Date With An Angel" tourné en 1986 ?
E. B.: Déjà 10 ans !!! C'était un grand flop mais un bon souvenir. Ce n'était pas vraiment le bon moment; j'avais du partir 4 mois en Caroline du Nord et je me sentais seule et perdue. J'avais beaucoup appréciée le metteur en scène mais ce n'était pas suffisant...
Comment se déroule la promotion du film, pas de Jean Réno pour vous assister ?
E. B.: Non, je suis la seule française. C'est de la folie furieuse; ce que les américains appellent le press junket, c'est réellement "On achève bien les chevaux"! J'ai du faire une centaine d'interviews télé en deux jours, c'est-à-dire toutes les quatre minutes. On vous place dans une pièce avec un décor et toutes les télés des quatres coins des Etats-Unis défilent sous vos yeux pendant 48 heures et c'est la même chose pour mes petits partenaires, chacun sa pièce !!! C'est extrêmement épuisant mais je suis heureuse de l'avoir vécue une fois dans ma vie d'actrice française car je n'aurais jamais imaginé que cela puisse exister ! Mais je trouve aussi très agréable l'idée de voyager avec un film et les français ne le font pas assez.
Est-ce que "Mission impossible", le téléfilm a bercé votre enfance ?
E. B.: Non, je ne l'ai jamais vu, nous n'avions pas la télé à la maison. C'était vraiment un tout nouveau projet pour moi. Je connaissais vaguement la musique mais sinon aucune référence.
Et depuis ?
E. B.: Non toujours pas mais cela serait vraiment intéressant à présent de le voir. Quand je pense que je devais être la seule sur le tournage à ne l'avoir jamais vu !
Est-ce que vous avez envie comme Julie Delpy, Sophie Marceau ou Isabelle Adjani de continuer à travailler pour le cinéma américain ? Et que pensez-vous justement de leur "fuite" outre-atlantique ?
E. B.: Non, j'ai seulement pris du plaisir à échapper à la France et aux français à un moment très particulier de ma vie mais je suis profondément de là-bas et j'aurais du mal à m'adapter aux Etats-Unis. Je pense que leur départ doit correspondre à leurs motivations et je comprends que notre pays peut paraître tout à coup limité alors qu'ici tout semble possible. Et c'est vrai que tout est possible, la preuve ! Mais pour ma part je suis trop heureuse d'être à la base d'un projet français jusqu'à sa finalité. Alors s'il fallait tout recommencer aux Etats-Unis, non je suis trop vieille !
Cela n'a pas été trop déroutant de passer du tournage de "Nelly et Monsieur Arnaud" à "Mission impossible" ?
E. B.: Non, parce qu'encore une fois quand on est comédienne sur un film on est avant tout comédienne. Le reste c'est du travail; lorsque Tom Cruise est sur un plateau, c'est un acteur de 34 ans qui bosse, c'est un professionnel.
Le duo Claude Sautet/ Emmanuelle Béart, c'est pour la vie ?
E. B.: C'est la plus belle rencontre que j'ai faite. C'est plus qu'un metteur en scène, c'est un père spirituel. Il m'a appris des choses, il me manque quand je ne le vois pas, quand je ne lui téléphone pas. C'est une relation très forte et refaire ce film après "Un coeur en hiver", ayant évolué chacun de notre côté, c'était très émouvant. C'est très difficile de parler de lui car c'est tellement intime, il fait partie de ma vie. Chaque fois que j'ai un problème, des doutes, des peurs, c'est vers lui que je me tourne et il est toujours là.
Vous venez d'accoucher, ce n'est pas trop dur de combiner tournage, promotion et mère ?
E. B.: Là vraiment c'est très difficile. J'ai surestimé mes forces et la press-junket m'a littéralement achevé.
Cela veut-il dire que vous allez réduire vos tournages à présent ?
E. B.: Je ne sais pas encore. Cela fait un an que j'ai arrêté et je ne tiendrais pas plus longtemps, il faut que j'y retourne, c'est vital. Je me donne encore deux mois et...
Vous êtes issue d' une famille d'artistes, cela vous dérangerait que votre enfant perpétue cette lignée ?
E. B.: CJe pense qu'il n'existe aucune mère qui souhaiterait que son enfant s'engage un chemin aussi incertain. C'est un métier qui peut être magnifique si on possède cette envie, si on le pratique quotidiennement. Mais c'est une véritable angoisse perpétuelle, toujours cette attente...
Y a t-il un réalisateur américain avec qui vous rêvez de tourner ?
E. B.: Non pas vraiment car je fonctionne tellement aux rencontres, à ce qui peut se passer autour d'une table que je suis incapable de donner un nom comme cela. J'ai rencontré des gens avec qui je rêvais de travailler et ça n'a pas marché et d'autres avec qui je n'attendais rien et qui m'ont séduit. Tout est au feeling.
Ca fait longtemps que vous n'avez pas tourné une comédie. Est-ce par choix personnel ou par manque de propositions ?
E. B.: Non, ce n'est pas un choix. Apparemment, les réalisateurs ne m'imaginent pas dans une comédie. Je ne sais pas ce que je leur inspire mais une fois que les gens se font une image de vous, il est très difficile d'en changer, les mentalités aussi d'ailleurs. J'ai toutefois très envie de tourner une comédie car c'est de plus en plus lié à ma vie personnelle; à 20 ans on aime bien souffrir et à 30 ans on se rend compte qu'il y a des choses beaucoup plus importantes. Je ne sais pas cependant si je serais capable d'en retourner une. Il y a en France cette étrange loi cinématographique qui décrète que tout acteur doit d'abord passer par le drame pour être reconnu et peut ensuite jouer la comédie.
Quels sont vos projets ?
E. B.: Une pièce de Strinberg mis en scène par Luc Bondy intitulée : "Il ne faut pas jouer avec le feu". Retour au théâtre après avoir joué "On ne badine pas avec l'amour"!!!
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by Karine Weinberger