CONCLUSION

Pour conclure ce m�moire, il convient d’en expliciter � nouveau les objectifs et les r�sultats. Dans une fin de si�cle d�chir�e par les faides royales, Gr�goire de Tours nous livre une oeuvre forte et singuli�re. Ses Dix Livres sont une source in�galable de savoir et de documentation, mais qui ne doivent pas masquer les intentions de l’auteur.

Gr�goire de Tours est avant tout un eccl�siastique, un grand �v�que lettr� qui n’a eu de cesse durant son existence, et plus encore de mani�re posthume au travers de ses �carts, de nous faire voir sa propre r�alit�, de nous faire plonger dans un univers mental qui n’appartient qu’� lui-m�me.

Son oeuvre ne devient accessible � l’historien qu’avec la connaissance approfondie de son prisme n�cessairement d�formant.

 

• La vision du prince selon Gr�goire.

 

Gr�goire est n� vers 539, � Clermont d’Auvergne. De par son p�re, il appartient � une famille d’origine s�natoriale en vue du pouvoir. Sa famille est religieuse. La destin�e de Gr�goire est trac�e d’elle-m�me. Il succ�de en 573 � son parent Eufronius sur la chaire de saint Martin dans la ville de Tours. Il h�rite d’un substrat religieux qui va laisser une marque ind�l�bile dans sa vie et dans son œuvre.

Gr�goire utilise, pour structurer ses �crits, les chapitres (les capituli), les livres et les pr�faces. Cela lui permet de composer librement ses encha�nements historiques. Il peut intercaler des chapitres religieux au milieu d’une suite d’�v�nements politiques.

Les dix livres montrent un cheminement eschatologique bien d�fini. A l’origine du monde et de la soci�t� chr�tienne, succ�de le temps des empereurs h�r�tiques puis des rois francs chr�tiens. Le dernier livre traite de la destin�e du peuple de Dieu, en marche vers le Jugement Dernier.

Les prologues, pr�sents pour les cinq premiers livres, permettent � l’auteur de mettre en place les �l�ments qui lui sont cher : son orthodoxie, et sa lutte pour la paix sociale.

Le symbolisme utilis� par Gr�goire trahi sa vision de l’homme, de son statut et de ses actions. Les couleurs, les noms et les nombres l’aident.

Gr�goire, qui �crit dans un latin ab�tardi dont il s’excuse avant tout, utilise des r�f�rences litt�raires et bibliques. Virgile et son En��de lui fournissent nombre de citations. Gr�goire puise dans la Bible. Il prend la Gen�se pour structurer son livre premier. Il use des psaumes et des �vangiles (saint Matthieu pour l’Apocalypse) lors qu’il s’agit d’appuyer sa d�marche. Gr�goire prend en compte les documents officiels, les traditions populaires et orales que lui fournissent sa position �piscopale.

Toute chr�tient� temporelle cherche ses mod�les dans l’Ancien Testament. Le roi David est la r�f�rence du roi guerrier et conqu�rant, proche des caract�ristiques de la royaut� germanique.

David est un unificateur. Il est mis pour le roi Clotaire Ier. Clotaire est le premier, depuis son p�re Clovis, � unifier le royaume franc en 558. Le roi David est l’�lu de Dieu. Un mod�le pour tout souverain digne de ce nom. Il est le fondateur de la famille dont est issu le Messie. De la famille de Clotaire doit venir le sauveur du royaume.

Le roi �z�chias est la r�f�rence du roi religieux. �z�chias est roi de Juda. Son r�gne est une �poque de renouveau religieux. Le roi rompt de la politique religieuse de son p�re, et r�tablit une stricte orthodoxie. Gr�goire utilise ce mod�le pour l’appliquer � Gontran, roi de Burgondie. Il laisse tel un nouvel �z�chias le souvenir d’un souverain bon et juste. C’est un f�d�rateur.

Gr�goire se sert de ces �l�ments pour montrer sa finalit� du pouvoir royal. L’�v�que de Tours est un fonctionnaire administrateur qui a en charge la gestion courante de sa cit�. Il s’appuie pour cela sur des revenus issus des terres du fisc. Les rois engag�s dans la lutte arm�e r�attribuent ces terres vers leurs fid�les. Il faut pour l’�glise franque contrer ce mouvement. Le but des eccl�siastiques est la recherche de la paix, et le retour de l’unit� du royaume. La stabilit� politique induit une stabilit� financi�re, garante de la bonne marche du travail social de l’�v�que.

Face � un roi puissant ayant le droit avec lui, les pr�lats assembl�s en concile �laborent l’id�e du roi " assassin des pauvres " .

le programme religieux de Gr�goire s’appuie sur le livre d’�z�chiel. Gr�goire reprend le cheminement d’�z�chiel. Il juge le peuple et les rois. Il attend le salut. Dieu est � l’œuvre quotidiennement. Le proph�te lutte contre l’idol�trie ( le peuple s’est �loign� de Dieu) et l’injustice. Les princes sont les plus fustig�s. Pour �z�chiel, le salut vient de la mort : elle apporte la r�surrection. C’est le retour des anciennes valeurs : l’alliance avec Dieu, la royaut� davidique et la terre promise. Ainsi, les rois francs sont des r�incarnations des grandes figures bibliques.

L’�tat doit �tre th�ocratique pour l’auteur, et le roi un lien entre le peuple et son Dieu. Gr�goire prend de saint Augustin le principe d’une soci�t� m�lang�e. L’�glise est universelle et œcum�nique. Elle comprend le bien et le mal.

Gr�goire applique sa vision dans la figure royale de Clovis Ier (466-511). C’est le souverain parfait. Il est vu comme un Messie. Gr�goire transpose au travers de Clovis la figure id�ale du premier prince chr�tien. Clovis est un nouveau Constantin. Il �tablit un parall�le entre les deux r�gnes. Clovis et Constantin ont un parcours analogue vers la conversion : les voeux avant la bataille, le signe de Dieu. Gr�goire utilise la vie de saint Sylvestre. C’est un retour vers une situation disparue avec la chute de l’Empire et la propagation de l’h�r�sie arienne.

 

• La r�alit� du prince m�rovingien.

 

Le pouvoir royal m�rovingien est une subtile osmose entre �l�ments d’origine romaine, traditions germaniques et conceptions chr�tiennes.

Le conqu�rant franc se glisse dans les structures romaines en place dans le monde gallo-romain. Le roi fait fonctionner les institutions. Le roi franc s’attribue la titulature et les traits imp�riaux. Il prend le titre de prince ( princeps ). Il fait ex�cuter par son autorit� ce qu’il lui para�t bon � ceux auxquels il a d�l�gu� le pouvoir d’agir. Le mode de succession franc repose sur la patrimonialit� du pouvoir. Le roi est �lu par les Grands du royaume parmi les membres de la famille royale. A sa mort, les enfants se partagent le royaume et le pouvoir royal comme un h�ritage.

Le roi est, dans la conception germanique, un chef de guerre. Son tr�ne est li� � son pouvoir de vaincre. Et puisque la paix d�coule de la guerre, il a le pouvoir de commander. Il est sur le champ de bataille l’incarnation du Dieu Wotan.. Il dispose du " heil " , une puissance sacr�e qui en fait un surhomme invincible. Le roi porte, par distinction , les cheveux longs. La perte de cet attribut est li�e � la perte de son pouvoir.

Le roi est au d�part �lu. Ensuite, il est reconnu dans sa fonction par l’acte de le hisser sur le pavois, qui marque une suj�tion. Cela se double de la prestation d’un serment de fid�lit� obligatoire.

C’est une tradition germanique. Le pouvoir proc�de au travers de liens de fid�lit� personnelle. Le serment du leude le contraint � l’ob�issance. Celui de l’antrustion le force � le suivre partout.

De tous ces �l�ments d�coule une confusion entre �tat et personne royale. Les valeurs de l’�tat se trouvent concentr�es dans la personne m�me du roi.

La justice est un exemple d’application du pouvoir royal. Le roi franc est l�gislateur et juge supr�me. Le roi fait codifier le droit oral. De la cohabitation des peuples en Gaule na�t le r�gime de la personnalit� des lois. Chaque personne est jug�e par rapport � au droit du peuple auquel il appartient. Le syst�me franc, qui s’exerce dans le mallus, remplace les peines afflictives du monde antique par le wergeld, une amende de composition p�cuniaire. Le roi en recueille un tiers, la famille du plaignant le reste.

Le tribunal royal fonctionne directement aupr�s du roi. Il s’occupe de crimes de l�se-majest�.

A la base de ce syst�me, le roi l�gif�re. Il est seul � en d�tenir la pr�rogative. La d�sob�issance � une lettre du roi est punie de la peine de mort. Tout ce qui approche du roi jouit d’une distinction l�gale.

Les rois ne sont les justiciables d’aucun tribunal, sauf celui de Dieu.

L’entourage du roi est compos� de deux groupes distincts. Le palais abrite les gens proches du roi. Ce terme d�signe d’abord la cour du souverain. Elle est itin�rante. Le roi se d�place de villa en villa. La cour se compose de la famille royale, des grands familiers du roi et de ses conseillers. Les leudes forment l’entourage militaire du prince, tandis que les " nourris " (les nutriti) sont �lev�s et instruits au sein de la cour.

La direction du palais est assur�e par un maire (le major domus) aid� du s�n�chal qui r�gule l’activit� des domestiques. La chancellerie, avec � sa t�te le r�f�rendaire qui garde le sceau royal, s’occupe de l’activit� administrative et judiciaire. Au chambellan revient l’organisation fiscale et financi�re : la garde du tr�sor et les impositions.

Au niveau local, le comte assure le fonctionnement des rouages royaux dans sa circonscription, le pagus. Il repr�sente le roi en mati�re militaire, administrative, fiscale et judiciaire. Il est tout-puissant et fait appliquer les ordres et les lois du souverain.

Les aristocrates proches du roi le sont d’abord par la guerre. Ils vont s’unir, par int�r�ts, � l’�lite gallo-romaine. Le roi doit s’appuyer sur les familles s�natoriales, disposant de la puissance �piscopale et comtale. Exer�ant des fonctions publiques ou �tant proche du roi, les aristocrates se d�finissent par la protection dont le roi leur fait b�n�ficier, et par les largesses qu’il leur accorde. Ils cherchent � profiter de ces relations privil�gi�es � leur propre avantage.

Les rapports sont troubles : trahisons et complots sont fr�quents Les aristocrates et le roi sont deux p�les de puissance oppos�s et compl�mentaires.

L’�tude de la famille royale r�v�le une stratification pr�cise. Le couple royal est au sein d’une parent�le. Les parent�les royales se glissent dans un groupe plus large : la Sippe. Elle rassemble les personnes qui croient en une origine commune et mystique.

La famille est un lieu de danger. Le mode de succession franc favorise ce fait. La succession se fait par le suivant ou par le second. Ce principe explique la simultan�it� des r�gnes des fr�res.

Au centre de la famille si�ge la femme. Elle assure au roi une descendance authentique. Son d�sir d’�tre l’incontestable g�niteur pousse � rechercher la virginit� de son �pouse. Le matin de l’union, le roi donne � sa reine le don du matin (le morgengabe). Ces biens mobiliers donnent � la reine une puissance financi�re. Bien souvent, le mariage scelle une alliance politique.

Dans une soci�t� de clan, la faide implique toute la parent�le, qui se solidarise. C’est un acte de pi�t� familiale. Dans ce syst�me, la reine est souvent celle qui excite � la vengeance et � la mort (Brunehaut et Fredegonde).

Dans un monde o� politique et religieux sont indissociables, le r�le de l’�glise et son rapport � la royaut� prend un sens profond.

Le roi prend possession du clerg� en s’immis�ant dans le processus de nomination �piscopale. Les rapports entre ces deux entit�s sont ponctu�s par la tenue des conciles, sur l’initiative du roi. Les pr�lats l�gif�rent en mati�re de droit canon. Ils fixent les r�gles � observer, formulent des interdictions et rappellent aux chr�tiens leurs devoirs.

Les probl�mes qui se posent le sont au niveau financier. Il s’agit de la reconcession des biens des �glises par le roi, en vertu du droit. Par le truchement de la proc�dure de la petitio, il est possible de demander au prince la reconcession d’un bien tomb� dans le domaine public.

C’est donc un acte l�gal. L’�glise tente de s’y opposer et d�veloppe la notion d’assassin des pauvres � l’encontre du roi franc. Et ce d�s le concile d’Orl�ans V.

On le voit, l’�v�que dispose du r�le le plus important. Apr�s 550, le principe des nominations �piscopales par le roi est acquis. L’�piscopat est en effet un lieu de pouvoir.

Ce mouvement de rapprochement n’est pas sans cons�quence pour les deux parties. Les aristocrates nomm�s enrichissent par leur legs les �glises. L’�v�que (le sacerdos) est un fonctionnaire qui est en charge de la gestion de sa cit�. Il s’occupe des aspects de la politique sociale du temps, dont l’entretien des pauvres est mis en exergue. Le pouvoir �piscopal tend � renforcer sa position de conseiller naturel du prince, et alors de se doubler d’une v�ritable puissance politique.

Les �v�ques dans la fin du VI�me si�cle ne pr�sentent pas une face unie. Il existe trois courants d’influence.

Un courant mod�r� s’est d�velopp� en Burgondie et dans le sud-est des terres franques avec l’influence des �glises orientales et la proximit� de Rome.

Un courant r�galien orient� vers le prince. La nomination des �v�ques par le roi franc entra�ne une suj�tion envers celui qui apporte revenus, statut social et puissance. Gr�goire de Tours les d�signe par le terme d’adulateurs (adulatores).

En effet il se r�clame du courant contestataire. Il s’appuie sur des revendications h�rit�es du g�lasianisme qui pr�ne la sup�riorit� du pouvoir spirituel sur la puissance temporelle. Le berceau en est Saint-Martin de Tours. L’opposition se concentre sur le probl�me des terres des �glises, qui se veut contr�e par l’�laboration de la notion de pr��minence du service de Dieu sur le service du prince.

De son temps, Gr�goire de Tours est le chef de file le plus actif de ce mouvement de contestation du pouvoir royal. Les doctrines du mouvement transparaissent dans ses �crits.

 

• Les figures royales entre mod�le et r�alit�.

 

De la confrontation des �l�ments d�gag�s dans les deux premi�res parties, il est possible dans certains cas de mettre en place une analyse fine des mod�les royaux plaqu�s par Gr�goire. Le manque d’informations ext�rieures et le recours assez exclusif aux Dix Livres constitue la principale g�ne dans l’analyse. Comment d�tecter alors le vrai du faux ? A partir de quels points Gr�goire d�tourne-t-il les faits � son profit ?

L’�tude des faits et gestes des trois fils de rois r�v�le des �l�ments importants.

Chramne est le fils Clotaire Ier. Il est envoy� gouverner l’Auvergne que son p�re vient de r�cup�rer du d�funt roi Th�odebald.

Chramne pouss� par un d�sir de pouvoir et son ambition personnelle �chappe au contr�le de Clotaire. Il part vers Childebert et lui fait serment d’all�geance. Cet �pisode de 558, se termine par l’arrestation du fils. Gr�goire de Tours place alors dans son r�cit la consultation d’un sort des saints par Chramne. Il en ressort que Dieu, parlant par la plume de Gr�goire condamne le fils indigne.

Il ne faut pas oublier que l’auteur �crit avec un recul historique suffisant pour lui permettre de travailler ce genre de fait.

Chramne fuit chez Conomer, comte des Bretons. Il est battu en 560. Clotaire le fait ex�cuter. Gr�goire place dans cet �pisode final sa vision biblique de Chramne : celle d’Absalom. C’est le fils du roi David qui se r�volte contre son p�re.

M�rov�e est un des fils de Chilp�ric issu de son union avec Audov�re sa premi�re reine. Il part s’unir avec sa tante Brunehaut. L’�v�nement est trait� de mani�re brute. Le mariage provoque la fureur de Chilp�ric. Outre le fait d’aller � l’encontre des canons des conciles, l’union est une trahison. Brunehaut est l’ennemie jur�e de Fr�d�gonde et de son �poux. Le roi punit son fils. Gr�goire profite d’une visite de M�rov�e � Tours pour le mettre en garde. Un sort des saints montre l’opposition de Dieu et donc de Gr�goire. L’�vangile annonce la fin de l’aventure du prince qui pleure alors tr�s am�rement. Fr�d�gonde le fait assassiner avec l’appui de l’�v�que Egidius et de Gontran Boson.

Gr�goire profite de cet �v�nement pour le placer directement � la suite du proc�s de son ami Pr�textat, accus� d’avoir c�l�br� l’union illicite. La mort du fils du roi est un contrepoids divin au proc�s.

Clovis II est le second fils d’Audov�re. Clovis s’attire les foudres de Fr�d�gonde. Il est apr�s la mort de M�rov�e l’h�ritier en puissance de son p�re. Fr�d�gonde y voit une menace pour ses fils. Elle manipule Chilp�ric. Elle fait assassiner Clovis et maquille cela en suicide. Dans la suite, elle �limine �galement Audov�re et envoie au monast�re la sœur de Clovis et de M�rov�e.

Clovis Ier est dans l’optique de Gr�goire de Tours un mod�le de roi id�alis�. C’est le nouveau Constantin. L’auteur plaque sur le r�gne du premier roi franc converti les faits et gestes du premier empereur chr�tien. Gr�goire est partial et partiel.

Il passe sous silence les tractations men�es dans les arcanes du pouvoir m�rovingien. La conversion du roi est une prise de contr�le de l’�glise et des structures en place.

Gr�goire narre les �pisodes de la vie de Clovis avec un principe de parall�lisme affirm� d’avec Constantin. Gr�goire utilise la vie de saint Sylvestre. Pour s’en convaincre, il faut lire l’�pisode du voeu avant la bataille de Tolbiac.

Les derniers chapitres montrent un roi acharn� � r�duire l’opposition potentielle au sein de sa propre sippe. Gr�goire ne peut les passer sous silence. Il doit composer avec la facette n�gative du roi.

Clotaire Ier est vu par l’auteur comme un nouveau roi David. Cette figure est appliqu�e en vertu de celle mise sur Th�odose par saint Ambroise de Milan. Clotaire commet des m�faits qui sont racont�s.

Il tue le p�re de Radegonde. Il assassine sans piti� aucune, dans un chapitre haut en couleur, les fils de son fr�re Clodomir, qui sont pour lui des rivaux. L’�pisode de la guerre contre les Saxons de 555 montre le puissant roi mis � mal. Il refuse de batailler : ses Grands l’injurient et le battent. Le roi est un chef de guerre en premier lieu. L’�chec remet en cause originellement son titre.

Lors de la mort de Chramne, il se distingue du roi David par la mise � mort de son fils. David demande lui d’�pargner Absalom. Pour att�nuer ces m�faits, le roi en fin de vie se rend � Tours implorer saint Martin. Il meurt un an et un jour apr�s Chramne : c’est un signe divin.

Gondovald est un aventurier qui profite des dissensions des rois francs pour tenter sa chance. Il se fait passer pour un fils de Clotaire, exil� � Constantinople. Gr�goire rapporte les all�gations du pr�tendant. Il est invit� par Gontran Boson � venir en Gaule. Les Grands du royaume austrasien le soutiennent pour l’utiliser contre Gontran et renverser Childebert . Gondovald s’allie avec les aquitains. Gr�goire rapporte l’�pisode de la chute de Gondovald lors de sa mont�e sur le pavois. C’est le signe fabriqu� de l’opposition de Dieu. La dignit� royale lui est refus�e. La mort de Gondovald est annonc�e. Le complot d�masqu� par Gontran et Childebert II, les souverains joignent leurs efforts et obtiennent la mort de Gondovald. L’opposition de Dieu et le manque de pi�t� sont les deux leviers utilis�s par l’auteur du r�cit pour le caract�riser.

Chilp�ric est compar� par Gr�goire au roi biblique Achab. L’�poque de r�gne d’Achab est celle d’une soci�t� o� se creusent les in�galit�s sociales. L’ordre de la soci�t� est bouscul�. La religion est bafou�e. Face � Achab se dresse le proph�te �lie. Gr�goire de Tours se dresse contre Chilp�ric et Fr�d�gonde. Elle est vue dans le r�le de J�zabel, la fille du roi des Sidoniens qu’�pouse Achab.

De nombreux signes pr�parent � la mort du roi. Dieu est contre Chilp�ric. Le r�cit de l’assassinat de Chilp�ric et le long commentaire des actes d�raisonnables de sa vie, pour un �v�que de Dieu, trahissent la d�termination de Gr�goire : " il n’a jamais �t� aim� de personne " . Dans la suite des Dix Livres, Gontran oppose sa vision funeste de son fr�re Chilp�ric � celle subtile de Gr�goire.

Gr�goire place � la suite du cycle consacr� � Chilp�ric une trilogie du bon roi Gontran qui prend le contr�le de Tours. Gr�goire doit styliser la figure de Gontran par antith�tisme de celle de son fr�re. Il plaque alors sur le roi de Burgondie le mod�le du roi religieux �z�chias. Avec ce roi s’ouvre une �re nouvelle : celle du retour en gr�ce du peuple vers Dieu.

Gontran rompt avec le r�gne de Chilp�ric. Le roi Gontran est pieux. Gr�goire pousse sa stylisation jusqu’� en faire un thaumaturge. En passant outre de cette vision propos�e, on voit nettement les manquements de la personne du roi.

Gontran est sanguinaire. Il �gorge de son �p�e les fils de Magnacaire. Il ordonne la mort des m�decins accus�s de n’avoir pas soign� sa reine mourante. La conduite religieuse de Gontran n’est exempte de reproches. Gr�goire voit la volont� divine le punir par une maladie, car il projetait d’envoyer beaucoup d’�v�ques en exil. Gontran est un grand roi dont la puissance est mise � mal par le discours qu’il prononce durant un office.

Gr�goire de Tours ne parle pas dans ses �crits de son rapport avec la royaut� qui l’a fait acc�der � sa fonction. De m�me il se fait fort d’afficher une sympathie marqu�e envers Childebert et Brunehaut. Il s’accommode de la pr�sence de Gontran. Inversement il est partie prenante envers leurs ennemis que sont Chilp�ric et Fr�d�gonde.

 

Gr�goire de Tours est de par ses fonctions un auteur en prise directe avec les �v�nements de son temps. Ce qui lui permet avec le recul n�cessaire de mettre en place une stylisation des grandes figures royales de son si�cle. Il se base sur ses conceptions religieuses teint�es d’eschatologisme et sur le contexte historique des d�boires de la cit� de Tours. Il faut s’appuyer sur la r�alit� royale pour pouvoir analyser, et donc comprendre de quelles mani�res il met en place ces visions.

La difficult� principale r�side dans la critique de ses �crits qui souffre d’un manque crucial d’�l�ments historiques pouvant venir suppl�er � notre vision trop marqu�e par l’omnipr�sence des Dix Livres.

Bien souvent, l’historien en est r�duit � conjecturer.

Gr�goire est fils de son temps. Ses �crits annoncent d�j� les mutations � venir au sein de la Gaule m�rovingienne. La mont�e en puissance lente et inexorable de la force aristocratique. L’importance grandissante du pouvoir spirituel sur le pouvoir temporel. Gr�goire de Tours pr�figure d�j� � sa mani�re la venue programm�e du prince eccl�siastique.

 

 

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