B - Les figures royales

L’�tude des grandes figures royales favoris�es de Gr�goire de Tours, permet de mettre en avant le d�calage existant entre le mod�le plaqu� sur un personnage royal, et les r�alit�s issues de la recherche historique en ce qui concerne le haut moyen-�ge.

1) Clovis I (466-511)

Clovis est pr�sent� par Gr�goire de Tours comme un prince id�al. L’�v�que tourangeau plaque sur le personnage historique du premier roi franc converti (*466-481-†511), au christianisme nic�en, l’image d’un nouveau Constantin(181).
La naissance de Clovis est trait�e de mani�re messianique, avec les mots de l’�vangile de Luc (1,31) relatif � la naissance du Christ.

Clovis est le sauveur du clerg� gallo-romain et de son aristocratie s�natoriale. En devenant chr�tien, de surcro�t de confession orthodoxe nic�enne, le roi Clovis permet la survivance d’un h�ritage antique menac�. Il est facile d’envisager que les �v�ques r�unis en assembl�e conciliaire par le roi en 511, aient vu en lui un renouveau de la figure de Constantin le Grand(182). Dans la suite du si�cle qui s’ouvre, c’est Gr�goire qui reprend � son compte cette vision id�alis�e du premier prince chr�tien. Avec Clovis doit d�buter une nouvelle p�riode b�nie de Dieu.

Gr�goire de Tours plaque une image positive et r�solument orient�e sur les r�alit�s historiques du r�gne de Clovis.

Il est possible d’opposer la vision �piscopale de Clovis et les r�alit�s de son r�gne pour en mesurer les �carts.

Gr�goire passe sous silence les conditions du bapt�me du roi. Il semble avoir �t� l’enjeu de tractations d�licates avec les �v�ques de gaule, saint Remi et saint Avit en t�te. L’objectif est pour le haut clerg� de gagner � sa cause un roi puissant bient�t solidement implant� en Gaule.

Les royaumes d’Europe sont tous chr�tiens ariens. La sœur de Clovis, d�nomm�e Lantechilde, est convertie � l’arianisme. La tentation de cette doctrine a d�j� fait venir � elle les rois des autres peuples germains. La d�finition arienne est que le Christ est une cr�ature de Dieu dot�e de dons exceptionnels. L’arianisme �vacue la notion de p�re et de fils. Il n’y a plus qu’un seul �tre surpuissant. Au Christ surhomme r�pond un roi tout-puissant. Le roi devenu arien conserve ses pouvoirs et sa sacralit� de roi-pr�tre germanique(183).

La conversion du roi franc est une d�livrance et un gage de promesses pour le futur dans le milieu du haut clerg�.

Outre le caract�re sacr� et personnel de l’acte m�me de la conversion du roi, les parties en pr�sence ont trouv� des avantages bilat�raux. Le clerg� par son association au pouvoir entend retrouver une situation perdue avec la chute de l’Empire et l’arriv�e en force, dans un premier temps, des peuples germains arianis�s.

Clovis voit dans son bapt�me la possibilit� de contr�ler la seule structure administrative efficace ayant surnag� dans la p�riode des invasions : l’�piscopat et au del�, l’�glise gauloise. Le contr�le de l’�glise permet le contr�le accru de la masse des populations gallo-romaines.

Ainsi, l’�pisode du serment de Tolbiac pr�c�dent la bataille contre les Alamans n’est elle fond�e que sur le principe de parall�lisme entre les �pisodes du r�gne de Clovis et de Constantin. Le serment de Tolbiac fait �cho au serment du pont de la rivi�re Milvius. Les deux princes se convertissent suite � une vision, un signe montrant Dieu � leur c�t�(184).

Le r�gne de Clovis est marqu� par les crimes li�s au mode de succession en vigueur dans la dynastie franque.

Les derniers chapitres du livre consacr� par Gr�goire � Clovis sont le r�cit de ses crimes. Clovis est en fin de r�gne. Il a conquis des territoires sur les wisigoths, il a emp�ch� les Alamans de s’�tendre dans l’est du royaume. Il doit compl�ter sa prise de pouvoir sur le peuple franc par l’assassinat des rois francs encore en place. Selon le mode de succession franc, la succession par le second(185), il est normal de trouver plusieurs rois. S’il existe plusieurs rois, l’unit� se fait naturellement au profit du plus fort.

Clovis corrompt par de vaines promesses le fils de Sigebert le boiteux. " Voici : ton p�re vieillit et il bo�te de son pied malade. S’il mourait, ajouta-t-il, son royaume te reviendrait de droit ainsi que notre amiti� "(186).Le fils de Sigebert assassine son p�re. Clovis envoie des �missaires qui tuent le fils. Le roi s’empare donc des tr�sors et int�gre les terres et le peuple de feu Sigebert dans son h�ritage.

Gr�goire place � la suite de cet �pisode, mais dans la m�me chapitre, une phrase : " ainsi Dieu prosternait chaque jour ses ennemis sous sa main et agrandissait son royaume parce qu’il marchait d’un cœur droit devant lui et faisait ce qui plaisait aux yeux de Dieu " . Connaissant les m�faits du roi, Gr�goire ne peut qu’essayer de requalifier ces actes. Ce que fait le roi est approuv� de Dieu.

Clovis marche ensuite contre le roi Chacarich. Gr�goire fait de ce personnage un f�lon. N’ayant pas soutenu Clovis lors de la bataille contre Syagrius, c’est pour cette raison qu’il est �limin�. Les vell�it�s de vengeance des fils de Chacarich sont port�es � la connaissance du roi. Il ordonne leur mort. Il fait tuer de pareilles sortes ses parents : Ragnacaire de Cambrai est trahi par ses leudes.

Selon Gr�goire, Clovis se lamente. " Malheur � moi qui suis rest� comme un p�r�grin au milieu d’�trangers et je n’ai plus de parents pour pouvoir m’aider si l’adversit� venait " . Et d’ajouter "  mais ce n’est pas par affliction pour leur mort qu’il disait cela, mais par ruse pour savoir si par hasard il pourrait en d�couvrir d’autres qu’il tuerait " .

Gr�goire de Tours est au fait des raisons qui poussent Clovis � �liminer ses proches. La peur d’�tre �limin� est pr�sente, mais aussi la volont� du roi d’assurer la domination de tout le peuple franc, et de transmettre � ses fils un royaume puissant en hommes et en terres.

Gr�goire de Tours doit composer avec cette facette n�gative du roi. Il est un nouveau Constantin mais il n’en demeure pas moins un Franc.

- 181 - Voir p. 31-35.
- 182 - Ce fait est envisag� par Mme MAGNOU-NORTIER.
- 183 - M. ROUCHE, Clovis, pp.264-66.
- 184 - HF, II, c. XXX, p. 119.
- 185 - � la page n� 56, le mode de succession est explicit�e.
- 186 - HF, II, c. XL, p. 133.

 2) Clotaire Ier (511-551)

Clotaire Ier ( 511, †551 ) prend le contr�le de toute la Gaule en 558, � la mort de son dernier fr�re Childebert. Il est le premier roi franc � �tre en mesure d’unifier le royaume depuis la mort de son p�re, Clovis, en 511. Le partage qui s’en est suivi eu pour cons�quence la cr�ation de parts de royaumes, ayant une coh�rence avant tout fiscale et financi�re. Clotaire unit le royaume, et par del� inspire Gr�goire de Tours. L’�v�que tourangeau voit en Clotaire un renouveau de la figure biblique du roi David(187) dans la lign�e de saint Ambroise. Le roi David repr�sente un mod�le de souverain guerrier. C’est l’�lu de Dieu. Un serviteur selon le cœur de Dieu, un mod�le pour tout souverain digne de ce nom .

La Bible exalte la figure id�ale de David et passe sous silence les aspects n�gatifs de son caract�re ombrageux et cyclothymique. David est le fondateur du royaume d’Isra�l et un adorateur passionn� de Yahv�.

Clotaire pr�sente �galement une figure marqu�e par des aspects n�gatifs plus que condamnables par l’�glise gauloise. La mani�re dont est trait�e la vie du roi franc est r�v�latrice de l’�tat d’esprit de Gr�goire.

Lors des op�rations militaires conduites contre la Thuringe, les rois Thierry et Clotaire mettent en d�route les arm�es ennemies et font un grand massacre de combattants thuringiens sur les bords du fleuve Unstrut. Clotaire prend pour �pouse la fille du roi Berthier. Elle se nomme Radegonde. " Dans la suite il [le roi Clotaire] fit tuer son fr�re sans raison par des hommes m�chants "(188). Gr�goire ne cache pas les �v�nements malheureux, en vertu de son principe augustinien d’une soci�t� chr�tienne m�lang�e, o� coexistent le bien et le mal.

Le caract�re ombrageux du roi est affirm� sans ambigu�t� lors de l’assassinat des enfants de Clodomir, tu� au cours d’un combat contre les Burgondes. Ils sont prot�g�s par Clotilde, leur grand-m�re. Fid�le � leur volont�, attis�e par les ambitions personnelles, d’�limination des rivaux potentiels, les rois se r�unissent :  " notre m�re garde avec elle les fils de notre fr�re et veut qu’ils soient dot�s du royaume ; tu dois venir � Paris et apr�s avoir d�lib�r� ensemble, il faudra d�cider ce que l’on doit faire d’eux : auront-ils la chevelure coup�e comme le reste du peuple ou bien apr�s qu’ils auront �t� tu�s le royaume de notre fr�re sera-t-il partag� �galement entre nous tous ? " . Et Gr�goire de noter : " vivement r�joui par ces paroles, Clotaire vint � Paris "(189). Les enfants que la reine Clotilde destine au tr�ne sont enlev�s et tu�s par les rois. Les rois envoient � la reine Arcadius porteur de ciseaux ou d’un glaive. Le monast�re ou la mort pour les enfants. La reine ivre de douleur d�cide de voir mort ses petits-fils plut�t que de ne jamais les voir r�gner.

Encourag� par cette d�cision Clotaire tue Th�odoald. " Aussit�t, Clotaire ayant saisi l’a�n� par le bras le tua cruellement en lui plantant un couteau dans l’aisselle " . Childebert est baign� de larmes. Touch� par le repentir, c’est son fr�re qui doit achever Gonthier. " Rejette le loin de toi ou c’est toi � coup s�r qui mourras � sa place. C’est toi, ajoutat-il, qui as eu l’initiative de cette chose, et maintenant tu te d�dis aussi rapidement de ton engagement [...]  apr�s ces meurtres Clotaire, montant � cheval, s’en alla sans se soucier du meurtre de ses neveux " .

Clotaire fait preuve d’inflexibilit�.

Un chapitre, cependant, montre le roi Clotaire pris en d�faut dans sa puissance. Le roi part en 555 contre les Saxons r�volt�s. Clotaire refuse l’attaque, devant la sagesse des �missaires saxons. Il ne peut emp�cher ses Grands de le contraindre. Le roi m�rite son titre par la guerre. " Je ne vous suivrai pas de ma propre volont�. Alors ceux-ci [les optimates] , peins d’irritation contre le roi Clotaire, se jettent sur lui ; puis d�chirant sa tente, l’accablant lui-m�me d’injures, et l’entra�nant de force, ils voulurent le tuer s’il ne consentait pas � partir avec eux "(189bis).

Gr�goire place en final de son r�cit sur Clotaire l’�pisode des r�voltes de son fils. Chramne se r�volte une premi�re fois en 558, aid� des auvergnats qui voient l� un moyen de regagner une part de leur ind�pendance perdue. En 560, Chramne entreprend une alliance avec Conomer, duc des bretons. L’�chec est sanctionn� par la mort du fils f�lon, compar� � Absalon r�volt� contre son p�re le roi d’Isra�l David(190).

" Quand la nouvelle [ la capture de Chramne] en parvint au roi Clotaire, il ordonna de le br�ler avec sa femme et ses filles " . Clotaire est diff�renci� de David par le fait que Clotaire ordonne la mort. David demande instamment � ses troupes de ne pas tuer son fils. "  Par �gard pour moi, m�nagez le jeune Absalom "(191).

Le chapitre suivant celui de la mort de Chramne est celui de la mort de Clotaire. Bien qu’il se soit �coul� une ann�e depuis cet �v�nement, Gr�goire entend lier les deux morts. Le r�cit est explicite.

" La cinquante et uni�me ann�e de son r�gne le roi Clotaire se rendit au seuil de saint Martin et en arrivant � Tours aupr�s du s�pulcre dudit pr�lat, il se rem�mora toutes les actions fautives qu’il avait pu accomplir et avec de grands g�missements il pria afin que le bienheureux confesseur implore la mis�ricorde du Seigneur pour ses fautes et obtienne le pardon des actes d�raisonnables qu’il avait commis "(192).

Les �v�nements relatifs � ce pardon donn� par le saint de Tours sont bien plac�s. Ils assurent une publicit� pour saint Martin, et rendent le roi moins condamnable. Ne pouvant sensiblement pas cacher les crimes, Gr�goire joue de cet artifice pour att�nuer l’impression n�gative donn�e par ce roi. Clotaire meurt de fi�vre apr�s avoir dit : " ouais ! vous imaginez-vous ce qu’est ce roi c�leste qui fait mourir ainsi de si grands rois ! " . Pour Gr�goire, Dieu est seul ma�tre du destin des hommes, fusent-ils rois. M�me le roi franc compar� au plus grand roi biblique. Clotaire est mort un an et un jour apr�s Chramne, la date est symbolique. C’est la volont� de Dieu.

- 187 - La figure biblique du roi David, aux pp. 18-22.
- 188 -
HF, III, c. VII, p. 148-150.
- 189 - HF, III, c. XVIII, p. 162-65.
- 189bis - HF, IV, c. XIV, pp. 194-96. Cf p. 53.
- 190 - Voir p. 71 les lignes consacr�es � Chramne/Absalon.
- 191 - La bible de J�rusalem, deuxi�me livre de Samuel, 18, 4.
- 192 - HF, IV, c. XXI, p. 204 .

 3) Gondovald, le pr�tendant au tr�ne franc

Gondovald est d�sign� dans l’œuvre de Gr�goire de Tours comme le pr�tendant au tr�ne franc. Son parcours et son histoire sont alors caract�ristiques de l’�chec d’un pr�tendant � la royaut�.

Gondovald est un aventurier � la solde de l’Empire romain d’orient. Le pouvoir politique de Constantinople peut l’avoir employ� pour d�stabiliser la dynastie franque dans le grand sud-ouest � l’instigation des Grands de Childebert.

L’aventure de Gondovald co�ncide avec le r�veil de l’aristocratie aquitaine. L’Aquitaine est consid�r�e par les Francs comme une terre en exploitation. Elle n’est pas au sens strict du terme int�gr�e au royaume. La pr�sence barbare y est l�che. Les Francs y d�l�guent leurs comtes qui mettent bien souvent le pays en coupe r�gl�e. La pr�sence franque v�cue comme une occupation se double d’un fort sentiment identitaire national. Ainsi, toutes les occasions sont prises par les aristocrates aquitains pour tenter de pourvoir � leur dessein. Suite � une ambassade franque men�e par le duc Gontran Boson vers l’empereur d’orient, Gondovald vient en Gaule et se r�clame fils du roi Clotaire. A l’appui de son affirmation se trouve un r�cit de son enfance et de son errance. Il est possible qu’� la base de cette all�gation se trouve un r�cit, concernant un fils de Clotaire, repris par Gondovald.

" Il convient de rappeler bri�vement quelques d�tails sur son origine "(193). Gr�goire d�signe Gondovald par celui " qui se disait fils du roi Clotaire " .

" Comme il �tait n� dans les Gaules et avait �t� �lev� avec un soin diligent, avec les boucles des cheveux r�pandues dans le dos comme c'est la coutume de leurs rois, qu'il avait �t� instruit dans les belles lettres [...] Il fut pr�sent� au roi Childebert par sa m�re " .

Gr�goire fait œuvre d’historien. Il reporte avec souci les informations du temps v�hicul�es par Gondovald et ses appuis. Il ne se prononce pas lui-m�me, mais condamne Gondovald.

Apr�s avoir �t� tondu par son p�re, puis par Sigebert, son demi-fr�re fictif ou pr�sum�, il est envoy� � Cologne.

�chapp� de cet exil, il rejoint le g�n�ral Nars�s, charg� avec ses bucellaires de la reconqu�te de la p�ninsule italienne par Constantinople.

Et ayant laiss� pousser ses cheveux de nouveau, il part vers la seconde Rome.

" C'est de l�, dit-on, que longtemps apr�s, il fut invit� par quelqu’un � venir dans les Gaules " .

Gondovald p�n�tre en Gaule � Marseille. Il y est accueilli par l’�v�que Th�odore. Il op�re une jonction avec le patrice de Marseille en fuite, Mummole. Ce premier contact entre l’aventurier et les Grands est un �chec. Gontran Boson fid�le � son manque d’honneur et de parole(194), arr�te Th�odore qui exhibe une lettre, " souscrite des mains des Grands du roi Childebert, et d�clara : " je n "ai rien fait par moi-m�me que ce qui m "a �t� command� par nos ma�tres et nos seigneurs "(195).

" Quant � Gondovald, il se retira dans une �le de la mer en attendant les �v�nements " . Puis le duc Gontran [...] emporta avec lui en Auvergne une immense quantit� d'argent, d'or et d'autres objets " , pris � Gondovald.

La seconde tentative de complot se trame deux ans plus tard, en 584. Gondovald se trouve � Avignon, avec le duc Mummole et le duc Didier. Arriv� en Limousin, dans " le village de Brive sur Corr�ze, o� Saint Martin, disciple dit-on, de notre Martin, repose, et l�, plac� sur un bouclier, il fut proclam� roi " . La mention de saint Martin, n'est �videmment pas innocente, Gr�goire utilise l’influence de Martin, protecteur de la dynastie m�rovingienne. Il fait intervenir la figure d’un disciple.

" Mais pendant le troisi�me tour(196) qu’on faisait avec lui, on rapporte qu’il tomba de telle sorte que ceux qui l’entouraient eurent de la peine � le soutenir de leurs mains "(197) .

Le symbolisme d’une telle chute est un signe divin. C’est une annonce avant l’heure de la d�ch�ance de ce pr�tendant, et �galement un jugement divin. Saint Martin, protecteur du lignage de Clovis ne veut pas de cette candidature. Gondovald n’a ni la b�n�diction du protecteur de la royaut�, ni de Dieu. Gr�goire est l’interpr�te par la plume de ce jugement, d’autant que le recul n�cessaire � l’�laboration de cet �pisode lui �tait favorable. Le chapitre suivant fait �tat des �v�nements extraordinaires se sont produits et " qui, selon mon opinion, annon�aient la mort violente dudit Gondovald "(198).

Dans son optique de prise du pouvoir, Gondovald recueille les serments de fid�lit� au nom de Childebert, dans les terres de Sigebert.

Il se fait jurer fid�lit� en son nom dans les aires d�tenues par Gontran et Chilp�ric199. Ce fait prouve l’orientation du complot. Gondovald ne s’attaque qu’aux terres non contr�l�es par Childebert. Gondovald est soutenu par les Grands de ce roi et les aristocrates aquitains.

Ce complot semble perc� � jour lorsque Gondovald envoie au roi Gontran deux l�gats. Ceux-ci, imprudemment annoncent leurs requ�tes avant d'en r�f�rer au dit roi. Ils sont attach�s et avouent �tre envoy�s pour recouvrir les terres dues � Gondovald. Soumis � une dure question, ils avouent les m�faits de Gondovald : l’exil de la fille de Chilp�ric envoy�e au roi wisigoth, et le vol des tr�sors destin�s � la noce en Espagne.

Les clercs tortur�s annoncent que Gondovald " a �t� r�clam� comme roi par tous les grands du roi Childebert, mais surtout c’est Gontran Boson qui l’avait invit� � venir dans les Gaules quand il est all� � Constantinople il y a quelques ann�es "(200).

Gontran avertit Childebert de ces choses, en l’enjoignant de se m�fier de certains personnages, et � l’inverse d’accorder sa confiance aux personnes dignes de cette faveur. Plusieurs grands " du royaume de Childebert redout�rent de se rendre � l’assembl�e [convoqu�e par les rois] parce qu’ils �taient soup�onn�s d’avoir particip� � cette chose " .

Une arm�e est lev�e conjointement par Childebert et par Gontran contre le pr�tendant.

Se sachant en �tat d’ins�curit�, Gondovald et ses suivants d�cident de se r�fugier � Saint Bertrand de Comminges, sur les bords de Garonne. Gondovald s’adresse � la population, s�r de lui et de ses alli�s austrasiens, en ces termes : " sachez que j’ai �t� �lu roi par tous ceux qui sont dans le royaume de Childebert et que j’ai avec moi des forces qui ne sont pas m�diocres "(201).

Le si�ge de Comminges s’engage. Gr�goire reproduit les paroles de Gondovald lorsqu’il est somm� de s’expliquer de ses agissements devant les gens qui l’accusent du bas des murailles : " n’es-tu pas le peintre qui du temps du roi Clotaire barbouillait dans les oratoires les m�rs et les vo�tes ? " . La r�f�rence � l’impi�t� est mise en premier, pour insister sur le rejet du pr�tendu fils de roi par Dieu. C’est la m�thode choisie par Gr�goire de Tours pour contrer la logique �labor�e par Gondovald.

" N’es-tu pas celui qui a �t� bien d�s fois tonsur� et envoy� en exil par les rois de France � cause des pr�tentions que tu �mets ? " .

Gondovald r�torque " Que Clotaire, mon p�re, m’a eu en aversion, c’est un fait qui n’est ignor� de personne ; que j’ai �t� tonsur� par lui et par mes fr�res, c’est aussi une chose �vidente pour tout le monde [...] . au cours des ann�es pr�c�dentes, lorsque Gontran Boson partit pour Constantinople, et que dans ma sollicitude, je m’enqu�rais avec diligence des affaires de mes fr�res, j’appris que notre g�n�ration �tait tr�s r�duite [...]. C'est alors que Gontran Boson, apr�s m’avoir soigneusement expos� ces choses m’invita en ces termes : viens parce que tu es invit� par tous les grands du roi Childebert et personne n’a os� rien articuler contre toi. Car, nous savons tous que tu es le fils de Clotaire et il n’est rest� dans les Gaules personne qui puisse gouverner le royaume si tu n’arrives pas " .

" Reconnaissez donc maintenant que je suis roi tout comme mon fr�re Gontran " .

Les crises et les artifices militaires ne peuvent avoir d’effet contre les ouvrages polyorc�tiques de la ville de Comminges(202). Les ducs d�p�ch�s pour le si�ge comptent sur la trahison pour mettre fin � l’aventure de Gondovald. Des messages adress�s en secret � Mummole parviennent � l’infl�chir. Ainsi avec Chariulf, Waddon et l’�v�que Sagittaire, ils d�cident d’abandonner Gondovald contre une promesse d’impunit�.

Ayant pass� la porte de la ville, pour se livrer � ses ennemis, Gondovald adresse cette supplique � Dieu : " juge �ternel, et vrai vengeur des innocents, Dieu de qui toute justice proc�de, � qui le mensonge ne pla�t pas, en qui ne r�side aucune perfidie ni aucune fourberie m�chante, je te recommande ma cause en te suppliant de me venger rapidement de ces gens qui m’ont livr�, moi innocent, aux mains des ennemis " .

Gondovald est tu� par le duc Boson, qui lui lance une pierre sur le cr�ne. Il est tra�n� attach� par les pieds dans le camp de l’arm�e. On lui arrache la barbe et les cheveux, et " on l’abandonna sans s�pulture sur le lieu m�me o� il avait �t� tu� " . C’est par cette mort que s’ach�ve la tentative de prise du pouvoir par Gondovald.

Gr�goire de Tours traite ce passage de son œuvre avec son optique. L’�chec de Gondovald est venu de l’opposition de Dieu.

- 193 - HF, VI, c. XXIV, pp. 39-40-41.
- 194 - Se reporter � la p. 55. Voir la carte en annexe.
- 195 - HF, VI, c. XXIV, p. 40.
- 196 - C'est un symbole trinitaire, une r�f�rence religieuse � Dieu.
- 197 - HF, VII, c. X, p. 85.
- 198 - HF, VII, c. XI, p. 86.
- 199 - HF, VII, c. XXVI, p. 100.
- 200 - HF, VII, c. XXXII, p. 109.
- 201 - HF, VII, c. XXXII, p. 109.
- 202 - HF, VII, c. XXVIII, p. 116.

 

 

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