A - Trois figures de princes

Ces paragraphes sont consacr�s � l’�tude des destins de trois fils de rois m�rovingiens du VI�me si�cle. Ils montrent les rapports complexes qui sont entretenus au sein du cercle de pouvoir des rois, en explicitant les accords politiques issus des int�r�ts personnels. Gr�goire de Tours narre ses �pisodes avec son optique. Ainsi, il est parfois possible de d�montrer les �carts existant entre les mod�les stylis�s et appliqu�s par l’�v�que Gr�goire et la r�alit� du jeu politique du temps.

 1) Chramne/Absalom

Chramne est le fils de Clotaire Ier, issu d'un troisi�me mariage avec sa reine d�nomm�e Chusinde. Gr�goire nous fait part d’une remarque fort judicieusement plac�e. " Le dit roi a eu sept fils de diverses femmes, � savoir : d’Ingonde, il eut Gonthier, Child�ric, Charibert, Gontran, Sigebert et une fille Closinde, d’Aregonde soeur d’Ingonde, il eut Chilp�ric ; et de Chusinde il eut Chramne [...] Gonthier, Chramne et Child�ric sont morts du vivant de leur p�re. Nous d�crivons dans la suite la fin de Chramne "'(157).

Cette derni�re remarque est plac�e de fa�on � attirer l’attention, � l’avance, sur le probl�me de Chramne, ce fils indigne que Gr�goire va styliser par la suite. L’auteur s�lectionne donc ici sa phrase, pour influer sur la m�thode de lecture que va adopter celui qui lit cette histoire. Gr�goire entend la traiter comme un sous-ensemble, � l’int�rieur du livre IV du roi Clotaire.

En 548, le roi Th�odebert meurt. Son fils Th�odebald lui succ�de sur le tr�ne jusqu’� sa mort survenue l’ann�e 555. D�s lors le royaume franc est unifi� sous la main de Clotaire Ier.

Chramne est envoy� en Auvergne, sur ordre de son p�re, qui venait de recueillir le royaume du d�funt roi Th�odebald, en prenant Vulvetrade son �pouse, dans son lit(128).

L’Aquitaine est une zone sous contr�le franc. Les Francs consid�rent cette entit� comme �tant une zone d’exploitation. Elle est domin�e par le nord plus qu’int�gr�e. Les rois y d�l�guent des comtes neustriens et austrasiens. Elle forme une entit� r�gionale dans le grand sud-ouest. Le particularisme aquitain est de garder un souvenir vivace de son h�ritage romain. Ces �l�ments de g�opolitique montrent des vell�it�s d’ind�pendance qui vont se manifester durant toute la p�riode m�rovingienne. L’�pisode de l’aventure de Gondovald en est un exemple(159). L’apog�e en sera la cr�ation du duch� d’Aquitaine aux VII-VIII�mes si�cles.

S�journant en Auvergne, Chramne commence � manigancer. Un premier petit chapitre donne un avant-go�t, important, de ce qui se pr�pare. " Caton avait nou� amiti� avec Chramne et re�u de lui la promesse que si � un moment donn� le roi Clotaire venait � mourir, Cautin (�v�que de Clermont) serait aussit�t chass� de l’�v�ch� et lui pr�pos� � l’�glise "(160). " Chramne r�sidait � cette �poque chez les Arvernes. Or il accomplissait alors beaucoup de choses d�raisonnables et c’est pourquoi son d�part de ce monde a �t� acc�l�r�. Il �tait en effet fort maudit par la population " .

Gr�goire attribue � Chramne l’usage de la simonie qui est condamn�e par les canons des conciles. Chramne est compar� � Absalom. Ce personnage biblique s’attire les foudres de son p�re le roi David en agissant de mani�re fourbe, par le meurtre de son fr�re Amnon.

Une cause plus humaine semble �tre le fait que ce prince " n’affectionnait aucun de ceux de qui il pouvait recevoir un conseil utile. Ne s’�tant entour� que de personnes de basse condition qui � cause de leur jeune �ge �taient versatiles, il n’affectionnait qu’elles et c’est leur conseil qu’il suivit lorsqu’il ordonna par un pr�cepte qu’il publia d’enlever de force les filles des s�nateurs "(161).

Gr�goire nous parle des m�faits de Chramne. Il se positionne comme un �tre indigne des fonctions royales qui sont les siennes. Les �v�nements sont ceux d’un fils de roi volatile dans ses convictions et son comportement. 

" Il avait avec lui un homme magnifique, [...] �minent par toute sa bont� du nom d’Ascovinde qui cherchait �nergiquement � le d�tourner de sa malice, mais n’y r�ussissait pas. C’est qu’il y avait aussi � ses c�t�s L�on, un Poitevin, qui �tait un puissant aiguillon � perp�trer des m�faits de toutes sortes et qui, comme son nom l’indiquait, �tait un lion tr�s f�roce dans l’assouvissement de toutes ses passions "(162). Ce L�on blasph�me sur saint Marin, puis devient sourd-muet et mourut fou.

L�on est un poitevin, et vraisemblablement un Grand. Son influence sur le fils de Clotaire peut �tre � l’origine de ses d�cisions de r�volte. L�on est un des personnages qui ont du voir en ce jeune prince franc un moyen de conqu�rir un espace d’ind�pendance par la cr�ation d’une royaut� inclin�e en leur faveur.

Pouss� par les Grands qui l’influencent, Chramne s'allie � Childebert, " s�duit par les conseils d’hommes mauvais " , pour conspirer contre son roi et p�re Clotaire. Chramne s’allie au roi de Paris par un serment de foi et de fid�lit�, et en jurant d’�tre sans d�faillance l’ennemi de son p�re.

Chramne se bat contre ses deux demi-fr�res, les fait refluer � l’aide d’une fausse annonce de la mort de Clotaire. Le prince Chramne va jusque Dijon.

Gr�goire profite de cet �v�nement pour narrer un �pisode digne d’int�r�t : les clercs effectuent un sort des saints. Il consiste � prendre les diff�rents livres religieux et les ouvrir de mani�re fortuite : la lecture de la page ainsi d�sign�e est cens�e �tre porteuse de la volont� de Dieu, et des �v�nements � venir. Gr�goire de Tours utilise ce stratag�me. Il utilise des passages de la Bible qui sont en prise directe avec le r�cit concernant Chramne. La r�daction tardive de son œuvre lui permet de choisir avec un recul historique suffisant les passages annonciateurs de la fin du fils indigne.

Le livre des proph�tes : " je d�molirai sa plantation et elle tombera en ruines, parce qu’elle devait produire du raisin, mais qu’elle produit de la lambrusque ".

Cette phrase d’Isa�e(163), est pr�monitoire de ce qui doit arriver � Chramne. Gr�goire utilise Isa�e en r�f�rence. Le proph�te joue un r�le de premier choix dans les conceptions proph�tiques et eschatologiques de l’�v�que de Tours.

Le livre des Ap�tres : " [...] le jour du Seigneur viendra ainsi qu’un voleur dans la nuit ? Lorsqu’ils diront : " c’est la paix et la s�curit� ", c’est alors qu’une mort soudaine les surprendra ".

L’�vangile livre une parole de saint Matthieu : " celui qui n’�coute pas mes paroles sera comparable � un homme fou, qui a �difi� sa maison sur le sable " . Gr�goire dispense cette phrase � l’attention des lecteurs de son œuvre.

Le premier �pisode de la r�volte de Chramne est achev� en 558 � la mort de Childebert. Chramne est pr�sent� � son p�re qui vient de s’emparer de la totalit� du royaume franc, et de reconstituer pour la premi�re fois depuis 511 l’unit� des possessions de son p�re Clovis.

Dans les ann�es qui suivent la r�unification du royaume, le prince Chramne fuit chez les Bretons du roi Conomer.

Les bretons pr�sentent le particularisme de n’�tre pas int�gr�s aux possessions franques. Leur autonomie est r�elle. L’alliance de Chramne et de Conomer se fait sur la base d’int�r�ts crois�s. Le territoire breton est un lieu s�r pour le fils qui fuit son p�re. Conomer ne perd rien en s’alliant avec un prince franc. Il peut profiter de ces liens pour d�velopper son influence dans l’ouest de la Neustrie.

En 561, Clotaire se porte au-devant de Conomer. Gr�goire place ce geste suite � la col�re du roi pour son alliance avec Childebert.

Une bataille s’en suit(164) : " le roi Clotaire s’avan�ait tel un nouveau David pr�t � se battre contre Absalom son fils en se lamentant et en disant : jette un regard, Seigneur, du haut du ciel, et juge ma cause, parce que c’est injustement que j’endure des outrages de la part de mon fils. Jette un regard, Seigneur et juge justement, et rend le m�me jugement que jadis tu as prononc� entre Absalom et son p�re David " .

Clotaire et Chramne sont stylis�s dans les r�les du roi David qui eut � combattre la r�volte de son fils Absalom(165). Le mod�le plaqu� par Gr�goire est adapt� � la mesure de Chramne. Absalom est tu� alors que le roi David a donn� l’ordre de l’�pargner. Clotaire ordonne lui la mise � mort de son fils, sit�t que la nouvelle de la captivit� apprise.

Chramne est arr�t�, �trangl� et br�l� avec sa femme et ses filles dans la chaumi�re d’un pauvre homme.

Gr�goire s’est plu � calquer tant bien que mal la figure d’Absalom sur l’histoire de la r�volte de Chramne. Le roi Clotaire, son p�re est compar� au roi David qui eut � subir la m�chancet� de la conduite de son fils.

- 157 - H.F., IV, c. III, p. 182-3.
- 158 - H.F., IV, c. IX, p. 188.
- 159 - La r�volte de l’Aquitaine avec Gondovald : p. 88-89.
- 160 - H.F., IV, c. XI, p. 189.
- 161 - H.F., IV, c. XIII, p. 193.
- 162 - HF, IV, c. XVI, p. 197.
- 163 -
Isa�e, c. V, 4-5.
- 164 - HF, IV, c. XX, p. 204.
- 165 - Absalom est pr�sent dans la Bible, deuxi�me livre de Samuel, 13, histoire d’Absalom, 13-19.

 2) M�rov�e

M�rov�e est le fils du roi Chilp�ric, n� de sa premi�re reine, Audov�re(166). Gr�goire nous montre un prince en mal de pouvoir royal, qui n’h�site �galement pas � trahir son p�re.

L’histoire de M�rov�e est li�e � celle de la faide qui oppose Fr�d�gonde, l’�pouse de son p�re Chilp�ric, � Brunehaut. Elle est la femme du roi Sigebert. Sa sœur est Galswinthe, �pouse de premier rang de Chilp�ric, que celui-ci fait tuer pour prendre dans sa couche royale Fr�d�gonde. A la suite de ce crime les deux reines(167) s’engagent avec leur parent�le dans une faide qui ne se terminera qu’� la fin du si�cle.

M�rov�e intervient dans ce contexte difficile en �pousant Brunehaut. Chilp�ric envoie M�rov�e � Poitiers, " mais ce dernier, n�gligeant l’ordre de son p�re, vint � Tours, et y passa aussi les jours saints de P�ques(168). Son arm�e d�vasta beaucoup cette r�gion. Puis lui-m�me, [...] gagna Rouen et y rejoignit la reine Brunehaut, puis la prit en mariage "(169).

Le roi Chilp�ric est furieux de voir son fils aller � l’encontre des pr�ceptes des conciles, mais aussi de prendre pour femme une reine et rivale ha�e. L’�v�nement est trait� de mani�re brute.

Peu d’�l�ments nous renseignent sur les raisons qui poussent le prince M�rov�e � s’unir � sa tante. En tout �tat de cause, il appara�t que Chilp�ric ne peut admettre ce mariage. Le couple se r�fugie dans la basilique Saint Martin. Le roi les en fait sortir par un serment de sa part de ne rien leur faire. Aussit�t le couple sorti, M�rov�e est emmen� de force.

Gr�goire de Tours parle de la volont� de Chilp�ric de faire respecter les canons des conciles qui pr�conisent l’absence de mariages incestueux(170). L’�glise recommande parmi les mariages illicites qu’elle veut voir dispara�tre de ne pas �pouser une tante maternelle. Chilp�ric con�oit le mariage de son fils comme une double atteinte envers l’�glise et sa mar�tre Fr�d�gonde.

En r�ponse aux actes du roi, une attaque de champenois sur Soissons, � l'encontre de Fr�d�gonde, est d�cid�e et men�e � bien par un austrasien, Godin. Cet acte de repr�sailles jette la suspicion sur M�rov�e.

Le roi suspecte son fils de cet acte � cause du mariage avec Brunehaut. Par cons�quent, M�rov�e est gard�.

" Apr�s cela M�rov�e, qui �tait sous la garde de son p�re, fut tonsur� et ayant pris l'habit que les clercs ont l’habitude de porter il fut ordonn� pr�tre au monast�re du Maine qui est appel� Aninsola pour y �tre instruit de la r�gle des pr�tres "(171).

Gontran Boson le fait lib�rer par Ga�len et M�rov�e se retrouve � Tours, o� Gr�goire d�plore son action " la r�gion de Tours a du reste support� bien des malheurs � cause de cette chose " .

L’�v�que, invit� � la table de M�rov�e se voit contraint de lire la Bible pour le fils du roi : Gr�goire ouvre et lit un passage significatif, dans son optique, du livre de Salomon : " que l’oeil qui a regard� avec hostilit� le p�re soit arrach� par les corbeaux des vall�es. Bien qu’il ne compr�t pas, je consid�rais le verset comme choisi par le Seigneur " . Gr�goire a choisi ce passage lui-m�me, mais selon sa vision d’un Dieu partout pr�sent, ce passage est significatif de la volont� du tout-puissant.

M�rov�e s�journe deux mois abrit� par les murs de la Basilique Saint Martin. M�rov�e, tout comme Chramne, son pr�d�cesseur dans la f�lonie, s’en remet au sort des saints. " Ensuite, apr�s avoir pass� trois jours continus en je�nes, vieilles et oraisons, il feuilleta un livre qui �tait celui des Rois [...] . Puisque vous avez d�laiss� le Seigneur votre Dieu, que vous avez couru apr�s les dieux �trangers et que vous n’avez pas fait le bien sous ses regards, le Seigneur Dieu vous a livr� aux mains de vos ennemis "(172).

Le psautier : " en v�rit�, � cause de ta fourberie tu leur as caus� des maux ; tu les as abattus au lieu de les relever [..]  " .

L’�vangile r�v�le ceci : " sachez que dans deux jours, on fera la p�que, et le fils de l’homme sera livr� pour �tre crucifi� "(173). M�rov�e pleure am�rement. Ce passage sert de mani�re trop �vidente les int�r�ts proph�tiques de l’�v�que de Tours pour �tre pris au premier degr� comme une absolue v�rit�(174). Il se trouve bient�t pris par le duc Herpon, mais s’�chappe.

Le proc�s de Pr�textat donne l’occasion � Gr�goire de lier les deux affaires. En effet, l’�v�que est manipul� par le roi et ses fid�les �v�ques pour tenter de le confondre suite � l’union de M�rov�e et Brunehaut que Pr�textat a c�l�br�e. Gr�goire place l’�pisode de la capture et de la mort de M�rov�e dans la suite du chapitre consacr� au proc�s de Pr�textat.

Ce dernier est circonvenu par des gens de Th�rouanne, est enferm� dans une villa des environs. Il demande � son fid�le Ga�len de le tuer. Des personnes pensent cependant que les paroles de M�rov�e, concernant son suicide, auraient �t� invent�es, par la reine qui l’aurait fait tuer. M�rov�e est une personne g�nante pour Fr�d�gonde, et ce au m�me titre que Clovis II. Il est alors �limin� sur ordre de la reine Fr�d�gonde, avec l’appui d’Egidius �v�que de Reims et de Gontran Boson � l’origine de cette trahison, par les gens de Th�rouanne(175). Le long chapitre montre que Gr�goire veut faire du destin de M�rov�e un contrepoids � l’acharnement de Chilp�ric sur Pr�textat.

- 166 - HF, IV, c. XXVIII, p. 210-11.
- 167 - Renvoi p. 57.
- 168 - Le 5 avril 576.
- 169 - HF, V, c. II, p. 247-8.
- 170 - Le concile de Paris III de 556-573 marque ces d�cisions.
- 171 - HF, V, c. XIV, p. 262.
- 172 - La citation n'st pas litt�rale.
- 173 - HF, V, c. XIV, p. 266-67.
- 174 - Voir p.73, Gr�goire utilise cet artifice � l’encontre de Chramne.
- 175 - HF, V, c. XVIII, p. 279.

3) Clovis II

Clovis II est le fils de Chilp�ric issu de l’union de ce roi et de sa premi�re reine Audov�re. Clovis est le fr�re de Th�odebert et de M�rov�e(176), dont il a �t� question cis-avant.

Gr�goire de Tours narre les principaux �pisodes de la vie de ce prince franc, qui eut plus directement qu’un autre � subir la mentalit� et les pratiques en vigueur au sein de la dynastie royale m�rovingienne.

Le personnage de Clovis intervient � quelques occasions dans les Dix Livres. Suite � la mort de Charibert, intervenue en 567, ses trois autres fr�res se partagent son royaume. Cela entra�ne des frictions. Chilp�ric ne respecte pas le pacte pass� avec ses fr�res et envahit Tours et Poitiers. Le roi Sigebert d�poss�d� en appelle � Gontran qui envoie le duc Mummole faire sortir de Tours Clovis II(177).

Clovis est donc investi comme tous les fils de rois m�rovingiens des dignit�s et des pouvoirs des p�res. Il est le bras arm� de Chilp�ric.

Suite � cet �pisode militaire, Clovis II part pour la ville de Bordeaux. Il y est poursuivi dans un bois par Sigulf, personnage du parti de Sigebert. Gr�goire en parle cr�ment : " il le poursuivit dans sa fuite avec des trompettes et des cors comme un cerf aux abois "(178) . Les protagonistes engag�s dans la faide utilisent des moyens d’action en rapport avec les d�rives de comportement du si�cle.

Clovis joue son r�le de guerrier jusqu’en 580, date � laquelle meurent les autres fils de Chilp�ric, emport�s par une �pid�mie de dysenterie. Clovis se trouve alors seul en mesure d’h�riter de toutes les possessions de son p�re. Il se met � s’en vanter publiquement. Le jeune Clovis d�nigre Fr�d�gonde, qui prend peur d’avoir � subir un mauvais sort. Une personne vient la mettre en garde : " si tu te trouves priv�e de fils, c’est la perfidie de Clovis qui en est la cause. Convoitant, en effet, la fille d’une de tes servantes, il a eu recours � sa m�re pour tuer tes fils au moyen de mal�fices et c’est pourquoi je t’avertis que tu ne saurais esp�rer pour toi un meilleur sort, puisqu’on t’a enlev� les esp�rances gr�ce auxquelles tu aurais d� r�gner"(179). La v�racit� de ce complot men� par Clovis ne peut �tre v�rifi�e. La reine prend peur pour son avenir. La haine que la reine porte � Clovis semble avoir jou� un r�le non n�gligeable dans ces �v�nements(180).

Elle s’ing�nie donc � faire appara�tre Clovis coupable de la mort des autres fils. Fr�d�gonde obtient sans mal, par la torture, les aveux de sa servante. Clovis est appr�hend� sur ordre de son p�re et d�tenu. Fr�d�gonde le fait transf�rer de la villa de Chelles � celle de Noisy (Seine-et-Oise).

Clovis y est assassin� sur ordre de Fr�d�gonde d’un coup de couteau.

Des messagers viennent aupr�s du roi lui annoncer la mort fallacieuse de Clovis par suicide. La mystification est pouss�e � son comble. Le couteau est laiss� dans la plaie. Chilp�ric est dup� par la reine. Sa premi�re reine Audov�re est assassin�e, et sa fille sœur de Clovis II viol�e et envoy�e au monast�re et y est encore � la r�daction des Dix Livres dans la p�riode 590-4.

Clovis II semble avoir fait les frais, tout comme son fr�re M�rov�e, de la haine que leur porte Fr�d�gonde. La mar�tre a su profiter des faiblesses des fils d’Audov�re pour les �liminer tous. Ainsi l’esclave saxonne devenue reine franque, se trouve seule en mesure de donner un h�ritier au tr�ne neustrien. Elle aura un fils posthume de Chilp�ric, qu’elle saura imposer au roi Gontran.

Dans la suite, le roi Gontran fait rechercher le corps de M�rov�e et celui de Clovis. Il a �t� jet� � l’eau par ordre de la reine. Un paysan s’en est empar� et l’a enterr�. Chilp�ric le fait d�terrer. Gr�goire montre � cette occasion la royaut� pr�serv�e jusque dans la mort de ce fils de roi. Le r�le de la chevelure est affirm�, lui qui fait des rois de nouveaux Sansons. "  Lorsque le roi eut �t� inform� de cela, il fit semblant de se rendre � la chasse et ayant d�couvert le tertre, il retrouva le petit corps intact. Seule une partie des cheveux qui �tait en dessous �tait d�j� tomb�e, mais l’autre �tait demeur�e intacte avec la chevelure pendante elle-m�me " . Les deux neveux de Gontran sont ensevelis dans la basilique de Saint Vincent � Paris.

- 176 - HF, IV, c. XXVIII, p. 211.
- 177 - HF, IV, c. XLV, p. 232-33.
- 178 - HF, IV, c. XLVII, p. 235.
- 179 - HF, V, c. XXXIX, p. 302-304.
- 180 - P. P�RIN, Les Francs, p. 251.

 

 

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