SANS FILTRE

Voir, 22 octobre 1998, p.27

Lors du dernier Kabaret Kérozen, vendredi dernier, à la salle Salaberry, les membres de la formation Caféïne sont apparus travestis, le chanteur-guitariste Xavier Caféïne ne s'exprimant qu'en anglais, et n'interprétant que quelques chansons de leur répertoire, faisant une majorité de covers ! C'est exactement ça, l'attitude Caféïne : baveux, arrogant, parfois violent, mais toujours spectaculaire, et surtout, irrésistible. À l'image de leur pop garage francophone à la sauce punk (entre Gainsbourg, Dutronc et The Damned), et du personnage flamboyant que s'est construit le principal auteur-compositeur du groupe (devenu un trio depuis le départ du guitariste Guy Pharand, dont la chanson "J'aime mieux être pauvre" commence à tourner dans les radios commerciales), complété par Yanno Perco à la batterie et par Nicotine à la basse. "Je suis une rock star ridicule ! m'avoue Xavier, attablé devant un café (bien sûr...). Je trouve que c'est charmant une rock star quand c'est encore drôle, quand ça ne se prend pas au sérieux. Yvon Deschamps a déjà dit quelque chose qui m'a bouleversé : "Quand tu fais de la scène, viens pas me dire que t'a pas d'ego !" Ça fait que les performeurs qui se disent humbles et sans prétention, je ne les crois pas ! Sur scène, c'est vraiment moi, mais passé dans un ampli de deux cent watts ! Et si je trouve que les gens devant moi se comportent comme une bande de caves, je vais les traiter de bande de caves. J'ai le droit, c'est mon show. Et s'il y en a qui m'envoient chier, c'est leur droit aussi ! Tant que ça reste drôle. Mais des fois, je suis désolé de voir que certains ne voient pas le deuxième degré dans mon attitude."

Il semble que de plus en plus de gens croient au potentiel des chansons que l'on retrouve sur l'album indépendant "Mal éduqué mon amour" (que la formation a enregistré en deux jours !), puisque après une prestation extérieure remarquée aux dernières FrancoFolies, voilà qu'ils se retrouvent en nomination à l'ADISQ, dans la catégorie rock alternatif, en compagnie de Basta et Lili Fatale ! Un intérêt soudain (mais mérité) qui n'excite pas outre mesure le principal intéressé : "Moi, je ne suis pas prêt à signer un contrat d'artiste minable, où les droits d'auteur sont raflés, où la pochette est décidée par Untel qui n'a pas de goût, et où le son est réalisé par un gars que j'aime pas... Non; tant qu'à ça, je préfère rester indépendant ! Parce que le but premier de faire de la musique, c'est pour le plaisir et pour faire sortir les bébites internes; pis la journée où tu mets une crois là-dessus, c'est là que tu deviens un pourri qui se tient dans des cocktails d'artistes minables... Je veux rester intègre."

"Ma passion première, conclut Xavier, avant les performances, c'est d'écrire ds tounes. Quand j'ai assez d'expériences accumulées, c'est comme quand j'ai envie de pisser, il faut que j'écrive ! Je pars avec un crayon, je m'en vais au café, pis je me laisse inspirer par ce que j'ai vécu, mais aussi par les gens qui m'entourent. J'ai écrit presque toutes mes chansons sur des napperons A.L. Van Houtte ! Mais en show, je ne veux pas que les gens se forcent pour écouter les textes; c'est du rock n' roll ! T'es là pour danser pis pour avoir du fun." Et vous en aurez, croyez-moi !

-Éric Parazelli

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