SANS TOI Je me sens mourir sans ta divine présence, La vie désormais n'est plus que triste errance. Dans l'amertume des souvenances de l'enfance Je m'abreuve au sel de l'éternelle souffrance. Sans toi je ne crois plus ni au diable ni en Dieu Et je ne fais plus foi aux prières des hommes : Je me ronge le coeur en tous temps et en tous lieux Maudissant les amours de l'antique Rome. Dans le silence de ces nuits sépulcrales Je crois entendre d'étranges voix sidérales : Sont-ce celles des anges ou celles d'êtres déchus Qui sombrent dans l'abîme des rêves qui ne sont plus? Sans toi je me sens moisir comme un vieux meuble Qu'on garde dans un coin sans trop savoir pourquoi; C'en est vrai aussi des traditions des peuples Qui n'apportent que gloires et pouvoirs aux rois. Toi qui m'auréolais de lumière et de joie : Toi, le soleil de mes jours, l'azur de mon ciel Que ferai-je sans toi, que serai-je sans toi En cette nuit où le coeur s'irrigue de fiel? Mon âme s'ouvre tout entière à l'univers, Car il est des moments où elle croît entendre Venant des froides poussières interstellaires Le phénix qui me fait renaître de ses cendres. Hélas! la mort est une jalouse déesse : Ce qu'elle enlève ne nous revient jamais plus. Malgré tout notre chagrin, toute notre détresse Il faut bien nous dire que l'être aimé n'est plus. Qu'en est-il pourtant de tous ces rêves d'enfance, De toutes ces étreintes secrètes sous les étoiles? Tout cela fut-il futile transparence Comme les illusions du peintre qu'on voit dans sa toile? Ainsi, tu es partie pour toute l'éternité Par cette porte qui nous attend tous : Dis-moi, pourrai-je te voir un jour de l'autre côté Et revivre ces joies qui n'appartiennent qu'à nous? Cet ultime espoir qui me reste me fait vivre Malgré l'appel funeste du glas qui résonne Au fond de l'âme qui de douleurs s'enivre : Il me hante comme une guêpe qui bourdonne. Quel est ce mystère qui nous pousse à croire A la réalité des choses si éphémères, Nous donnant tant d'espoir au fond du désespoir Et nous leurrant de toutes ces belles chimères? Mais qu'y puis-je? moi qui parmi tant d'autres êtres Traîne mes pas vers la tombe que nul ne veut Mais qui nous attire quand même comme une lettre Qu'on n'ose ouvrir mais qui nous promet les cieux. Oui, sans toi, il n'y aurait plus de paradis Ni de Léthé où noyer toutes mes peines. Sans toi, la mort serait préférable à la vie Et l'aride désert à la moissonneuse plaine. Claudio Novembre 1998